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A la une / Vie de maman

Le point couple de Madame Vélo : un beau fleuve pas tranquille

Cet été, ça va être caliente ! Les chroniqueuses brisent les tabous. Régulièrement, elles viendront lever le voile sur leur couple. De la sexualité à leur vie de famille, en passant par l’équilibre parfois difficile, elles te raconteront tout.
Aujourd’hui, c’est au tour de Madame Vélo de prendre la parole !

A nos débuts, nous étions plutôt un couple fusionnel avec Mr Solex. Ce qui, rétrospectivement, est assez étonnant, quand on sait que je suis peu câline et que je ne recherche pas particulièrement les contacts physiques. Nous avons vécu une très belle période de passion et j’en garde de beaux souvenirs. Cependant, nous avions bien conscience que la passion est l’apanage des débuts d’une relation amoureuse et que celle-ci était amenée à évoluer.

Six ans ont passé, nous nous sommes mariés. Et lors de notre voyage de noce nous avons pris la décision de nous rapprocher géographiquement (cela faisait deux ans que l’on vivait à 600 km l’un de l’autre). Lorsque nous avons déménagé, j’étais déjà enceinte de Crapouillou depuis 3 mois. Et là, pendant les six mois précédent la naissance, nous étions inséparables. Comme un besoin d’être tout le temps ensemble, de ne pas louper une seule seconde, de rattraper ces deux années d’éloignement.

Crédit photo : creative communs – Leah Kelley

Passer de deux à trois, puis quatre

Evidemment, la naissance de Crapouillou a remis les choses en perspectives. Il y avait un petit être en plus dans la maison, qui accaparait énormément ses parents, et particulièrement sa maman. Un bébé pas tout à fait BABI mais presque. Sans parler de la claque que je me suis prise en pleine face, cet amour inconditionnel, cet attachement si particulier à un enfant que je connaissais à la fois si peu et si bien. Mon fils me prenait tout mon capital « câlin » et « contact physique », et il ne restait presque plus rien pour mon mari. Alors, entre le dévouement à ce bébé, l’épisiotomie, l’allaitement, le manque de sommeil, j’ai mis un peu moins de trois mois avant d’accepter de refaire l’amour. Et j’ai vécu cette reprise comme une véritable première fois. Et en plus, j’ai eu mal.

Il a fallu attendre les huit mois de Crapouillou pour que je retrouve une libido correcte et pour que les rapports ne me soient plus désagréables. Ce n’est sans doute pas un hasard : Crapouillou a (enfin !) fait ses nuits à huit mois, je ne l’allaitais plus que le matin et le soir, et c’est à peu près à ce moment-là que j’ai eu mon retour de couche.

Mr Solex a été formidable, d’une patience et d’une compréhension exemplaire, même si je sais que ça n’a pas été facile pour lui.

Aux neuf mois de Crapouillou, nous avons confié notre bébé à ses grands-parents et nous avons passé 48h en amoureux. C’était juste deux jours et une nuit, mais c’était salutaire. Nous nous sentions comme des adolescents qui se (re)découvrent, nous avons retrouvé pour quelques heures l’insouciance de nos premières années ensemble.

Puis je suis tombée enceinte pour la deuxième fois. Un peu plus vite que prévu. Nous avons un peu paniqué : nous commencions tout juste à nous retrouver, à trouver un équilibre familiale, qui était encore relativement instable.

Nous avons eu tout le temps de cette deuxième grossesse pour peaufiner cet équilibre familiale, et surtout pour voler, de temps en temps, des instants en amoureux. Sur le plan sexuel, à part un regain de libido vers 4 mois de grossesse, j’ai malgré moi imposé une nouvelle période difficile pour Mr Solex. Je le rassurais, en lui disant que cette fois on savait que c’était temporaire, que ça reviendrait un jour. Nous avons ainsi surfé sur des vagues de hauts et de bas, moralement et physiquement.

Après la naissance de P’tit Matelot, nous avons attendu presque trois mois aussi pour se retrouver sous la couette. La faute, encore, à l’épuisement, l’allaitement, la déchirure. Au bébé qui dormait encore dans notre chambre aussi.

Toucher le fond et remonter à la surface

S’en est suivi une période extrêmement difficile pour nous tous : mon congé parental. J’étais heureuse d’être présente pour mes enfants, de leur offrir ma disponibilité. Mais plus le temps passait, plus je sombrais dans une sorte de burn out maternel. L’épuisement physique, le manque chronique de sommeil, la jalousie de Crapouillou et ses multiples crises quotidiennes (terrible two bonjour !), l’attention que demandait P’tit Matelot… la gestion de la maison, des repas, du linge… Même si Mr Solex m’aidait du mieux qu’il pouvait, je n’avais plus du tout de temps libre pour moi. Rien, nada. Donc forcément, plus de temps pour mon couple.

Le pire c’est qu’on en avait pleinement conscience. Et, encore une fois, même si c’était dur, on a affronté ça ensemble et on a pris notre mal en patience. Nous savions qu’avec deux enfants rapprochés, la première année du bébé serait très compliquée.

Aux sept mois de P’tit Matelot j’ai repris le travail. Et même si la transition n’a pas été facile, cela a été une grande bouffée d’oxygène pour toute la famille. J’ai quitté la maison l’esprit tranquille : P’tit Matelot était suffisamment grand maintenant pour se passer de moi en journée (je milite pour un congé maternité jusqu’aux six mois de l’enfant !), et Crapouillou avait clairement besoin de contact avec d’autres enfants (même s’il allait deux matinées par jour à la halte-garderie). Moi-même, ça m’a fait un bien fou de faire autre chose, de rencontrer d’autres personnes, de sortir de mon contexte maman-femme. J’avais enfin du temps pour moi ! (Même si ce temps était passé à travailler ou à conduire !).

Comme j’étais mieux dans ma tête, on a pu, petit à petit, reconstruire un équilibre de couple. Celui-là va de pair avec l’équilibre familial, qui se stabilise quand le bébé grandit. P’tit Matelot a arrêté de téter la nuit, Crapouillou a fortement diminué ses crises et a surmonté sa peur du noir qui le réveillait en pleine nuit, nous avons enfin pu nous reposer un peu.

Et surtout, le fait de travailler, nous avions des modes de garde pour les enfants. Ce qui veut dire qu’on pouvait poser des jours de congé et les passer tous les deux, sans gnomes dans nos pattes à nous casser les oreilles (oui parce que nos enfants font beaucoup de bruit !).

Aujourd’hui, nous avons trouvé un nouvel équilibre de couple. Il n’est pas parfait, bien sûr, mais tout ça se fait, se défait et se refait avec le temps. Un équilibre, c’est toujours instable, et ça demande des efforts constants pour le maintenir ou en trouver un nouveau. Bien sûr, on est loin de ce qu’on était à nos débuts. Mais entre-temps, dix ans ont passé, nous avons aussi grandi, mûrit, changé, acquis de nouvelles compétences, de nouvelles assurances, individuellement, ce qui fait évoluer aussi la relation de couple.

Et du côté intime alors ?

Après la naissance de P’tit Matelot j’ai eu des douleurs lors de nos rapports. Celles de la déchirure se sont vites estompées, mais j’avais mal en profondeur. Cette douleur sourde m’empêchait de prendre du plaisir. Après de longs mois je suis allée voir un gynécologue, qui a pris mon cas au sérieux mais n’a pas trouvé d’explications précise. Il m’a dit que c’était peut-être dû à mon utérus qui était devenu trop mobile suite à mes deux grossesses (les ligaments seraient trop distendus). Ce qui expliquerait aussi la pose ratée de mon DIU (un jour je te raconterais ça aussi). Et puis, un an et huit jours après la naissance de P’tit Matelot j’ai eu mon retour de couche, et les douleurs ont quasiment disparues. Elles reviennent de temps en temps, selon la position, mais elles ne m’empêchent plus d’avoir du plaisir.

Crédit photo : creative communs – picjumbo

Honnêtement, je comprends les couples qui battent de l’aile après l’arrivée d’un enfant. J’ai beaucoup de peine pour toutes ces familles déchirées et la souffrance que cela induit pour tous les membres de la famille. Et j’aimerais qu’en plus des cours à l’accouchement il y ait des cours à la parentalité et une information honnête et claire sur le chamboulement qu’induit l’arrivée d’un enfant dans un couple. Nous avons tous le droit d’avoir des hauts et des bas, nous avons tous le droit de savoir qu’il faut du temps pour se retrouver, nous avons tous le droit de bénéficier d’un accompagnement quand ça devient trop dur et qu’on ne voit pas la fin du tunnel. Mais aujourd’hui les couples se retrouvent seuls face à tout ça et ça me désole.

Je suis infiniment reconnaissante à mon mari qui a su m’épauler, me comprendre, patienter, me bousculer parfois aussi. Reconnaissante aussi à la préparation au mariage que nous avons reçue, qui mine de rien a préparé notre couple aux épreuves de la vie, et nous a rappelé que le bonheur du couple est la base du bonheur familial.

 

Et toi, comment as-tu vécu des hauts et ces bas dans ton couple ? Arrivez-vous à prendre du temps pour deux ? Avez-vous connu des difficultés pour vous retrouver sur le plan intime ?

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).