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A la une / Témoignage

Mon état d’esprit après ma fausse couche

Aujourd’hui, je viens te parler de quelque chose qui n’est pas facile à vivre, qui n’est pas facile à dire, mais qui arrive bien plus souvent qu’on ne le croit : la fausse couche. Et des conséquences qu’elle a eues pour moi.

Nous sommes en couple depuis bientôt dix ans, mariés depuis un an et demi, tous deux avec des emplois stables depuis plusieurs années. Petit à petit, nous avons commencé à parler d’enfant, nous avons souhaité agrandir la famille que nous avions fondée à travers le mariage.

D’où vient ce désir d’enfant ? Nous sommes tous les deux issus de familles dites « nombreuses » (plus de trois enfants), et nous avons une flopée de neveux et nièces. Tous les deux, nous n’avons jamais envisagé notre vie sans enfant. Même si, auparavant, nous n’en parlions pas particulièrement, nous savions que nous voulions plusieurs enfants et vivre ce que tant d’autres vivaient autour de nous.

J’ai envie de voir ce que donnerait le mélange de nous deux, j’ai envie de porter la vie, j’ai envie de voir mon mari porter le titre de père, et de me voir attribuer celui de mère.

Au-delà de la grossesse et de l’accouchement, qui me semblent des expériences uniques (et magiques, même lorsque ça ne se passe pas forcément bien), j’ai envie d’élever un enfant avec mon mari. De le voir grandir, s’éveiller, de lui transmettre nos valeurs, notre histoire, de l’accompagner sur son chemin de vie, à travers bons et mauvais moments.

Nous démarrons les essais quelques mois après notre mariage, lors de notre voyage de noces. Sept mois plus tard, je découvre que je suis enceinte. C’est un vrai bonheur !

Mais dès le début, les choses sont compliquées : mon taux de béta hCG n’augmente pas correctement, j’ai beaucoup de douleurs au ventre. Finalement, les choses rentrent dans l’ordre. Mais j’ai un doute, un pressentiment qui ne me quitte pas.

Mes sentiments après ma fausse-couche

Crédits photo (creative commons) : Lee Haywood

À Noël, nous l’annonçons tout de même à nos familles, qui vivent loin. Je suis à 11 semaines. La première échographie n’est pas encore passée, nous demandons à nos familles de rester prudentes.

Quelques jours plus tard, je perds du sang. Je me rends à la maternité (on ne pourrait pas choisir un autre nom ?), où le gynécologue de garde me fait une échographie. Il n’y a pas de bébé. Le sac est complètement aplati, il n’y a qu’une petite tache blanche qui n’a pas du tout évolué. Bref, la grossesse s’est arrêtée il y a très très longtemps. Pourtant, mon corps, lui, a continué à me faire croire que j’étais enceinte : l’absence de règles, les douleurs dans les seins, le bas du ventre bombé, les nausées le matin, etc.

J’ai vécu une fausse couche médicamenteuse à mon domicile. J’ai pleuré pendant vingt-quatre heures non-stop. J’ai eu mal, très mal, physiquement et psychologiquement, pendant quarante-huit heures. À un moment donné, aux toilettes, j’ai senti que « quelque chose » sortait de moi. Probablement la poche. Je n’ai pas regardé. Je ne pouvais pas.

Nous en avons beaucoup parlé avec mon mari. Lui ne s’était pas autant projeté dans cette grossesse. Il ne la vivait pas « de l’intérieur », et comme il n’y avait pas eu d’échographie avant, pour lui, c’était très abstrait. Il est désormais très optimiste, il pense que ça viendra, que je me mets trop de pression. C’est sûrement vrai. Cependant, mon corps « crie » son envie de grossesse. J’y pense beaucoup, trop sans doute. Mais je me sens prête, je nous sens prêts… même si j’ai très peur de revivre ça.

Ma fausse couche a eu lieu il y a quatre mois. C’est peu, et c’est beaucoup. Ce mois-ci, j’ai cru être de nouveau enceinte : des symptômes particuliers, un air de déjà-vu… et puis non. Mes règles sont arrivées. Une fois de plus.

À chaque fois, c’est une douleur. Ce sont des larmes. J’ai du mal à me détacher de tout ça. J’écoute beaucoup (trop ?) mon corps, je suis attentive à tous les petits signes qui pourraient éventuellement dire que… J’essaie de ne pas trop m’y accrocher, mais il y a toujours un petit quelque chose qui reste dans ma tête.

J’apprends de nouvelles grossesses de proches toutes les semaines, et c’est difficile d’y faire face. Je fais bonne figure, je me réjouis pour les autres, mais au fond de moi, je souffre beaucoup. Et je m’en veux de jalouser ces personnes qui ont la chance d’attendre un enfant. Je ne peux cependant pas m’empêcher de les envier. Voire de les détester pendant quelques minutes.

Je travaille aussi au milieu de jeunes, enfants et adolescents, et j’accompagne des mères. Des mères qui n’ont parfois pas vraiment voulu leurs enfants, ou qui ne s’investissent pas dans ce rôle. Je reste toujours professionnelle, mais je ne peux m’empêcher de penser : « Mais pourquoi moi qui veux un enfant, je n’y parviens pas, alors que cette personne qui rejette le sien ou qui ne s’investit pas auprès de lui a réussi ? » C’est absolument malvenu et méchant de ma part, mais je le pense quelques secondes… et puis ça passe.

Je me dis qu’au final, ça ne fait qu’un an que nous essayons, c’est tout. Un an, c’est peu. À l’heure du « tout, tout de suite », c’est beaucoup bien sûr, mais le corps n’est pas une horloge, et je sais que rien n’est perdu.

Pourtant, j’ai peur. J’ai peur que ça recommence, j’ai peur que ça n’arrive jamais, j’ai peur que nous ne puissions pas avoir d’enfant. C’est assez absurde et irrationnel, mais j’ai l’impression que ça a marché pour tous nos proches, qu’il « faut bien qu’il y en ait un »… et que ce « un », c’est nous.

Je sais qu’en me disant ça, je formule une prédiction auto-réalisatrice, et que c’est mauvais, car je me bloque toute seule. J’essaie de positiver, de lâcher prise, mais ce n’est pas facile.

Je sais aussi que je suis, par nature, une personne angoissée. J’ai connu autour de moi plusieurs personnes proches qui ont dû faire face au deuil périnatal : je crois que ces événements qui peuvent survenir m’angoissent aussi. Je me trouve donc dans une posture paradoxale : avoir très envie d’être enceinte et de mener une grossesse, et en même temps, angoisser à l’idée que cette grossesse puisse se solder par un drame.

Je me débats au milieu de tout ça, et ce n’est pas facile de garder la tête hors de l’eau. J’ai décidé de quitter un groupe d’amies qui partageaient des nouvelles de leur grossesse et de leurs enfants sur un réseau social, non pas parce que je ne les aimais plus, mais parce que ça m’étouffait et me rendait triste. J’ai aussi déprogrammé mon application sur mon cycle et son fonctionnement, car je nous mettais trop de pression les « bons » jours.

Je vais laisser passer du temps, espérer me sortir un jour de cette phase compliquée… et peut-être réussir à accueillir cet enfant tant espéré. Quant à la fameuse injonction « Il faut arrêter d’y penser », si tu sais comment faire, je suis preneuse du conseil !!!

Et toi ? Tu as déjà vécu cette épreuve ? Par quels sentiments es-tu passée ? Comment supportes-tu l’attente durant les essais ? Viens nous en parler…

A propos de l’auteur

33 ans, mariée depuis 2014 et maman de Charlotte (2017) et Cyprien (2019)