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A la une / Témoignage

J’ai vécu une expression abdominale lors de ma première grossesse

Et je l’ai compris que lors de ma seconde grossesse de par mes lectures !

Allez je t’explique ce que s’est passé, et pourquoi ce n’est pas un geste anodin ni très recommandable. Oui,  je n’ai pas peur de m’exprimer de manière « un peu forte » : l’expression abdominale est une forme de violence gynécologique.

Qu’est-ce que l’expression abdominale ?

Cette technique a pour objectif d’accélérer l’accouchement au moment de la poussée, en particulier lorsque le bébé est bloqué dans le bassin. En pratique, ça marche comment ? L’équipe médicale présente va pratiquer une pression importante sur le fond de l’utérus. En clair, on appuie très fortement sur le ventre. J’ai lu des témoignages très glauques où parfois une personne pouvait carrément s’assoir sur la future maman ?!

En me documentant un peu, la pratique est jugée aujourd’hui inefficace et présente des risques. Ainsi la Haute Autorité de Santé l’a interdite depuis 2007, et met en avant que malgré tout, si une expression abdominale doit être faite pour des raisons très précises, celle-ci doit être inscrite dans le dossier médicale. En effet, cette technique reste tolérée dans certaines situations. Tout est très bien expliqué ici si tu veux plus d’informations. Tiens, bizarre ? Il n’y a rien d’écrit dans mon compte-rendu d’accouchement.

Quoiqu’il en soit, certaines études démontrent que cette pratique est encore largement utilisée par les maternités. Presque une naissance sur cinq (étude du CIANE de mars 2014). Je comprends que bien souvent l’équipe médicale préfère y avoir recours afin d’éviter une césarienne. Du moins, c’est la principale justification que j’ai trouvée dans mes recherches. Alors que parallèlement, la Haute Autorité de Santé semble expliquer qu’au lieu de l’expression abdominale, il faut mieux privilégier une aide instrumentale ou une césarienne. Belle incohérence !

Les conséquences éventuelles de cette pratique

Ce n’est pas pour rien si la Haute Autorité de Santé l’a interdite. Il y a de réelles complications qui sont certes limitées mais qui existent. En premier lieu, psychologiques. Pour l’avoir vécu, c’est relativement violent (et encore je crois que j’ai eu le droit à la formule « soft »). Ensuite, il a bien évidemment des risques médicaux. Pour la maman, il y a bien sûr à court terme des douleurs abdominales, des bleus, plus gravement des fractures des côtes, des déchirures diverses… et SURTOUT des lésions périnéales. Sur le long terme, le problème peut être clairement la descente d’organes. Glamour !

Pour le bébé, les conséquences semblent plus limitées ? Dans tous les cas, je pense que ce n’est sans doute pas agréable pour lui d’être poussé, et que des risques existent forcément, puisque ce n’est pas naturel.

Pixabay – SharonMcCutcheon

Mon vécu

Comme je le disais en introduction, j’ai compris beaucoup plus tard suite à mon accouchement que l’équipe médicale y avait eu recours.

Petit Prince était bien bloqué dans mon bassin et après pas mal de poussées (1 heure tout de même !), l’infirmière et la puéricultrice sur ordre de la sage-femme se sont mises à deux pour appuyer sur mon ventre. Avec la péridurale, c’était désagréable et je me suis sentie « très compressée » mais je ne souffrais pas. Cependant, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. J’ai trouvé cela très étrange, et je me demandais pourquoi ? Avec les 24 heures de travail en amont, je n’ai pas réalisé,  et je n’ai rien dit, alors qu’à aucun moment, on ne m’a expliqué ce qui se passait, ni demandé mon autorisation.

Au final, la démarche n’a servi à rien du tout, car mon fils est sorti en deux poussées avec des forceps… Je me demande si la sage-femme avait réellement averti le gynécologue de garde de cette prise d’initiative ?

Mes conséquences et l’anticipation pour ma seconde grossesse

Avant même de savoir que cette pratique était déconseillée, j’en gardais un souvenir douloureux, car oui, psychologiquement, cela reste un souvenir douloureux.

Pour résumer, les conséquences à mon niveau et au niveau de mon fils, je te partage un extrait de mon projet de naissance pour mon second bébé, car oui, maintenant je sais et on ne pourra plus me prendre au dépourvu, moi, jeune maman naïve qui faisait confiance au corps médical pour sa première grossesse… En y repensant, j’avais l’impression que je poussais « mal » et c’est peut-être pour cela que je n’ai rien dit lorsque l’acte a été pratiqué. C’est très intime de partager avec toi ces quelques lignes, mais je pense que c’est encore le meilleur moyen d’exprimer mon ressenti.

Voici l’extrait :

Ne pas me faire pousser de manière démesurée et pendant une durée trop longue. Pour mon fils auné, j’ai poussé pendant plus d’une heure, alors que celui-ci était bloqué dans mon bassin. L’équipe médicale présente (la sage-femme / la puéricultrice et l’infirmière) a pratiqué une expression abdominale sans me demander mon consentement. Rien ne m’a été expliqué et j’ai été perturbé par ce geste; et ce d’autant plus, que l’intervention ensuite de mon gynécologue par forceps a permis de libérer mon fils en deux poussées. Cette pratique m’a probablement abîmé physiquement (rééducation périnéale longue); et surtout, mon fils est né avec une atrophie d’un muscle du cou et un torticolis congénital que nous avons mis plusieurs mois à résorber. Je ne sais pas si cela est lié, mais dans tous les cas, je n’aimerai pas refaire souffrir mon bébé à venir inutilement avec des manœuvres non expliquées, pas forcément justifiées et non autorisées par la Haute Autorité de Santé.

Alors à toutes les mamans, surtout les primipares, vous avez le droit de refuser ce geste et même de l’anticiper en l’écrivant dans un projet de naissance si vous en faites un. Je pense que l’écrire clairement fera aussi prendre conscience à l’équipe médicale des souhaits et attentes, et c’est important de communiquer. A l’époque, je n’ai rien dit car je ne savais pas et en tant que primipare, je crois qu’on est parfois un peu trop spectatrice de son premier accouchement ou trop dans le « feu de l’action » pour réagir.

Une bonne équipe médicale doit expliquer et dialoguer avec la maman, et c’est ce que je reproche à ce grand hôpital parisien qui m’a accouché. En me mettant à la place des soignants, je comprends qu’ils ont fait un choix qui les sécurisaient peut-être mais à aucun moment, on aurait du me l’imposer et me le pratiquer sans me demander mon autorisation / me l’expliquer, et ce d’autant plus que ce n’est pas écrit dans mon dossier médical. Forcément il n’y a eu à aucun moment une urgence vitale pour moi et mon bébé, donc ce geste était-il vraiment justifiable ? 

Et pour finir, j’ai investi dans ce petit livre qui me permet de m’aider un peu et d’anticiper ma rééducation périnéale post-grossesse : Six semaines après bébé de Bernadette de Gasquet. C’est ma manière à moi de me rassurer un peu en plus d’en parler lors de ma préparation à l’accouchement avec ma sage-femme. Oui parce que psychologiquement pour cette seconde grossesse, je n’ai pas peur vraiment de la douleur, d’une déchirure… mais bel et bien de pousser maintenant.

Et toi, as-tu déjà été confrontée à l’expression abdominale ou tout autre manœuvre non naturelle sans explications et demande de consentement ?

A propos de l’auteur

Je suis la maman de Petit Prince né en 2015 et de Petit Poussin né au printemps 2019. Après deux grossesses bien surveillées, j'assume pleinement ma vie professionnelle avec le soutien sans faille de mon mari et beaucoup de flexibilité & d'organisation. Depuis un peu plus d'un an maintenant, nous avons quitté la région parisienne pour vivre dans l'Est de la France suite à une opportunité professionnelle. Bref beaucoup de changements pour notre famille en très peu de temps !