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A la une / Vie de maman

Être mère

Comme je te l’avais dit dans mon deuxième article, avant de rencontrer le comte bleu, je ne voulais pas d’enfant. Alors que je te raconte depuis maintenant plusieurs mois notre longue attente et la précieuse petite vie dont nous sommes désormais responsables.

Je ne voulais pas d’enfant parce que petite, j’étais convaincue que la maternité n’étais pas pour moi, oui tout à fait, à même pas 6 ans. Et puis j’ai grandi mais cette idée ne m’a pas quittée. Je voulais être indépendante, avoir une carrière professionnelle fulgurante, et je n’avais ni envie d’être responsable d’un petit être ni envie d’accoucher. C’est bien connu, l’accouchement n’est pas une partie de plaisir. Et toute mon attention s’est longtemps focalisée là-dessus (tu noteras qu’une fois enceinte de petit miracle, outre les appréhensions normales, je n’avais absolument pas peur de le mettre au monde, ni de la douleur). Je répétais donc à toute ma famille que je ne voulais pas d’enfant ou que si l’envie m’en prenait je me lancerais dans l’adoption. Et c’est drôle mais personne n’a jamais contesté mon choix. Personne n’a jamais essayé de me faire changer d’avis (et tant mieux, ça prouve que j’ai une famille géniale non ?). J’étais donc sûre de moi et je n’y pensais plus au moment où j’ai rencontré mon capitaine. A ce moment-là, j’étais plongée dans mes études et j’avais tout juste 20 ans. Puis j’ai rencontré les 5 frère et sœurs du comte. Puis j’ai imaginé ma vie avec lui. Je me suis vue âgée, à ses côtés. Je me suis demandée ce que nous allions construire et ce que j’aimerais avoir accompli au crépuscule de ma vie. Comme une évidence, je nous ai imaginés avec des enfants. Oui « des », même pas juste un, plusieurs. D’ailleurs très vite nous avons parlé de futur et le comte bleu m’a dit qu’il rêvait d’avoir au moins 3 enfants. Même pas peur ! Une chose avait changé, un point monumentale dans ma réflexion : ce n’étais pas juste des enfants, mais SES enfants.

Crédits photo : Janko Ferlic

Lorsque nous nous sommes mariés, durant notre préparation, nous avons évidemment abordé la question des enfants. Mais c’était encore conceptuel pour moi. Et comme je te l’ai raconté, lorsque nous avons enfin lancé l’aventure, les choses n’ont pas été aussi évidentes que prévu. J’avais passé les deux tiers de ma vie à ne pas vouloir d’enfant et soudain j’ai ressenti une tristesse infinie, indescriptible à l’idée de ne jamais être maman. C’est devenu viscéral, j’avais le sentiment que nous étions incomplets et que sans enfant, nous ne formions pas vraiment une famille. J’avais un besoin animal de transmettre quelque chose, pas seulement d’engendrer physiquement mais de laisser un héritage. Bref, je voulais un enfant et j’ai compris à ce moment-là que nos petits n’étaient pas un dû mais un don.

Et petit miracle s’est installé, alors qu’on m’avait dit que ce n’étais pas possible sans aide médicale, que je me sentais couler et que pour une fois dans ma vie je ne maîtrisais rien. J’ai mesuré immensément le cadeau que la nature ou Dieu me faisait, nous faisait. Je me suis surprise à craindre pour un petit être que je ne connaissais pas, à sourire bêtement à chaque coup de pied, à me priver de mes aliments préférés comme si ma propre vie en dépendait, à culpabiliser sans borne pour le moindre écart même s’il n’était pas de mon fait (coucou la visite professionnelle à côté d’un émetteur d’ondes 4 fois grand comme moi !). Je n’ai pas hésité à rester allonger scrupuleusement pendant 1 mois pour lui permettre de profiter au maximum de la couveuse naturelle que j’étais pour lui. J’ai compté les jours avec la conscience exacerbée que je faisais mon possible mais que la nature déciderait sans moi. J’ai adoré cette période où j’étais le centre de l’attention avec mon gros ventre et pourtant j’en ne pensais qu’à lui, c’était lui le point de mire de mon attention.

Et il est arrivé, une nuit, ou plutôt à l’aube d’un dimanche d’été et j’ai compris que je n’avais jamais su ce que l’amour signifiait. J’aime mes parents, j’aime mon mari, j’aime mes proches. J’ai une grande tendresse pour eux, je suis prête à beaucoup de choses mais s’il me fallait un jour me sacrifier pour eux, mon instinct de survie deviendrait sûrement un sacré obstacle. Alors que ce petit être, à peine posé dans mes bras a déclenché en moi un raz de marée, une sensation inconnue jusqu’à présent. Un amour sans limite, dont je n’avais jamais imaginé l’existence, un monde d’émotion complètement nouveau. Pour lui, je suis prête sans hésiter et sans mentir à donner ma vie.

Depuis que je suis sa mère je me suis affirmée, j’ose. Pas parce qu’il me donne une force particulière, enfin pas seulement, mais parce que pour lui je suis prête à oublier ma timidité, mes limites, mes craintes. Parce que je veux qu’il soit bien, qu’il soit en sécurité et que je me fiche pas mal de paraître ridicule ou d’être trop entreprenante. On est jamais « trop quelque chose » quand il s’agit de sa chaire.

Depuis que je suis sa mère, je me mesure chaque jour le miracle qu’il est et je ne cesse de me demander comment deux cellules ont pu arriver à ce mini-être humain qui voit, entend, apprends, comprends, évolue à une vitesse folle. Je m’émerveille de voir que ce petit bébé a l’air de comprendre déjà tant de chose et a déjà sa propre personnalité.

Depuis que je suis sa mère, les faits divers qui concernent les enfants me sont insupportables, et je peux pleurer devant un article témoignant du combat de certains parents.

Depuis que je suis sa mère, je regarde différemment la mienne, je la comprends mieux et je l’en aime plus.

Depuis que je suis sa mère, je suis incapable de prendre rationnellement les événements qui le concernent. Je passe mes journées à me demander ce qu’il ressent, s’il est malade je deviens folle, s’il me sourit mon cœur explose. J’en pleurerais parfois de ce trop-plein d’amour auquel je n’étais pas préparée. Une petite boule d’émotion se niche parfois sans prévenir au creux de la gorge rien que de penser à lui. Avec lui je ressens tout à la puissance mille, et je ne sais (presque) plus ce que je faisais de mes journées avant lui (et je ne comprends pas comment je peux avoir couru partout dix fois plus qu’avant et avoir l’impression de n’avoir rien fait le soir !). J’ai encore besoin de me concentrer pour ne pas me laisser happer par lui.

J’espère qu’un jour je me retournerais sur ma vie aux côtés du comte Bleu et que nous n’aurons même plus besoin d’étirer les lèvres pour faire apparaître ces petites rides au coin de nos yeux parce qu’à force de rire et de sourire du bonheur que petit Miracle représente (et qui sait, peut-être aussi ses frères et sœurs !) elles seront gravées définitivement sur nos visages.

Toi aussi tu as eu droit au tsunami d’émotion ? Tu étais déjà émotive avant ou la maternité t’a transformée ?

A propos de l’auteur

Mariée (et folle amoureuse) à mon capitaine depuis mai 2014, je suis ingénieure et architecte (parce que je n'aime pas faire les choses simplement !), addict aux DIY en tous genres (cuisine, dessin, couture, bricolage, écriture...) et maman d'un petit Miracle arrivé fin août 2017 et qui a su rendre son entrée dans nos vies épique !