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A la une / Témoignage

Notre deuxième semaine à trois : baby blues et frein de langue

La dernière fois, je t’ai laissée à la fin de notre première semaine à trois. Une période à la fois magique et stressante. Mais nos fabuleuses aventures avec notre cher coloc’ ne se sont pas arrêtées là : le spectre de la jaunisse rôdait toujours dans un coin obscur…

Après deux jours de repos et d’observation minutieuse, Superman trouve que le fond de l’œil de Coloc’ est de plus en plus jaune. Pour lui, il faut retourner à l’hôpital pour un flash (et sûrement quelques heures de tunnel).

À l’idée de repasser dans les méandres supra-dimensionnels et infernaux des urgences pédiatriques, je fonds en larmes. Je ne peux pas ré-affronter cette épreuve aussi rapidement. Superman étant dans le même état que moi, il se démène comme un diable pour nous éviter cette nouvelle effroyable expérience. Ses efforts sont récompensés, puisque après avoir appelé tous les services de l’hôpital ou presque, un compromis est trouvé : nous devrons nous présenter au service maternité pour le flash, et s’il est trop élevé, nous serons pris en charge directement par le service d’hospitalisation. Un grand ouf de soulagement pour nous, et un grand hourra pour Superman !

Je te résume rapidement la suite. Le résultat du flash est trop élevé, le coloc’ dépasse à nouveau largement le maximum autorisé. Mon départ anticipé m’est à nouveau insidieusement reproché. Je fonds à nouveau en larmes. Coloc’ a à nouveau droit à une prise de sang. Et au lieu d’attendre plus de deux heures les résultats, les infirmières décident de le placer directement dans le tunnel (de toute façon, il en a besoin, alors autant ne pas perdre de temps).

Pour une fois, nous avons de la chance : le service n’est pas surchargé et nous avons droit à une chambre rien que pour nous… et surtout, à un lit ! Je me dis que cette nuit ne sera pas si terrible. Mais Coloc’ en a décidé autrement…

Il ne veut pas des lunettes de protection, et il hurle dès qu’on lui met. Il fait tout pour les enlever, et comme il n’a qu’une semaine, il passe plus de temps à se griffer le visage qu’autre chose. Mais à force de se griffer et de gesticuler dans tous les sens, il arrive à les déplacer. Ses yeux ne sont plus protégés. Je me lance alors dans une bataille contre lui : je suis obligée de lui tenir ses lunettes, lui hurle à pleins poumons et se tortille. Au bout d’une demi-heure, je n’en peux déjà plus, et nous avons encore trois heures et demi à tenir !

Une infirmière passe, alertée par les hurlements. Nous décidons de bander les yeux du coloc’ par dessus les lunettes. Mais il arrive toujours à déplacer soit la bande, soit les lunettes.

Au bout de deux heures de ce cirque, j’ai une migraine carabinée et une seule envie : partir, abandonner ce sale mioche qui ne fait que hurler à la mort. Je sens que je suis sur le point de craquer et de faire une grosse bêtise. J’appelle Superman à la rescousse (il est 2h du matin, il est rentré dormir car il travaille le lendemain). Il vient prendre le relais, et je peux enfin dormir ! Mon bébé d’à peine une semaine pleure non-stop à s’en déchirer les poumons, mais je m’en fiche : je dors, à moins de deux mètres de lui.

Après plus de quatre heures d’une lutte incessante (Coloc’ ne dormant que par tranche de cinq minutes…), le traitement est fini ! Comme d’habitude, nous attendons pour la prise de sang, puis pour les résultats. Heureusement pour nous, ils sont bons. Le taux de bilirubine a énormément baissé. Mais comme chat échaudé craint l’eau froide, nous préférons demander une ordonnance pour une prise de sang de contrôle quelques jours plus tard. Nous quittons l’hôpital vers midi, en espérant ne jamais y revenir !

Ce second séjour, et surtout cette nuit chaotique bercée par les cris de notre fils, nous ont littéralement vidés de toute énergie. Superman doit retourner au travail (les joies du chef d’entreprise !), et je dois à nouveau m’occuper de ce bébé toute seule. Mais je n’en peux plus : je me sens incapable de prendre soin de lui, j’angoisse à l’idée qu’il se réveille et qu’il ait faim.

Car l’allaitement ne se passe pas bien du tout. Ma mère m’avait prévenue que les débuts seraient douloureux, mais ça fait un peu plus d’une semaine, et j’ai de plus en plus mal. Mon téton n’est plus qu’une crevasse géante (eh oui, Coloc’ ne tète toujours qu’un seul sein !). Découragée, épuisée, angoissée, je prends la seule bonne décision dans ce cas-là : aller chez mes parents pour être dorlotée !

Mère et bébé

Crédits photo (creative commons) : Jessica Pankratz

Ce séjour empêche mon baby blues de se transformer en dépression post-partum. Je ne suis plus seule toute la journée, je ne dois plus tout assumer toute seule de minuit à 20h (Superman m’aidant de 20h, son heure de retour du travail, à minuit, notre heure de coucher). Je sais qu’en cas d’irrésistible envie de me/le passer par la fenêtre, je trouverai des bras pour prendre le relais.

Et ma mère me confirme que mes crevasses ne sont pas normales. Qu’à ce stade-là, le sein aurait dû s’habituer et s’adapter. Elle passe en revue ma position, la manière de téter du coloc’. Elle me fait essayer différentes positions. A priori, nous avons tout bon ! Mais plus les tétées passent, plus j’ai mal. Jusqu’à saigner et pleurer de douleur à chaque mise au sein.

Nous faisons donc appel à une de ses amies, animatrice Leche League également. En moins de cinq minutes, elle pose son « diagnostic » : pour elle, Coloc’ a un beau frein de lèvre et de langue. Ce qui explique la crevasse géante et la non-prise de poids : son frein de lèvre empêche sa lèvre de se retrousser comme il faut, ce qui ne stimule pas assez le sein. En conséquence, il me cisaille le téton. Le frein de langue empêche la langue de sortir, ce qui rend impossibles une tétée efficace et une bonne stimulation de la lactation, et aggrave les crevasses.

Pour remédier à tout ça, il suffit de faire couper les deux freins au laser (c’est plus propre et moins douloureux qu’au scalpel). Mais le seul ORL spécialisé que cette amie connaît se trouve à Paris. Elle nous assure qu’il fait du très bon travail, contrairement aux ORL de la ville de mes parents (elle s’est fait enlever son frein de langue à l’âge adulte et sait de quoi elle parle). Nous prenons rendez-vous le jour même et, par chance, nous avons une place pour la semaine suivante. Je me sens soulagée d’avoir une solution et une date, il ne me reste plus qu’à tenir une semaine.

Mais – il y a toujours un mais – j’ai de plus en plus mal. Je suis obligée de me mordre les doigts pour ne pas crier de douleur à chaque début de tétée. Ajoute à cela des hémorroïdes, un déplacement du coccyx et un dos presque entièrement bloqué par le stress et la fatigue… Je ne peux plus tenir. C’est soit le coloc’, soit moi. Égoïstement, je choisis de me préserver.

Ma mère récupère un tire-lait, des gélules de fenugrec (pour entretenir la lactation) et des biberons. Je me lance dans le tire-allaitement ! Je bénis cette possibilité, car je peux tirer mon lait en journée, et laisser mes parents s’occuper du coloc’ la nuit. Je retrouve avec bonheur et délectation les nuits complètes. Mon moral commence à remonter doucement. Avec mes parents, nous mettons en place un système de roulement : ils s’occupent du coloc’ de minuit à midi, et moi de midi à minuit.

Malheureusement, il était écrit que tout ne pourrait pas se dérouler aussi bien. Je dors tellement profondément la nuit que je n’arrive pas à me réveiller pour tirer mon lait, ce qui fait baisser ma lactation (j’échappe de très peu aux engorgements, en me massant les seins sous l’eau chaude de la douche : terriblement efficace !). Au bout de deux jours de tire-allaitement, je ne produis plus assez de lait pour nourrir exclusivement Coloc’. Nous devons en urgence acheter du lait industriel, pour compléter ses biberons.

Au bout de la semaine, notre aller-retour parisien arrive, et Coloc’ est nourri à 100% au lait industriel. J’entretiens une toute petite lactation, en espérant reprendre dès la fin de l’opération. L’ORL est parfait : il confirme le frein de lèvre et de langue. Il nous précise également que celui-ci est caché dans les muqueuses de la bouche, indétectable pour un non-spécialiste. Il coupe ce qu’il faut couper en trente secondes, et mon bébé ne sent rien grâce à une pâte anesthésiante.

Le soir, de retour chez mes parents, je suis impatiente de tester la mise au sein. Cette petite semaine de biberon sans aucune tétée lui a permis de cicatriser. Je suis confiante. Un peu trop, peut-être… Car Coloc’ ne l’entend pas de cette oreille. Une fois mon téton dans sa bouche, il me regarde avec un air ahuri, se demandant bien ce qu’il doit faire avec ce machin-chose. Et comme il a faim, il hurle. Premier essai, premier raté.

Je passe tout le weekend à tenter une remise au sein. Mais c’est peine perdue : mon cher fils ne sait plus à quoi sert ce truc, et veut désespérément son biberon. Avec ma mère, nous essayons tout : mettre du lait sur le sein pour le stimuler, commencer par le biberon et passer très rapidement au sein, le DAL… Rien n’y fait. Il faut que je me rende à l’évidence : mon allaitement est mort et enterré !

C’est une nouvelle très dure à encaisser pour moi. Fille d’une animatrice Leche League, j’ai toujours baigné dans ce milieu. J’ai vu mes frères allaités assez longtemps, et j’étais convaincue jusqu’à la moelle des bienfaits de l’allaitement. En moins de deux semaines, j’ai foiré le truc. Mon baby blues revient au grand galop. Je me sens nulle, faible, incapable de faire des sacrifices pour le bien-être de mon enfant. Après tout, j’aurais pu serrer les dents un peu plus et continuer l’allaitement jusqu’au rendez-vous avec l’ORL.

Superman et mes parents tentent de me remonter le moral, de me montrer tous les avantages du biberon. Mais rien n’y fait, je ne me sens désespérément pas à la hauteur… Je ne suis pas assez bien pour être maman.

Je passe quelques jours à broyer du noir. Je délègue presque toutes les tâches liées au coloc’ à mes parents. Puis, sans que je ne m’en rende compte, je commence à y voir plus clair, à me sentir moins lourde. J’ai même, pendant quelques heures, l’impression de savoir m’occuper de mon fils. Je ne sais pas pourquoi, mais il se passe quelque chose ! Très rapidement, je refais surface. Je reprends en main « l’éducation » du coloc’, et j’envisage même de rentrer chez nous. Être toute seule avec lui ne me fait plus peur.

Je me suis rendu compte par la suite que ce baby blues a été dû en très grande partie à la production hormonale de l’allaitement. Plus d’allaitement, plus d’hormones, plus de baby blues ! Et cet arrêt un peu brutal a balayé les dernières traces de jaunisse du coloc’. Eh oui, dans certains cas, celle-ci est entretenue par l’allaitement. Merci aux pédiatres de n’avoir jamais évoqué cette éventualité avec nous !

Je ne te raconterai pas la suite en détails. Elle est parfaitement banale, en fait : retour à la maison, biberons, bébé qui grandit, parents qui découvrent leur nouveau rôle, premiers sourires, nuits complètes et nuits hachées pour cause de dents… Cette première année est passée à la fois très vite et très lentement, mais ces deux premières semaines restent gravées dans mon esprit. J’ai souvent des flashs de ces moments-là : une couleur, une odeur, un bruit…

Maintenant, je sais que le plus dur n’est pas l’accouchement, mais les premières semaines avec un nourrisson. Et dans quelque temps, je vais pouvoir passer au niveau supérieur : les premières semaines avec un nourrisson ET un bébé de 15 mois. Teaser, teaser !!!

Et toi, tu as côtoyé le baby blues ? Comment l’as-tu combattu ? As-tu dû aussi renoncer à ton allaitement prématurément ? Viens nous raconter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune trentenaire et jeune maman des trois garçons les plus fantastiques de l'univers. Quand je ne m'extasie pas sur eux, je couds, je tricote, je brode. Et de temps en temps, je passe du temps avec mon mari !