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A la une / Témoignage

Quand la PMA marche sur la tête

Je t’ai laissée dans l’attente de mon premier rendez-vous de « PMette ». Autant te dire que le stress et l’impatience ne m’ont pas quittée de l’été.

Entre-temps, j’ai changé de travail pour intégrer une entreprise bien plus humaine, avec une patronne à qui j’ai très vite expliqué que j’allais entamer un protocole médical un peu lourd, et qui m’a assuré qu’on aménagerait mes horaires en fonction, sans problème. Par rapport à ma précédente chef, qui a accueilli sa nouvelle équipe à l’ouverture du magasin avec un magnifique : « Bon, les filles, pas de bébé pendant les deux prochaines années ! », je gagnais carrément au change.

En août, mon petit frère, de quatorze mois mon cadet, nous a annoncé qu’il allait devenir papa, en faisant parvenir à chacun son écho des 12 SA par MMS. Tu sais, cette échographie où on voit un beau bébé en entier ? J’étais au travail. J’ai pleuré toute la journée.

C’était un échec pour moi, qu’il y arrive sans même y avoir vraiment pensé, alors que nous essayions depuis si longtemps. Mais enfin, il n’y a pas forcément « d’ordre de passage » dans les familles ! Et puis, dix ans avec sa chérie, ça comptait aussi !

Ma maman, pressée d’être grand-mère et si triste pour nous, m’a envoyé un texto : « Alors, si j’ai bien compris, je serai deux fois grand-mère en 2015 ? » Et j’ai décidé de me raccrocher à son optimisme.

Le premier rendez-vous

Septembre est enfin arrivé, et avec lui, mon rendez-vous. J’ai fait la connaissance du Docteur Pire, un jeune médecin à l’accent des pays de l’Est. Je l’aimais d’avance, car il était mon sauveur, c’était sûr !

Scientifique fou

Crédits photo (creative commons) : Okko Pyykkö

Il était indiqué sur la convocation : « Les deux membres du couple doivent être présents lors de la première consultation. », alors Monsieur Loup est venu avec moi. Le Docteur Pire nous a serré la main, fait asseoir… et n’a plus quitté son ordinateur des yeux.

Il nous a posé des questions sur notre hygiène de vie (cigarette, alcool, rythme de vie, etc.), sur mes cycles, sur nos essais. Puis il nous a demandé ce qui nous amenait. On lui a tout raconté, dans l’ordre : des examens « juste pour voir » aux résultats de la chirurgie exploratrice. Il a dit : « Vingt-sept paillettes ? Vous êtes fiers de vous ? » et il avait un ton accusateur dans la voix. Je n’ai pas compris.

Finalement, il nous a donné quelques examens à faire et a conclu : « On se revoit en novembre. » L’ordonnance était une liste sans fin : bilan hormonal, sérologies, HIV, toxoplasmose, rubéole, échographie avec comptage des follicules antraux, hystérosalpingographie… et tous les labos dans lesquels je devais faire pratiquer ces examens.

Au passage, ça, c’est mal foutu : quand ton hôpital est dans le sixième arrondissement, ben la liste ne comprend que des labos de cet arrondissement et quelques uns alentour. Mais quand ton travail est dans le quinzième, c’est-à-dire pas franchement à côté, tu dois faire des aménagements pas possibles pour aller faire tes examens puis revenir au boulot…

Bref. Nous sommes sortis de là un peu agacés, mais bon, c’était la procédure. En tout cas, le Docteur Pire, il ne me plaisait plus du tout. Pas humain, froid, pas du tout à l’écoute… J’aurais parlé à un mur et appuyé sur un bouton pour avoir mon ordonnance, ça aurait été pareil.

J’ai fait tous ces examens qui coûtent un bras (parce que le docteur n’avait pas pensé à nous donner le papier pour le remboursement à 100%), et évidemment, tout allait très bien.

Ah, et puisque la question a été posée dans les commentaires d’un précédent article (et que ça m’inquiétait un peu sur le coup aussi) : non, l’hystérosalpingographie ne m’a pas fait mal. C’était désagréable, mais pas douloureux du tout. Après, bien sûr, chacune ressent les choses différemment !

Le deuxième rendez-vous

En novembre, je suis donc retournée à l’hôpital Royal, mes résultats (stipulant que j’avais un utérus, des ovaires et des trompes de compet’) sous le bras. J’étais légère, la fleur au fusil, convaincue qu’à Noël, je serais en plein traitement, et que tout irait bien plus vite. Après tout, ça faisait déjà cinq mois que le « matériel » de Monsieur Loup nous attendait au frais.

Le Docteur Pire m’a accueillie… et s’est présenté. Je suis tombée des nues. On s’était vus deux mois plus tôt, je lui avais raconté toute ma vie… Ça aurait été trop compliqué d’ouvrir le dossier un peu avant de me recevoir, quitte à ajouter cinq minutes à sa demi-heure de retard ? À ce moment-là, il avait gagné : je le détestais définitivement.

Il a regardé mes examens : « Votre LH est un peu basse… » (La LH est l’un des indicateurs hormonaux de la croissance folliculaire. Mon taux était tout à fait dans la moyenne !)

Puis, tout en continuant sa lecture, il m’a demandé de lui expliquer ce qui m’amenait. Il me gonflait franchement, mais comme je suis sympa, je me suis répétée. À la fin de mon laïus (l’avait-il seulement écouté ?), il m’a dit : « Bon, on va faire une IAC. Je vais vous préparer le protocole. » Il a sorti une liasse de papiers pré-remplis et a ajouté quelques dosages à la main.

Je n’en montrais rien, mais j’étais très surprise : on m’avait dit que vu l’endroit où ils avaient été trouvés, les spermatozoïdes de Monsieur Loup n’avaient pas acquis leur flagelle et n’étaient donc pas mobiles, ce qui devait nous orienter d’office vers une FIV ICSI. L’idée de juste les déposer à l’intérieur et de les laisser se débrouiller me laissait perplexe. Mais bon.

Le Docteur Pire a levé la tête :

« Où sont les résultats de votre frottis ?
– Euh, je ne l’ai pas fait…
– Mais Madame, comment voulez-vous qu’on le fasse, ce bébé, si vous ne faîtes pas ce qu’il faut de votre côté ? »

Là, j’ai vu rouge. Il était gynéco, lui, que je sache ? Il aurait pu me le faire maintenant, son examen à la con, NON ??

« Bon, par contre, je n’ai pas rencontré votre mari.
– Si. Comme exigé par la convocation, il était là au premier rendez-vous.
– Non, je ne l’ai pas noté dans ma fiche. »

(Visiblement, il y avait bien d’autres choses qui n’étaient pas dans sa fiche, à cet abruti…)

« Ben, ce n’est pas mon problème, il était là, c’est un fait !
– Dans ce cas, où sont ses sérologies ?
– Vous ne lui avez donné aucune ordonnance !
– Bon, écoutez, il manque trop de choses. J’annule le protocole (il a déchiré la liasse qu’il venait de remplir) et je vais vous redonner des ordonnances. Vous allez aussi refaire vos sérologies, parce que comme on se reverra en janvier, celles-ci auront plus de trois mois et ne seront donc plus à jour. »

Le Hulk en moi a failli surgir et retourner son bureau de médecin condescendant.

Je lui ai répondu : « Pardon, mais je ne comprends pas très bien. Mon mari a fait tous ces examens, qui étaient parfaits, avant son opération. Tout ce qui nous est nécessaire pour la suite est au congélateur. Donc là, concrètement, quelle que soit la maladie qu’il ait pu contracter depuis… on s’en fiche pour la suite, non ? En quoi ça vous regarde ? »

Et là, le Docteur Pire a atteint le summum de la réponse qui donne des envies de meurtre : « Mais Madame, cet enfant, il faut qu’on s’assure qu’il ait un papa en bonne santé ! »

Voilà. Que les futurs pères à qui le gynéco de leur femme a demandé un bilan sanguin avant leurs essais bébés lèvent la main. Ça n’existe pas. Quand on fait un bébé « tout seuls », le père, on lui fout la paix !

J’ai pris mes ordonnances, mon rendez-vous pour janvier et ma dignité, et je suis partie.

Et toi, as-tu déjà eu affaire à un médecin pas très humain ? Tu savais qu’il y avait tant d’examens obligatoires pour faire un bébé ? Tu aurais réagi comment, toi, à cette succession d’examens qui n’a débouché sur rien ? Raconte ! 

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

A propos de l’auteur

Bretonne de cœur, Normande de racines, Parisienne d'adoption. Mariée à Monsieur Loup, mon prince Charmant, depuis juin 2012, et maman d'une petite Lueur depuis décembre 2015. Dessinatrice, fan de Disney, gamine dans l'âme, je suis une éternelle positive... et c'est pas toujours facile ! Tu peux désormais me retrouver sur www.bribesdevies.fr, et me suivre sur instagram @chaperonrouge_et_cie