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A la une / Vie de maman

Comment être une bonne mère alors que la mienne ne l’était pas ?

C’est un article assez difficile que je vais tenter d’écrire aujourd’hui. Il ne sera pas drôle, ni joyeux, et encore moins plein d’espoir. Je vais te révéler l’une de mes peurs les plus profondes, faite de doutes et de manque de confiance en moi.

J’ai peur de ne pas être une bonne mère. Comme toutes les mères, tu me diras. Mais ici, c’est différent. J’ai peur d’échouer, comme ma mère a échoué. J’ai peur de ne pas réussir à créer un lien comme ma mère n’a pas su le faire. J’ai peur de ne pas être la mère dont ma fille aura besoin, comme la mienne n’a pas su l’être.

Pas une bonne mère

Crédits photo (creative commons) : Bridget Coila

Tu l’auras compris, ma mère et moi, c’est une grande histoire de (dés)amour. Et chaque fois que je m’occupe de ma fille, une petite voix dans ma tête me chuchote : « Pourquoi insister, tu n’y arriveras pas, de toute façon ! Tu es la fille de ta mère, tu vas reproduire le même schéma, tu vas tout rater ! »

Bon, ok, je vais te raconter. Parce que là, tu dois penser : « Mais quel est le monstre qu’elle a eu pour mère ??? »

Détrompe-toi, ma mère n’est pas un monstre. Elle n’a pas su s’adapter à ses enfants, c’est tout. Mes frères et moi avons eu une belle enfance, avec de grands Noëls et de belles vacances. Mais ma mère n’a pas su faire avec nos personnalités différentes, elle a tenté de respecter un schéma type d’éducation qui ne convenait ni à moi, ni à mon frère aîné. Elle n’a pas tenté d’ajuster son éducation à nos personnalités.

Pour elle, ce n’était pas sa pédagogie qui ne convenait pas, c’était nous qui n’étions pas de bons enfants modèles. Et tout au long de notre enfance et de notre adolescence, elle a su nous faire comprendre que nous n’étions pas les enfants dont elle rêvait.

Nous avons eu très peu de câlins de sa part. Très peu de mots doux ou d’encouragements. Nous avions chacun notre surnom : moi j’étais sa « poussinnette» et mon frère son « poussin ». Mais ce n’étaient que des mots. Jamais nous ne faisions assez bien. Tout ce que nous faisions l’énervait. Elle n’était satisfaite que quand nous ramenions d’excellentes notes à la maison, comme si c’était tout ce qui comptait.

Mon frère est une personne très intelligente, limite surdouée, avec les inconvénients que ça comporte : refus de l’autorité, émotions difficilement contrôlables (surtout la colère…). Il était la terreur de l’école, personne ne l’invitait aux anniversaires. Plutôt que de s’encombrer avec ce fils qui ne lui convenait pas, ma mère l’a envoyé en internat à l’autre bout du département, dès la 5ème.

Ça n’a rien arrangé, au contraire ! Il est devenu encore plus enragé, a arrêté de travailler à l’école, a eu de mauvaises fréquentations, et a sombré très jeune dans des abus peu recommandables. Ma mère l’a envoyé voir plusieurs psys, qui n’ont rien changé. Elle n’a jamais pris mon frère à part pour lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle avait confiance en lui et qu’elle allait l’aider à sortir de cette spirale infernale. Au contraire, elle l’a accablé de reproches, et l’a même insulté en public…

Mon frère s’est éloigné de moi. Il passait de moins en moins de temps à la maison. Quand mon frère et ma mère se croisaient, ce n’était qu’insultes et cris. Ma mère a décidé de mettre fin à tout ça en prenant la pire décision de sa vie : elle a porté plainte contre lui. Contre son fils. Sous un motif faux, mais qui nous a tous emmenés devant le tribunal.

J’ai vu les flics débarquer chez nous pour emporter mon frère. Et à à peine 20 ans, mon frère a été interdit de vivre chez mes parents. Il a vécu pendant des années chez la mère d’un copain, qui l’a ramassé à la cuillère et a été une véritable mère pour lui, comme la mienne ne l’a jamais été.

Aujourd’hui, il va mieux. Il est parti vivre à l’étranger. Il ne parle plus à mes parents et recommence tout juste à reprendre contact avec moi. Il n’a jamais vu sa nièce.

Et avec moi, comment s’est comportée ma mère ? Ça n’a pas été aussi violent, rassure-toi. Mais tout de même assez pour que je lui en veuille beaucoup. Elle ne m’a jamais appris à me coiffer, à bien m’habiller ou même à mettre un tampon. Ce sont des amies qui m’ont appris tout ça.

Plus tard, j’ai fui la maison pour mes études. J’ai vécu ma vie, rencontré mon Homme à l’époque du lycée, et nous nous sommes mis en ménage quand j’étais encore étudiante. Ça n’a pas du tout convenu au modèle que ma mère s’était imaginé pour moi.

Déjà, l’Homme n’est pas le gendre idéal. Elle l’a détesté dès le premier regard. Il n’était pas assez bien pour sa fille. Alors, elle a décidé de tout tenter pour nous séparer : elle a tenté de le discréditer à mes yeux, l’a insulté en face à face, a tenté de retourner toute ma famille contre lui. Ça n’a pas fonctionné.

Ça a été une période très difficile pour notre couple, nous avons été au bord de la rupture plusieurs fois. Mais au final, ça nous a rendus plus solides. Plus tard, nous nous sommes mariés, et ma mère a tenté de saboter le mariage. Tout ça a beaucoup touché mon mari. Aujourd’hui, il la déteste et refuse de la voir plus de deux fois par an.

Bref, tu l’auras compris, je ne suis pas proche de ma mère. Lors de ma grossesse, je me suis posé beaucoup de questions sur ma capacité à être une bonne mère pour ma fille : est-ce que je saurais la comprendre, la soutenir quand elle en aurait besoin ? Est-ce que je saurais être affectueuse et douce ? Est-ce que je serais la mère dont elle a besoin, et non une mère bloquée dans ses principes comme l’avait été la mienne ?

Aujourd’hui que Petite Fleur est là, je me découvre une fibre maternelle que je ne soupçonnais pas. Tu comprends, je croyais que je serais comme ma mère, indifférente et froide, et je me découvre attentionnée et affectueuse, inquiète à chaque cri de douleur, fière de chaque progrès, emballée par chaque sourire, déchirée par chaque sanglot…

Et pourtant, je reste pétrifiée à l’idée de reproduire les mêmes erreurs que ma mère. Je veux construire une vraie relation avec ma fille, je veux qu’elle se sente proche de moi et en confiance. Je veux qu’elle ressente tout l’amour que j’ai pour elle, quels que soient sa personnalité et ses choix futurs.

Je veux qu’elle m’aime et qu’il y ait toujours une place pour moi dans sa vie future. Je ne veux pas qu’elle souffre d’avoir eu une mère inadaptée comme j’ai pu en souffrir.

Et je me demande chaque jour si je réussirai…

Et toi ? As-tu une histoire particulière avec ta mère ? As-tu peur de la reproduire avec ton enfant ? Comment ça se manifeste au quotidien ? Viens en parler…

A propos de l’auteur

Je suis une passionnée d'histoire, de dessins animés et de pâtisserie. Après avoir quitté la région parisienne, je vis dans une maison en province avec mon mari, nos deux chats et Petite Fleur. C'est une petite fille gentille et malicieuse qui illumine chacune de nos journées.