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A la une / Récit de grossesse

Et si j’accouchais chez moi ?

Aujourd’hui, j’attaque un sujet polémique, l’accouchement à domicile.

Même pas peur. (En vrai, je compte sur la bienveillance qui règne dans cette communauté pour que les critiques soient constructives et respectueuses… On essaie ?)

Je vais donc accoucher cet automne de mon premier enfant, aux Pays-Bas.

Si en France on commence à attendre parler de plus en plus de l’AAD (petit nom d’initiés pour l’accouchement à domicile), ça reste quelque chose de marginal et ça ne concerne qu’environ 1% des naissances ; aux Pays-Bas, c’est juste normal.

Crédits photo : Jason Lander

Non toutes les néerlandaises n’accouchent pas chez elles, elles sont 20% environ à faire ce choix ET à pouvoir le faire. Mais ce n’est pas un choix alternatif, c’est considéré comme normal et ça ne choque personne… Elles seraient d’ailleurs 40 à 50% à l’envisager à la base (mais elles ne peuvent pas toutes le faire, on en reparle…)

Avant de te parler de mon cheminement, je vais donc essayer de te dresser un tableau de la perception de la grossesse et de l’accouchement ici.

(Petite note : je ne suis pas spécialiste de la question, ce que je rapporte, c’est mon expérience et ce que j’ai retenu de mes lectures).

La perception de la grossesse et de l’accouchement aux Pays-Bas

De par mon boulot, je rencontre pas mal de femmes françaises expatriées et elles ont été plusieurs à me demander « vous allez accoucher ici ? », « vous rentrez un peu en France pour le suivi ? ».
Bon, pondérons, une autre maman m’a dit « vous allez voir, c’est vraiment une belle expérience d’accoucher ici, en tout cas pour moi, ça a été vraiment merveilleux ».

Alors, qu’est-ce qui effraie – ou enthousiasme au choix – les mamans françaises dans dans la grossesse et l’accouchement aux Pays-Bas ?

Si on veut caricaturer, je dirais qu’en France, on s’attend toujours à ce que quelque chose se passe mal et on agit en fonction (principe de précaution poussé) alors qu’ici, on part du principe que c’est un processus naturel et que sauf signe(s) inquiétant(s), il n’y a pas de raison de s’en faire (ou d’en faire une maladie).

On fait donc ici une grande différence entre grossesse et accouchement pathologiques et grossesse et accouchement n’ayant pas besoin de recours médical.

Ça peut donc être déstabilisant pour des mamans qui ont déjà eu une grossesse et un accouchement en France de ne pas avoir par exemple, de test de la toxo, de dépistage du diabète, de toucher vaginal, tout cela tant qu’il n’y a pas de signes d’appel. Et alors l’idée que tu peux sortir deux heures après ton accouchement dans une maternité, ça a de quoi faire peur…

Mais remettons les choses dans leur contexte.

Tant qu’il n’y a rien qui pourrait inquiéter, on est donc suivi par un cabinet de sage-femmes composé de 3 ou 4 sage-femmes qu’on rencontre au cours du suivi de grossesse. Et l’accouchement sera avec l’une de ces sages-femmes (celle de garde), même si c’est fait en milieu hospitalier.
En fait, si on choisit d’accoucher en maternité alors qu’il n’y a pas d’indication à la médicalisation, on loue en quelque sorte une salle de naissance, on est accompagnée de sa sage-femme et on ne voit quasiment pas le personnel hospitalier.

À la moindre pathologie, pendant la grossesse ou autour de l’accouchement, on passe en médicalisé, c’est-à-dire qu’on peut avoir affaire à gynécologue et le suivi se fait à l’hôpital.

À savoir aussi, la plupart des femmes accouchent sans péridurale (elles sont 28% à la demander pour le premier enfant, et plus que 9% pour le deuxième). Un accouchement avec péridurale n’est plus considéré comme physiologique mais comme médicalisé et donc est suivi par l’équipe médical de l’hôpital.

Alors, les néerlandaises sont-elles plus résistantes à la douleur que les françaises ?
Je ne pense pas.
On peut bien sûr s’interroger sur l’héritage calviniste qui a peut-être laissé l’idée latente que nous sommes sur terre pour souffrir (ça fait rêver hein ?).
Mais je crois que l’explication est majoritairement autre. L’accompagnement n’est pas le même : ta sage-femme (une de celle qui t’a suivie pendant toute la grossesse) est là tout le temps avec toi, pour t’aider, t’accompagner, elle ne fait que des accouchements physiologiques, elle a donc l’habitude de les gérer et on ne te proposera pas dans tes moments de désespérance la péridurale tant que tu ne la demandes pas (si tu la veux ou au moins avoir la possibilité, il faut donc l’exprimer clairement – la peur des femmes expatriées de ne pas pouvoir l’avoir est fondée sur le passif, jusqu’à il y a quelques années, certaines maternités pouvaient ne pas avoir d’anesthésiste de garde pour les péridurales mais depuis 2008, la loi exige que les établissements répondent à la demande de péridurale dans l’heure qui suit).

À partir de mon expérience de la préparation à l’accouchement – j’ai choisi de faire du yoga prénatal (je t’en reparlerai) – on te prépare à accoucher dans la position que tu souhaites sur le moment et la position gynécologique n’est pas du tout encensé (comme dirait la dame qui nous a fait visiter les salles de naissance à la maternité : « vous voyez en dessous du lit des étriers qu’on peut ajouter mais on n’est pas dans un film américain, ça sert vraiment rarement ! »)

Et parlons du fait d’être renvoyée à la maison quelques heures après la naissance.
D’abord, ce n’est le cas que si tout s’est bien passé et que tous les voyants sont au vert.
Et ensuite, on ne te laisse pas sortir avec ton nouveau-né pour te lâcher dans la nature, tu bénéficies (c’est couvert en grande partie par l’assurance maladie) de la kraamzorg pour une semaine.

Qu’est-ce que la kraamzorg ? C’est une femme, entre infirmière, auxiliaire puéricultrice et auxiliaire de vie. Elle va passer une semaine à accompagner maman et bébé chez elle entre 6 et 8 heures par jour.
Elle va faire un certain nombre d’examens nécessaires (il y a en plus la visite de la sage-femme par deux fois si je ne me trompe pas), t’aider à apprendre à t’occuper de ton enfant (lui donner le bain, le changer, et cela avec ton matériel comme on est chez toi), t’accompagner pour l’allaitement si tu souhaites allaiter (elles sont formées pour ça) mais aussi s’occuper de ta maison : faire les lits, faire à manger, faire le ménage, s’occuper de ton ainé si tu en as un… C’est un soutien à domicile et les retours que j’ai eus sur ce système sont quasiment toujours hyper positifs.

Pourquoi envisager d’accoucher chez moi ?

Il a été assez clair rapidement pour moi que je voulais un accouchement le plus physiologique possible.
J’ai beaucoup lu et il y a tout un tas d’arguments pour accoucher naturellement…

Mais celui qui me pousse vers ce choix est avant tout simple et assez égoïste : je souhaite vivre cette aventure-là pleinement.
J’aime l’aventure et les expériences et celle-ci me semble particulièrement intéressante. J’ai envie de ressentir chaque sensation (même douloureuse) du processus de naissance de mon enfant. C’est aussi basique que ça, quelque chose comme de la curiosité. M’inscrire dans la continuité de toutes ces femmes qui ont mis au monde leur enfant naturellement pendant des siècles.
En sachant bien qu’on ne sait jamais comment un accouchement va se dérouler et qu’en cas de danger pour mon bébé ou pour moi, je serai heureuse de vivre à une époque et dans un pays où on peut sauver des vies en cas de complications diverses et variées.
Ne te trompe pas, je pense vraiment que les progrès médicaux ont été une vraie avancée pour les naissances, il n’y a qu’à regarder la baisse du taux de mortalité infantile. En voulant accoucher le plus naturellement possible, je ne refuse pas la médecine,  je décide simplement d’y faire appel qu’en cas de besoin vital.

À partir de là, accoucher aux Pays-Bas est une bénédiction, car où que ce soit (à domicile ou en milieu hospitalier), je sais que ma démarche sera comprise, respectée et accompagnée.

Alors pourquoi vouloir « prendre le risque » d’accoucher à la maison ?

D’abord, je fais totalement confiance au système de ce pays. Le taux de mortalité infantile n’est pas plus élevé qu’en France. Et le système est fait pour évaluer au maximum les risques.
Pour pouvoir accoucher à domicile avec sa sage-femme, il faut qu’il n’y ait été détecté aucun risque. Si un voyant passe à l’orange, avant, pendant ou après l’accouchement, le transfert à l’hôpital est organisé.

De plus, j’aime l’idée de faire « à la néerlandaise », de prendre part à cette tradition de naissance à la maison. Mon mari est né dans la maison que ses parents habitent encore aujourd’hui…

Ensuite, j’ai beaucoup lu sur l’accouchement physiologique et ce qui peut faire que l’on le vit bien. L’environnement peut jouer un grand rôle : pour pouvoir écouter son corps, prendre les positions qui vont aider le travail, il faut pouvoir se sentir en sécurité, sans perturbation pour se mettre dans sa bulle… Un environnement familier est alors d’une grande aide.

Enfin et surtout, la plus grande raison qui me donnait envie d’accoucher à la maison, c’est l’idée de devoir aller à la maternité pour quelques heures (si tout va bien. Au moindre doute, ils gardent maman et bébé ; d’ailleurs en cas de recours à la péridurale, on reste ensuite 12 heures minimum).

Ce qui veut dire :

  • Devoir prendre la voiture en plein travail. Donc devoir gérer les contractions assise, prise dans la ceinture pendant 15 minutes minimum (le temps de chez nous à la maternité).
  • puis après, mettre mon bébé dans un siège-auto si petit alors que j’aurai (sans doute) seulement envie de le garder tout près de moi.

Vraiment, c’est ce détail là qui faisait le plus pencher la balance pour moi, rapidement dans ma grossesse, je me suis dit : « accouchons à la maison, chez moi, dans mon environnement, ça me parait beaucoup plus simple »…

Même si je me suis aussi dit qu’il fallait être capable d’envisager toutes les possibilités car on ne sait jamais comment ça va se dérouler.

Je reviens donc la prochaine fois te parler plus en détails de mon projet de naissance…

Et toi, tu as déjà envisagé d’accoucher chez toi ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com