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Comment ça, mes garçons sont « mignonnes » ?

Je reviens quelques années en arrière, pour te brosser un joli tableau : vacances d’été, Grand Loup vient de souffler sa 2e bougie et est encore notre petit dernier. Nous sommes tous les 5 sur la plage, les 2 grands vont se baigner et jouent dans le sable avec leur petit frère. A côté de nous, un couple, qui profite également du soleil avec leur enfant, qui doit avoir à peu près le même âge que Grand Loup. Et qui, d’ailleurs, est un peu un bébé du même « format » que le nôtre. Tout rond, avec des grands yeux expressifs et une tête toute bouclée. Avec la même couche de bain à l’effigie du poisson Nemo. Et dont je suis incapable de dire s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. Donc, au moment où les 2 petits entreprennent de jouer ensemble, je propose à Grand Loup de prêter son seau et sa pelle « au petit enfant ». A ce moment-là, le papa du bambin lui dit : « Martin, prête tes jouets à la petite fille !!! »

Franchement, sur le moment, j’ai juste envie de lui crier dessus, de lui dire que son Martin, il ressemble autant à une fille que mon Grand Loup, et que moi, cher Monsieur, je ne me permets pas de trancher quand je ne sais pas !!! Mais je reste civilisée, et je grogne discrètement au lieu de mordre (même si ce n’est vraiment pas l’envie qui me manque !)

Mais, si je suis aussi énervée ce jour-là, c’est surtout parce que ce n’est pas la première fois (et loin d’être la dernière !), et que j’ai bien conscience que mon petit bonhomme ne ressemble pas à l’image classique du petit garçon, sensé être déjà viril à 2 ans. Et, surtout, je suis énervée d’être énervée !!! Car ressembler à une fille, ce n’est pas un problème ! Je pense, avec – un peu – de recul, que ce qui m’a le plus énervé, c’est que l’on attribue à mon enfant une identité qui n’est pas la sienne.

Crédit photo (creative commons) : marmaladelane

Car, dans l’absolu, je devrais plutôt être satisfaite, moi qui veux élever mes enfants sans le clivage des genres. Moi qui suis la première à donner mon accord (et Mister Ronchon valide) en maternelle, lorsque l’ATSEM veut savoir si nous sommes d’accord pour qu’elle lui mette du vernis, car il en réclame et qu’il ne comprend pas pourquoi ses petites copines y ont le droit et lui non. Et l’ATSEM se sent obligée de nous demander la permission car la majorité des parents de petits garçons sont totalement contre.

Et je le revendique. Grand Loup n’a pas la panoplie lookée du « vrai » petit garçon, mais il ne se trimballe pas en tutu rose non plus. Et mes contradictions auraient tendance à me faire dire : « Et même s’il se promenait en tutu rose, avec diadème par-dessus le marché, où est le problème ?! »

Lorsque j’étais enceinte de Grand Loup, et que nous ne savions pas encore si nous allions accueillir une petite fille ou un petit garçon, nous avions fait le choix de préparer le trousseau de bébé en piochant davantage dans le rayon « garçon ». Car mixte, on ne trouvait pas, ou très peu. Et dès que l’on s’aventurait au rayon « filles », le moindre body avait un petit nœud ou des manches froncées. Mais lorsque je me suis extasiée sur mes achats, je me souviens que certains de mes proches ont pensé que l’on savait le sexe du bébé à venir, mais que l’on disait le contraire juste pour que l’on nous laisse tranquille ! Car ce petit body vert ou ce sarouel rayé bleu et blanc ne semblaient clairement pas adaptés à une éventuelle petite fille !

Mais là où cela se complique, c’est lorsque ces interrogations et contradictions éclaboussent les enfants. Autant, la plupart du temps, je laissais (et laisse toujours) dire, autant les enfants ont beaucoup plus de mal à laisser faire.

Car P’tit chat ressemble beaucoup à son frère. Ce qui fait que, comme lorsque Grand loup était plus petit (en gros, jusqu’à l’âge de 4-5 ans), je ne compte plus les « Comme elle est mignonne ! » (car, bien sûr, si un enfant est mignon, c’est une petite fille !)« Quel âge a-t-elle ? », « Elle ne marche pas encore ? », « Elle a bonne mine, cette petite, la cantine est bonne ? » ou encore « Elle parle mal, elle a quel âge » (car, mon P’tit chat, en plus d’être tout rond comme son frère les premières années, a lui en plus cumulé le fait de marcher et parler tard). La difficulté supplémentaire, c’est qu’autant Louloute et Pierrot lunaire n’étaient pas trop touchés par les propos venant de l’extérieur, autant Grand loup a souvent beaucoup de mal à prendre du recul. Et lorsqu’une dame – gentille au demeurant ! – s’approche de notre caddy au supermarché et nous demande comment « elle » s’appelle, il a vraiment fallu que je calme Grand loup, qui ne comprenait pas la question et, surtout, qui n’acceptait pas qu’elle insiste (genre : « pourtant, des enfants, j’en ai vu ; et là, on dirait vraiment une petite fille ! »).

Du coup, je m’interroge. Sur mon positionnement en temps que maman, mais aussi sur mes valeurs en temps que personne tout simplement.

Cependant, lorsque je fais le point, je suis plutôt satisfaite en définitive, de la façon dont évolue les choses avec mes enfants.

P’tit chat a conservé ses boucles (même si je dois insister à chaque fois, chez le coiffeur, car, pour le moment, je ne souhaite pas que l’on utilise la tondeuse pour lui faire une « vraie coupe de petit garçon » !), il joue autant à la poupée qu’avec ses voitures et, pour le moment, sa couleur préférée est le rose. Quant à Grand loup, j’avoue que je suis plutôt fière de la façon dont il gère aujourd’hui ces clichés. Il adore jouer au foot, et rien n’est plus précieux pour lui que son maillot du PSG. Mais c’est le même petit garçon qui me demande encore de lui mettre du vernis, qui adore la collection Livres et égaux de chez Talents hauts et qui se sent comme un poisson dans l’eau au poney club, où il y a encore majoritairement des filles. Certes, avec l’âge (et à mon grand désespoir), ses jolies boucles n’ont pas résisté aux coupes successives, aussi légères fussent-elles. On ne le prend plus pour une petite fille non plus et, vu son âge, j’ai malgré tout envie de dire « tant mieux » !

Philo mène la danse de Séverine Vidal et Mayana Itoïz. Talents hauts, collection Livres et égaux

Cette collection est pleine de pépites qui « tordent le cou aux clichés »

Si mes garçons assument en grandissant de pleurer en public, d’envisager de faire des activités, même des métiers, sans se demander s’ils s’adressent ou non aux garçons, je serai rassurée sur le fait d’avoir réussi à leur donner les valeurs qui comptent pour moi. Et si un jour ils sont papas, je me prends à rêver que plus personne n’aura à demander de précision sur le genre de tel ou tel enfant, car cela n’aura plus d’importance pour personne.

L’important c’est de rêver.

Et toi, est-ce qu’il t’arrive que l’on se trompe sur le sexe de ton enfant ? Est-ce que cela t’importe ou, au contraire, est-ce que cela t’indiffère ? Raconte !

A propos de l’auteur

Mariée depuis 2014 à Mister Ronchon, je suis la belle-maman de 2 ados en garde alternée, Louloute et Pierrot Lunaire. Et je suis aussi maman des 2 garçons que nous avons eus ensemble, Grandloup (2010) et P'tit chat (2016). Ce qui fait des journées heureuses mais bien mouvementées, au cours desquelles je tente de concilier vie professionnelle et gestion de ma tribu!