Menu
A la une / Vie de maman

Ce que ma grossesse a changé en moi

Je ne suis pas sûre de trouver les bons mots pour exprimer mon ressenti, mais je vais essayer. Je voudrais te parler de ce que ma première grossesse a changé pour moi, de l’impact qu’elle a eu sur mon corps et dans ma tête, du processus qui m’a transformée en « femme mûre » (même si je n’aime pas trop cette expression : j’ai du mal à comparer une femme à un fruit – surtout que le destin d’un fruit mûr, c’est d’être mangé ou de pourrir !).

Les changements dus à la grossesse

Crédits photo (creative commons) : Niko Knigge

Revenons au tout début de ma grossesse. Passons sur l’euphorie ratée de l’annonce, la prise de conscience de la vie qui se crée en moi et de notre futur rôle de parents, les détails matériels et les petits désagréments physiques. Et attardons-nous sur ce qu’il s’est passé dans ma tête.

Concrètement, je me suis mise à regarder des photos de moi et à me dire : « Tiens, sur cette photo, je n’étais pas enceinte. Ah tiens, sur celle-là, j’étais enceinte, mais on ne le savait pas encore. Et sur celle-ci, j’étais enceinte, mais ça ne se voyait pas et personne d’autre que nous n’était au courant. Et, oh, celle-ci a été prise une semaine avant que mon corps n’abrite la vie ! Eh bien, sur celle-là, j’étais loin de me douter que deux mois plus tard, j’aurais un fœtus dans le ventre. Qu’est-ce que je paraissais jeune ! »

Bref, j’ai fait un blocage sur le « moi » d’avant et le « moi » d’après. Comme s’il y avait réellement un avant et un après. Comme si j’étais deux personnes différentes.

Puis, au cours de la grossesse, je me suis focalisée sur les changements physiques qu’elle induisait.

Comme par exemple, mes seins. Quand ils ont commencé à grossir, j’étais terriblement gênée. Je me réveillais la nuit avec l’impression qu’ils allaient se décrocher à cause de leur poids (et pourtant, à cette époque, j’avais certes pris un peu, mais pas autant qu’aujourd’hui, avec l’allaitement !). Et puis, il a fallu que j’accepte ma silhouette avec cette paire de nichons qui devenait imposante (je t’ai déjà dit que j’avais une petite poitrine ?!). Et je me posais des questions du type : est-ce que je retrouverai ma poitrine d’avant ? À quel point est-ce que mes seins vont changer ?

S’en est suivie la transformation du ventre, avec son lot de questionnements : c’est comment, déjà, quand on a le ventre plat ? Avant, j’arrivais à voir ma foufoune, c’est bizarre, quand même ! Comment c’est possible que mon ventre grossisse encore plus ? Ma peau va-t-elle craquer ? (La réponse est oui !) Quels sont les stigmates que la grossesse va laisser sur mon corps ? Et comment se sont organisés les organes à l’intérieur, pour faire de la place ? Est-ce que mon estomac est devant ou derrière l’utérus ? Etc. etc.

Et surtout, sont arrivées des pensées encore plus profondes, telles que : maintenant que mon corps a abrité la vie, il ne sera jamais plus comme avant. L’intérieur est tout transformé, tout chamboulé, est-ce que mes organes retrouveront leur place initiale ? Mais même s’ils retrouvent leur place initiale, ils auront bougé quand même. Et mon utérus aura changé, il aura « servi à quelque chose ». J’aurai abrité pendant neuf mois un alien, un corps étranger au mien, je lui aurai fourni de la nourriture, je l’aurai cajolé, protégé, il m’aura pompé mon énergie et mes nutriments.

Quand je voyais des photos de bébés prématurés alors que j’en étais à 7 mois de grossesse, je me disais que mon bébé, à l’intérieur de mon ventre, ressemblait à un « vrai » bébé, et non à un fœtus. Qu’il avait un vrai visage, des cheveux, des doigts fins avec des ongles. Et j’hallucinais qu’un bébé puisse tenir dans un ventre. Après l’accouchement, je n’en revenais toujours pas que mon ventre ait abrité mon bébé, que mon corps ait accueilli cet être qu’est mon fils.

Paradoxalement, c’est lorsque j’étais enceinte (à partir du quatrième mois) que je me suis sentie pleinement « moi ». Pour la première fois, je me suis trouvée belle. J’étais en harmonie avec moi-même, avec mon corps sublimé par la mission de créateur de vie qu’on lui avait confiée.

Si je te parle de tout ça aujourd’hui, c’est parce que ce weekend, j’ai eu mon retour de couches. Neuf mois et demi après la naissance de mon fils. Ça faisait dix-huit mois que je n’avais plus vécu cet événement typiquement féminin. Et ça m’a fait comme un choc.

Au début, j’étais partagée entre la joie (« Cool, elles sont revenues, je commençais à m’inquiéter un peu… ») et la déception (« Ah, c’était bien pratique, sans règles, quand même : pas besoin de gérer ça quand on va aux toilettes ! »), re-la joie (« Chouette, peut-être que ça signifie aussi le retour de ma libido ? ») et l’appréhension (« Est-ce que je vais encore savoir utiliser la coupe menstruelle – la « foufoune cup », comme dit mon homme ? »).

Et puis, je me suis rendu compte que j’étais réellement chamboulée par ce retour de couches. Et qu’en fait, ça signifiait bien plus que ça pour moi. Je l’ai vraiment vécu comme le point final de ma première grossesse. Le chapitre est fini, on referme le livre et on retourne à sa vie de femme.

Une femme qui aura vécu une jolie histoire et qui l’aura vécue dans ses tripes. Une femme marquée à jamais par cette aventure, autant physiquement (coucou les vergetures !) que psychologiquement (« Je ne serai plus jamais la même, il y a un avant et un après. »). Mais une femme qui continue son chemin, et qui est désormais prête à accueillir à nouveau un petit être au creux de ses reins pour en faire un bébé, puis un enfant, puis un adulte. La vie continue.

On dit qu’il faut neuf mois pour faire un enfant, et neuf autres mois pour s’en remettre. Et effectivement, même si j’ai retrouvé ma silhouette et mon poids de pré-grossesse assez rapidement (au bout de deux mois), ce n’est que maintenant que je me sens pleine de vitalité, prête à repartir.

Même mon bébé prend de plus en plus d’indépendance et se crée sa propre histoire. Il a amorcé, avec son angoisse de la séparation, la prise de conscience que nous sommes deux êtres différents. Et bien que je lui appartienne encore un peu, par le biais de l’allaitement, il se détache peu à peu de moi, pour devenir pleinement lui, pour que je redevienne pleinement moi.

Et toi, à quel point ta grossesse t’a-t-elle marquée ? Est-ce la même chose pour la deuxième ? As-tu senti ce cap après neuf mois ? Ton retour de couches t’a-t-il chamboulée, ou est-ce moi qui suis folle ? Viens en parler !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).