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A la une / Récit de grossesse

Ma grossesse pathologique : mode d’emploi

Comme je l’ai évoqué, je suis diabétique. Cela fait que pour ma grossesse, j’ai été directement inclue dans le groupe des grossesses pathologiques, aussi appelée grossesses à risque.

Une grossesse pathologique signifie qu’il existe un ou des éléments qui peuvent mettre la santé de la mère et du fœtus en danger à un moment ou un autre.

Avoir une grossesse pathologique ne veut en aucun cas dire qu’elle va mal se dérouler ou que l’accouchement ne sera pas classique. Ça veut surtout dire qu’une attention particulière sera portée au moment des examens. Je vais aujourd’hui te dire ce que cela impliquait dans mon cas.

Crédit: Steve Buissinne from Pixabay 

La surveillance de mon diabète

Le diabète est une maladie chronique qui peut avoir un trait héréditaire ou pas du tout. Dans mon cas, il s’est développé de manière auto-immune. Bien qu’étant en surpoids, j’ai une alimentation très équilibrée et je bouge beaucoup. Je suis même très loin du cliché de l’obèse qui passe ses journées affalé dans un canapé devant la télé avec un paquet de chips et une bouteille de soda. Non, moi, je ne mange que très peu, je ne supporte pas le gras (je cuisine sans matière grasse), je ne mange pas de plat cuisiné, je bois très peu de boisson sucrée et d’alcool, et je me goinfre de fruits dès que possible. Mon surpoids vient en fait de mon enfance où j’ai du être immobilisée dans un lit et en fauteuil roulant de longues années à cause de problèmes aux hanches. L’immobilisation + l’interdiction totale de pratiquer le moindre sport avant l’âge de 18 ans ont fait que les kilos se sont installés et ne sont plus jamais partis.

Quand le verdict du diabète est tombé, je l’ai pris comme une injustice totale. J’ai un diabète de type 2, le diabète du gros comme il est si joliment appelé. J’ai une surveillance hebdomadaire par mesure capillaire, une prise de sang tous les 3 mois, et avant ma grossesse, un comprimé à prendre au coucher. J’ai eu un peu plus de 6 mois pour m’habituer à tout cela avant de tomber enceinte et devoir reconsidérer toute la routine de la surveillance de mon diabète.

J’ai toujours énormément de compassion pour toutes celles a qui on annonce un diabète gestationnel. Comme si une grossesse n’est pas déjà assez stressante et frustrante parfois, elles doivent encore supporter une nouvelle étiquette. Personnellement, je trouve qu’un diabète gestationnel est plus dur à vivre qu’un diabète.
Hormis le fait que l’un est permanent et l’autre transitoire, la gestion pendant la grossesse n’est pas exactement la même.

  • Première grosse différence: quand tu as un diabète avant, tu as eu le temps de te familiariser avec l’interdiction du sucre. Ça fait partie entière de ton quotidien. La chasse aux sucres cachés n’a aucun secret pour toi. Tu te connais, et donc tu sais quels sont les aliments qui font décoller ta glycémie et ceux qui ont une influence raisonnable. De même, tu ne te vois pas imposer un régime alimentaire, puisque cette discipline fait déjà parti de ton quotidien. Tu ressens donc un peu moins de frustration.
  • Seconde différence: tu sais repérer les états d’hypo et d’hyperglycémie, et donc avoir la réaction appropriée (en théorie).
    Chez moi, les hyperglycémies se traduisaient par des maux de tête pouvant aller jusqu’à la migraine et une soif intense. Quant aux hypoglycémies, c’était sueur, envie de vomir, tremblement, et finalement le malaise vagale à chaque fois. A vrai dire, je n’avais jamais fait d’hypoglycémie lié à mon diabète avant ma grossesse. C’était donc une nouveauté pour moi qu’il m’a fallu apprendre à gérer.
  • Troisième différence: tu as un endocrinologue. Et donc ton seul référent n’est pas un gynécologue ou une sage-femme dont ce n’est pas la spécialité. Et crois moi, ça peut faire toute la différence (je t’en reparlerai plus tard). Cela implique aussi que tu as un peu plus de liberté dans ce que tu ingères ainsi que dans tes glycémies, puisque c’est ton diabétologue qui a le dernier mot.
    Exemple tout bête: j’avais droit à absolument toutes les boissons sucrées que je voulais, contrairement à mes copines de grossesses en diabète gestationnel qui étaient cantonnées aux sirop sans sucres et autre boisson finissant par 0.

Ma glycémie s’étant envolée relativement vite dans ma grossesse, Je suis passée d’une surveillance hebdomadaire à une surveillance systématique à chaque repas, et surtout,  je suis passée avant la fin de mon premier trimestre à l’insuline puisque mon traitement était incompatible avec la grossesse. J’ai du rapidement me familiariser à l’utilisation de l’insuline, et ses conséquences directes. A la différence des comprimés, il faut savoir doser la quantité d’insuline dont on a besoin et l’adapter le plus possible: trop d’insuline et c’est l’hypoglycémie, pas assez et c’est l’hyperglycémie. Cela demande beaucoup de discipline et un petit temps de rodage quand même.

Au tout début, on a constaté que je faisais systématiquement (et peu importe que je mange ou pas) une hyperglycémie nocturne. J’ai donc d’abord commencé par de l’insuline lente en injection uniquement le soir. L’insuline lente, comme son nom le laisse présager, a une action de diffusion lente qui couvre 12h dès l’instant de l’injection.  Puis, en avançant dans la grossesse, on a rajouté de l’insuline rapide. Celle-ci a pour but de contrer les hyperglycémie après le repas. J’avais donc 4 injections d’insuline par jour, avec parfois des doses isolées si je me prenais un goûter. A ces injections, il fallait rajouter les piqûres de surveillance avant et après chaque repas pour adapter la dose d’insuline à injecter. En gros, je me piquais en moyenne 12 fois par jour. A 4 mois de grossesse, ma diabétologue a jugé utile de me  placer sous contrôle continu de mon taux de sucre, surtout pour que je puisse anticiper et réagir rapidement en cas d’hypoglycémie. Elle m’a donc prescrit un capteur à placer sur le bras, qui enregistre en permanence les valeurs du glucose interstitiel, c’est a dire le sucre dans le liquide contenant nos cellules.

Crédit: Photo personnelle

Cette valeur n’est pas exactement la même que celle du glucose sanguin qu’on prend en surveillance capillaire, mais permet d’avoir une tendance. En effet, la mesure de la glycémie capillaire donne le reflet de l’état glycémique à l’instant T, contrairement au capteur qui donne une tendance sur plusieurs heures. Le capteur est relié à un boitier qui lorsqu’on le passe au niveau du capteur, affiche instantanément le taux de glucose qu’on peut visualiser sous forme de courbe. Il est également paramétré avec l’objectif thérapeutique fixé par le diabétologue. Le boitier me permettait aussi d’entrer les valeurs que je m’étais injectée en insuline, et en le branchant à un ordinateur, je pouvais éditer des rapports de suivi de ma glycémie, que j’envoyais ensuite à ma diabétologue entre 2 rendez-vous pour réussir à équilibrer au mieux mon diabète.

Crédit: Photo personnelle

Comme tu le vois, mon objectif était de rester le plus possible entre 70 et 120 mg/dL. Ainsi, quand je sortais de la zone cible, je recevais une alerte. Chaque point représente une vérification en passant le boitier sur le capteur. Je pouvais avoir des hyperglycémies, tant qu’elles étaient transitoires, ce n’était pas grave. De même pour les hypoglycémies (toutes les parties en rouge).

Crédit: Photo personnelle

le plateau entre 14h et 17h par exemple, c’est ce que ne voulait pas ma diabétologue. C’est à peu près là où les choses ont commencé à vraiment se gâter pour moi.

J’ai fait parti des premières femmes à pouvoir bénéficier de ce dispositif de surveillance pendant ma grossesse. Avant, il n’était pas pris en charge par la sécurité sociale, ce qui faisait que les diabétologues ne le proposaient pas. Cela représente un vrai budget car le patch doit être changé toutes les 2 semaines, et pour la sécurité sociale, cela était juste du simple confort. Ça a changé en fin 2017 et maintenant, les femmes enceintes diabétiques qui justifient un traitement par insuline avec 3 (ou plus) injections par jour ont droit à la prise en charge à 100% et vraiment, au delà du confort, ça change la vie! On gagne une tranquillité d’esprit non négligeable, et on n’a plus à se piquer le doigt plusieurs fois par jour .

Les surveillances annexes

En dehors du diabète, une autre raison avait motivé mon classement immédiat dans les grossesses à risques: mon asthme.
J’ai un asthme contrôlé, mais je fais 2 grosses crises d’asthme pas an, une à l’automne et une au printemps (en gros en pic de pollinisation). Le reste du temps, ça va, sauf que j’ai les poumons d’un poussin comme dirait mon pneumologue. Je m’y suis habituée, mais pour mon gynécologue, c’était inquiétant, surtout pour les poussées, parce que la capacité pulmonaire pendant la grossesse peut être réduite.
A 6 mois de grossesse, j’ai donc eu droit a un exercice d’effort pour voir où en était mon volume pulmonaire. Et comme le craignais Dr B., ce n’était pas génial. Je suis ressortie de mon rendez-vous avec une lettre de consignes à appliquer pour mon accouchement: péridurale obligatoire et tout faire pour éviter l’anesthésie générale si on se retrouve en urgence (ce point aura son importance par la suite).

J’ai aussi eu a faire un contrôle de la vue. Etant myope et diabétique, ma diabétologue voulait écarter un risque de décollement de la rétine en cas d’accouchement par voix basse. J’ai du faire un fond d’œil à 5 mois de grossesse.

Enfin, suite au déroulement de mon premier trimestre et à ma petite forme globale, mon gynécologue étant de nature prudente, j’ai eu droit à plus d’échographies que la normale.  Toutes les 3 semaines dès la fin du premier trimestre, on avait rendez-vous pour vérifier le développement et la vitalité de petit koala, ainsi que ma tension pour réagir au plus vite en cas de début de pré-éclampsie, puisque j’avais systématiquement des protéines dans mes urines. Ensuite, au sixième mois on est passé à une écho toutes les 2 semaines, jusqu’à la mise en place du monitoring à domicile qui fera basculer la fin de ma grossesse (mais on y reviendra en temps voulu).

Et toi, as-tu eu droit à une surveillance spéciale de ta grossesse ? Raconte !

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b