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De l’importance du Père Noël /2

Il y a quelques jours, mon cher z’époux, te racontait d’où venait notre cher Père Noël. Place maintenant au plus important : toutes les bonnes raisons de perpétuer ce mythe avec nos enfants. Je lui laisse t’expliquer le lien entre Le Seigneur des Anneaux, Saint Nicolas et le don gratuit !


Crédit photo : Pixabay

Mensonge, conte ou merveille ?

Le père Noël n’existe pas. Pas pour de vrai. Est-ce pour autant un mensonge que de le faire croire ? Car si beaucoup de parents estiment encore pardonnable de simplement laisser croire au père Noël de façon passive, entretenir activement et volontairement la légende est pour eux un crime coupable.

Il est certainement amusant de constater que si le premier grand promoteur du Père Noël était un pasteur théologien et professeur de littérature, un autre de ses plus grands admirateurs était un éminent philologue anglais enseignant à Oxford, parlant couramment 15 langues mortes, maitrisant les folklores de tous les pays d’Europe du Nord. JRR Tolkien, bien connu pour son œuvre  géante du Seigneur des Anneaux (moins pour son colossal travail de redonner à l’Angleterre une mythologie complète, dont son fils Christopher a déjà exhumé 10 tomes immenses), était un fervent promoteur du Père Noël et aimait entretenir la magie de ce personnage par des lettres qu’il écrivait et illustrait chaque année pour ses quatre enfants. Il en a ainsi écrit tous les ans entre 1920 et 1942 à chacun d’eux – poussant la supercherie jusqu’à dessiner de faux timbres et tampons du Pôle-Nord sur l’enveloppe – dans lesquelles le père Noël raconte ses mésaventures là-bas en réponse aux lettres écrites par les enfants. Ces lettres sont devenues si célèbres qu’elles sont régulièrement republiées par les éditeurs.

Voici donc des enfants bercés de merveilleux (ou de « mensonges » ?) plus que n’importe quels autres. Qu’a-t-il bien pu leur arriver de terrible ? Christopher est devenu un très respectable universitaire à Oxford, maître de Conférence et régnant sur l’empire littéraire de son père ; Michaël devint professeur d’histoire après avoir été décoré pendant la 2e guerre mondiale ; Priscilla se tourna vers les autres en devenant assistante sociale ; et John l’aîné, est entré en religion et est devenu prêtre.

Il semble que les lettres annuelles de ce père Noël, et les recommandations données pour ne pas se laisser abuser par les faux (car le vrai ne pilote certainement pas des avions), leur aient plutôt donné une belle âme !

Car au fond, c’est cela la beauté des contes et des merveilles : donner une belle âme, gourmande de beauté, attendrie par la bonté, ayant horreur du mal. Qui leur donnera ces balises pour toute la vie si seule la réalité forme les enfants ?

Apprendre la vérité serait trop dur ?

C’est l’autre argument couramment entendu : la vérité est trop dure à apprendre.

Il semble au contraire que ce soit le principe de l’éducation et de la maturité de l’enfant. Commencer à discerner l’imaginaire du réel, et le vrai du faux. Les enfants passent leur vie à être déçus : quand le ballon de Mickey s’envole soudain dans le ciel, quand le jouet favori est cassé, quand maman sort ce soir, ou quand on lui refuse le jouet ou le bonbon qu’il veut à tout prix. Aucun parent n’imagine pourtant cesser ces contrariétés au motif que ce serait trop dur pour l’enfant de les vivre.

Y croire c’est rêver. Ne plus y croire, c’est grandir. C’est même un marqueur, un repère chez les enfants : « Tu y crois encore toi ? Moi non,  ça y est, je suis un grand ». Et pourtant, les enfants assez mûrs aiment tellement le père Noël que, le plus souvent, ils entrent dans le jeu des adultes et aident leurs petits frères ou sœurs à y croire à leur tour. C’est qu’ils font partie désormais du monde des grands, ils en sont fiers ! La révélation sur le père Noël induit le plus souvent de la fierté. La fierté d’être initié, d’avoir le droit de savoir ce que savent les adultes, de ne plus être considéré par eux comme un enfant.

Laisser son enfant ignorer le Père Noël ?

C’est là un cas de figure un peu plus singulier. Soit que les parents – ne sachant trop quoi faire devant l’omniprésence du père Noël dans la publicité – le laissent apparaître dans la vie de l’enfant sans trop lui donner de cadre, soit que ceux-ci aient repoussé la décision de faire surgir ou non ce personnage dans les premières années de la vie de l’enfant, il arrive que des familles ne croient pas au père Noël sans qu’aucune raison réelle ne le justifie.

Nous connaissons ainsi des amis en couple mixte dont le père, d’origine asiatique et bouddhiste, n’a jamais connu le père Noël enfant, et la mère, catholique, n’a pas vraiment pris de décision sur cette question. La petite fille, vers 5 ans, est revenue un jour de l’école en demandant d’un air très peiné à sa maman :

« Dis, pourquoi moi je n’ai pas droit au père Noël ? »

C’est que dans la cour de récréation, tous ses petits camarades lui parlaient avec des tremblements et des étoiles dans les yeux du Père Noël qui allait certainement leur apporter les jouets rêvés, et de l’attention qui sera portée à son accueil : un peu de lait pour les rennes, les chaussures au pied du sapin pour qu’il sache où poser les cadeaux, la cheminée sans feu ou la fenêtre pas trop fermée pour qu’il puisse entrer. Et elle, elle se voyait privée de participer à toute cette magie, toute cette histoire fantastique ? « Pourquoi maman ? ».

Priver ainsi son enfant de vivre de tels émerveillements, de partager de tels rêves avec leurs camarades, d’attendre la veille de Noël en regardant le ciel jusqu’à ce que le sommeil l’emporte, en rêvant qu’un bonhomme généreux pour tous les enfants va s’occuper d’elle personnellement ce soir-là, et courir découvrir quel cadeau ce personnage fantastique a bien voulu lui apporter, quel raisonnement adulte peut bien aller priver un enfant de cette joie ?


Crédit photo : Raw Pixel

Le Père Noël, un vecteur de vertus ?

Parents, faites croire au père Noël à vos enfants, et vous rendrez leurs âmes plus belles ! Comme l’explique J.R.R Tolkien dans son éminent essai « Du conte de fée » :

« La magie de la Faërie n’est pas une fin en soi, sa vertu réside dans ses opérations, au nombre de celles-ci se trouve la satisfaction de certains désirs humain primordiaux », comme «  de contempler les profondeurs de l’espace et du temps », mais aussi la justice, ou la révélation d’un monde plus beau qu’il ne parait (le « recouvrement » d’une vue claire).Il explicite le but ultime, « la fonction la plus élevée » de tout conte : la Joie. Le conte heureux doit apporter une grâce miraculeuse « qui donne un aperçu fugitif de la Joie, une Joie qui est au-delà des murs de ce monde ». C’est aussi « un aperçu soudain de la vérité sous-jacente à notre monde. (…) Un écho lointain de l’evangelium dans le monde réel ».

Alors, es tu certaine que le conte du Père Noël ne soit qu’un vulgaire mensonge ? N’est-ce pas plutôt une « vision » de la Joie sincère et pure, de l’amour, et de la générosité parfaite et humble ?Ainsi, aux parents inquiets du mensonge qu’ils font à leurs enfants : vous voyez bien que les enfants, même quand ils savent la vérité, aiment le père Noël et préfèrent y croire. Les psychologues ne le répètent jamais assez : l’enfant a besoin de croire en des choses extraordinaires pour grandir.

« C’est durant cette période de pensée magique que se construit une base, plus ou moins solide, à l’intérieur de l’enfant » nous dit la pédopsychiatre Nathalie Parent. « Le Père Noël est un personnage bon et souriant et il fait ainsi partie des représentations positives de l’enfant. En ce sens, on pourrait dire que de permettre à l’enfant de croire au Père Noël (ou autre personnage mythique du genre), en la magie, c’est lui donner espoir en la vie, le sécuriser, le rassurer devant les obstacles, lui donner accès à quelque chose de bon pour lui »

Car que raconte cette histoire du Père Noël ? Qu’il existe un homme d’une générosité infinie, qui nous connait, sait nos bonnes actions, et pense personnellement à nous. Que l’on peut même communiquer avec lui pour qu’il exauce nos souhaits, mais que c’est lui choisira ce qu’il exaucera, et qu’il œuvre pour nous tout spécialement. L’enfant se sait aimé par un personnage lointain qui ne lui fera pas défaut, même si le cadeau est tout petit finalement.

Il apprend aussi la générosité gratuite, celle qui n’attend pas de « merci ». Personnellement, dans l’esprit de Noël, je ne supporte pas tous ces parents qui, dès qu’un enfant a ouvert un cadeau, lui annonce « Ça c’est offert par tante Giselle. Va vite lui dire merci. Et ça c’est de moi, vient me faire un bisou ! » Tout le bonheur, tout l’émerveillement de Noël, c’est justement qu’il n’y a pas à dire merci. On reçoit gratuitement, de façon mystérieuse. On peut remercier le père Noël dans son cœur, mais ce n’est pas un exercice de savoir-vivre ou d’éducation. C’est juste gratuit. Le don gratuit existe Au moins le jour de Noël.

Le Père Noël ouvre l’esprit aux miracles, à la grâce gratuite.

Le Père Noël, une overdose mercantile ?

Aux parents inquiets de la récupération du père Noël : en effet, c’est un risque sérieux. Le remède est simple : coupe la télé, la radio, referme les magazines. C’est le temps de Noël, c’est justement un temps un peu magique et propice à d’autres rythmes de vie et – ô combien pour les adultes – à un certain retour aux sources. Personnellement, je déteste cordialement tous les faux pères Noël, même les plus gentils des grands-pères assis dans des chalets de bois. Toute la magie de Noël vient de l’imagination que l’on se fait du personnage. Les dessins, les  livres suffisent. Les pères Noël en chair et en os sont forcément en dessous de l’imagination de l’enfant.

Je me souviens clairement avoir commencé à douter de l’existence du Père Noël le jour où, à l’école, un monsieur déguisé en père Noël est venu nous distribuer des images, alors qu’on nous avait annoncé que le père Noël (le vrai donc) allait venir. La mise en scène a plutôt détruit le rêve qu’il ne l’a renforcé. Je dirai toujours à mes enfants que ces bons vieillards sont des faux père-Noël, mais presque comme le vrai (et ils n’ont absolument aucune raison d’aller se mettre sur leurs genoux, sauf s’ils le souhaitent vraiment). En revanche, je me souviens très clairement avoir vu, au fond du jardin d’une grande maison, le traîneau du père noël s’envoler dans la nuit, parce que quelqu’un avait couru dehors avec des grelots dans la nuit, traversant rapidement tout le jardin. Attiré pendant nos jeux nocturnes (la veille de Noël, c’était un privilège), nous avons tous accourus, surexcités, aux fenêtres donnant sur la nuit noire, juste pour entendre les derniers coups de grelot. Et le moindre nuage un peu visible, le moindre reflet de phare dans les branches d’un arbre, ou apparition de la lune, suffisait à nous persuader que nous venions de voir le traineau repartir dans le ciel.

L’imagination d’un enfant est puissante. Beaucoup plus que celle des adultes, qui veulent nous montrer en vrai-faux ce que nous voyons déjà de nos yeux d’enfant. Et si la magie de Noël existe, elle est bien là, dans le pouvoir d’imagination des enfants, qu’il ne faut certainement pas tenter de brider ou d’alourdir par intellectualisme.

Le monde peut être merveilleux, si l’on veut bien se laisser émerveiller.

Et toi ? Tu fait croire au Père Noël ou tu es contre ? Tu laisses l’imaginaire de tes enfants vagabonder ou tu essaie de cadrer tout ça ? Raconte moi tout !

A propos de l’auteur

Jeune trentenaire et jeune maman des trois garçons les plus fantastiques de l'univers. Quand je ne m'extasie pas sur eux, je couds, je tricote, je brode. Et de temps en temps, je passe du temps avec mon mari !