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A la une / Témoignage

L’histoire de l’enfant qui ne venait pas

Once upon a time

Crédits photo (creative commons) : Steve Czajka

Il était une fois une princesse adorable et pleine de tendresse mariée à un caractériel, mais non moins charmant, prince. Ils s’aimaient très fort et voulaient fonder une famille. Malheureusement pour eux, la sorcière Stérilité ne l’entendait pas de cette oreille…

Ok ok, je ne suis pas très douée pour les contes, mais avoue que c’est bien tenté, non ?

C’est un peu étrange, mais à une période, l’homme et moi nous faisions à l’idée de ne pas avoir d’enfant biologique. Cependant, cette décision n’a pas du tout été une évidence pour notre couple, car nous partions tous deux avec des points de vue opposés (je t’ai déjà dit qu’on était rarement d’accord ?).

Disons que, pour faire simple, on s’est rendus compte que nos cultures de la famille et de la parentalité étaient très peu compatibles.

Pour te situer le contexte, je crois n’avoir jamais employé l’expression « vouloir un enfant ». Cependant, je voulais fonder une famille. Même si le français est ma langue maternelle, mes parents en parlent deux autres à la maison. Dans les deux, on ne « fait » pas un enfant, mais littéralement, on se voit « confier » un enfant. Je sais, la distinction est faible, mais elle met finalement en relief des conceptions de la parentalité et de la filiation différentes.

Autre hic : c’est étrange, mais je ne me suis jamais imaginée avec un bébé. Ne te méprends pas, je les trouve mignons, délicieux, enfin, tout ce que tu veux (ah, on me dit dans l’oreillette que ça ne se mange pas !). Mais moi, les bébés ou les jeunes enfants, ce n’est pas ma tasse de thé. Je leur préfère de loin les turpitudes de l’adolescence. Pour l’homme, en revanche, l’ado crado, râleur et ingrat, bah ça justifierait de se faire immédiatement stériliser !

Ajoute à cela que nous avons tous deux des expériences d’adoption, par le biais de la famille ou de connaissances, qui nous ont marqués. Moi, je n’ai connu que des situations quasi idéales. Mais l’homme n’a connu que des histoires qui ont plus ou moins mal fini. Il en a donc déduit que les enfants, c’était comme les pets : on n’aime que les siens.

Du coup, dès le départ, quand on parlait de fonder une famille, on ne parlait pas vraiment de la même chose. L’homme se voyait jouer avec son bébé, cajoler et bercer un petit être. Quant à moi, je me voyais plutôt débattre, donner des clés à un humain en construction pour comprendre le monde dans lequel il vivait. (Oui, je sais, on était tous les deux bien loin de la réalité !)

Plongés dans nos imaginaires respectifs, on ne s’est pas rendus compte du fossé qui s’est créé quand on nous a annoncé qu’on avait moins de 5% de chance de concevoir un enfant naturellement.

Moi : « Ok, on adoptera, dans ce cas. » Ça a été ma première réaction.
L’homme : « Ok, la vie dont j’avais rêvé est fichue, je n’aurai jamais d’enfant. »

Avec les problèmes que nous rencontrions, nos options n’étaient pas nombreuses. Le schéma thérapeutique proposé nous donnait à peine 10% de réussite avec une FIV sans don de gamètes. Le gynécologue qui nous a reçus nous a d’ailleurs recommandé de discuter très rapidement du don d’ovules. Vu nos antécédents, il suspectait une mauvaise qualité de mes ovocytes.

Je suis de nature assez combative, et c’est aussi ce qui m’a plu chez l’homme. Lors de notre rencontre, j’avais eu l’impression de trouver mon alter ego.

Mais en l’espace d’une phrase dans ce cabinet médical, j’ai cru perdre l’homme que j’avais toujours connu. J’avais en face de moi quelqu’un qui s’effondrait. Je n’avais pas envie de voir ça, je ne m’y étais pas préparée. Sa fragilité à ce moment me renvoyait probablement à la faiblesse que je m’interdisais. Inconsciemment, j’aurais aimé qu’il s’impose la même discipline que moi, mais ce n’était pas le cas.

Du coup, les mois suivants ont été assez difficiles. Nous ne nous comprenions pas. Chez l’homme, le mode ours avait été activé par des forces supérieures. Il passait des journées entières à traîner dans son affreux jogging rouge (tu sais, ces horribles choses en matière slip de bain…), à écouter de vieilles chansons, et à se lamenter sur son sort.

Je n’ai pas compris qu’il se ferme, je n’ai pas compris qu’il se braque. J’ai même été assez dure avec lui, je lui ai proposé de mettre les voiles, si le fait que je ne puisse pas lui donner d’enfant le mettait dans un tel état. Je lui ai proposé de s’en acheter une paire et d’aller affronter la vie, au lieu d’en vouloir à la terre entière (je t’ai déjà parlé de mon mode pimbêche 106 ?).

Sa tristesse, je l’entendais : ce que nous vivions n’était pas drôle. C’était un coup du sort. Mais pour moi, c’était loin d’être la fin de quoi que ce soit. Je ne comprenais pas son désarroi, je pensais qu’il m’en voulait, et je lui en voulais de m’en vouloir.

Panneaux interrogations

Crédits photo (creative commons) : Gerd Altmann

Ça a bien duré cinq mois. Cinq longs mois, de bonjour/bonsoir grommelés. De merci et s’il te plait ironiquement exagérés pour exaspérer l’autre. Cinq mois où mon Loulou est devenu un affreux grizzli. Cinq mois grâce auxquels je suis devenue experte dans toutes les techniques pour faire disparaître un corps (ceci est une blague… ou pas).

La situation était épuisante pour tous les deux, mais on était fiers, trop fiers pour faire le premier pas.

Heureusement pour nous, on est quand même bien entourés. Nos parents savaient ce qu’on vivait, et ils se sont bien rendus compte qu’on avait besoin d’un coup de main. Pas pour nous dire quoi faire, mais pour désamorcer la situation, pour qu’on arrête de compter les points. Un vendredi soir, j’ai donc trouvé une valise quasi prête, ma maman et des billets pour un weekend de détente.

Ma maman est comme moi : côté sentiments, elle en dit peu et en montre encore moins. Ce weekend toutes les deux m’a beaucoup touchée. Entre son boulot et ses quatre autres enfants, je sais qu’elle n’a pas que ça à faire. Mais elle a pris le temps à cet instant, pour me remettre les pendules à l’heure. Me dire qu’ici, loin de la maison, j’avais moi aussi le droit de pleurer. Que pleurer ne faisait pas de moi une femme moins forte, que baisser les bras par moment était sain. Que ça permettait de remettre les choses en perspective, de se poser et de réfléchir.

J’étais plus apaisée à mon retour. Il m’a fallu encore un peu de temps, mais on a fini par parler, avec mon mari. Je me suis excusée d’avoir été si dure avec lui. Il a fini par m’avouer qu’il ne savait pas comment réagir. Qu’il s’était braqué car il ne savait pas quoi faire, et qu’il avait honte de ne pas savoir comment m’épauler. Que ce n’était pas à moi, mais à lui-même qu’il en voulait.

Tout n’est pas rentré dans l’ordre tout de suite : il nous a fallu parler encore et encore. Il nous a fallu décortiquer nos histoires de parentalité et de famille, pour savoir exactement ce sur quoi on était d’accord, et quels parents on voulait être… Mais ça, je te le raconterai une autre fois.

Et toi ? Est-ce que des problèmes de fertilité ont provoqué une brouille dans ton couple ? Comment l’avez-vous surmontée ? As-tu la même conception de la famille que ton conjoint ? Raconte !

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

A propos de l’auteur

Je suis une fille ( ça j'en suis sûre!), jeune ( faut le dire vite.) drôle ( oui, même si je suis la seule à rire ) Je suis enceinte de mon premier humain miniature, et je vis cette grossesse plutôt au jour le jour. Disons que comme il était pas prévu pour tout de suite, on a pas eu le temps de faire un power point avec plan détaillé. Je viendrais donc m'épancher ici sur cet état soi-disant merveilleux qu'est la grossesse.