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A la une / Essais bébé

Gérer l’attente…

Nous avons lancé le projet d’avoir un deuxième enfant depuis trois mois. Trois petits mois. C’est rien. Riquiqui. Une paille. J’en suis moi-même convaincue.

Crédit photo : Flickr – Skip Moore

Sauf que…sauf que chaque mois le désir est là. Toujours présent, toujours plus grand. L’envie de lire les résultats positifs d’une prise de sang, l’envie de ressentir les premiers symptômes (oui, oui, les mêmes que je haïrais quelques temps plus tard), l’envie de partager ce bonheur avec le futur papa reviennent chaque mois avec plus de force, après chaque déception qu’implique le retour des règles.

Oui, trois mois, ce n’est rien. Mais j’y pense quotidiennement. Même quand je sais qu’il est peu probable que ça ait marché parce que j’ai été malade / fatiguée / absente ou que mon mari a été malade/fatigué/absent et qu’on n’a pas eu de relations sexuelles au bon moment, à la bonne période.

Oui, trois mois, ce n’est rien. Mais quand il faut s’inscrire sur des projets au long cours au boulot, quand il faut réfléchir à la possibilité de reprendre des études ou de passer un concours, quand il faut se projeter sur l’année à venir, je ne peux pas m’empêcher de me dire « Oui, j’ai envie de participer à ce projet. Mais si…? ».

Oui, trois mois, ce n’est rien. Mais combien d’autres après? Pour ma première grossesse, aboutie par une fausse couche à 11 semaines, j’avais patienté huit longs mois. Pour la seconde grossesse, quatre mois. Ce qui nous a amené à une année complète d’essais avant que Charlotte ne s’accroche. C’est long une année. Surtout après 30 ans.

Oui, trois mois, ce n’est rien. Oui, nous avons déjà une fille magnifique qui grandit merveilleusement bien (moi, objective?). Mais notre famille n’est pas complète. Nous n’imaginons notre famille qu’avec plusieurs enfants. Je ne peux m’empêcher de penser parfois que peut-être la nature considérera, elle, que nous avons eu notre quota.

Oui, trois mois, ce n’est rien. Pour ma part, je n’ai de cesse de jalouser les personnes qui tombent enceintes facilement, rapidement, sans difficultés, « du premier coup » comme on dit. Je les envie. J’en suis parfois colère. « Il suffit d’une fois », entend on parfois…mais pas pour tout le monde.

Oui, trois mois, ce n’est rien. Et je sais pertinemment que de nombreuses personnes attendent bien plus longtemps que cela, des mois, des années…parfois sans jamais que l’enfant ne paraisse. Je le sais, j’ai quelquefois un peu honte de souffler sur le temps qui passe, mais j’ai aussi besoin de m’exprimer. Au risque de heurter, de choquer, de faire souffrir.

Oui trois mois, ce n’est rien. Mais c’est déjà de l’attente. Et attendre quelque chose dont on ne sait pas si un jour il arrivera, c’est angoissant. C’est vertigineux. C’est aussi pénible parfois. Ne rien maîtriser, ne rien anticiper, ne rien pouvoir y faire de plus.

Ce n’est rien. Mais pour moi c’est déjà quelque chose.

A propos de l’auteur

33 ans, mariée depuis 2014 et maman de Charlotte (2017) et Cyprien (2019)