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A la une / Récit de grossesse

Une grossesse diabétique au top du top…

… de la mouise.

Oui oui, chère lectrice, moi aussi, j’aurais aimé te dire que j’ai eu une grossesse au top malgré le diabète, mais c’était loin d’être le cas. J’ai longtemps hésité à venir t’en parler. Et puis bon, j’avais promis que je raconterai (quasi) tout, alors je me lance.

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Crédits photo (creative commons) : Piepie

Le premier trimestre

Je garde malgré tout un bon souvenir de ce trimestre. Pas parce que je suis maso, mais parce que dans ma tête, à l’époque, tout ce dont je souffrais n’était que passager.

De plus, c’est la période où j’ai eu le plus d’échographies (du fait de mes antécédents). Quand j’y repense, ça a finalement été le trimestre le plus sympa.

J’ai tout de même collectionné les problèmes, à tel point que j’ai été arrêtée à quasi 2 mois de grossesse. Certains étaient dus au diabète, d’autres non.

Problèmes liés au diabète

Les hypoglycémies : huuum, comment te dire sans t’effrayer ??? Il ne s’agissait pas d’hypoglycémies où tu es à 0,6g/dL, juste à la limite, hein ? C’étaient plutôt des 0,29-0,35g/dL. Disons que ce n’était vraiment pas le moment de dormir seule. Après, on est d’accord, on fait avec ce que l’on a. Mais tout de même, j’ai été à trois reprises hospitalisée pour avoir été à la limite du coma, et je ne sais pas comment j’aurais fait si mon mari n’avait pas été là.

Si tu dors seule, je te conseille vivement de mettre un réveil pour contrôler ta glycémie dans la nuit. Chez moi, les hypoglycémies arrivaient souvent entre 2h et 4h du matin. Mets sur ta table de chevet trois morceaux de sucre ou une mini-canette de coca, et des sucres lents (type biscottes).

Si tu n’es pas seule, c’est encore mieux, tu gardes le même système, mais en plus, tu t’assures d’avoir du glucagon au frais et qu’il ne soit pas périmé. Et surtout, tu apprends à ton entourage à s’en servir : il est plutôt compliqué de se piquer quand on est dans le coma.

Petite anecdote : mon mari qui a horreur des piqûres a dû utiliser mon glucagon trois fois. Les deux premières fois, à bon escient. Mais la troisième, je devais parler dans mon sommeil, et vu que j’ai le sommeil lourd et agité à la base, n’arrivant pas à me réveiller, mon mari m’a piquée. Outch !! Bon, on en rigole maintenant, car la seule conséquence a été une bonne hyperglycémie par la suite, mais ça prouve bien dans quel état de stress il était.

Problèmes mixtes

Les nausées : tu me diras, qu’est-ce que ça a à voir avec le diabète ? Les nausées sont des maux récurrents quand on est enceinte. Mais si je dis que c’est un symptôme mixte, c’est parce que les hypoglycémies provoquaient de fortes nausées chez moi, et les hyperglycémies, un sentiment nauséeux également, mais moins fort. Du coup, j’étais nauséeuse H24, sans jamais savoir à quoi c’était dû. Je passais mon temps à me contrôler pour faire un diagnostic différentiel. Des fois, c’était ma glycémie, d’autres fois, la grossesse.

La fatigue : idem, elle était liée aux hyper ou hypoglycémies, ou à mon anémie. Là encore, j’ai été naze H24 pendant neuf mois. Youpi !

Les infections : le diabète est un terrain favorable aux infections, la grossesse aussi. Je te le donne en mille : j’ai fait trois infections urinaires, des mycoses, et deux sinusites, dont une avec labyrinthite. La classe, quoi !

Problèmes propres à la grossesse

Les malaises dits « vagaux », ou les malaises tensionnels : eh non, ce n’est pas la même chose, ce qui veut aussi dire que la solution n’est pas la même.

  • Pour le malaise vagal, lié à la compression de la veine cave, je m’allongeais sur le côté un bon quart d’heure/vingt minutes, et ça passait.
  • Pour le malaise tensionnel, en général plus brutal, bah une fois que j’étais par terre, on me levait les jambes.

Petite anecdote : l’homme et moi, nous étions dans une grande enseigne de bricolage pour acheter de la peinture. Alors que j’hésitais entre dix teintes de blanc, je me suis écroulée, entraînant avec moi deux pots de peinture qui, Dieu merci, ne se sont pas ouverts sur ma jolie veste Ted Baker (oui, mes considérations sont futiles, mais ma veste est trop belle pour être gâchée par de la peinture !). L’homme s’est agenouillé face à moi et m’a levé les jambes. Un vendeur de l’enseigne est passé et nous a hurlé : « Putain ! Espèces de masos, y’a des endroits pour faire ça ! Y’a des gosses, ici !! » Il a fallu lui expliquer que j’étais juste au bout de ma vie… Merci Monsieur. Si tu te reconnais, big up à toi !

Les douleurs ligamentaires : celles-là, personne ne m’en avait parlé avant. À tel point qu’au début, je pensais que c’était dû à l’intervention sur mes fibromes ou à mes fausses-couches. Mais non, c’est juste ton muscle qui se fait de la place, et ça fait très mal… Imagine des règles douloureuses, mais en dehors de la période où elles arrivent. La douleur est majorée par la surprise et l’incompréhension.

La constipation : je te passe les détails, hein ? Culturellement, on s’assoit très mal aux toilettes, ce qui favorise aussi la constipation. Par contre, si je peux te filer une astuce, c’est d’utiliser un tabouret pour surélever tes jambes, et ainsi augmenter physiologiquement la pression sur le bas de la zone qui nous occupe.

Les troubles de l’humeur : comme certaines, je supporte mal, mais alors très mal, les changements hormonaux… Tu me vois avec ma corde, essayant de me pendre, pendant mes règles ? Bah c’était ça, mais non-stop… Je pleurais même devant des pubs. Des pubs, non mais, sérieux.

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Crédits photo (creative commons) : Dan Evans

Le deuxième trimestre

Je l’ai attendu, je l’ai rêvé et, comme beaucoup, j’ai pu me gratter pour voir une quelconque amélioration ! Tout pareil, rien n’est parti, pas même les nausées. J’en ai même gagné en prime !

Quelle déception ! En y repensant, ça a été le trimestre le plus douloureux. J’avais beaucoup d’espoir que ça aille mieux. J’avais même l’orgueil de penser que j’en avais assez bavé, et que le destin serait forcément clément. Bah non, ça ne marche pas comme ça.

Problèmes liés au diabète

Rien de neuf de ce côté-là. Mais en même temps, on avait déjà fait fort, hein ? Les doses d’insuline ont augmenté légèrement, mais rien d’affolant. Les hypoglycémies étaient toujours présentes, à raison de deux par jour à des horaires bien précis, et j’en ai aussi fait quelques unes la nuit.

Problèmes propres à la grossesse

Les migraines : elles étaient aussi dues aux changements hormonaux. J’ai passé certains jours dans le noir complet, à guetter et à me crisper au moindre bruit. Moi qui n’avais jamais souffert de migraines, j’étais ravie.

Les cauchemars : eh oui, il y a la version rêves érotiques (avec un des frères Hemsworth sur une île paradisiaque), et il y a la version cauchemar remake de Saw.

Petite anecdote : mon mari, me voyant sangloter dans mon sommeil, a eu la brillante idée de me prendre dans ses bras… Je te le donne en mille : je lui ai mis un revers dont il se rappellera pendant longtemps. La règle maintenant : il s’éloigne, et il me laisse sangloter (en paix).

L’anémie : bien que présente au premier trimestre, elle s’est vraiment majorée au deuxième, entraînant une hypotension au long cours. J’ai rarement eu plus de 9 de tension (de base, je suis plutôt autour de 12). J’admets ma part de responsabilité : j’ai du mal à suivre un traitement régulier (c’est drôle pour une malade chronique), du coup, le fer et les compléments sont souvent passés à la trappe.

Les troubles de la vue : je le mets dans la grossesse, mais certaines pathologies chroniques, dont le diabète, sont des terrains favorables à l’apparition ou la majoration de troubles visuels pendant la grossesse. Et c’est qui qui devient René la taupe ? C’est Bibi ! J’y voyais que dalle, mais vraiment que dalle. On aurait dit une mamie, à enlever, remettre mes lunettes, éloigner ou rapprocher la feuille pour y voir quelque chose.

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Crédits photo (creative commons) : Mvorocha

Le troisième trimestre

Un peu dépitée et beaucoup désespérée, je ne m’attendais pas à grand-chose.

Mais grande nouvelle : ce trimestre a débuté par une baisse notoire des épisodes nauséeux. J’ai eu bien meilleur appétit, et pendant ce trimestre, j’ai arrêté de perdre du poids. (Oui, j’étais à – 11kg depuis le début de ma grossesse. Mais je te rassure, je suis de celles qui ont de la marge avant de devenir faméliques.)

Les migraines se sont envolées, le moral est remonté doucement (en plus, les fêtes arrivaient !). Mon ventre commençait à peine à se voir, mais le bout du tunnel était là. Je me sentais moins mal.

Côté diabète

Les glycémies se sont enflammées ! Mais vraiment beaucoup ! J’ai multiplié les doses d’insuline par repas par cinq !

Côté grossesse

La fatigue s’est installée lourdement, mais j’ai dit au revoir au malaise vagal. Moi qui étais déjà une grosse dormeuse, là, je virais marmotte : je ne faisais plus que ça. Tu me donnais deux minutes, et où que je me trouvais, je m’endormais.

Bilan

Maintenant que j’ai fait fortement baisser la future natalité parmi les lectrices, je compte proposer mon témoignage dans les collèges et lycées environnants.

Mais sache que je ne me suis rendu compte de ce qu’avaient été ces neuf mois qu’en écrivant cet article. Pendant toute ma grossesse, j’ai inlassablement répété que tout allait bien, que j’allais bien. Parce que cette grossesse avait été difficile à obtenir, parce que certains couples croisés en PMA y étaient encore, je n’ai pas osé dire qu’elle me faisait souffrir. Je ne me suis pas sentie légitime pour me plaindre. Ça aurait pu être pire, non ?

Maintenant, ça va un peu mieux. Le haricot est là, il se porte bien. Du coup, je me lâche, et je le dis ouvertement : j’ai détesté être enceinte.

Et toi ? Tu as vécu une grossesse particulière ? Tu as cumulé les maux de grossesse ? Est-ce que tu as aussi détesté être enceinte ? Viens en parler !

A propos de l’auteur

Je suis une fille ( ça j'en suis sûre!), jeune ( faut le dire vite.) drôle ( oui, même si je suis la seule à rire ) Je suis enceinte de mon premier humain miniature, et je vis cette grossesse plutôt au jour le jour. Disons que comme il était pas prévu pour tout de suite, on a pas eu le temps de faire un power point avec plan détaillé. Je viendrais donc m'épancher ici sur cet état soi-disant merveilleux qu'est la grossesse.