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A la une / Témoignage

Avoir une famille en Suède

Dans cet article, je vais te faire baver. Car je l’ai testé par moi-même : la Suède est souvent parmi l’un des meilleurs pays dans lequel élever ses enfants. Voilà pourquoi.

Les congés parentaux

C’est là que tu vas me détester. Les congés parentaux suédois sont très, très, très (très) avantageux. Je te fais la version courte, parce que l’information la plus importante est la suivante…. Le couple a le droit à …. (tu es prête ?) 480 jours de congés. Chaque parent a droit à 90 jours, et les 300 jours restant sont à diviser entre le papa et la maman. À prendre avant les 8 ans de l’enfant, sachant que l’employeur n’a absolument pas le droit de te refuser tes congés si le bébé a moins de 18 mois. Tout ça à globalement 80% du salaire (parfois moins selon combien de jours tu as pris, mais je ne voudrais pas rentrer dans les détails sordides de comptabilité). À cela s’ajoutent 10 jours de naissance pour le parent qui n’était pas enceinte.

Il y a aussi les jours enfant malade, qui ne sont pas des congés parentaux, mais bien pour s’occuper de l’enfant entre 8 mois et 12 ans qui est malade: 120 jours possibles, par an et par enfant.

Bref, tout ça pour dire, que oui, la rumeur est vraie, les congés parentaux suédois sont très généreux.

Crédit photo (creative commons): Анастасия Гепп

Dans la pratique

Je ne voudrais pas faire de généralités seulement à partir de ce que j’ai vu, mais je pense que pour la majorité des familles, la mère prend en charge le bébé au moins les 6 premiers mois, voire la première année. Cela permet à la majorité des Suédoises qui le peuvent d’allaiter comme elles le veulent. 96 % des Suédoises allaitaient dans la première semaine et 64 % au 6ème mois. Par comparaison, les françaises ne sont que 19 % à allaiter à 6 mois.

De notre côté, j’ai pris un an de congé maternité. Ça m’a permis de mettre en place sereinement mon allaitement et de pouvoir m’occuper de ma Pépette. Mister Man a lui pris tous ses mercredis dès les 6 mois de notre fille. Ça me laissait une journée pour me reposer et me détendre, car s’occuper d’un bébé n’est pas de tout repos!

Évidemment, ça veut aussi dire qu’aucun système de garde n’est mis en place avant les 1 ans de l’enfant (âge où il peut rentrer à la förskola, la crèche). Nounous ou autres assistantes maternelles sont inconnues au bataillon. S’il y a vraiment besoin, des dagsmama (« maman pour la journée ») sont disponibles, mais très chères et très demandées. Au final, si l’on n’a pas de famille proche (la nôtre est à 1500 kilomètres, donc pas la porte à côté) il y a très peu d’alternatives, il faut qu’un des parents reste à la maison avec l’enfant.

Autour de l’enfance

Aux congés parentaux plus qu’avantageux s’ajoute aussi tout un système pour entourer l’enfant au mieux. Du côté médical, des soins gratuits jusqu’à ses 18 ans, un suivi régulier avec la même personne à chaque fois, tout est fait pour simplifier la prise en charge. Chaque foyer reçoit aussi une subvention mensuelle d’environ 130 euros par enfant, de sa naissance à ses 16 ans.

Mais il y a aussi beaucoup de choses mises en place pour bien entourer les enfants et leurs familles.

Avant les 1 ans de Pépette, par exemple, j’ai arpenté les dispositifs d’accueil appelés « öppna förskola », ou « crèches ouvertes ». Chaque öppna förskola est un lieu rempli de jouets, de tapis, d’instruments, de matériel de peinture où le parent peut amener l’enfant quand il veut dans les heures d’ouverture. Toutes sortes d’activités sont proposées par les pédagogues qui sont sur place (et qui généralement sont contents de répondre à toutes questions de parents perdus, d’après mon expérience) C’est généralement un endroit très vivant, où l’on peut rencontrer d’autres parents en congés, et où ma Pépette s’éclatait à voir d’autres bébés.

Crédit photo (creative commons): Marisa Howenstine

Après 1 an, tous les enfants de Suède ont droit à une place en crèche, et ce jusqu’à l’école obligatoire, à 6 ans (mais ça, je t’en parlerai sûrement dans un prochain article). École qui est complètement gratuite: même pour les livres, les parents ne déboursent pas un centime. Et toutes les cours d’école sont d’ailleurs ouvertes à tous pendant le weekend, pour que les enfants aient un endroit où se retrouver et jouer.

Une question de culture

Mais tout ça n’est que la partie visible de l’iceberg. Ou plutôt le symptôme d’une société qui prône toujours un équilibre sain entre personnel et professionnel, pour qui la famille est une valeur fondamentale pour le bien-être de ces citoyens. Tout est mis en place pour qu’il n’y ait pas de questions à se poser, pas de dilemme entre travail et famille. Partir du travail à 16h pour aller chercher ton enfant ne provoque aucune remontrance de ton manager – et bien souvent, c’est parce que lui aussi est déjà parti pour être à la sortie de l’école.

C’est surtout ça qui m’a marqué ici: à quel point la famille est à l’honneur. Dans le milieu professionnel, privilégier son foyer n’est pas un manque d’ambiance ou regardé péjorativement. C’est même le contraire…. Le manager de Mister Man lui a ainsi demandé pourquoi il ne prenait pas plus de congés paternité. (et je t’assure que ce n’est pas moi qui lui avait demandé de relayer le message…)

Latte papas

Cet équilibre entre personnel et professionnel est vrai pour les deux parents. Et les Suédois font tout pour encourager les papas à être plus présents dans leurs familles.

En France, certains papas que je connais se sont fait appelés papas poules parce qu’ils restaient une semaine de plus que leur congé paternité. Ici, je croise souvent des « gangs de papas à poussettes » comme je les appelle affectueusement, ou des « latte papas » dans le jargon officiel – puisqu’ils ont souvent une tasse de café à la main. Bref, ici un papa au foyer est chose largement répandue. J’ai dans mon entourage au moins 3 papas qui ont pris des congés de plus d’un an après la naissance de leur premier ou deuxième enfant. Chose (il me semble) rare en France, mais rien de plus normal pour les Suédois!

Crédit photo (creative commons): Magnus Liam Karlsson / imagebank.sweden.se

Bref, que ce soit pour les valeurs de la société axées sur la famille et l’égalité, les mesures mises en place ou la place des papas, je me rends compte que j’ai énormément de chance d’avoir fondé une famille dans un pays où tout est fait pour faciliter cette expérience exceptionnelle!

Que penses-tu des droits parentaux en Suède? Et de la mentalité suédoise face à la famille?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!