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A la une / Témoignage

Mon expérience de l’allaitement

Comme je l’ai abordé rapidement dans mes précédentes chroniques, j’ai choisi d’allaiter petit koala. Je vais revenir sur cette expérience avec toi. Tu ne liras pas ici d’argument pour ou contre l’allaitement, juste mon avis personnel basé uniquement sur ce que j’ai vécu.

Crédit photo (creative commons) : Alfonso Cerezo – Pixabay

Allaiter mon bébé prématuré

Au début, j’avais décidé de ne pas décider. Je voulais tenter la tétée d’accueil et voir ensuite comment ça se passait. Dans ma tête, je voulais à tout prix ne pas me mettre de pression à ce sujet.

La naissance prématurée de petit koala a tout bouleverser. Un bébé prématuré ne peut être nourri qu’au lait maternel les premiers temps, surtout s’il est né avant 34 SA. En effet, son système digestif n’a pas encore la maturité nécessaire pour digérer du lait autre que maternel. Alors on encourage les mamans à le faire (encore plus que pour un bébé né à terme). De toutes façons, pour moi c’était évident que je l’allaiterais une fois que j’ai accouché. C’était le minimum que je pouvais faire.

Pour bien mettre en route l’allaitement il faut exprimer la lactation dès que possible. La meilleure solution pour cela, c’est d’avoir le bébé à proximité pour qu’il stimule le sein en tétant. Quand le bébé est hospitalisé c’est évidement plus compliqué. Et pour peu que la maman soit en état de choc suite à l’accouchement, ce délai peut être rallongé. Dans mon cas, j’ai dû attendre 48h avant de pouvoir commencer à exprimer au tire-lait ma montée de lait. Comme toutes les mamans tire-allaitantes, je m’appliquais bien à le faire toutes les 3h, en essayant d’être sur les heures de nourrissage de ma fille. Le tirage le plus important est celui de la nuit, car c’est là que la production de lait est la plus importante. Les premières stimulations sont hyper douloureuses, je ne te le cache pas. On a testé plusieurs tire-laits avant de trouver celui qui me convenait le mieux, en plus de tester plusieurs téterelles pour réussir à trouver celle adaptée à mon mamelon. Difficile de lancer un tire-allaitement également quand on n’a pas vraiment une intimité optimale, et encore plus quand on est stressée et épuisée.

Malheureusement pour moi, je n’ai pu expérimenter le tirage de nuit que quelques jours. J’ai une maladie génétique qui fait que je suis naturellement affaiblie. Alors, imagine, après ma grossesse épuisante et mon accouchement, rajouter 2 tirages en milieu de nuit, c’était suicidaire. Je n’arrivais pas à récupérer, et j’entrais dans un cercle vicieux où mes constantes ne remontait pas du tout. A J7 post accouchement, j’étais dans le même état que le lendemain pratiquement. Mon équipe médicale m’a alors demandé d’arrêter le tirage de nuit car quoi de mieux que le sommeil pour aider l’organisme à récupérer. Oui, il y avait un risque que ça fasse baisser ma lactation, mais, la balance bénéfice-risque penchait plus pour cette option : moins fatiguée, j’arriverais à avoir plus de lait au tirage du matin, et surtout, mon corps aurait plus de force pour régénérer des globules rouges. Je suis une tête de mule donc au départ je me suis formellement opposée à cette option, mais quand j’ai compris que jamais je n’arriverais à avoir mon autorisation de sortie sans ça, j’ai accepté. Je faisais donc mon dernier tirage du jour à 22h, et le premier de la journée le lendemain à 6h du matin. Et je dois avouer qu’ils avaient raison. En à peine 2 nuits je me suis sentie mieux.

Il m’a fallu 2 jours avant d’obtenir ma montée de lait grâce au double pompage, puis j’ai rapidement réussi à tirer entre 80 et 100ml de lait à chaque fois. Comme ma fille ne buvait pas beaucoup, cela faisait de sacrés stocks, ce qui m’a permis de quitter la clinique l’esprit tranquille puisque je savais qu’ils avaient assez de mon lait pour quand je n’étais pas là. En effet, quand le lait est tiré sur place, il peut être donné directement au bébé, tandis que s’il est tiré à l’extérieur, il doit passer par le lactarium pour des analyses avant. Le lait met donc facilement 4-5 jours avant de revenir à la néonatalogie.

Après ma sortie, j’ai donc privilégié au maximum le tirage sur place à la néonatalogie. Après l’alimentation de petit koala, j’allais tiré mon lait pendant 20 min, et bien sur toutes les 3h (puis toutes les 3h30).  A la maison, je tirais au même rythme, mais je stockais mon lait au congélateur pour pouvoir le conserver et l’utiliser plus tard (et ça me permettra de donner exclusivement du lait maternel à ma fille pendant un moment).

L’apprentissage de la tétée

A partir de 30 SA, un fœtus peut déjà être capable de téter, dans le sens « avoir des tétées nutritives ». Mais bien évidement, comme pour tout, cela dépend beaucoup de l’enfant lui-même. L’apprentissage de la tétée est autant pour la mère que pour l’enfant. D’un côté, on a un nouveau-né qui doit apprendre à coordonner succion-déglutition-respiration, de l’autre on a une maman qui doit se faire confiance, oser tenir et manipuler son tout petit bébé sans crainte. Il faut trouver la position qui convient à tous les 2, et surtout, surtout, ne pas se décourager au départ.

Dans la région Rhône-Alpes, l’ARS a mis en place un dispositif qui s’appelle la fleur de lait afin de favoriser l’allaitement des prématurés. Comme son nom l’indique, c’est une fleur qui présente 6 pétales représentant 6 grands repères nécessaires pour évaluer l’évolution de l’allaitement. Chacun de ces repères est divisé lui-même en plusieurs niveaux, et à chaque fois qu’on se rend compte qu’un niveau est atteint, on colorie cette partie. La finalité est bien évidement d’avoir une fleur complètement coloriée.  Certaines parties vont se remplir plus vite que d’autres, et cela permet de voir vers quoi il vaut mieux accentuer les efforts pour que tout se passe pour le mieux. Chez nous, le top c’était le pétale du « nombre de mouvement de succion » et le flop c’était les « salves de succion » et la « déglutition ».

Crédit: Photo perso

Petit koala a très vite été mise au sein. A J9, on a fait les premières tentatives où elle s’enfouissait bien. Par contre, elle n’arrivait pas à se coordonner. Elle arrêtait systématiquement de respirer au début, ce qui me paniquait car je pensais que c’était du à la grosseur de mon sein (un bon 115F sur la tête d’un préma, y a de quoi flipper). J’ai voulu abandonner rapidement, mais j’ai été soutenue et encouragée par l’équipe, ce qui fait qu’on a réessayé encore et encore, jusqu’à ce qu’elle arrive à se coordonner et même à déglutir parfois. On y est allé à notre rythme, en testant plusieurs positions en ayant en plus la contrainte d’un gros reflux gastro-œsophagien. Je ne me suis pas opposée au biberon, même si je savais que c’était plus simple pour elle (ou plutôt parce que je savais que c’était plus simple pour elle) et que ça pouvait là aussi mettre en péril mon allaitement, mais je voulais surtout qu’elle soit vite débarrassée de sa sonde de gavage. Et comme elle avait mon propre lait au biberon, ça ne me dérangeait pas du tout.

Au total, il aura fallu 2 mois et demi avant que petit koala n’arrive à avoir des vraies tétées nutritives. Sa position favorite pour être au sein était celle du koala (elle porte bien son surnom), jusqu’à ce qu’on traite son RGO et qu’elle préfère celle de la madone inversée. Et le temps qu’elle prenne bien le sein, on a jonglé avec le lait tiré et du lait artificiel épaissi (mais ça, je t’en parlerai une autre fois).

Mon ressenti

Avoir son bébé au sein est quelque chose de fabuleux. Je suis convaincue qu’avoir donné mon lait à ma fille lui a été vraiment bénéfique. Mais je n’ai pas aimé allaiter (et là, c’est un euphémisme que j’emploie). Je ne me suis jamais épanouie dedans et n’ai jamais ressenti de bouffée d’amour fou d’avoir mon bébé au sein. En plus du côté prématurité, il a fallu gérer le RGO. J’ai eu beau rencontré plusieurs consultantes en lactation, elles ont a chaque fois été infantilisantes, estimant que je ne mettais pas assez de cœur et de volonté pour que mon allaitement fonctionne, notamment pour le tirage de nuit que je ne voulais pas remettre en place. Je me suis sentie incomprise quand j’ai choisi de mettre en pause le lait maternel pour du lait épaissi le temps de soigner le RGO et l’œsophagite de mon bébé, et n’eut été les encouragements et les mots de ma pédiatre, je pense que j’aurais lâché l’affaire à ce moment là.

Mais en plus, après tous mes efforts, toutes ses longues semaines d’acharnement, au moment où je pensais le plus dur derrière moi, ma fille a décidé du jour au lendemain de ne plus prendre ni mon sein, ni mon lait. Et ça, ça a été une douche froide. Je m’en suis très longtemps voulu car je me suis dit que j’avais obtenu ce que j’avais cherché en lui donnant du biberon et une tétine, et qu’on n’arrêtait pas de me dire « c’est sur qu’elle a fait une confusion ! ». Aujourd’hui, je suis convaincue qu’elle n’a pas fait de confusion. Elle voulait juste autre chose. Elle avait commencé a diminué de plus en plus ses quantités de lait d’elle-même. Elle a juste voulu me faire comprendre qu’elle était prête pour l’autre étape. Mais voilà, quand ton bébé n’a que 4 mois quand ça arrive, qu’on te rabâche que la diversification ce n’est pas avant 6 mois normalement et de ne pas céder, que t’es une jeune maman en pleine dépression qui tenait justement à allaiter jusqu’à 6 mois au moins, c’est rude.

Quand je repense à mon allaitement, je ne pense pas aux câlins avec ma fille, non je repense à ces 2 mois et demi de bataille pour qu’elle tête efficacement. Je repense au nombre de fois où on m’a dit « ben non tu n’allaites pas, tu tires juste ton lait comme une vache ». Je repense à mon bébé qui pleure parce que mon lait lui fait mal au ventre en remontant. Les beaux souvenirs, j’en ai que très peu et ils ne sont pas suffisants pour faire pencher la balance.

Je ne souhaite donc pas renouveler l’expérience (hormis bien sûr si on repasse par la case prématurité). Je sais bien que chaque grossesse, chaque accouchement, chaque enfant et donc chaque allaitement est différent, mais je suis tranquille avec ce choix qui est mûrement réfléchi. Et plus le temps passe, plus je suis convaincue que ce choix m’apportera plus de sérénité. Je suis souvent incomprise quand je le dis, et très souvent, on essaye de me faire changer d’avis, ce que je ne comprends pas. Je connais les 2 côtés et les bienfaits de l’allaitement pour un bébé. Mais ce n’est pas pour moi et je crois en l’adage qui dit mieux vaut un bébé nourri au biberon heureux qu’un allaitement malheureux. Je ne demande pas qu’on soit d’accord avec moi, mais juste qu’on respecte mon choix, tout comme je respecte celui de n’importe quel allaitante.

Et toi, comment s’est passé ton allaitement ?

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b