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A la une / Témoignage

Les conséquences du harcèlement scolaire

Dans ma première chronique, je t’expliquais ce qui m’est arrivé en primaire et au début du collège. Désormais, je souhaite te parler des conséquences que ce calvaire a eu, ou a toujours.

À l’âge de 8 ans, ma mère m’a emmenée chez un pédopsychiatre. En raison des bleus que j’avais, il a cru que mes parents me battaient… Ce pédopsychiatre a laissé place à une pédopsychologue. Elle m’a suivi jusqu’à mes 12 ans. Alors que nos rendez-vous allaient bientôt tourner court, elle m’avoue, que chose rare pour un enfant, j’avais fait une dépression. Oui, à 8 ans, j’étais dépressive.

Ce n’est donc qu’à l’âge de 12 ans que j’ai découvert le plaisir des véritables relations amicales. Mais malheureusement, ça n’a pas duré.

les conséquences du harcèlement scolaire

Crédits photo (creative commons) : Martinak 15

Parce que j’étais en avance sur mon âge et que je n’avais que ça à faire avant d’avoir des amies, je lisais beaucoup. Et ce, notamment sur la biologie, et donc sur la procréation, car je rêvais d’être médecin, d’aider les autres. Ainsi, lorsque nous avons eu la visite du « bus de la sexualité » en 4ème, je savais répondre à tout et posais quelques colles à l’intervenante. Cet événement banal, qui aurait dû, tout au plus, me valoir une réputation d’intello, me valu en réalité une réputation d’obsédée. J’avais 13 ans.

Cet événement amorça une autre spirale. Les insultes d’étrangers fusaient moins, mais étaient toujours présentes. Je n’étais pas encore complètement équilibrée, comment l’être à 13 ans en même temps, alors que c’est précisément l’âge où l’on se construit ?! Donc il m’arrivait d’en jouer de cette « réputation ». Après tout, on s’intéressait à moi, pas pour m’insulter ou me frapper, mais pour rire. Et ça, ça ne m’était jamais arrivé ! Je devenais une fille drôle et désirée. Trop désirée.

En effet, quelques jours après avoir fait état de mes connaissances, je reçus le SMS suivant : « Ça te dirait que je te sodomise dans un jacuzzi plein de bulles ? »…

L’innocence n’avait pas eu le temps reprendre ses quartiers qu’elle était déjà chassée à coups de trique. Le garçon qui m’avait envoyé ce SMS dégoûtant, j’en étais amoureuse. L’estime que j’avais de moi partit aussi vite que ce SMS m’était parvenu. Bien sûr, les remarques déplacées ne se sont pas arrêtées là. Les garçons disaient des trucs dégoûtants sur moi, j’ai fini par les intégrer. Voilà, je me dégoutais.

C’est ainsi que je suis devenue boulimique vomitive à 13 ans.

S’il n’y avait pas eu ces moqueries avant, je ne serais certainement pas tombée dans le piège de l’intérêt toxique qui m’était soudainement porté. Je n’aurais pas été faible, vulnérable et sensible au désir malsain que je suscitais.

Une autre conséquence de ces brimades et de la dépression qui s’en suivi, c’est l’oubli. Oui, j’ai oublié beaucoup, beaucoup de choses de mon enfance, des mauvais moments, mais aussi des bons.

Très souvent ma mère, ma sœur ou des amis me disent : « Tu te souviens de ci ou ça ? ». La réponse qu’elles attendent est : « Oui bien sûr », sauf, que c’est très rarement le cas. Non, je ne me souviens pas des Minikeums, des Bisounours, ou encore du cadeau pourri qu’a reçu Lisa pour son anniversaire. Le plus souvent, quand je pense à mon enfance, je me revois acculée, adossée à ce mur de mon école, à encaisser les coups. Il faut que je me force pour trouver des souvenirs plaisants. Cassandre et ses sbires m’ont volé mes belles années, mais aussi mes bons souvenirs. Ils m’ont volé mon enfance.

De plus, j’ai peur de devenir maman. Je ne me suis jamais vengée. Je n’ai jamais démolie cette garce comme elle l’aurait mérité, et j’ai peur, si une telle chose devait arriver à un de mes enfants, de ne pas être en mesure de réagir de manière rationnelle. Autrement dit, j’ai peur de ne pas savoir me contrôler.

Un point positif : je suis devenue très douée pour « jauger » les gens. Je n’ai pas pour autant développé une méfiance excessive, au contraire. Et oui, je suis toujours très contente, voire surprise, quand on s’intéresse à moi et qu’on est gentil, pour de vrai, avec moi. Je ne mendie plus d’amour, mais il m’est arrivé de me faire avoir de nouveau. Aujourd’hui, c’est quand même beaucoup moins le cas.

Plus tard, alors que j’étais à la fac, j’ai appris que Cassandre étudiait le droit, comme moi. Elle voulait se spécialiser dans la défense des droits de l’Homme… Moi, je le faisais pour aider les autres, elle ? Je ne sais pas. Je ne pense pas que l’altruisme soit sa tasse de thé.

Son père mourut alors que je vivais encore chez mes parents. Ma mère étant en charge des funérailles dans notre paroisse, c’est à elle qu’incombait de recevoir Cassandre et sa famille pour préparer le service funèbre. Bien entendu, je n’avais pas envie de la croiser, alors pour éviter tout incident, j’ai dû me lever tôt et m’absenter le temps des préparatifs. Même quand son père décède, cette histoire me suit. Et encore une fois, c’est à moi de m’effacer.

Est-ce qu’elle s’est excusée, a témoigné d’un quelconque remord ? Non. Jamais. Nous nous sommes revues à la messe, quelques mois après le décès de son père. Il m’a bien semblé voir un signe de tête, mais ce fut le seul acte non mesquin qui émana d’elle a mon égard.

Avant d’écrire cette partie de mon histoire, je pensais avoir oublié, avoir pardonné. Maintenant, je sais que ce n’est pas tout à fait vrai. Cette rage et ce sentiment d’injustice sont toujours là, en moi.

Et toi ? Tu as été harcelée à l’école ? Quelle conséquences cela a eu sur toi ? Est-ce que tu crains toujours de recroiser un jour tes anciens harceleurs ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Diplômée depuis novembre 2013, j'ai décidé de reprendre les cours afin d'être mieux armée face au marché du travail. En parallèle, je travaille et ai des responsabilités dans le milieu associatif. J'ai bien entendu une vie à côté. A ce sujet, j'ai un super mari tout neuf depuis août 2014 ! J'aime la cuisine, la couture, la lecture, le maquillage, la mode et l'écriture. Je suis organisée, ou en tout cas j'essaie de l'être, je suis aussi écolo et très curieuse, j'adore tester tout plein de choses. Je ne suis pas geek pour un sous et je déteste le camping mais j'adore les défis et l'aventure tant qu'il y a une douche à la clé.