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A la une / Témoignage

J’ai peur

Quand j’évoque notre projet d’adoption avec les gens, ce qui revient souvent c’est « quel parcours merveilleux » ou « c’est fantastique ». Je confirme que nous vivons cette aventure à fond avec M. Chéridamour. Mais étant d’un naturel stressée et anxieux, cela est également difficile à vivre pour moi.

Quand l’angoisse est omniprésente

Depuis que nous nous sommes lancés dans l’adoption, je me suis mise beaucoup de pression. J’ai l’impression que le succès de notre projet dépend entièrement de nous. Ce qui n’est pas forcément le cas, bien des paramètres extérieurs viennent contrarier nos désirs. Mais je le ressens ainsi : l’agrément se base sur nous, le fait d’être choisi par un OAA (Organisme Agréé pour l’Adoption) également. Il faut être motivés et plus on le sera et on sera accrochés, plus on a de chances d’avoir notre enfant avec nous. Par conséquent j’angoisse et stresse car je me sens responsable de ce qui arrive.

Au début c’était juste ça. Et petit à petit bien d’autres peurs s’y sont greffées.

Crédits photo (creative commons) : Pixabay

J’ai peur de ne pas être à la hauteur. J’ai peur de flancher, de ne pas arriver à assumer mon rôle de maman. J’ai peur d’être trop égoïste pour être une bonne maman. De craquer et de ne pas supporter de m’occuper d’un enfant 24h/24. De ne pas arriver à m’extraire d’une maternité voulue mais qui pourrait devenir aliénante.

J’ai peur d’être trop fatiguée, de manquer de patience, de ne pas lui donner l’éducation bienveillante et une enfance heureuse. La fatigue en particulier m’obsède car M. Chéridamour et moi n’avons plus 20 ans et même si nous ne sommes pas vieux nous sentons nettement que nous ne récupérons plus aussi bien qu’avant et que nous avons besoin beaucoup de repos.

J’ai peur de ne pas arriver à être assez présente, assez disponible pour lui. J’ai peur de ne pas arriver à supporter ses cris, ses colères. J’ai peur de ne pas arriver à l’éduquer correctement.

J’ai peur qu’il n’aime pas lire. Tu peux rire si tu veux mais la lecture est tellement importante pour nous ! J’ai peur qu’il aime des choses si différentes de nous, que je n’arrive pas à l’accepter tel qu’il est. De ne pas arriver à tirer un trait sur ce que j’aimerais qu’il soit, l’enfant idéal selon Mme Espoir.

J’ai peur qu’on soit en train de faire une énorme bêtise. Notre vie telle qu’elle est est très bien. Et si cet équilibre était mis en péril ? Et si l’enfant qui va arriver bouleverse trop la relation que nous avons avec Shtroumpfette ? Et si finalement elle ne se sentait plus bien avec nous ?

Le regard des autres également me fait peur. Cet enfant qui vient de loin va devoir affronter ici le racisme. Est-ce que M. Chéridamour et moi serons assez forts pour l’accompagner et le protéger ?

J’ai peur de ne pas aimer mon enfant, que l’attachement ne se fasse pas. Cette trouille là je l’ai au ventre et elle ne me quitte pas. J’ai peur de le trouver moche pour parler crûment. J’ai peur de ne pas arriver à l’aimer, que M. Chéridamour n’y arrive pas, que Schtroumpfette n’y arrive pas… et que lui nous rejette et n’arrive jamais à s’attacher à nous. Cette peur là est la plus intense, je fais des cauchemars dans lesquels notre enfant nous rejette.

L’angoisse ne me quitte pas.

Et puis un jour…

Nous avons passé une soirée chez mon beau-frère qui est papa d’un petit bout de 2 ans. Et j’ai vu M. Chéridamour s’en occuper, jouer avec lui. Et l’angoisse qui me serrait le cœur a disparue. Je me suis rappelée pourquoi on avait choisi ce chemin, pourquoi devenir maman était si essentiel pour moi. J’ai vu les yeux de ce petit bout briller, et mon chéri avec le sourire jusqu’aux oreilles. Je me suis souvenue que je n’étais pas seule dans cette aventure. Nous sommes 2 et si je ne me fais pas confiance, celle que j’ai en mon mari est illimitée. C’est un papa merveilleux pour Schtroumpfette, il sera un papa merveilleux pour notre enfant. J’ai tellement hâte de pouvoir les serrer tous les 2, tous les 3 en comptant Schtroumpfette, dans mes bras !

Crédits photo (creative commons) : Wokandapix

Et puis des souvenirs me sont revenus. Ces peurs, je les ai déjà éprouvées. A un degré moindre certes mais ces questions, je me les suis posées lorsque j’ai emménagé avec M. Chéridamour et Schtroumpfette. J’étais alors inquiète de ne pas remplir correctement mon rôle de belle-maman et de ne pas arriver à vivre « en famille », moi qui avait toujours vécu en célibataire.

Quand je suis tombée enceinte, les 3 semaines où j’y ai cru un peu, j’ai aussi été tétanisée par l’angoisse. J’étais complètement folle de vouloir être enceinte, je n’arriverais jamais à accoucher et à gérer un bébé !! J’aurais sans doute eu les même angoisses que j’éprouve aujourd’hui si j’étais devenue maman naturellement.

J’ai toujours peur. Elle revient régulièrement. Mais désormais j’arrive aussi à relativiser et à être plus sereine.

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Et toi, as-tu eu peur au cours de ton parcours pour devenir parent ?

A propos de l’auteur

Coucou ! Moi c'est Mme Espoir. J'ai 37 ans, mon mari et moi sommes ensemble depuis 9 ans et je suis l'heureuse belle-maman d'une Schtroumpfette de 12 ans. Après des années de galère en PMA, mon mari et moi avons décidé de nous lancer dans l'adoption. La route est encore longue avant de devenir maman !