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A la une / Témoignage

La grossesse surprise – Et après ?

Si tu te souviens de mes premiers articles, tu te rappelles peut-être que ma grossesse n’était pas désirée, ni attendue. Je suis tombée enceinte sous contraception. Surprise ! Bon, la pilule avait été difficile à avaler mais j’avais fini (mieux vaut tard que jamais) par apprécier la grossesse et par avoir hâte qu’elle prenne fin.

La relation parent-enfant

Quand Cookie est né, je n’ai pas ressenti d’amour intense, juste un sentiment de protection. Ce petit truc était bien trop petit et trop faible pour que je puisse l’abandonner. Je devais donc tout faire pour le protéger et le nourrir. Appelle ça instinct si tu veux, j’appelle ça « miracle de la nature » (les bébés sont trop mignons pour qu’on ait envie de les laisser seuls ou de leur faire du mal, c’est magique quoi). Petit à petit, je me suis faite à lui. Qu’on m’appelle « maman », j’ai mis beaucoup plus longtemps pour m’y faire mais j’estime qu’on a réussi à construire une belle relation.

J’aime mon fils. Plus que tout. C’est ancré en moi. Mon cœur fait des bonds quand il me court dans les bras, s’arrête de battre au moindre bisou… Mon corps se tend malgré moi vers ce petit bout d’homme qui nous use jour après jour. Mais j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire.

J’ai commencé une thérapie, j’ai vu une psychologue. J’ai bâillonné mes peurs et mes incompréhensions. J’ai eu besoin de faire un énorme travail sur moi. J’avais l’impression qu’on me l’avait imposé. Pourquoi cet enfant, que je ne voulais pas, m’épuisait à ce point ? Pourquoi, quand certains sont des bébés parfaits, le mien est-il un koala agrippé à mes bras? J culpabilisais énormément. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Pourquoi lui ? Il y avait peut-être une peur de sa part, inconsciente, que je l’abandonne, que je le laisse. J’avais peut-être aussi besoin de me rendre compte que même si ce n’était pas mon projet, un enfant était là, dépendant de moi, tout comme j’étais maintenant dépendante de lui.

Je suis restée presque un an en thérapie, à gérer mes doutes, ses nuits, ma déception, ses pleurs, mes besoins, ses besoins. Pendant un an, j’ai eu besoin de m’en occuper exclusivement. J’avais besoin de m’y mettre, corps et âme pour pouvoir m’approprier cet être qui n’avait rien demandé. Une fois les tensions relâchées, une fois que j’ai repris le contrôle de ma vie, que je sentais capable d’aimer et d’accepter sans détour mon fils, une fois que j’étais apaisée, j’ai enfin pu m’ouvrir à lui. Lui parler.

C’est peut-être bête dit comme ça. Mais pendant un an, j’ai eu énormément de mal à communiquer avec lui, à m’exprimer. Je ne me sentais pas capable, je n’en voyais pas l’intérêt. je palliais à ses besoins, quels qu’ils soient mais je n’arrivais pas à me livrer. Il ne pouvait pas comprendre de toute manière, ça ne servait à rien. Grand bien m’a pris quand j’ai enfin réussi.

On est repartis sur des bases saines. Une histoire d’amour, entre une mère et son fils, comme il en existe des centaines.

Crédit photo : Fabien Couderc

La relation de couple

Avec l’amoureux, on a dû apprendre à gérer l’autre en tant que parent, gérer la vie familiale au même titre que la vie amoureuse. Et clairement, ça n’a pas forcément été une réussite. On s’est pris la tête très souvent, pour des broutilles. On s’est oublié, en tant qu’individus et en tant que couple. Heureusement, nous avons toujours été sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne notre éducation. Il me suivait dans mes délires, dans mes envies. Il prenait des initiatives. Je n’avais donc pas à m’inquiéter à ce sujet. Je pouvais me préoccuper seulement de notre vie à tous les deux.

J’ai mis longtemps avant de vouloir reprendre soin de moi; il a mis quelques temps à refaire attention à moi en tant qu’individu. Mes complexes me bouffent, mon corps m’horripile. Mais l’amoureux a percé ma carapace et peu à peu, je retrouve confiance.

On a subi de grosses tensions, des semaines houleuses où les remises en question étaient plus fréquentes que les heures ensemble, où l’idée de se séparer était presque une bonne idée. On s’est déçus, on s’est éloigné, on ne faisait plus attention.

Mais on a réussi, petit à petit, à reprendre du poil de la bête. Malgré notre bébé très demandeur et très peu dormeur. On a refait attention, on a recommencé à se parler. On profitait d’une sieste de vingt minutes pour un moment tendre, sans rien faire, juste l’un et l’autre dans le canapé. On a lâché prise. On a tenté de prendre du recul avec le monde virtuel, les réseaux sociaux et les jeux vidéos. On a pris du temps pour nous. Chaque soir, on s’oblige à manger ensemble, sans télévision, sans téléphone. On sort de temps en temps (rarement sans le troll du coup). On a recommencé à se regarder des films ou des séries, à retrouver des activités communes (autre que changer des couches). On se retrouve. En tant que couple à la fois parental et amoureux.

On a pris des vacances, tous les trois. En Bretagne, en Normandie, au Pays Basque ou sur l’île d’Oléron. Du temps précieux pour nous retrouver, loin du train-train. D’ailleurs, nos cadeaux respectifs de Noel cette année, c’est un voyage à l’étranger (à 3) et un week-end (en amoureux). Je crois qu’on a compris la leçon. On en a besoin, comme avant.

Et on a recommencé à faire des projets. On a préparé un baptême. On s’est marié courant 2017, l’amoureux a démissionné de son travail (après un burn-out fin 2016), a trouvé un nouvel emploi qui l’enthousiasme et chez qui il a signé un CDI il y a quelques semaines. Cookie a commencé la halte-garderie  avant d’aller à la crèche. J’ai retrouvé du travail. Puis, un autre. On a déménagé. On a une foule de projets en cours. Et ça nous permet, à nous deux, de repartir sur de nouvelles base. Saines et sereines. Presque détendus.

La sexualité

J’ai eu envie de reprendre les rapports très tôt, pendant le premier mois post-partum. C’est l’amoureux qui était réticent (le sang, la peur de faire mal, tout ça tout ça…). J’ai pris mon mal en patience. Quand il a de nouveau eu envie, j’étais prête mais au moment de la pénétration, mon corps s’est bloqué. Je ne pouvais plus. S’en est suivi deux mois d’abstinence au cours duquel j’ai pu faire ma rééducation périnéale tranquillement (sans pôle dance malheureusement). Et on a réessayé, doucement, patiemment, avec beaucoup de lubrifiant. Et j’ai repris plaisir. Alors on a recommencé. Plein de fois. Quand on en avait envie, quand on était pas TROP fatigués…

Jusqu’à mon retour de couche. Le vilain est survenu près de neuf mois après l’accouchement. Et il m’a fait l’effet d’une bombe. Si mes règles étaient de retour, cela signifiait que ma fertilité aussi. Mes cycles étaient chaotiques. Tous les dix ou quinze jours, j’avais mes règles. Je n’en pouvais plus et ma libido n’a pas chuté, non. Elle a tout simplement disparu. Je n’avais pas envie, ça me répugnait même. Je me forçais mais non, désolée, je ne peux pas…

Entre temps, mes cycles passaient de dix à plus de quatre-vingt jours. Mais même, mon corps, mon esprit était fermé. J’avais très très peur d’un autre bébé surprise. J’avais peur à la moindre caresse. Cette pensée était omniprésente, indissociable de chaque câlins et me stoppait indéniablement. Pendant des mois.

J’ai fini par arrêter la pilule, par décider de ne plus vouloir poser de stérilet et par attendre que mon corps reprenne ses droits. Calmement. Honnêtement, je ne sais pas pendant combien de mois l’amoureux n’a pas pu me toucher (et je lui suis reconnaissante d’avoir patienter sans rien dire). Six mois ? Un an ? Surement dans ces eaux-là. Depuis quelques mois, ça va mieux. Ce n’est clairement pas l’orgie, on est d’accord. Je suis intransigeante sur le préservatif mais ça passe. Et j’aime de nouveau (un peu) ça.

Envie d’un deuxième ?

Non. Vraiment pas. Surtout pas.

Je me sens encore fragile après ces deux premières années plutôt mouvementées. J’ai besoin de stabilité. De prendre du temps pour moi, pour nous, pour Cookie aussi. Je ne veux pas risquer de chuter encore une fois. Je commence juste à être « là », entièrement là. Je commence juste à reprendre goût à la vie. On recommence enfin à dormir. On recommence à avoir des projets, des envies. Un bébé, là, tout de suite, ça ne serait pas une bonne idée.

J’ai aimé la grossesse. J’en suis parfois nostalgique. Mais non, je ne veux pas d’un deuxième enfant. Ni moi, ni l’amoureux.

Je ne dis pas qu’on en aura pas envie dans quelques années. Après tout, je voulais trois enfants au départ. Mais l’amoureux est catégorique : pas d’enfant. Et je le suis : pas de deuxième avant disons… Cinq ans minimum ? Cinq ans grand minimum même.

Je veux que la prochaine fois que j’attendrai un enfant, si prochaine fois il y a, je veux l’avoir attendu, souhaité, voulu. Je veux faire ce projet. Je veux prévoir mes cycles, prévoir d’arrêter une contraception. Je veux avoir ces conversations déchirantes sur « le bon moment ». Je veux me dire « allez, on tente, ok ! ».

Je ne veux plus avoir du mal à me projeter. Je ne veux plus me laisser surprendre. Je ne veux plus me retrouver spectatrice d’une grossesse, d’un nouveau-né. Je ne veux plus me sentir dépossédée. Je veux vouloir. Et aujourd’hui, je ne veux pas. On ne veut pas.

Crédit photo : Fabien Couderc

Non, aujourd’hui, je doute, je pleure, je m’épuise, je déprime. Je m’extasie et je rigole. Je découvre et je range. Je fais des projets et je suis débordée. Je l’aime intensément tout comme il m’agace énormément. Comme n’importe quelle autre maman j’imagine. Fréquemment, on rêve et réfléchit à la vie « si… ». Si on avait pas un bébé surprise, si on avait avorté, si on avait pas gardé cet enfant. Qu’est-ce qu’on ferait ? J’aurai sans doute continué mes études, ou on aurait déménagé à l’étranger. On aurait surement fait plus de voyages et de sorties. On aurait pas chercher une maison avec trois chambres et un jardin mais plutôt un T2 cosy avec terrasse dans une grande ville. On penserait sûrement à faire un enfant dans les prochains mois et non pas à inscrire notre enfant à l’école pour sa première rentrée. On aurait surement une vie un chouia différente. Ou peut-être pas.

Et toi ? As-tu vécu des débuts difficiles avec ton bébé ? N’hésite pas à partager avec nous autour du début de la parentalité. 

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com