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A la une / Vie de maman

Ma « kraamweek » : notre première semaine à la maison

Comme je te le disais la dernière fois, même si je ne tenais pas très bien sur mes jambes avec une grosse anémie suite à mon hémorragie de la délivrance, nous sommes rentrés à la maison, moins de 48 heures après la naissance de ma fille.

Et cela grâce au système génial de Kraamzorg (bon et aussi parce que j’ai un poil insisté que je serais mieux pour me requinquer chez moi).

Crédit photo : FeeLoona

Le kraamzorg, qu’est-ce que c’est ?

Zorg, veut dire soin en néerlandais et kraam fait référence au post-partum.
On parle donc de kraamtijd : le temps après l’accouchement, de kraamweek : la semaine après l’accouchement, de kraamfeest : la fête pour fêter l’arrivée du bébé (on reparlera des traditions néerlandaises autour de la naissance la prochaine fois si tu veux bien) et enfin de kraamzorg, les soins que l’on reçoit d’une aide à domicile/infirmière après l’accouchement, ce qui permet de rentrer rapidement après l’accouchement (ou même d’accoucher à domicile).

La personne qui s’occupe du kraamzorg est appelée kraamverzorgende. Mais comme ça fait beaucoup de lettres, les mamans expatriées ont tendance à faire le raccourci d’appeler la personne même kraamzorg (raccourci que je me suis permise de faire dans certains de mes articles précédents, mea culpa). Bref, parce que cet article n’a pas pour but de t’apprendre le néerlandais, ou de te perdre parmi plein de termes, je pourrais appeler ma kraamverzorgende, ma « fée » comme l’a si bien surnommée ma maman.

Alors, elle fait quoi au juste cette fée ?

  • Elle passe environ une semaine avec toi (weekend et jours fériés inclus) entre 5 et 8 heures par jour. (La sage-femme peut éventuellement te prescrire des jours en plus)
  • Son rôle premier est les soins disons paramédicaux : prendre la température et peser le bébé, température, vérification de la zone sinistrée (on se comprend) et tension pour la maman. Elle fait un rapport à la sage-femme qui vient régulièrement cette semaine-là.
  • Elle aide et enseigne à s’occuper du bébé. Elle nous a appris à donner le bain par exemple. Elle a aussi pu prendre le bébé pour que je puisse aller me laver avec l’aide de l’amoureux.
  • Elle s’occupe des tâches ménagères, des repas (et des ainés si ainés il y a). Ma kraamverzorgende passait l’aspirateur, nettoyait les toilettes et la salle de bain et changeait les draps tous les jours !
  • En résumé, elle rend la vie tellement plus facile pour permettre d’être tout à ce nouveau bébé… (En bonus, elle peut même mettre les visiteurs dehors s’ils s’éternisent !)

Ce que je trouve génial, c’est que tu es chez toi, donc : beaucoup plus à l’aise qu’à l’hôpital, et puis tu apprends à t’occuper de ton bébé avec tes affaires et enfin, le gros gros avantage, tu n’as qu’un son de cloche et une personne qui est là uniquement pour toi et ton bébé.
C’est d’ailleurs comme ça, je peux le dire, que ma kraamverzorgende a sauvé mon allaitement (j’y viens).

Alors, bien sûr, certaines personnes ont des difficultés à avoir quelqu’un toute la journée chez elles… Personnellement, je ne tenais pas debout, et même si d’habitude, j’ai du mal à m’arrêter, là, j’ai eu un réflexe salvateur : je me suis dit que je ne pouvais pas tirer trop sur la corde au point de risquer de la casser car ma fille avait besoin de moi. J’ai donc accepté et même demandé de l’aide (à une amie par exemple d’utiliser son sèche-linge pour mes draps changés tous les jours) parce qu’il fallait que je puisse me concentrer sur le plus important, ce petit être complétement dépendant de moi.
C’est comme ça que j’ai vite accepté qu’on m’amène mon petit-déjeuner au lit, qu’on me prépare une salade de fruits en milieu de matinée pour avoir de l’énergie, qu’on range ma maison, qu’on fasse mon linge… De toute façon, ma vision était rétrécie, j’étais toute focalisée sur mon bébé, le reste était flou et juste doux parce que j’avais la chance qu’on me rende la vie facile.

Peut-être vois-tu autre désavantage que ce système peut avoir est d’avoir une seule personne justement. Que se passe-t-il si ça ne se passe pas bien avec la personne qu’on t’envoie ?
Lors de mon rendez-vous pendant la grossesse avec l’organisme, la responsable m’a répété plusieurs fois que si je ne me sentais pas à l’aise avec la personne, quelle que soit la raison, il fallait demander à changer vu l’état émotionnel dans lequel on est cette semaine-là. D’ailleurs après le premier jour, ma kraamverzorgende m’a demandé si je souhaitais avoir quelqu’un d’autre le lendemain et l’organisme m’a téléphoné le deuxième jour pour que je confirme que tout se passait bien…
Après, je n’ai pas expérimenté le changement de kraamverzorgende car celle qu’on m’a envoyée a juste été parfaite pour nous !

Le sauvetage de mon allaitement

Je suis vraiment reconnaissante de ce service de kraamzorg. Il a en effet permis d’avoir une première semaine facile, d’apprendre à s’occuper de notre enfant dans une atmosphère intime et de confiance. Et puis, je suis persuadée que c’est grâce à ça que j’ai pu finalement allaiter.
Je suis partie de l’hôpital avec un tire-lait pour stimuler, la consigne de mettre bébé au sein le plus possible et l’amoureux avait appris à compléter au petit doigt et à la seringue.
Lors de mon arrivée à la maison, j’étais à la fois bien faible pour me dire que je serais capable d’arriver à produire du lait pour mon bébé et le tire-lait me déprimait un peu mais en même temps, je ne me sentais pas capable d’abandonner « si vite » mon envie de donner le sein à mon bébé…

Les Pays-Bas sont plutôt un pays pro-allaitement maternelle. Mais j’ai apprécié qu’on me dise le premier soir chez moi et le lendemain « on peut vous aider à mettre en place votre allaitement, mais ne vous sentez pas enfermée dans votre décision, vous pouvez décider d’arrêter d’essayer à n’importe quel moment, ce n’est pas le plus important pour votre bébé, le plus important, c’est d’avoir une maman qui se sent bien. Ne vous sentez pas obligée de tirer pour stimuler si vous êtes épuisée la nuit par exemple… »

La première nuit, à la maison, c’était comme à l’hôpital : rien qui sort du sein, bébé nourri à la seringue, pompe pour stimuler…
Mais le lendemain, ma kraamverzorgende propose de mettre en place un nouveau plan d’attaque. Elle ne veut pas que je me fatigue à pomper dans le vide avec la pompe. La sage-femme fait sa première visite et on discute ensemble de la mise en place de mon allaitement.
Comme un peu de colostrum est sorti dernièrement quand j’ai pompé, que ma fille n’a pas eu une grande perte de poids et que je suis maintenant à la maison avec quelqu’un pour m’assister, on va diminuer le complément et surtout mettre en place un DAL, dispositif d’aide à la lactation. Qu’est-ce que c’est ? Au lieu de donner le complément avec la seringue, on met un petit tuyau sur la seringue et on le fixe près du mamelon, on n’enclenche pas la seringue, mais le bébé doit faire l’effort de téter le mamelon pour avoir du lait, ainsi, il s’habitue à téter et il stimule le sein.

Avec ça et surtout donc une personne à côté de moi pendant tout le temps de la tétée pour corriger ma position, me donner des conseils, dans un univers sans stress (à l’hôpital, le personnel était adorable mais j’avais l’impression de les embêter si je les rappelais pour remettre bébé au sein alors qu’ils venaient de le faire 5 minutes avant), ça a été magique.
J’ai bu beaucoup beaucoup, notamment la tisane d’allaitement que l’amoureux était allé acheter, j’ai mis mon bébé au sein aux moindres signes d’éveil, bébé qui était tout à fait capable de pomper ce qui venait de la seringue en prenant le mamelon. Et puis, la kraamverzorgende est partie à 16h, elle a dit de continuer comme ça si ça allait, mais que si on fatigue ou on panique, on a toujours la solution du petit doigt et seringue, l’important c’était de se sentir bien tous les trois.

Et ce soir-là, à J+3 après la naissance, j’ai eu ma montée de lait et j’ai vu ma fille boire, boire, boire, mon lait, venant de mon sein (après avoir bu ce qui venait de la seringue, la grosse gourmande). J’en ai pleuré de joie.

J’ai dit adieux à la pompe, on a rangé la boite de lait en poudre à peine entamée et c’était parti pour l’aventure de l’allaitement ! (Je t’en reparlerai une autre fois parce qu’ironie de l’histoire, le problème auquel j’ai du faire face par la suite, c’était l’hyper-lactation !)

Être bien entourée

Quand je repense aux premiers jours à la maison, c’est vraiment un sentiment doux qui me revient. J’avais peur de la fatigue, j’avais peur d’être envahie aussi par les visites, par mes parents qui avait réservé dix jours aux Pays-bas dans une chambre d’hôtes pas loin.

Mais finalement, notre organisation a été la bonne : j’ai dit à mes parents qu’ils étaient les bienvenus après le départ de la kraamverzorgende vers 16h et après deux soirées difficiles, nous avons décidé qu’ils ne restaient pas forcément manger le soir à chaque fois. Mon père s’occupait des courses et ma maman de faire à manger, avec en bonus plein de plats congelés pour les jours à venir.
Mes beaux-parents sont aussi venus régulièrement avec des vivres.
L’amoureux s’est arrangé pour ne quasi pas travailler pendant une semaine.
Nous avons eu de la visite tous les jours mais les gens ont bien compris qu’il ne fallait pas rester trop longtemps.

Et cette impression d’être entourés d’amour… Nous avons reçu des cadeaux, et surtout chaque jour par la poste arrivée une multitude de cartes.

Et puis, il y a eu la surprise de la couverture aux cent vœux.

Quelques semaines avant la naissance, dans notre démarche décroissante et donner du sens autrement qu’en consommant, j’avais posté sur les réseaux sociaux que plutôt qu’un cadeau matériel, les amis pouvaient nous offrir des vœux pour notre bébé, un petit mot que je collerai dans un beau cahier et que notre enfant pourrait relire plus tard…
J’ai eu beaucoup de « j’aime » mais je n’ai rien reçu !
Je me suis dit que peut-être les gens attendaient peut-être la naissance… J’étais un peu déçue de n’avoir absolument rien reçu.

En fait, mon idée arrivait après une autre, celle de maman, qui avait contacté mes amis et la famille pour nous faire une surprise, un Bai jia bei pour notre bébé. C’est une couverture aux cent vœux, c’est à dire que chaque personne pouvait donner un morceau de tissu, accompagné d’une carte avec des vœux pour notre bébé.
Cela n’est pas sans rappelé le projet de guirlandes de fanions à histoires de notre mariage ; cela ne pouvait que nous plaire…

Crédit photo : photo personnelle

Nos douces nuits

Nous nous sommes donc sentis entourés d’amour en ces premiers jours à la maison.
Mais quand je repense aussi à cette semaine-là, c’est la douceur des nuits, rien qu’à trois, en toute intimité, chez nous…

Oui, le réveil toutes les 2/3 heures, et le temps pour nourrir, changer, calmer notre fille qui souffre un peu de la digestion, c’est fatigant, surtout après le tsunami de la naissance… On ne dort pas beaucoup… Mais ce n’est pas à la fatigue que je repense. C’est vraiment à la douceur d’être tous les trois. Les nuits nous appartiennent.
Nous avions une espèce de bulle à nous, notre choupinette dormait à côté de nous, le matelas à langer est sous le lit avec tout de prèt, une fois l’allaitement en place, je n’ai même pas besoin de sortir du lit et si l’amoureux le fait, c’est pour bercer notre petit amour.

Crédit photo : photo personnelle

Après avoir reçu la couverture aux cent vœux, l’amoureux a profité des tétés nocturnes pour me lire toutes ses cartes, une par une… Deux, trois nuits à avoir le cœur au bord des yeux.

C’était une semaine magique, une semaine dans un brouillard mais un brouillard de coton très soyeux. J’espère garder longtemps en mémoire ce sentiment d’amour infini en repensant à ces jours-là…

Et toi, comment c’est passé ton retour à la maison ? Comment l’as-tu vécu ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com