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A la une / Témoignage

Grandir en tant que triplée

Suite à mon article sur les grossesses de ma maman, certaines m’ont demandé un article sur la vie de triplée. Éducation, relations, vie de famille… Je vais essayer de ne rien oublier pour te faire découvrir un quotidien particulier.

Pour mes sœurs et moi, nous sommes une famille tout à fait normale ! Les réactions des gens quand nous leur annonçons que nous sommes triplées nous ont toujours étonnées ! Pour nous, c’est une situation très classique et très normale.

Les premières années

Bien entendu, la vie avec trois enfants d’un coup ne va pas de soi. Le maître-mot pour mes parents : OR-GA-NI-SA-TION ! Nous rigolons toujours quand nos parents nous racontent le retour de la maternité, lorsqu’ils ont posé les trois couffins au milieu du salon en disant : « On fait quoi, maintenant ? »

Ma mère a pris un congé parental jusqu’à nos 2 ans et demi. Mon père, qui travaille à l’usine, a dû faire des horaires de nuit pour arrondir les fins de mois.

Tu te doutes bien qu’avoir trois enfants, c’est compliqué financièrement. À l’époque, ma mère pouvait bénéficier des produits hospitaliers à prix réduit, à titre exceptionnel, et les couches étaient livrées à domicile par palettes entières ! Elle avoue qu’avec la conjoncture actuelle, ce serait bien plus difficile.

Il a fallu acheter une poussette spéciale en Italie et un grand monospace ! Ma grand-mère paternelle est venue grossir les rangs en s’installant quelque temps chez mes parents.

Les deux premières années, mes parents nous habillaient de manière identique lorsque nous étions de sortie. Ça faisait beaucoup rire les passants, de voir trois petites doudounes rouges l’hiver, ou trois petits chariots qui se suivaient au supermarché ! Après, ils se sont mis à nous acheter des vêtements en trois couleurs différentes. Il faut dire que nous commencions à nous différencier physiquement : une grande blonde, une grande brune et une petite brune.

Jusqu’à nos 6 ans environ, nous avions une grande chambre. Mes parents ont ensuite séparé cette immense pièce en trois chambres. L’ordre des chambres a été défini par l’emplacement de nos anciens berceaux : moi au milieu, mes sœurs de chaque côté ! Si mes parents tentaient de basculer cet ordre, nous tombions de nos lits dans la nuit !

Nous étions dans une petite école, avec très peu d’élèves. Nous avions presque les mêmes amis, car comme il n’y avait qu’une classe de chaque section, nous étions dans la même classe. Malgré ça, les instits ne faisaient jamais de comparaisons entre nous : nous étions traitées comme trois élèves différentes !

Pendant ces années d’innocence, nous étions très proches et partagions beaucoup de choses : les jouets, et aussi les bêtises ! Mais nous commencions à affirmer nos caractères très différents : la Rêveuse, la Girly et la Sociale !

Soeurs triplées

Crédits photo (creative commons) : Jorel Pi

L’adolescence

Évidemment, ça a été une période compliquée pour nous ! La période où les jeunes gens se cherchent !

Dès notre entrée au collège, ma mère a demandé à ce que nous soyons séparées, pour nous affirmer en tant que personnes propres, et plus les unes par rapport aux autres. Nos caractères se sont confirmés : une de mes sœurs était souvent seule dans son coin, avec peu d’amis, les garçons couraient après l’autre, et moi, j’avais beaucoup d’amis !

Physiquement, nous changions aussi : moi, j’étais la plus petite, mais surtout la plus ronde. Alors que mes sœurs avaient un physique très élancé.

Nous faisions des activités sportives ensemble. Pas par désir, mais par obligation ! Ma mère ne pouvait pas courir entre trois activités différentes le mercredi ! Heureusement, nous pratiquions l’équitation, qui nous plaisait à toutes les trois !

Lorsque nous allions faire les soldes, ma mère nous lâchait dans le magasin et nous revenions fréquemment avec les mêmes fringues, dans une couleur différente ! On se prêtait beaucoup de vêtements, en fait ! J’étais très proche de la Girly, qui était plus mature que la Rêveuse. On partageait nos histoires de cœur, qui n’intéressaient pas du tout la Rêveuse !

Au niveau scolaire, nous avions chacune des facilités dans certaines matières, et moins dans d’autres. Comme tout le monde, me diras-tu ! Sauf que les profs nous comparaient sans cesse ! C’était horrible ! Mais nous étions toutes trois assez bonnes élèves, ce qui rassurait nos parents.

En troisième, à cause de nos options, nous nous sommes retrouvées dans la même classe. Jusque là, pas de compétition entre nous, car nous avions chacune notre petit monde avec nos propres amis. Mais j’avais toujours été déléguée de classe au collège, et une de mes sœurs aussi. Lors de la traditionnelle élection du début d’année, je me suis donc présentée, et ma sœur aussi. Nos chers camarades ont poussé ma troisième sœur à se présenter aussi. J’ai été élue, et ça a beaucoup altéré mes relations avec ma sœur Girly, qui était très populaire !

Arrivées au lycée, nous avons commencé à prendre de plus en plus de distance. L’été précédant la rentrée, j’ai eu une grosse chute de poids et j’ai commencé à me maquiller. Ma sœur Girly a eu du mal avec mon changement : elle pensait que je voulais lui voler la vedette.

À la rentrée, nous avons pris la décision de « cacher » notre lien. Facile, on ne se ressemblait pas du tout physiquement ! En seconde, je me suis retrouvée dans la même classe que la Rêveuse, et certains profs n’ont appris que nous étions sœurs qu’à la fin de l’année ! Pourtant, nous avions le même nom ! Je me suis rapprochée de cette sœur à ce moment-là.

Puis, j’ai passé un bac L, la Rêveuse un bac ES et la Girly un bac STG. Cette dernière s’est sentie dévalorisée par rapport à nous qui passions un bac général. Pareil quand nous sommes parties à la fac, et la Girly en BTS. Nos relations se sont progressivement dégradées, au fur et à mesure que la Rêveuse et moi nous rapprochions.

L’âge adulte

À 21 ans, j’ai emménagé avec mon chéri, et ça a été mon tour de prendre mes distances et de voir mes sœurs se rapprocher. Deux ans plus tard, nous avons annoncé notre mariage, et les relations avec mes soeurs se sont encore compliquées.

La Girly était jalouse et voulait s’approprier mon mariage, la Rêveuse s’en fichait totalement ! Lors de mon mariage, elles ne sont même pas venues me féliciter (la Girly aurait voulu être témoin) et se sont éclipsées au cours du repas : la Rêveuse avait mal au ventre, et la Girly était en colère parce que j’avais demandé à la décoratrice de ne pas accrocher le cadre en plumes qu’elle avait fait.

Après mon mariage, j’ai réglé mes comptes avec mes sœurs et leur ai demandé des explications. La paix s’est installée, mais elle semblait fragile. Je suis restée volontairement loin de ma famille, car je sais depuis notre naissance que nous ne pouvons pas être trois, mais toujours deux plus une. Ça a toujours été comme ça, donc j’ai pris mon mal en patience.

Puis, la Girly et son chéri sont allés s’installer chez mes parents, et je suis tombée enceinte. Je pensais que cette super nouvelle allait améliorer nos relations mais, une fois encore, le triptyque a tourné au lieu de se rassembler.

Je me suis rapprochée de la Rêveuse, qui s’est beaucoup inquiétée de ma grossesse. La Girly s’est éloignée : nous n’avions plus les mêmes priorités. Jamais un texto pour me demander comment se passait ma grossesse, jamais un mot gentil… Elle a eu du mal avec le fait qu’une fois encore (après le mariage), l’attention soit sur moi.

Au final, mes parents sont très mitigés : triple joie, mais aussi triple peine !

Ma mère n’a jamais pu materner comme elle le souhaitait, elle n’a pas partagé beaucoup de moments de câlins avec nous et a dû nous apprendre à être autonomes très rapidement (j’ai marché à 10 mois !). Mon père était très stressé qu’il nous arrive quoi que ce soit, et comme j’étais hyper casse-cou, ça n’a pas aidé !

Mes parents se rattrapent maintenant avec ma fille, mais je sens que parfois, ils n’ont pas des réactions de grands-parents « classiques ». Mon père avait du mal avec l’allaitement, par exemple. Et ma mère prend presque dix minutes pour changer la couche de sa petite-fille, en se demandant constamment comme elle faisait avec trois !

En ce qui nous concerne, mes sœurs et moi, les relations à trois sont enrichissantes, mais parfois anxiogènes. C’est difficile d’être considérées comme « les triplées », et non comme trois personnes distinctes.

Et toi ? As-tu grandi dans une fratrie de jumeaux ? De triplés ? Quelles étaient tes relations avec tes frères et sœurs ? Comment ont-elles évolué ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Salut moi c'est Doupiou ! Je suis mariée, maman d'une PetitePerle née à l'été 2015 et d'un petit Barbouille né peu avant le printemps 2018. Tatouée, motarde, fan de foot mais aussi très coquette, addict aux robes et aux talons : je suis pleine de contradictions ! Je viens ici te raconter mon quotidien avec mes deux enfants et mes expériences de la parentalité. J'essaie toujours de positiver !