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A la une / Récit de grossesse

Je suis enceinte, pas en sucre !

Voilà ce que j’ai envie de me faire tatouer sur le front en ce moment.

OK, c’est un peu extrême. Disons plutôt que j’ai envie de le crier, bien fort.

Et pourtant, je pense que j’ai moi aussi été surprotectrice avec les femmes enceintes de mon entourage. Mais voilà, maintenant, c’est moi. Et – ne crachons pas dans la soupe – bien que j’apprécie d’être chouchoutée, bien que j’apprécie que les gens soient prêts à s’adapter à mon rythme, et surtout, bien que j’apprécie l’intention : trop, c’est trop. Tout est une question de dosage. Être prise pour une petite chose fragile, ce n’est pas mon truc. Et confondre grossesse et maladie, ça m’énerve.

(Petit point sur le i : cet article est valable pour moi, dont la grossesse se passe très bien. Une grossesse n’est PAS une maladie. Phrase à marteler. Mais parfois, elle s’accompagne de pathologies. Et là, les choses sont différentes. On peut aussi avoir des soucis de santé sans être enceinte d’ailleurs. Bref, ce sont deux choses, qui peuvent arriver ensemble, mais qui sont différentes !)

Voici donc quelques situations, bien réelles, qui m’ont donné envie de donner des baffes montrer que j’étais encore en forme. Attention, article agacé ! Mais je suis sûre que je ne suis pas la seule à avoir ressenti cela à un moment ou un autre.

On ne me laisse pas brûler

Exercice d’évacuation des locaux à mon travail. Tu connais le topo, on suit les guides-files, on ne prend pas le temps de prendre son manteau – MAIS on verrouille son poste de travail, on se regroupe… Tout va bien. Petit débrief du responsable.

Et là, au milieu des rappels : « Si une personne ne peut pas évacuer par les escaliers, admettons qu’il y ait une personne handicapée ou une femme enceinte dans les locaux, il faut la mettre en sécurité à un des emplacements dédiés, et, dès qu’on est sortis, signaler sa présence et son emplacement… ».

Crédits photos (Creative commons) : Kris Mikael Krister

Ma tête à ce moment-là.

Comment te dire. Au plus haut, nos locaux font deux étages. Je n’en suis qu’à mon premier trimestre (je n’ai même pas annoncé la nouvelle au travail à ce moment-là d’ailleurs), mais j’espère bien que je vais pouvoir continuer de monter ou descendre deux étages jusqu’au bout ! Et, si vraiment j’ai un souci tellement grave que je ne peux pas descendre deux étages en cas d’incendie… j’espère bien que je serai arrêtée (comment je fais pour accéder à mon bureau et en repartir sinon de toute façon ?).

Bref, je suis enceinte, mais je peux quand même descendre les escaliers, merci.

Collègue Relou, tu as peut-être mal au dos, mais pas moi

Encore au travail, quelques semaines plus tard, un matin comme un autre. Collègue Relou (son nouveau surnom depuis ma grossesse) arrive, salue et me demande « gentiment » : « ça va ? tu n’as pas trop mal au dos ? ». Moi, un peu perdue « euh… non… pourquoi? ». Apparemment, je suis enceinte, donc je dois avoir mal au dos. Bah oui, mais non. Excuses-moi d’avoir de la chance. Ou alors, c’est peut-être juste que grossesse et maux de dos ne sont pas systématiquement synonymes.

Plusieurs mois plus tard, pendant mon arrêt, je vais déjeuner avec des collègues (pas lui). Je me gare devant le bâtiment, et je vois Collègue Relou devant la porte (en train de fumer, beurk). Avant de couper le contact (et donc, avant de sortir de la voiture), j’entends un tonitruant « Oh là là, ça commence à être dur là la marche ! ». Euh, bah non : je marche même tous les jours, plus qu’avant !

Et, pendant mon arrêt, il continue d’abreuver mes collègues plus proches de questions pour savoir à quel point je suis agonisante. Les pauvres.

Bref, je suis enceinte, mais je n’ai pas forcément les mêmes symptômes que ta femme/ta sœur/ta voisine.

Laissez-moi donc jauger de mes capacités

Non parce qu’elles sont parfois dans un meilleur état que les vôtres !

Voilà ce que j’ai envie de dire à ceux qui veulent m’empêcher de faire ceci ou cela. Je dis parfois la première partie, rarement la seconde tout de même.

Crédits photos (Creative commons) : Benjamin Balázs

Je déplace une chaise de bureau ? On me saute dessus « non mais fais pas ça ! ». OK, elle est à roulettes, la chaise, je ne fais que la pousser.

Je porte un carton ? « Attends, poses ça, je vais le faire ! » C’est gentil, je ne dis pas le contraire (passons sur l’utilisation de l’impératif). Mais c’est un colis hyper léger, j’ai largement la force de le porter. Par contre je suis toujours fatiguée, donc répondre au mail sur lequel je t’ai relancé trois fois, ça me permettrait de prendre une pause et de souffler un peu. Je dis ça….

Quittons mon travail.

« Vous êtes venue à pieds ?? » Ma dermato, au troisième trimestre. Bah, vous êtes à vingt minutes de chez moi, ce n’est quand même pas énorme, surtout quand on sait que j’ai toute ma journée. Donc… oui.

« Ce n’est pas raisonnable de porter ce pack de lait enfin ! » 6 kg ? Et si j’avais un aîné, il en ferait probablement bien plus, non ? Je ne passerais quand même pas plusieurs mois sans le prendre dans mes bras.

À côté de ça

À côté de tous ces moments horripilants, j’ai tout de même beaucoup apprécié les amis qui viennent faire un détour par chez nous pour nous éviter de faire de la route ; les clients du point relais qui se sont proposés pour porter jusqu’à mon coffre mon gros colis (qui, lui, était bien lourd) ; toutes les personnes qui m’ont proposé de prendre leur place dans la file d’attente (omettons celle qui s’est débrouillée pour me passer devant volontairement hein, de toute façon, je n’étais pas pressée) ; les copains qui ont proposé de venir aider Papa Ours avec nos travaux pour me remplacer… Et tous les sourires gratuits, les petits mots gentils que j’ai reçus, parfois de la part de purs inconnus !

Bref, toutes les propositions d’aides ont été prises comme autant d’actes de gentillesse.

Ce sont les décrets selon lesquels je souffrais de tel ou tel souci, ou que j’étais diminuée, qui m’ont tant énervée. Et pour tous ceux-là, j’ajoute ce petit paragraphe de dernière minute (spoiil !) : jusqu’à mon dernier mois de grossesse, je nageais quasiment à mon rythme habituel ; jusqu’aux derniers jours avant mon accouchement, je marchais plusieurs kilomètres sans souci (on en parle, chers collègues qui prennent la voiture pour aller à la boulangerie à 500m ?). Deux jours avant, j’étais à mon cours de danse.

Et toc.

Dis-moi, toi aussi tu avais envie de leur dire « mais laissez-moi un peu faire ce que je veux non mais ! » ?

A propos de l’auteur

Un petit Ours va bientôt rejoindre la famille Ours ! Il va tomber dans une marmite un brin écolo, un brin geek, mais pas que ! Et en attendant, je vais te raconter ma grossesse tranquille, en long, en large et en travers (bavarde, moi ?).