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A la une / Vie de maman

Le jour où j’ai arrêté de me lever la nuit

Pendant plus de vingt mois, je n’ai pas fait une nuit complète. Parce que pendant plus de vingt mois, Cookie n’a pas fait une nuit complète. Pendant plus de vingt mois, tous les soirs, toutes les nuits, plusieurs fois par nuit, Cookie se réveillait. Et pendant ces vingt mois, tous les soirs, toutes les nuits, plusieurs fois par nuit, je me levais.

C’était long, épuisant, frustrant de sentir le sommeil m’échapper jour après jour. Chaque réveil durait une quinzaine de minutes en moyenne, mais le temps que j’arrive à me rendormir, il s’écoulait encore une grosse demie-heure minimum. Chaque nuit, des tronçons d’une heure étaient retirés de mon besoin d’hibernation. Chaque jour, j’étais un peu plus amorphe et léthargique pendant mes temps d’éveils.

Pourtant, on a été deux à le faire cet enfant. Mais non, c’était moi. Toujours moi. La première à me lever, la seule à veiller, à vivre ces trop courtes (ou trop longues) nuits inlassablement. Je ne pense pas que c’était par mauvaise volonté de la part de l’amoureux non. Peut-être qu’il n’entendait réellement pas Cookie pleurer. Peut-être qu’il avait effectivement beaucoup de mal à émerger – tellement de mal que j’y allais à sa place quand j’entendais mon bébé hurler. Peut-être que, comme on a fait du cododo pendant longtemps (et heureusement car il m’a – sérieusement – sauvé la vie et la santé mentale), qu’il était allaité, c’était plus « simple » que je m’en occupe. Peut-être qu’il se disait que comme il travaillait le lendemain et moi « non », c’était mieux comme ça. Peut-être que je ne lui ai pas laissé prendre sa place à un moment et qu’une habitude vicieuse et épuisante (pour moi) s’était installée. Peut-être.

J’ai pourtant commencé un nouveau travail depuis septembre dernier. Un boulot où je reste deux nuits par semaine. Et ces nuits-là, c’est papa qui s’en occupe. Pendant des semaines, l’amoureux a préféré le garder dans notre lit plutôt que de se lever à chacun de ses réveils pour le rendormir dans son lit. Sinon, ils ne dormaient pas, tu comprends. Et puis, un beau jour, il me dit que Cookie ne s’est pas réveillé. Super ! La nuit suivante, quand j’étais là, n’a pourtant pas été identique à la précédente mais bien semblables aux centaines de nuits que j’avais déjà vécues. Des réveils, des terreurs, des pertes de susu. Et ainsi de suite. Cependant, deux mois plus tard, l’amoureux me fait quand même cette réflexion

« Tu sais, avec moi, il ne se réveille jamais. Je pense que ça vient de toi ».

La super phrase que toute mère qui culpabilise déjà adore entendre. J’ai donc relativisé. C’est vrai que depuis quelques mois, les nuits sont plus calmes. Même pour moi. Mais comment expliquer que quand il se réveille et que j’y vais, Cookie s’accroche à moi pendant de longues minutes alors que quand c’est son père, il se rendort quasiment instantanément. Et j’ai compris.

Quand je rentre dans sa chambre, je lui parle, je le rassure, je chuchote que tout va bien, qu’il faut dormir. Or, l’amoureux ne le fait pas. Et si c’était ça ? Le fait de lui parler le sort de son sommeil paradoxal plus de neuf fois sur dix alors qu’en le recouchant sans dire un mot, juste en étant là quelques secondes, il replonge dans les bras de Morphée en un rien de temps.

J’étais fière de moi. J’avais trouvé une solution. Il se réveillait toujours, certes, mais BEAUCOUP moins longtemps. Donc je veillais beaucoup moins longtemps et je retournais moi aussi dormir beaucoup plus vite.

Et pourtant. Début janvier, l’amoureux a de nouveau fait cette réflexion.

« Avec moi, les nuits où c’est moi, il dort sans se réveiller une seule fois, ou presque. Tu y es forcément pour quelque chose ».

Et j’en ai eu marre.

Marre de cette réflexion. Marre de ce que ça insinuait. Marre d’être constamment celle qui se lève de toute manière.

Crédit photo : LIdiane AquIno

Alors je lui ai dit. A partir de ce soir, je ne me lèverai plus. Il se lèvera. Toutes les nuits. A tous les réveils. C’est l’amoureux qui ira rassurer Cookie, lui redonner sa susu perdue entre son lapin, la couette et l’oreiller. C’est lui qui le recouchera. C’est lui qui se lèvera, qui se réveillera et qui aura du mal à se rendormir directement. Ce sera lui. Et non moi. Après tout, l’amoureux a peut-être raison. C’est peut-être de ma faute; c’est peut-être quand il me sent, m’entend qu’il cherche le contact. Si l’amoureux a raison, en quelques nuits, Cookie aura compris qu’il faudra dormir (et nous laisser dormir). Alors ça a été décidé. Je ne me lèverai plus la nuit.

Tant que je ne suis pas encore couchée, on se relaye. Chacun son tour, on se lève pour le rendormir. Mais une fois au lit, il n’y a plus qu’une personne qui s’en charge : l’amoureux. Les premières nuits ont été difficiles. Je me réveillais chaque fois et je devais réveillais l’amoureux pour qu’IL se lève. Quelques fois, sans m’en rendre compte, c’est encore moi qui me suis levée mais globalement, je me suis fait violence et c’est l’amoureux qui s’en est occupé, nuits après nuits, réveils après réveils.

Et tu sais quoi ? Ça n’a rien changé. Cookie a continué de se réveiller. Nuits après nuits. Parfois une seule fois, parfois huit fois. Parfois avec plus ou moins de facilité à se rendormir.

Et moi, j’ai lâché l’affaire. Ce n’était plus mon problème après tout. S’il avait besoin d’aide, je viendrai mais en attendant, je dormais. Et fichtre alors. Quel bien ça fait du dormir. Ne pas stresser parce qu’il faut y aller vite, le rassurer. Ne plus regarder l’horloge mentale en se disant que ça fait déjà trente minutes que je suis avec lui, que je ne dors plus. D’ailleurs (ça reste entre nous hein), dernièrement, je me réveille après l’amoureux quand Cookie se met à pleurer. J’émerge alors que l’amoureux y est déjà allé. Mon corps récupère enfin et je peux concevoir la difficulté d’entendre et de se lever quand on en a pas l’habitude. Tout comme je comprends aisément l’habitude du sommeil léger, toujours sur ses gardes.

Et l’amoureux ? Il est fatigué. Il se plaint souvent. Enfin, il se plaignait souvent au début; ça commence à passer. Il a mal dormi la nuit dernière. Il souhaiterait que je me lève aussi de temps en temps. Et je lui rappelle gentiment que pendant vingt longs mois, ça a été mon quotidien aussi. Je me sens égoïste mais je n’en ressens aucune honte pourtant. J’en ai juste besoin.

Aujourd’hui, ça fait presque deux mois que j’ai pris la décision de ne me plus me lever la nuit. J’ai passé de bien meilleures nuits réparatrices depuis, je dois avouer. Et l’amoureux, de moins bonnes. J’ai même  pu arrêter les siestes ou les grasses mat’ indispensables du week-end qui me permettaient de récupérer auparavant. Je ne m’écroule plus de sommeil passé 22h, je suis calme, sereine, câline. Je me réveille toujours mais le fait de ne pas avoir à vraiment se lever, se réveiller complètement me permet de me rendormir plus vite, plus tôt. Et ça fait du bien, j’ai retrouvé (un tant soit peu) mes nuits de marmotte qui se respecte. Globalement, Cookie lui, a quand même un sommeil qui se stabilise. On a plus que trois réveils en moyenne, contre quatre auparavant. De temps au temps, il n’y en a aucun et au petit matin, on se fait cette réflexion :

« dis, tu t’es levé(e) cette nuit ? Non ? Moi non plus. Tu te rends compte, il a dormi… »

Et ça fait du bien. A l’amoureux, à moi, à Cookie, à notre famille. Et peut-être que bientôt, je vais pouvoir dire, comme les autres copines : « on ne se lève plus la nuit, il fait ses nuits« .

Et toi ? As-tu vécu les nuits sans fin ? Comment les gérais-tu ? As-tu des conseils à nous partager ? 

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com