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Ces enfants abandonnés


Publié le 3 décembre 2019 par Camomille

Il y a quelques jours, j’ai écouté un podcast de France Inter, Affaires sensibles. A la fin de mon écoute, j’étais profondément choquée. Je me doute que mes quelques lignes ne changeront pas la donne. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour apporter mon soutien à ces enfants. Et je me dis que si j’arrive à sensibiliser ne serait-ce qu’un(e) lecteur / lectrice, alors je n’aurais pas écrit pour rien. Je me suis très largement inspirée de l’interview de Me Dosé, avocate pénaliste.

Ils ont 3 mois, 2 ans, 6 ans. Ils sont français, belges, allemands. Ils connaissent la guerre, la faim, la peur. Ces enfants, ce sont ceux qui vivent dans les camps du Kurdistan syrien. Al-Hol et Roj principalement. Certains avec leurs mères biologiques, d’autres avec leurs mères de substitution – en remplacement des mortes. Il y a très peu d’hommes. La majorité des pères sont morts ou au front.

Les conditions de vie dans ces camps sont inhumaines. De nombreuses ONG les dénoncent. La mortalité infantile galope. Je pense que, depuis notre confort occidental, il ne nous est pas possible de comprendre cet enfer. Les tentes entassées, la surpopulation, la pénurie d’eau potable et les maladies qu’elle induit, la famine.  D’après l’ONG International Rescue Commitee, 339 enfants ont péri à al-Hol entre décembre 2018 et septembre 2019.

Qu’ont fait ces enfants ? Rien. Ce sont leurs parents qui ont pris de mauvaises décisions, qui se sont immergés dans l’extrémisme, qui se sont enrôlés pour Daesh. Eux sont les premières victimes de leurs parents. Les mères sont pour la plupart des repenties. Elles veulent rentrer dans leur pays pour sauver leurs enfants. Elles savent pertinemment qu’elles seront jugées, et condamnées. Elles sont prêtes à payer le prix fort. C’est beau le sacrifice qu’une mère peut faire, non ?

Crédit photo (creative commons) : pixabay / jeyeonwon

En Février dernier, le gouvernement avait donc tout préparé pour organiser le rapatriement de ses ressortissants mineurs. Tout était prêt. L’opération a été annulée. L’opinion publique était contre. Le Djihadisme et ses combattants nous effraient – à juste titre ! D’après un sondage de l’institut Odoxa, 67% des Français souhaiteraient laisser les enfants des djihadistes en Irak et en Syrie. Pardon, mais j’ai beaucoup de mal à y croire. On parle d’ENFANTS ! D’enfants français qui plus est, qui ont de la famille proche prête à les recueillir. D’enfants meurtris et traumatisés qui ont besoin d’aide. Une aide que la Syrie n’a pas les moyens de leur apporter. Comment peut-on, en connaissance de cause, les refuser ?!

La France a déjà rapatrié 17 enfants entre mars et juin 2019. Des orphelins. On les appelle les petits revenants. Littéralement, ceux qui reviennent de l’au-delà. Ceux qui ont vécu en enfer. Pour les quelques centaines restants, l’attitude du gouvernement est scandaleuse : c’est au cas par cas. Qui décide que cet enfant a le droit d’être sauvé et celui-là non ?! Comment une attitude aussi abjecte peut-elle être adoptée ? Où sont passées nos valeurs républicaines, brandies tant de fois par nos politiciens ??? Je ne sais pas qui se cache derrière cette opinion publique mais je veux croire qu’elle est autre, que la majorité des Français est d’accord pour sauver ces enfants. Qu’on ne s’y trompe pas. Ces enfants me font peur aussi. Evidemment. Mais pas à cause d’un supposé endoctrinement. Pour être endoctriné, encore faut-il avoir la faculté de comprendre la doctrine. Comment voulez-vous qu’un enfant de 5 ans la comprenne ? Non, ces enfants me font peur car ils sont marqués par la guerre, et que la guerre fait peur. Je me demande s’il est possible de les sauver. Mais je ne comprends pas que le gouvernement ne veuille pas essayer. Et plus ces enfants restent dans ces camps, plus ils sont meurtris, plus la voie de la guérison sera longue et ardue.

Et si l’argument humanitaire ne porte pas, il y a autre argument, plus pragmatique. Qui considère comme une victoire ce vivier d’enfants traumatisés par la guerre et abandonnés par l’occident ? Qui espère les récupérer pour en faire des enfants soldats ? L’inaction de l’Occident est une victoire de Daesh. L’occident aura sa part de responsabilité dans les attentats de demain… comme pour tous ceux déjà commis non ?

L’actualité, hélas, n’est pas à la fête. Avec l’offensive turque, le 9 octobre, les forces kurdes sont affaiblies. Quel terreau fertile pour Daesh !

Alors, cher gouvernement, que fait-on ? Qu’attend-on pour sauver ces enfants et juger leurs mères – comme leur nationalité implique que c’est cette procédure qui devrait paraître normale. Dites-moi où sont allées se cacher nos valeurs républicaines, que nous puissions aller les chercher.

Cet article ne traite que des ressortissants européens. Ces enfants ne sont pas les seuls à avoir besoin d’être sauvés – loin de là ! Mais j’ai fait le choix de ne parler que d’eux parce que je ne veux pas m’engouffrer dans un sujet que je ne maîtrise pas du tout et que je sais très complexe. J’ai fait ce choix parce que, pour ses enfants français, leur rapatriement me semble être juste une évidence, comme étant la chose à faire.

Commentaires

9   Commentaires Laisser un commentaire ?

Virg

Merci pour cet article. J’écoute très peu les infos, j’avais entendu celle-là et leur rapatriement m’avait paru évident. J’apprends donc en te lisant que ce n’est pas le cas. Ça m’interroge beaucoup. À mon sens, lorsqu’il s’agit d’enfants, la réflexion politique n’a aucune place. En plus, si on veut parler de danger futur, les orphelins, s’ils ne sont pas hyper suivis psychologiquement, seront plus dangereux. N’ayant plus de référent, soit ils idéaliseront leurs défunts parents, soit ils culpabiliseront de leurs méfaits alors qu’un enfant qui rentre avec sa mère verra la justice appliquée, et quelqu’un pourra lui raconter.
Je soutiens totalement ton propos.

le 03/12/2019 à 08h32 | Répondre

Marta

Je pense que tous les enfants méritent d’être sauvés et d’être heureux.
Mais dans ton résonnement il y a pas mal de chose qui m’interpellent:
– pourquoi sauver ces enfants là sous prétexte qu’ils sont européens ? Les petits syriens méritent tout autant de sortir de l’enfer ! (et en poussant un peu plus, tous les enfants qui meurent de faim, sont persécutés, enrôlés dans l’armée… devraient être sauvés.)

– Il y a plein d’enfants qui ont plus de 6 ans. Le conflit ayant débuté en 2011, ceux qui y sont arrivés petits sont maintenant des ados. Et les ados, on les rapatrie aussi ? Malgré ce qu’ils ont vu, l’endoctrinement qu’ils ont peut être subi…
Sachant qu’il y a souvent des fratries, peut on dire aux petits: « abandonnez vos grands frères et sœurs sur place car eux à 8-10-15 ans, ce ne sont plus des enfants et ils vont donc rester là bas » ?

– On fait quoi des enfants après leur retour ? Certes, certains ont de la famille en Europe mais c’est cette même famille qui soit n’a pas su convaincre leur parents de rester, soit n’a pas vu leur mal être, soit les a pousser à partir. Je ne suis pas sûre que ca serait toujours un bon choix pour ces enfants. Et les familles d’accueil, si tenté qu’on en ait assez ne sont pas équipées pour prendre soin d’enfants avec un tel passif. Et je ne pense pas qu’ils soient non plus à leur place dans un orphelinat classique.
Comment on les déconditionne si besoin ? Que ca soit de l’idéologie pour les plus grands, ou de la peur et de la violence pour les plus jeunes ? Et que fait on des droits parentaux des parents radicalisés qui seront rapatriés et emprisonnés ?

Je pense donc que c’est un peu plus compliqué que de juste envoyer un avion sur place.
Par contre, je maintiens que je voudrais trouver une solution pour sauver tous les enfants, français ou non, en Syrie ou non.

Pour ce qui est des mamans prêtes à se sacrifier en allant en prison pour que leurs enfants aient une meilleure vie, je ne te suis pas du tout. Elles ont l’idée plus que stupide de partir en emmenant leurs enfants (pour une bonne partie) ou de partir faire un enfant là bas, sans se préoccuper de leur sort. Et elles veulent rentrer parce qu’elles ont compris que les prisons européennes sont bien plus sympathiques (malgré tout) que la vie libre là bas et qu’elles y risqueront moins leur vie.
(Je ne dis pas qu’il faut forcément les laisser là bas, mais je ne les vois pas en mère-courage.)

le 03/12/2019 à 10h22 | Répondre

Camomille (voir son site)

Je vais essayer de répondre à tes questions tel que je le conçois (je peux me tromper)
– c’est un choix assumé que de ne parler que des enfants français. Les autres aussi ont besoin d’aide, c’est une évidence. Mais le sujet est complexe et me dépasse largement.
– il n’y a pas « plein » d’enfants qui ont plus de 6 ans : la majorité ont 6 ans ou moins. D’une part parce que bcp d’enfants meurent. D’autre part parce que ces enfants sont nés là-bas. Mais, quelque soit leur âge, ces enfants ont besoin d’aide. Et plus ils sont grands, plus ce sera difficile.
– Les enfants, après leur retour, ont besoin d’être suivis. Ce sont des enfants de guerre, avec les traumatismes y afférents. Il ne s’agit pas de leur mettre un avion et de les laisser se débrouiller ensuite. Mais, dans la mesure, où ils ont une famille proche en France qui est prête à les aimer, à les accompagner, j’ai l’utopie de penser que cela facilite la réinsertion.
Pour le mères, je pense que la majorité d’entre elles sont conscientes de la connerie qu’elles ont faites. Et si elles veulent sauver leur peau – en allant dans les prisons françaises – elles veulent surtout et avant tout sauver leurs enfants.

le 03/12/2019 à 12h51 | Répondre

Virg

Pour ma part, je me garderai bien de porter un jugement si réducteur sur les familles restées en Europe. C’est bien le drame de tout parent de devoir admettre qu’il n’aura pas la main sur toutes les influences que vivront leurs enfants. Comme les parents d’enfants drogués, alcooliques, délinquants… on ne voit pas toujours venir, surtout pendant la période critique de l’adolescence. Je pense au contraire que chat échaudé craint l’eau froide, ils seront les plus à même de voir le danger et de vouloir le prévenir.

le 03/12/2019 à 19h20 | Répondre

Anne-Claire

Merci aussi pour cet article. Parce que oui, ça peut faire peur mais oui ils ne peuvent rien à tout çà…et la priorité devrait justement être de les sauver…

le 03/12/2019 à 12h05 | Répondre

Mélinda

Ça me rappelle les enfants mexicains détenus à la frontière des USA. Nos dirigeants prennent parfois des décisions totalement dépourvues d’humanité. Et ces enfants sont des sacrifiés, à la fois de la part de leurs parents et des gouvernements. Ils vont avoir besoin d’un sacré accompagnement… Dans l’idéal…

le 03/12/2019 à 12h34 | Répondre

Cricri2j

Je suis complètement d accord avec ton propos sur un sujet qui me hérisse depuis longtemps.
On aurait dû les sortir de là qui plus est au moment de l offensive turque en octobre.
J espère que nos politiques baissent les yeux quand ils se regardent dans le miroir…

le 03/12/2019 à 14h43 | Répondre

Viviane

Tu abordes un sujet très difficile. A l’évidence, des enfants ne peuvent être tenus responsables des fautes de leurs parents. Cependant, on voit bien dans les reportages (ex « Djihadistes de père en fils », passé sur Arte il y a 10 15 jours) le lavage de cerveau que des enfants subissent dans ces familles. Dans le reportage, un père, 8 fils, qui apprennent à 6 ans à égorger les oiseux, à jeter des pierres sur les filles, à chasser leur cousine qui sort dans la cour sans voile (à 2,5 ans…), et qui à 12 ans sont devenus des soldats du califats. Enfants victimes, mais aussi enfants soldats.
Par ailleurs, les mères se servent à l’évidence de leurs enfants comme d’un moyen de pression pour obtenir leur rapatriement. Le célèbre jugement de Salomon, ce sont deux femmes qui se disputent un même enfant, le roi Salomon propose de le trancher en deux, et la mère véritable décide immédiatement de le laisser à l’autre femme. Si on aime son enfant, on souhaite le tirer de cet enfer, fusse au prix d’une séparation. Les femmes du jihad sont considérées comme des fabricantes de combattants. Elles se marient au gré des morts avec comme but de procréer. Cela n’empêche pas que l’amour maternel puisse être présent, et dans tous les cas ces enfants sont des victimes, mais un rapatriement mérite toujours d’être murement réfléchi.

le 04/12/2019 à 18h28 | Répondre

Anne-Cécile

Bonjour, merci pour cet article ! Pour voir un peu le sujet «de l’intérieur», l’excellent podcast de France Culture «les pieds sur terre : ma fille sous influence, saison 2». Un épisode était notamment consacré aux témoignages de deux femmes parties rejoindre Daech, et toujours en Syrie (respectivement dans la clandestinité et un camp de réfugiés).

le 05/12/2019 à 12h30 | Répondre

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