Menu
A la une / Témoignage

Ces enfants abandonnés

Il y a quelques jours, j’ai écouté un podcast de France Inter, Affaires sensibles. A la fin de mon écoute, j’étais profondément choquée. Je me doute que mes quelques lignes ne changeront pas la donne. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour apporter mon soutien à ces enfants. Et je me dis que si j’arrive à sensibiliser ne serait-ce qu’un(e) lecteur / lectrice, alors je n’aurais pas écrit pour rien. Je me suis très largement inspirée de l’interview de Me Dosé, avocate pénaliste.

Ils ont 3 mois, 2 ans, 6 ans. Ils sont français, belges, allemands. Ils connaissent la guerre, la faim, la peur. Ces enfants, ce sont ceux qui vivent dans les camps du Kurdistan syrien. Al-Hol et Roj principalement. Certains avec leurs mères biologiques, d’autres avec leurs mères de substitution – en remplacement des mortes. Il y a très peu d’hommes. La majorité des pères sont morts ou au front.

Les conditions de vie dans ces camps sont inhumaines. De nombreuses ONG les dénoncent. La mortalité infantile galope. Je pense que, depuis notre confort occidental, il ne nous est pas possible de comprendre cet enfer. Les tentes entassées, la surpopulation, la pénurie d’eau potable et les maladies qu’elle induit, la famine.  D’après l’ONG International Rescue Commitee, 339 enfants ont péri à al-Hol entre décembre 2018 et septembre 2019.

Qu’ont fait ces enfants ? Rien. Ce sont leurs parents qui ont pris de mauvaises décisions, qui se sont immergés dans l’extrémisme, qui se sont enrôlés pour Daesh. Eux sont les premières victimes de leurs parents. Les mères sont pour la plupart des repenties. Elles veulent rentrer dans leur pays pour sauver leurs enfants. Elles savent pertinemment qu’elles seront jugées, et condamnées. Elles sont prêtes à payer le prix fort. C’est beau le sacrifice qu’une mère peut faire, non ?

Crédit photo (creative commons) : pixabay / jeyeonwon

En Février dernier, le gouvernement avait donc tout préparé pour organiser le rapatriement de ses ressortissants mineurs. Tout était prêt. L’opération a été annulée. L’opinion publique était contre. Le Djihadisme et ses combattants nous effraient – à juste titre ! D’après un sondage de l’institut Odoxa, 67% des Français souhaiteraient laisser les enfants des djihadistes en Irak et en Syrie. Pardon, mais j’ai beaucoup de mal à y croire. On parle d’ENFANTS ! D’enfants français qui plus est, qui ont de la famille proche prête à les recueillir. D’enfants meurtris et traumatisés qui ont besoin d’aide. Une aide que la Syrie n’a pas les moyens de leur apporter. Comment peut-on, en connaissance de cause, les refuser ?!

La France a déjà rapatrié 17 enfants entre mars et juin 2019. Des orphelins. On les appelle les petits revenants. Littéralement, ceux qui reviennent de l’au-delà. Ceux qui ont vécu en enfer. Pour les quelques centaines restants, l’attitude du gouvernement est scandaleuse : c’est au cas par cas. Qui décide que cet enfant a le droit d’être sauvé et celui-là non ?! Comment une attitude aussi abjecte peut-elle être adoptée ? Où sont passées nos valeurs républicaines, brandies tant de fois par nos politiciens ??? Je ne sais pas qui se cache derrière cette opinion publique mais je veux croire qu’elle est autre, que la majorité des Français est d’accord pour sauver ces enfants. Qu’on ne s’y trompe pas. Ces enfants me font peur aussi. Evidemment. Mais pas à cause d’un supposé endoctrinement. Pour être endoctriné, encore faut-il avoir la faculté de comprendre la doctrine. Comment voulez-vous qu’un enfant de 5 ans la comprenne ? Non, ces enfants me font peur car ils sont marqués par la guerre, et que la guerre fait peur. Je me demande s’il est possible de les sauver. Mais je ne comprends pas que le gouvernement ne veuille pas essayer. Et plus ces enfants restent dans ces camps, plus ils sont meurtris, plus la voie de la guérison sera longue et ardue.

Et si l’argument humanitaire ne porte pas, il y a autre argument, plus pragmatique. Qui considère comme une victoire ce vivier d’enfants traumatisés par la guerre et abandonnés par l’occident ? Qui espère les récupérer pour en faire des enfants soldats ? L’inaction de l’Occident est une victoire de Daesh. L’occident aura sa part de responsabilité dans les attentats de demain… comme pour tous ceux déjà commis non ?

L’actualité, hélas, n’est pas à la fête. Avec l’offensive turque, le 9 octobre, les forces kurdes sont affaiblies. Quel terreau fertile pour Daesh !

Alors, cher gouvernement, que fait-on ? Qu’attend-on pour sauver ces enfants et juger leurs mères – comme leur nationalité implique que c’est cette procédure qui devrait paraître normale. Dites-moi où sont allées se cacher nos valeurs républicaines, que nous puissions aller les chercher.

Cet article ne traite que des ressortissants européens. Ces enfants ne sont pas les seuls à avoir besoin d’être sauvés – loin de là ! Mais j’ai fait le choix de ne parler que d’eux parce que je ne veux pas m’engouffrer dans un sujet que je ne maîtrise pas du tout et que je sais très complexe. J’ai fait ce choix parce que, pour ses enfants français, leur rapatriement me semble être juste une évidence, comme étant la chose à faire.

A propos de l’auteur

Je suis maman d'un "grand" garçon (6 ans) qui a combattu un cancer à l'aube de ses 4 ans, d'une petite fille (4 ans) et d'un petit garçon (2 ans). Grande lectrice, amatrice de cinéma adorant voyager, j'ai mis beaucoup de choses entre parenthèses pour me consacrer à mes petits monstres !