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De l’importance du Père Noël /1

Aujourd’hui, un article un peu spécial : j’ai laissé la plume à Superman, mon cher et tendre, pour t’expliquer pourquoi le Père Noël n’est pas seulement un sympathique vieillard qui distribue des cadeaux / sert de support de pub pour coca et pourquoi nos enfants vont y croire (et nous avec !). Et pour commencer, rien de mieux que les origines du Père Noël, un vaste sujet qui mérite un article à lui tout seul !


Crédit photo : Ylanite Koppens

Le Père Noël, ses ancêtres

Les origines du Père Noël sont très complexes et très riches à la fois. Le personnage emprunte son existence à de nombreux archétypes qui ont tous en commun la rétribution gratuite et mystérieuse, sinon divine.

Il y a 3 000 ans déjà, dans les mythologies anciennes, Odin (en Scandinavie) et son avatar folklorique Julenisse, Mikula (en Russie), Gargan (chez les celtes), et Strénia (à Rome pendant les saturnales) sont célébrés en décembre, au moment du solstice d’hiver (recommencement de la victoire des jours sur la nuit) et ont la particularité d’apporter des cadeaux aux enfants de façon mystérieuse. Si Strénia n’était guère que la patronne des cadeaux que les romains s’échangeaient pendant les saturnales, Odin descendait du ciel sur un cheval à 8  jambes pour récompenser les jeunes gens méritants. Julenisse était le vieux lutin des fermes qui protégeait les enfants et leur apportait des cadeaux, tandis que le géant Gargan arpentait les campagnes avec une hotte géante d’où il distribuait des cadeaux aux enfants.

La tradition d’offrir des cadeaux à date festive (et le plus souvent au solstice où Noël sera institué) n’a rien de propre à notre société, certes mercantile, et existe depuis toujours dans des cultures fort éloignées de la nôtre. C’est plutôt un jour spécial de générosité et d’attention aux plus faibles, à ceux ordinairement ignorés dans les sociétés antiques.

Plus récemment, les étrennes données en fin d’année, apparues à la fin du XIXe siècle entre les maîtres et leurs domestiques, et parfois entre les parents et leurs enfants, participaient également à cette habitude du cadeau.

Le Père Noël, un saint ?

L’origine du père Noël moderne est assez limpide, notamment grâce à son nom anglo-saxon : Santa Claus ! Oui, c’est bel et bien Saint Nicolas, tout simplement, qui a un peu changé.

Le véritable Nicolas de Myre était un jeune chrétien de l’empire romain d’orient, né en Turquie en 270 dans la cité de Patare. Il perdit très tôt ses deux parents, Euphémius et Anne, dans une épidémie de peste et hérita de leur fortune. Sa légende commence justement dans sa curieuse façon d’utiliser cette fortune.

Apprenant qu’un noble de la ville, ruiné, envisageait de livrer ses filles à la prostitution, Nicolas alla de nuit, trois fois de suite, lancer chez lui une bourse pleine d’or par une fenêtre ouverte, sauvant ainsi les jeunes filles. Éduqué par son oncle évêque, il devient prêtre, puis fut nommé évêque de Myre par la jeune Église catholique, où il eut à lutter contre la famine qui sévissait vers 312. Et là encore, on raconte qu’il aidait certaines familles très discrètement, en jetant des pièces par les fenêtres. Une légende raconte que c’est ainsi que certaines pièces atterrirent dans des bas suspendues à sécher près de l’âtre. D’où l’idée qu’elles seraient tombées directement depuis la cheminée. Cela ne te rappelle rien ? D’autres miracles pour sauver des enfants de la mort lui ont mérité le titre de saint patron des enfants. Il mourut martyr vers 343.

Le culte de Saint Nicolas s’est ensuite propagé jusqu’à aujourd’hui grâce au voyage de ses reliques vers Rome, puis en Lorraine au XIIe siècle, d’où il rayonna dans le nord de la France, aux Pays-Bas et en Belgique, où son culte est très vivace. Sa légende y a repris corps, et on aimait refaire vivre le saint distribuant des cadeaux le 6 décembre, jour de sa fête, aux enfants sages. Comme il est évêque, il porte sa tenue pourpre, de rouge et de blanc, et une longue barbe blanche (sans doute pour garder son visage mystérieux).

Aux Pays-Bas, Saint Nicolas se dit en flamand « Sinter Klaas ». Tu devines, j’imagine, pourquoi ce petit détail est ici mentionné. Au XVIe siècle, Sinter Klaas résiste à la réforme protestante très vive aux Pays-Bas, qui bannit le culte des saints (et qui conduit à l’invention de Pelznickel ou d’Ascheklas, versions déchristianisées de Saint Nicolas). Et lorsque les premiers colons néerlandais (et protestants) débarquent sur les côtes américaines, ils emportent néanmoins avec eux la tradition de Sinter Klaas à la Nouvelle-Amsterdam en 1625 (qui sera rebaptisée New-York par les anglais 40 ans plus tard). Le nom de Sinter Klaas s’y déforme un peu pour devenir « Santa Claus »(En 1773, le New York Gazette parle de Sinterklaas sous la forme dialectale Sante Klaas, qu’il abrège en St. A Claus, d’où plus tard, Santa Claus).

Mais comment Saint Nicolas est-il devenu un vieil homme passant par les cheminées à l’aide d’un traineau tiré par des rennes ? Nous avons vu que l’on avait déjà attribué à Saint Nicolas un certain intérêt pour les cheminées, mais que ses avatars antiques avaient eux aussi des pouvoirs bien pratiques (la hotte, le traineau, la monture descendant du ciel). Plusieurs auteurs les ont ainsi peu à peu réattribuées à Santa Claus, jusqu’à ce qu’un pasteur américain, Clement Clarke Moore, les synthétise en 1822 dans un poème écrit pour ses enfants, intitulé A Visit from St. Nicholas.

Le poème évoque un « petit vieux gaillard et ventripotent de St Nick » qui arrive avec un traîneau tiré par huit rennes, puis descend dans le conduit de la cheminée pour distribuer des cadeaux aux enfants. Ce poème est publiée par une amie le 23 décembre 1823 sous le titre « Twas the night before Christmas » dans le quotidien de Troy  « The Sentinel ». Et c’est le commencement officiel du folklore du Père Noël tel que nous le connaissons aujourd’hui (quoique l’écrivain George Sand raconte qu’en 1809 en France, elle croyait déjà au père Noël).

Dans le Harper’s Illustrated weekly, l’illustrateur Thomas Nast représenta Santa Claus pendant 30 ans de façon très semblable à celui que nous connaissons aujourd’hui. Ce jusqu’à ce que le remarquable illustrateur Haddon Sundblom en fasse une figure plus massive et plus célèbre pour les besoins de Coca-Cola ( Toute la chronologie de la propagation du Père Noël dans le monde se trouve listée sur ce site : http://oncle-dom.fr/histoire/pere_noel/histoire.htm , et toute son évolution picturale sur ce site : https://publicdomainreview.org/collections/a-pictorial-history-of-santa-claus/)

Dans d’autres cultures, quoique n’étant pas directement Saint Nicolas, la figure du père Noël reste éminemment chrétienne, et notamment souvent associée aux rois mages venus adorer l’enfant Jésus. Ainsi, En Russie, on trouve Babouchka, vieille dame qui refusa d’orienter et d’accompagner les trois mages en marche vers Jésus. Se ravisant le lendemain, elle se mit à parcourir le monde pour offrir elle aussi des présent au nouveau-né qu’ils recherchaient tant, et à les distribuer à tous les enfants sur sa route. Elle devient parfois la mère Noël.
En Suède et dans les pays scandinave, c’est Sainte-Lucie (dont le nom signifie « Lumière ») qui vient distribuer des friandises, des pains d’épices, et des cadeaux aux enfants. En Russie encore, on raconte aussi la légende du quatrième roi-mage, arrivé en retard avec ses présents à force de rendre service en route à tous les miséreux qu’il croisait. Il parcourt depuis les steppes en traineau et distribue à tous les autres enfants les cadeaux qu’il n’a pu donner au petit Jésus. Sans citer bien entendu les pays espagnols, où ce sont los Reyes, les rois-mages eux-mêmes qui, directement, le jour de l’Épiphanie où l’Eglise célèbre leur adoration, comblent de cadeaux également tous les petits enfants.

Mais alors, me demande tu, si notre personnage ce n’est autre que Saint Nicolas ou quelque roi-mage égaré, pourquoi l’appeler « Père Noël » ?


Crédit photo : Jonathan Meyer

Le Père Noël, un personnage mixé ?

Comme nous l’avons vu, notre personnage est complexe et riche. Principalement inspiré de Saint Nicolas, il emprunte quelques caractéristiques de personnages plus antiques. Il est aussi curieux de voir qu’à la même époque où Santa Claus répandait ses cadeaux aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, c’était le travail du « Father Christmas » au Royaume-Uni.

C’est qu’il existe encore un personnage auquel le père Noël emprunte son existence, c’est le vieux bonhomme Hiver. Au Moyen-Âge, c’est un homme usé qui vient se réchauffer au feu des foyers, et à qui l’on offre des présents ou un repas (un peu le contraire du Père Noël, donc). D’autres traditions russes ou anglo-saxonnes évoquent le « Old man Winter » comme un vieillard qui vient frapper aux portes des maisons en hiver. Accueillez-le et nourrissez-le, vous vous assurerez un hiver clément. Fermez-lui la porte au nez, et il sera spécialement rigoureux pour vous (on y reconnait une origine du « Trick or Treat » (« un mauvais sort ou un bon traitement ») du futur Halloween). Ce vieux bonhomme hiver est habillé des autours de l’hiver : de vert et de blanc donc, décoré des plantes vivaces de l’hiver comme le sapin, le gui et le houx.

Le « Old man Winter » devient « Old Man Christmas » ou « Lord Christmas », puis « Father Christmas » en Grande-Bretagne. En France un personnage semblable existait : le « Père Janvier », qui récompense les bons enfants et punit ceux qui n’ont pas été sages.

Le Père Noël, une vraie star !

Le père Noël est rejeté par beaucoup car il a eu trop de connivences avec le monde publicitaire. Notamment, la firme Coca-Cola choisit en 1931 d’utiliser ce personnage folklorique pour donner l’envie de boire leur boisson rafraichissante même en hiver, sur la thématique du rude travailleur de Noël qui a besoin de faire une pause.

Beaucoup d’ailleurs ont prétendu que c’était Coca-Cola qui avait donné sa couleur rouge au Père-Noël ; c’est évidemment une mauvaise légende, comme nous l’avons vu. Santa Claus était le plus souvent représenté dans sa robe rouge d’évêque, et Father Christmas dans sa robe verte d’hiver. Les deux représentations cohabitaient avant que Coca-Cola ne le popularise mondialement. Il a seulement consacré la forme rouge de Santa-Claus, qui allait bien aux couleurs de sa propre marque.

Notez que d’autres firmes ont très tôt utilisé l’image du Père Noël : Waterman en 1907, ou Colgate en 1920 avaient déjà eu l’idée parmi d’autres récupérateurs. Le problème d’ailleurs se situe bien là : chez les publicitaires. Tous, autant qu’ils sont, abusent et sur-abusent de l’image du Père Noël pour vendre leurs produits. Et à ce titre, la scène d’ouverture du « Père Noël est une ordure » est une terrible dénonciation du décalage croissant entre le véritable père Noël et son ignoble récupération.

La collusion entre le bienfaiteur des petits enfants et le monde de la publicité a rendu le premier suspect. De là est venue en bonne partie une certaine mauvaise image du père Noël auprès de familles en recherche d’authenticité ou en rupture avec la société de consommation.
Ce procès est pourtant mauvais, car le père Noël lui-même n’y peut pas grand-chose si de faux père Noël se promènent partout. Et étrangement, l’enfant jésus ChristKindl, los Reyes, ou la petite Sainte Lucie ne souffrent pas du même désamour. On ne peut rejeter le père Noël au motif que des imitateurs salissent son image.

Ce qui tue le père Noël, c’est l’overdose. Pas le personnage lui-même. Le père Noël  a des origines bien plus nobles et exerce une activité bien plus pure que ce que les publicités racontent de lui.

Et toi ? Tu es plutôt Saint Nicolas ou le Père Noël ? Le Père Noël est trop lié à Coca Cola ou reste un bonhomme barbu ? Raconte moi tout !

A propos de l’auteur

Jeune trentenaire et jeune maman des trois garçons les plus fantastiques de l'univers. Quand je ne m'extasie pas sur eux, je couds, je tricote, je brode. Et de temps en temps, je passe du temps avec mon mari !