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A la une / Récit de grossesse

Une grossesse en Suède

Comme tu le sais peut-être, je vis en Suède depuis maintenant près de 5 ans. Quand j’ai appris ma grossesse, une de mes premières inquiétudes a été d’accoucher dans un pays étranger. Dans ma tête, c’était une spirale infernale, dont voici la version courte: « Je ne connais rien des coutumes du pays, comment on fait ici? Et je ne veux pas accoucher en Suédois, il y a plein de mots que je dois apprendre, et puis comment je vais faire pour les rendez-vous médicaux et les vitamines et personne ne viendra me voir à la maternité » … Tu t’en doutais, j’étais quelque peu angoissée. Jusqu’à ce que Mister Man, en bonhomme rationnel qu’il est, m’a fait gentiment remarquer que je ne savais pas vraiment non plus comment ça fonctionnait en France. Et sur ces bons mots, mon angoisse irrationnelle (que l’on attribuera dorénavant aux hormones) a disparu. Mais du coup, qu’est-ce qui est vraiment différent, entre la France et la Suède?

Le suivi de grossesse

En Suède, si tout va bien, le seul interlocuteur d’une femme enceinte est la sage-femme, et la seule échographie est celle d’anatomie, entre la 18e et la 20e semaine. C’est un peu particulier de ne jamais voir le médecin, ne pas avoir d’échographie régulièrement comme en France. Pour peu qu’on soit un peu angoissée, ce manque de suivi est un peu déroutant. C’était mon cas au début. J’étais très perturbée par ce manque de suivi, moi, primipare perdue dans les eaux (et les maux!) troubles de la grossesse. Une ligne téléphonique est disponible, où l’on peut joindre à tout moment une sage-femme; ce qui m’a permis de calmer quelque peu mes angoisses.

Echographie

Crédit photo (creative commons) : Simon Paulin – imagebank.sweden.se

Les dépistages de trisomie et de diabète gestationnel ne sont proposés que s’il y a un facteur de risque, ou alors à la demande express de la femme enceinte. Je pense que c’est pour réduire les coûts généraux et éviter la surmédicalisation de la grossesse.

Globalement, l’attitude générale des suédois est très simple et « nature ». Etre enceinte n’est pas une maladie, ni une condition médicale. Si l’on est attentive à soi, que l’on ne fait pas d’excès, il n’y a aucune raison d’en faire tout un foin. Je ne compte pas le nombre de fois où, quand je disais à ma sage-femme « j’ai un souci », elle répondait : « oui, je comprends ». Et c’est tout. Pas de solution, à part l’accouchement, la majorité du temps. Ce qui est tout à la fois bien, et pas bien. Bien, parce que ça dédramatisait énormément tous les maux de grossesse, et c’était assez rassurant de voir le stoïcisme de mon personnel de santé. Pas bien, parce que de temps en temps j’avais l’impression de ne pas être prise au sérieux à moins de lourdement insister, voire d’exagérer mes symptômes.

Il s’avère que j’ai quand même vu un médecin, puisque dans ma 26ème semaine j’ai été diagnostiquée avec du diabète gestationnel. L’efficacité du système suédois fait qu’une fois mon diabète repéré, j’ai obtenu en deux semaines des rendez-vous avec un diabétologue, un obstétricien, une sage-femme et une diététicienne. Tout cela sans débourser un centime! Cela m’a aussi donné l’occasion de faire des échographies supplémentaires, histoire de garder un coup d’œil sur la Pépette.

Chez la sage-femme

Les rendez-vous sont assez espacés au début et plus fréquents en seconde partie de grossesse. A chaque visite, ma sage-femme écoutait le cœur de bébé à l’aide d’un stéthoscope de Pinard (et oui, avec un nom comme ça, évidemment qu’il a été inventé par un obstétricien français) qui ressemble un peu à un petit cornet. J’avais l’impression de revenir au Moyen-Age, mais ma sage-femme qui l’utilisait depuis des années se sentait plus à l’aise avec ça qu’avec le Doppler…

Stethoscope de Pinard

Stéthoscope de Pinard
Photo (creative commons) :
Wikimedia

Elle palpait et mesurait aussi mon ventre pour tout mettre dans mon dossier, qui m’a suivi pendant toute ma grossesse. A noter: aucun examen vaginal durant ces rendez-vous. C’est quand j’ai appris que les touchers vaginaux étaient assez courants en France que je me suis rendue compte de la chance que j’ai eu de ne pas avoir à subir cette exploration intime pour le moins désagréable.

Mon seul problème : tous nos rendez-vous se faisaient en Suédois. C’est ce qui me stressait le plus, au final, et pourquoi je pense que j’avais toujours une tension un peu haute quand je la voyais. C’est frustrant de ne pas réussir à s’exprimer pile comme on le voudrait, surtout sur un sujet médical et important… Cela dit, c’était un choix de ma part. Le gouvernement suédois offre la possibilité d’avoir un traducteur présent à tous les rendez-vous médicaux, sans frais ! Je ne voulais juste pas m’embarrasser d’une deuxième personne, et mon niveau de suédois est suffisant pour dialoguer.

Je suis assez fière d’avoir pu tout faire en Suédois, mais cela a quelque fois porté à des confusions rigolotes. Il est arrivé qu’au téléphone, avec une sage-femme, en Suédois, j’explique que mes seins, mon ventre et mes mains me démangent énormément. Mon interlocutrice me conseille alors une crème… qui, comme je le  découvre, une fois à la pharmacie, s’avère être en fait une crème contre les champignons de la flore vaginale! Totalement hors sujet.

La préparation à l’accouchement

En Suède, la préparation à l’accouchement consiste en un cours de 3 heures, mené par une sage-femme aidée d’une présentation PowerPoint. Autant te dire que c’est assez léger. Peu d’haptonomie, de sophrologie ou autres techniques de préparation sont disponibles (en tout cas pas dans ma ville de province). J’étais assez déçue par ce manque. Pas forcement parce que je ne me sentais pas assez préparée (j’avais lu suffisamment de livres en français, anglais et suédois pour tout te réciter sur l’accouchement), mais simplement pour discuter avec d’autres femmes enceintes!

J’ai eu aussi l’occasion de visiter l’hôpital où j’accoucherais, ce qui m’a rassuré. Comme tu l’as peut-être deviné, je suis quelqu’un qui aime savoir à peu près à quoi m’en tenir. Du coup, ne pas être perdue, voir à quoi ressemble l’équipement, tout ça m’a aide à me projeter et à envisager l’accouchement sereinement (enfin, aussi sereinement que possible quand on imagine un événement aussi énorme).

Au final, je me sentais assez calme et renseignée. Ma sage-femme a porté une attention particulière à ce qu’ils appellent une lettre d’accouchement (le plan de naissance, quoi). Nous l’avons rédigé ensemble, en portant attention à mes envies, mes peurs ou mes questions. Elle a pris le temps de m’expliquer les différentes approches pharmacologiques ou non que la maternité proposera. Elle a bien insisté pour que cette lettre soit complète, et explique clairement ma position par rapport à ce qui allait se passer. Appeler ça une « lettre » encourage à s’adresser directement au personnel qui va aider à l’accouchement, ce qui fait qu’au final, ce plan de naissance est devenu quelque chose d’assez personnel.

Ecriture

Crédit photo (creative commons): Free-Photos

J’étais contente d’avoir mis par écrit mes attentes, mes angoisses, le tout de manière assez libérée. Non seulement j’ai pu formuler clairement comment je me sentais avant le grand jour et ce que j’en attendais, mais du coup j’étais aussi assez confiante dans la façon dont le personnel allait me traiter une fois arrivée à la maternité.

Ce document a rejoint mon dossier et était la première chose que les sages-femmes m’ont demandé le jour J. Mais ça, c’est une histoire pour un autre jour!

Et toi, étais-tu contente de ton suivi de grossesse ? Les différences entre France et Suède te choquent-elles ?

A propos de l’auteur

32 ans et toutes mes dents, maman depuis août 2018 d'une fabuleuse Pépette, et expatriée en Suède depuis 5 ans, je suis une vraie geek, désorganisée (un peu), créative (beaucoup), mais surtout passionnée (de films, de livres, de jeux vidéos...) C'est maintenant avant tout ma petite famille qui déchaîne ma passion!