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A la une / Récit de grossesse

Un début de grossesse difficile psychologiquement

Maintenant qu’on se lance officiellement dans l’aventure, il est temps de s’investir ! Oui mais…

Le manque de recul sur notre vie ensemble

Physiquement, pendant les premiers mois, je me sens fatiguée, énervée, stressée et nauséeuse tout le temps. Je ne suis pas la personne la plus agréable du monde (pardon Chéri !). Tout n’est pas dû à la grossesse, bien entendu, mais elle contribue à ce mal-être général.

Psychologiquement, c’est très dur aussi : nous venions juste de nous retrouver en tant que couple quand on a dû se projeter en tant que parents.

La situation, loin d’être idéale à nos yeux, n’aide en rien. Pas de travail stable, pas d’appartement commun où nous pourrions nous retrouver (puisque nos contrats ne sont pas du tout aux mêmes endroits). Nous sommes dans l’attente. Nous recherchons du travail dans trois ou quatre régions différentes.

J’ai du mal à imaginer ma vie future en général. Comment elle sera dans quelques mois ? Où on sera ? Comment vais-je vivre la fin de ma grossesse ? Les premiers jours/mois après la naissance ? Nous avons déjà du mal à nous projeter dans notre vie de couple, alors dans une vie de parents…

Socialement, j’ai toujours l’impression de tourner en rond. Je suis quelqu’un d’actif : j’ai toujours fait des dizaines d’activités, tout en travaillant et en menant une vie sociale bien remplie. Ma vie d’aujourd’hui est bien plus limitée. Je ne connais personne dans cette région, je ne peux pas sortir, je ne peux pas me permettre de dépenser de l’argent sans en gagner d’un autre côté. Les quelques entretiens professionnels que j’ai me minent le moral : je suis persona non grata parce que je porte un bébé.

Je perçois cette grossesse comme une fatalité. Je me lève le matin sans but. Je ne prévois plus rien, ni rendez-vous, ni sorties, et je reste chez moi où je dessine, rénove, fais des activités. Mais je ne me sens pas comblée, je n’arrive à me concentrer sur rien. J’ai encore du mal à me concentrer sur ce bébé à venir. Je me sens seule sans l’amoureux, déconnectée de cette grossesse, comme si je la vivais de loin.

Les difficultés psychologiques de mon début de grossesse

Crédits photo (creative commons) : Joe Green

Et mon corps, dans tout ça ?

Pendant le premier trimestre, je ne remarque aucun changement physique susceptible d’être causé par la grossesse. Au début du deuxième non plus, d’ailleurs – ce qui a légèrement tendance à me stresser… Mais si, tu sais, je me pose LA question : « Mais mon ventre, il ne devrait pas être comme ça ? » Tu sais que c’est là, mais tu n’y fais pas attention, tu ne vois rien. Jusqu’à la première échographie, qui te fait l’effet d’une claque (ou pas).

L’échographie du premier trimestre permet à l’amoureux de prendre conscience que oui, c’est réel. Il y a effectivement un tout petit truc (61mm, c’est tout petit !) dans mon ventre, qui bouge. Il a même déjà des doigts. Et il fait la java.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’amoureux commence vraiment à se mettre en quatre pour trouver un travail sur le long terme (il enchaînait alors intérim et CDD de trois semaines). Personnellement, je suis à la fois émue et sur la défensive. Plus possible de reculer. Plus d’erreur possible. Mais en même temps, c’est touchant, ce petit être qui bouge dans ton bidou. Hum hum… Paradoxe !

Les semaines passent, et toujours aucun signe de grossesse apparent, qui me permettrait d’imaginer ce bébé. Je rentre facilement dans mes pantalons, si ce n’est que je les serre moins, histoire d’être « à l’aise ». J’imagine que ce manque de changements physiques contribue à ce que je ne me sente pas investie dans cette grossesse.

À 5 mois de grossesse, mon ventre daigne tout juste (commencer à) pointer le bout de son nez, et je ne ressens toujours pas les mouvements de bébé. Si on ne sait pas que je suis enceinte, on ne peut pas s’en douter (confirmation par une amie, qui m’a invitée à 5 mois de grossesse, et qui était étonnée que je refuse un verre de pineau maison).

Selon l’amoureux, mes seins ont considérablement « gonflé », mais je ne m’en rends même pas compte.

Et maintenant ? Qu’est-ce que je fais ?

Je me doute que le corps et l’esprit sont liés. Et j’essaye tant bien que mal de me débloquer, d’anticiper positivement grossesse et parentalité, de communiquer mentalement ou par caresse avec ce bébé. Mais je culpabilise pas mal. Je culpabilise de ne pas laisser autant de place à ce bébé qu’il le faudrait, et de n’avoir pas profité des premiers mois de grossesse à cause de ce blocage.

« C’est dans la tête tout ça ! » et « Arrête de te stresser ! », c’est vrai aussi. Le rendez-vous du quatrième mois avec une sage-femme me le confirme. Il faut que je m’occupe, sans penser à mon manque de carrière actuel.

Bricolage, couture, déco, cuisine, je me concentre sur autre chose. Sur ce bébé. Je vais commencer la préparation à l’accouchement dans peu de temps, je visite les maternités, je fais attention à la layette dans les magasins, je me renseigne sur les différentes activités que je peux faire enceinte…

J’ai l’immense chance de pouvoir me tourner vers mon amoureux, qui sait me remonter le moral en un sourire. Pour lui, c’est « simple ».

J’ai toujours du mal à voir plus loin que les prochains mois. Je m’imagine bien enceinte jusqu’au cou, mais après… c’est le flou total. Je ne sais pas où je serai, qui je serai (à part maman – mais je refuse de me cantonner à ce seul rôle). Bon, d’accord, au moins, je sais avec qui je serai (et c’est déjà pas mal) !

Je m’attache à ce bébé à venir, petit à petit. Et j’attends. Je sais que d’ici quelques semaines, tout ira mieux. Je sentirai le bébé, j’habiterai enfin de nouveau avec mon amoureux, je me créerai mon nouveau foyer. Et pour patienter, je m’investis plus dans cette grossesse, à l’écoute de mon corps et non plus des autres, attendant avec impatience le moment où je reverrai ce bébé par écran interposé.

Nous commençons à l’annoncer officiellement. Mine de rien, ça fait énormément dans mon acceptation de ma grossesse. On n’est plus seuls. La grossesse devient tangible, mon ventre s’arrondit, mes nausées s’estompent, ce bébé n’est plus un secret. On en parle entre nous, dans notre couple, mais aussi avec les autres. Et mon corps le reconnaît enfin. Je me surprends à me cambrer, et même des inconnus (à la caisse d’un supermarché, en attendant le bus…) me parlent de ce bébé enfoui dans un ventre qu’ils commencent à distinguer.

On commence les achats, on je prépare la chambre, des DIY. On lui donne un petit nom, on le cherche dans mon ventre. On communique, à deux ou à trois. J’imagine. J’anticipe. Pas toujours sereinement, mais mon entourage m’aide (même de loin). J’ai toujours du mal à me projeter dans le futur, mais il y a (énormément) de progrès !

Mes amis les plus proches m’ont tous félicitée et m’ont dit que c’était « une super nouvelle » ! Oui, en y repensant, c’est peut-être vrai, après tout. Une nouvelle inattendue et perturbante, mais pas une mauvaise nouvelle. Il faut que je prenne conscience que ma vie va changer et doit s’adapter à ces changements.

Non, ma grossesse n’était pas pour moi, pour nous, la meilleure nouvelle au monde, mais elle est loin d’être la pire. Il faut juste apprendre à la gérer.

Et toi ? Comment as-tu vécu ton début de grossesse ? As-tu eu du mal à te projeter ? As-tu eu l’impression que ton corps avait, lui aussi, du mal à réaliser que tu étais enceinte ? Raconte !

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com