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J’ai peur


Publié le 16 février 2020 par Mme Espoir

Quand j’évoque notre projet d’adoption avec les gens, ce qui revient souvent c’est « quel parcours merveilleux » ou « c’est fantastique ». Je confirme que nous vivons cette aventure à fond avec M. Chéridamour. Mais étant d’un naturel stressée et anxieux, cela est également difficile à vivre pour moi.

Quand l’angoisse est omniprésente

Depuis que nous nous sommes lancés dans l’adoption, je me suis mise beaucoup de pression. J’ai l’impression que le succès de notre projet dépend entièrement de nous. Ce qui n’est pas forcément le cas, bien des paramètres extérieurs viennent contrarier nos désirs. Mais je le ressens ainsi : l’agrément se base sur nous, le fait d’être choisi par un OAA (Organisme Agréé pour l’Adoption) également. Il faut être motivés et plus on le sera et on sera accrochés, plus on a de chances d’avoir notre enfant avec nous. Par conséquent j’angoisse et stresse car je me sens responsable de ce qui arrive.

Au début c’était juste ça. Et petit à petit bien d’autres peurs s’y sont greffées.

Crédits photo (creative commons) : Pixabay

J’ai peur de ne pas être à la hauteur. J’ai peur de flancher, de ne pas arriver à assumer mon rôle de maman. J’ai peur d’être trop égoïste pour être une bonne maman. De craquer et de ne pas supporter de m’occuper d’un enfant 24h/24. De ne pas arriver à m’extraire d’une maternité voulue mais qui pourrait devenir aliénante.

J’ai peur d’être trop fatiguée, de manquer de patience, de ne pas lui donner l’éducation bienveillante et une enfance heureuse. La fatigue en particulier m’obsède car M. Chéridamour et moi n’avons plus 20 ans et même si nous ne sommes pas vieux nous sentons nettement que nous ne récupérons plus aussi bien qu’avant et que nous avons besoin beaucoup de repos.

J’ai peur de ne pas arriver à être assez présente, assez disponible pour lui. J’ai peur de ne pas arriver à supporter ses cris, ses colères. J’ai peur de ne pas arriver à l’éduquer correctement.

J’ai peur qu’il n’aime pas lire. Tu peux rire si tu veux mais la lecture est tellement importante pour nous ! J’ai peur qu’il aime des choses si différentes de nous, que je n’arrive pas à l’accepter tel qu’il est. De ne pas arriver à tirer un trait sur ce que j’aimerais qu’il soit, l’enfant idéal selon Mme Espoir.

J’ai peur qu’on soit en train de faire une énorme bêtise. Notre vie telle qu’elle est est très bien. Et si cet équilibre était mis en péril ? Et si l’enfant qui va arriver bouleverse trop la relation que nous avons avec Shtroumpfette ? Et si finalement elle ne se sentait plus bien avec nous ?

Le regard des autres également me fait peur. Cet enfant qui vient de loin va devoir affronter ici le racisme. Est-ce que M. Chéridamour et moi serons assez forts pour l’accompagner et le protéger ?

J’ai peur de ne pas aimer mon enfant, que l’attachement ne se fasse pas. Cette trouille là je l’ai au ventre et elle ne me quitte pas. J’ai peur de le trouver moche pour parler crûment. J’ai peur de ne pas arriver à l’aimer, que M. Chéridamour n’y arrive pas, que Schtroumpfette n’y arrive pas… et que lui nous rejette et n’arrive jamais à s’attacher à nous. Cette peur là est la plus intense, je fais des cauchemars dans lesquels notre enfant nous rejette.

L’angoisse ne me quitte pas.

Et puis un jour…

Nous avons passé une soirée chez mon beau-frère qui est papa d’un petit bout de 2 ans. Et j’ai vu M. Chéridamour s’en occuper, jouer avec lui. Et l’angoisse qui me serrait le cœur a disparue. Je me suis rappelée pourquoi on avait choisi ce chemin, pourquoi devenir maman était si essentiel pour moi. J’ai vu les yeux de ce petit bout briller, et mon chéri avec le sourire jusqu’aux oreilles. Je me suis souvenue que je n’étais pas seule dans cette aventure. Nous sommes 2 et si je ne me fais pas confiance, celle que j’ai en mon mari est illimitée. C’est un papa merveilleux pour Schtroumpfette, il sera un papa merveilleux pour notre enfant. J’ai tellement hâte de pouvoir les serrer tous les 2, tous les 3 en comptant Schtroumpfette, dans mes bras !

Crédits photo (creative commons) : Wokandapix

Et puis des souvenirs me sont revenus. Ces peurs, je les ai déjà éprouvées. A un degré moindre certes mais ces questions, je me les suis posées lorsque j’ai emménagé avec M. Chéridamour et Schtroumpfette. J’étais alors inquiète de ne pas remplir correctement mon rôle de belle-maman et de ne pas arriver à vivre « en famille », moi qui avait toujours vécu en célibataire.

Quand je suis tombée enceinte, les 3 semaines où j’y ai cru un peu, j’ai aussi été tétanisée par l’angoisse. J’étais complètement folle de vouloir être enceinte, je n’arriverais jamais à accoucher et à gérer un bébé !! J’aurais sans doute eu les même angoisses que j’éprouve aujourd’hui si j’étais devenue maman naturellement.

J’ai toujours peur. Elle revient régulièrement. Mais désormais j’arrive aussi à relativiser et à être plus sereine.

—–

Et toi, as-tu eu peur au cours de ton parcours pour devenir parent ?


 


Commentaires

12   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madeleine

Quel beau texte!
Et je confirme, ces peurs là, on les a. Et ça
dure selon ma mère, toute la vie…
Et c’est ce qui fait qu on est des mamans qui déchirent 🤣🤣🤣!

le 16/02/2020 à 07h29 |

Mme Espoir

Oui il paraît que la peur reste très présente tout au long de la vie !

le 17/02/2020 à 18h58 |

Virg

+1 Madeleine 😉 très beau résumé
Le plus difficile est d’accepter l’enfant tel qu’il est. Je pense que c’est quand même plus facile quand on l’a nourrisson parce que les questionnements se succèdent. La difficulté de l’adoption -d’après ce que je pense- c’est qu’ils s’empilent, ils arrivent tous en même temps. Peut-être l’astuce consiste-t-elle justement à ne pas vouloir tout gérer en même temps et de prendre le temps : d’abord créer l’attachement avant de se demander quel individu il est, puis découvrir sa personnalité petit à petit en le laissant s’ouvrir etc. Puis lui inculquer l’amour des livres 😉 je te suis à fond là dessus, c’est complètement irrationnel mais bon … 🙂

le 16/02/2020 à 10h48 |

Mme Espoir

Il est important de créer l’attachement dès le début en effet. Mais c’est compliqué comme tu le dis par tout qui se bouscule. Et je me dis que de toute façon, je me dis que même s’il était biologique, notre enfant aurait peut-être eu des goûts complètement différents des nôtres !

le 18/02/2020 à 19h51 |

Flora

J’allais aussi te dire comme tu le mets dans ta conclusion que même si tu l’avais porté, tu te poserais toutes ses questions. Avoir quelqu’un entièrement dépendant de nous, c’est bien beaucoup de responsabilités ! Tout ce qu’on peut faire s’est donné de notre mieux et d’espérer que ce soit suffisant…
Toi c’est les livres mais on a tous des attentes plus ou moins avouables qu’on projete sur nos enfants… Hier encore on se demandait avec mon mari ce qu’on ferait si un de nos enfants avait la fibre artistique (tous les deux scientifiques avec une culture artistique proche du néant). Bref, ça fait partie du « package » 😉

le 16/02/2020 à 13h53 |

Mme Espoir

Oui, on ne peut jamais savoir comment seront nos enfants. Mais quelles que soient leurs passions/leurs envies, on les aime quand même 🙂

le 18/02/2020 à 20h33 |

Marie

En plein processus de demande d’agrément (commission prévue au printemps), tu n’aurais pas pu mieux résumer ce qui se passe dans ma tête en ce moment ! 1000 questions à la minute, sur le projet, sur moi, sur notre couple… tout ça sur un terrain anxieux.. Mais bon même si c’est fatigant mentalement, c’est aussi passionnant. J’ai l’impression d’apprendre beaucoup sur moi et de mieux me préparer à la suite, quelle qu’elle soit d’ailleurs. Merci de partager ton expérience et ton ressenti ici !

le 17/02/2020 à 10h58 |

Mme Espoir

C’est sûr que ça bouscule pas mal de choses et qu’on cogite beaucoup. Ici aussi gros terrain anxieux, ça ne facilite pas les choses… Bon courage pour l’agrément !

le 18/02/2020 à 20h41 |

Maud (voir son site)

Moi aussi j’ai ressenti une bonne partie de tes craintes lors de mes grossesses. C’est la peur de l’inconnu et en même temps ce qui nous protège un peu. Dans le même temps, c’est bien de se remémorer notre objectif et notre désir profond à la base, comme lorsque tu as vu ton mari avec ce petit garçon 🙂
Un enfant ça chamboule tellement de choses que ça ne peut pas être anodin. Malheureusement toi tu as beaucoup trop de temps pour te poser toutes ces questions, c’est pas évident.
Courage !

le 18/02/2020 à 18h52 |

Mme Espoir

Je me dis effectivement que si j’étais tombée enceinte dès le début de nos essais, j’aurais été anxieuse mais je n’aurais pas cogité autant et donc je me serais beaucoup moins inquiétée au final !

le 18/02/2020 à 20h53 |

Rosa Evril

A mon niveau, je pense que l’adoption et la mise au monde d’un enfant se rejoignent sur beaucoup de points : finalement tout ce parcours se fait aussi par étapes, comme une grossesse, il y a les différentes étapes de l’agrément, puis l’attribution d’un enfant en particulier, avec parfois des photos, des informations… Je ne sais pas à quelle étape tu en es dans ce parcours mais ce que je veux dire par là c’est que dans les deux cas, il y a une forme de projection qui crée bien sûr l’angoisse dont tu parles mais qui permet aussi de s’approprier les évènements et donc de les vivre au mieux. Après bien sûr, ayant vécu les choses de l’intérieur je peux te dire qu’il y a des choses qui ne sont pas faciles dans l’adoption, mais finalement pas plus que quand on a un enfant biologique à mon avis

le 25/02/2020 à 16h40 |

Mme Espoir

Je suis complètement d’accord que le cheminement pour devenir parents adoptif ou biologique a beaucoup de similitudes. Les angoisses sont différentes mais dans chaque cas il y en a. Et je suis certaine qu’après l’arrivée de l’enfant/la naissance également !

le 26/02/2020 à 12h13 |

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