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A la une / Témoignage

Harcèlement scolaire : mes années de calvaire

Quand j’étais à l’école, j’étais la tête de turc de service.

Aujourd’hui, on parle pudiquement de « harcèlement scolaire ». Je dis pudiquement, parce que le harcèlement renvoie à la violence psychologique mais pas à la violence physique.

Oui, on m’a frappée. Plusieurs fois. Pendant longtemps. Les brimades, les insultes, les coups ont duré 5 ans. Du CP au CM2.

Beaucoup d’événements m’ont marquée pour le reste de ma vie. Celui qui suit en particulier.

Un jour de CM1, des camarades de classe et des CM2 se sont réunis autour de moi. Ils étaient une trentaine, moi, j’étais seule. Cela faisait déjà 4 ans qu’ils m’en faisaient baver.
Les moqueries pleuvent d’abord. J’encaisse, encore. Et puis j’explose, je n’y tiens plus. J’assène un coup de pied dans l’entrejambe d’un camarade masculin qui se trouve en face de moi. GROSSE ERREUR.

Je me souviens très bien de la terreur mais aussi du sentiment d’injustice qui m’ont envahie quand ils se sont mis à me frapper.

Des jours aussi violents, il y en eu d’autres, beaucoup d’autres, mais ce qui était réellement quotidien, c’était les insultes. Quand ils m’ignoraient, j’étais ravie. Je passais seulement les 30 minutes de récréation assise, seule, dans un coin, en priant pour qu’ils ne s’ennuient pas. Quand ils étaient d’humeur querelleuse, ils venait me chercher.

petite fille yeux fermés

Crédits photo (creative commons) : Anthony Kelly

Au début, je me défendais, enfin il me semble que je me défendais, à vrai dire je ne m’en souviens pas. C’est comme si ça avait toujours été comme ça.

Je me cachais pour ne pas aller à l’école. J’étais très sensible. À la moindre remarque plus haute que l’autre, je pouvais fondre en larmes ou me mettre dans une colère noire, jeter des verres à travers la cuisine, claquer les portes et courir me réfugier dans ma chambre. J’étais plus mûre que les enfants de mon âge avant que tout ça ne commence, mais j’étais encore innocente. Les moqueries et les coups ont eu raison de ma candeur.

Pour fuir cette pénible routine, je me créais mon monde. Ma vie imaginaire, elle, elle était douce.

Je ne veux pas faire de généralité, mais il me semble que dans ce genre d’histoire, il y a toujours un leader, qui est souvent une fille…

Mon ennemie, à qui je n’avais rien à reprocher jusqu’alors, s’appelait Cassandre (son prénom a été modifié). Parce que j’étais différente (en tout cas j’aime à le croire, ça rend cette histoire plus supportableà, elle ne m’aimait pas et prenait un malin plaisir à me faire souffrir.

Elle était une incroyable manipulatrice. Le peu de personnes qui osait sympathiser avec moi se trouvait vite victime de chantage : soit elles étaient avec elle et ses sbires, soit elles étaient avec moi et partageaient mon calvaire. C’est ainsi que l’amitié la plus marquante de mes années de primaire a connu autant de variations qu’il y a de jours impairs dans le calendrier.

Tout le monde aimait Cassandre. À croire qu’elle était tellement douée que ses airs de chipie étaient invisibles aux yeux des autres.

Combien de fois n’ai-je pas entendu : « La pauvre, ses parents ont divorcé, il faut être gentil avec elle, ce n’est pas facile pour elle. », « Il faut se mettre à sa place, elle est malheureuse. »… Et moi, j’enrageais au début, je désespérais ensuite, je dépérissais enfin. A 8 ans, je voulais mourir, oui, à 8 ans.

Cette situation ne s’est pas arrêtée aux portes du collège.

Quand il a fallu choisir la langue que l’on voulait étudier en 6ème, j’ai renoncé à l’apprentissage de la langue de Goethe afin d’être sûre de ne pas être dans sa classe. En arrivant au collège, j’espérais au plus profond de moi que ce changement d’établissement marquerait la fin de mon calvaire, mais je me trompais. Cassandre était toxique, et ça n’allait pas en s’arrangeant avec l’âge.

En effet, alors que je faisais la queue à la cantine avec mes copines (ouiii j’en avais ENFIN), j’entends : « C’est elle qui a embêté Cassandre en Primaire ». A mon encontre, un « salope » fuse. J’ai mal. Des inconnus m’insultent, maintenant.

Un soir, en descendant du bus scolaire, des anciens camarades de primaire, des sbires de Cassandre, me jettent le contenu d’une bouteille de Fanta. De l’intérieur du bus, ils me crachent dessus. Une dizaine d’autres élèves assistent à la scène. Mes cheveux sont comme coagulés, je suis mouillée, collante, et une fois de plus, humiliée. Le bus s’éloigne, eux ils rient, ils rient à gorge déployée. Je ne sais pas comment j’ai fait pour rentrer chez moi, mais j’y suis parvenue.

C’est mon père qui m’a ouvert. Pour la première fois depuis que mon calvaire a débuté, mon père est confronté à ce que je subi. Je bredouille péniblement des explications sur mon état. Il est effaré. Il ira finalement voir les parents de ces charmants garçons pour mettre les points sur les i.

Au fil des 4 années de collège ça s’est tassé, mais d’autres problèmes sont apparus. J’y reviendrai.

Et les adultes dans tout ça ?

Quand je parle de mon expérience, j’aime à dire que les maîtresses ont pour habitude de séparer les garçons quand ils se disputent, mais que dans les autres cas, elles ne font rien. Je ne dis pas que ça a toujours été comme ça, que ça l’est toujours, mais pour moi, ça s’est passé ainsi.

De manière générale, mes parents étaient assez démunis face à ma situation. Mon père a travaillé toutes ces années en 3/8. Il n’était que très peu présent, donc. Ma mère n’a pas tout de suite compris l’ampleur du problème.

Quand j’étais en CM2, elle est allée parler à mon institutrice. Cette chère dame a expliqué à ma mère que j’étais à l’origine de l’animosité que ressentaient mes camarades à mon égard. Alors en plus de faire comme si elles ne voyaient pas, elle estimait que je n’avais que ce que je méritais.

Ma mère a songé à me changer d’école, mais suite à divers événements, elle a renoncé. Plusieurs années plus tard, elle m’a confié regretter ne pas être allée au bout de son idée.

La semaine prochaine, je te parlerais des effets que ce harcèlement a eu sur moi ensuite…

Et toi, tu as été victime de harcèlement scolaire ? Viens en discuter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Diplômée depuis novembre 2013, j'ai décidé de reprendre les cours afin d'être mieux armée face au marché du travail. En parallèle, je travaille et ai des responsabilités dans le milieu associatif. J'ai bien entendu une vie à côté. A ce sujet, j'ai un super mari tout neuf depuis août 2014 ! J'aime la cuisine, la couture, la lecture, le maquillage, la mode et l'écriture. Je suis organisée, ou en tout cas j'essaie de l'être, je suis aussi écolo et très curieuse, j'adore tester tout plein de choses. Je ne suis pas geek pour un sous et je déteste le camping mais j'adore les défis et l'aventure tant qu'il y a une douche à la clé.