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A la une / Vie de maman

Maman travaille

Alors que je viens de changer de poste, j’ai envie de faire un petit retour sur le travail après bébé, avec la particularité que je suis fonctionnaire d’Etat.

Avant le début

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours aimé apprendre et je me suis toujours vue avec un boulot. Étant donné qu’à l’époque avoir des enfants ne m’intéressait pas vraiment, je ne m’étais pas posé la question. J’avais envie de faire carrière et d’être reconnue dans mon domaine. J’ai grandi et continué mes études : le bac, la prépa scientifique, l’école d’ingénieur, le diplôme d’ingénieur, le double cursus architecte, le diplôme d’architecte. Bref, j’ai eu des études qui me satisfaisaient et qui correspondaient à ce que j’avais projeté.

Ou presque. Si tu m’as suivie sur Mademoiselle Dentelle, tu sais que j’ai épousé un militaire. Et c’est là que l’histoire a un peu bifurqué du scénario initial. Lorsque notre histoire est devenue sérieuse, la question de la carrière s’est forcément posée. On connait tous une femme de militaire au foyer ou du moins pour qui la vie professionnelle relève du numéro d’équilibriste. Je me suis projetée avec un mari muté régulièrement (est-ce que j’allais pouvoir monter ma carrière comme je l’entendais avec des contraintes géographiques ? Est-ce que nos changements de postes correspondraient ? Est-ce que je n’allais pas être forcée de renoncer à suivre des projets importants pour moi ou tout simplement forcée d’abréger des postes ou carrément d’y renoncer ?) et qui partirait également pour des périodes de 6 mois à raison d’une périodicité irrégulière (qui allait m’épauler pendant ces absences ? En cas d’imprévu ? Et comment je ferais avec des enfants ? Ou enceinte, avec des enfants ?). Bref, j’ai bien réfléchi et je suis arrivée à la conclusion que ce qui m’importait c’était de faire mon petit bonhomme de chemin, d’être utile et de faire des choses qui m’enrichissaient et me plaisaient. Rien de carriériste dans tout cela. En plus mon salaire est plus faible (question de catégorie professionnelle dans notre cas) donc nous avons rapidement décidé que c’est moi qui le suivrais et que nous privilégierions sa carrière.

 

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Crédits photo : rawpixel.com

 

Avant bébé

Mes études terminées j’ai intégré un service très sympathique. Mes chefs étaient extrêmement bienveillants. Ils m’avaient dit dès l’entretien que si j’avais des enfants mon poste était tout à fait faisable à 80% et qu’ils me souhaitaient, à mon âge, de connaître cette joie (pas celle du 80%, celle d’avoir des enfants !). Puis petit Miracle s’est fait attendre. Je pouvais partir tard (surtout que j’essayais d’oublier l’absence de bébé comme je pouvais alors j’aimais bien me concentrer à fond), je pouvais arriver plus tôt, j’avais le temps pour des réunions tardives qui commençaient avec 20 min de retard et se terminaient avec 1h30 de retard, j’aimais bien les déplacements sans me soucier des éventuelles nuits d’absence… Le comte travaillait loin et il rentrait tard alors personne ne m’attendait à la maison. J’avais un poste très autonome, pas trop de travail en équipe, du management de réseau (donc plutôt à distance), peu d’impératifs horaires en semaine et peu de déplacements.

Puis petit Miracle s’est installé. Mes chefs l’avaient vu venir mais ils n’ont rien dit. Ils ont été très émus lorsque je leur ai annoncé et tout le monde s’est réjoui (j’ai d’ailleurs rencontré de nouvelles personnes qui venaient me dire un mot gentil de temps en temps à l’occasion de ma grossesse). J’ai avancé mes projets au maximum avant le congé maternité et j’avais même prévu de repousser le début de mon congé. Mais finalement j’ai été arrêté près d’un mois avant. Pour autant tout le monde m’a souhaité de garder petit Miracle au chaud aussi longtemps que possible et a attendu avec impatience qu’il arrive. Lorsqu’il est né, mon supérieur et quelques collègues sont même passés me rendre visite à la maternité avec de petits cadeaux et beaucoup de tendresse. Si j’avais réussi à me concentrer pendant ma grossesse le boulot me paraissait bien loin juste après sa naissance et après presque 2 mois d’activités du type télé, dessin, tricot, broderie … J’ai mis ça sur le compte de la fatigue. J’ai même pu coller mes congés juste après mon congé maternité pour ne reprendre qu’aux 4 mois de petit Miracle.

Aparté fonctionnaire

Quand j’ai dû choisir les écoles dans lesquelles j’avais envie d’aller après mes classes préparatoires, on m’a fortement conseillé de classer l’école de fonctionnaire que j’ai finalement obtenue. Honte à moi, ce n’est pas tant ma foi dans le service publique que l’envie inconsciente de répondre aux attentes de mon entourage qui m’a placée là. Je me souviens qu’à l’époque on m’avait dit que ce serait un plus pour avoir des enfants et ça me paraissait tellement loin ! Mais c’est vrai que cela représente une sacrée sécurité. Je suis partie sereine sans crainte qu’on me remplace pendant mon congé, revenue directement sur mon poste et sans pression sur mes congés. En plus du moment que je ne faisais rien de délirant, mon chef était très cool en termes de validation de congés et d’horaires (en respectant nos plages fixes de présence évidemment ! Et selon les règlements divers ! Mais je pense que ce n’est pas lié exclusivement à notre statut). Bref, le statut de fonctionnaire est assez protecteur pour les mamans.

Dans mon corps d’ingénieurs, et comme beaucoup de fonctionnaires, nous changeons de poste en moyenne tous les 3 ans. J’étais dans mon ancien poste depuis bientôt 2,5 ans quand je suis tombée enceinte et juste avant de partir, j’ai rencontré un autre chef de département de mon service pour envisager une mutation qui me permettrait de faire plus d’architecture. C’était une opportunité quasiment unique dans mon domaine et j’ai eu la chance qu’un poste se libère pile 3 mois après mon retour de congé maternité. Bref, j’étais enthousiaste à l’idée de reprendre.

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Crédits photo : rawpixel.com

Après bébé

C’est là que ça se corse. Déjà j’avais tellement de choses en tête avec la nounou, les rendez-vous médicaux, le ménage, les lessives, mon envie de contrôler les choses aussi bien qu’avant et j’étais tellement fatiguée (rappelle-toi, petit Miracle dort peu, encore maintenant à près de 13 mois et dans la même chambre que nous) que j’avais beaucoup de mal à me concentrer comme avant et cela me frustrait beaucoup. Le retour dans un poste que je connaissais et que je pouvais faire un peu en pilote automatique m’a cependant grandement facilité la tâche même si c’était étrange de revenir la journée un peu comme dans le passé et d’être maman le soir. Le comte Bleu était toujours en formation et mon poste me laissait le temps et la flexibilité nécessaire de tout gérer pour petit Miracle. Et le changement de poste est arrivé.

Comme je ne changeais pas de lieu géographique et que je n’étais pas remplacée, les deux départements ont négocié de m’avoir chacun à mi-temps pour je continue un peu mes anciens projets, le temps qu’ils s’organisent autrement. Du coup, je n’étais pas vraiment intégrée à mon nouvel étage et on ne pouvait pas me confier trop de suivi dans mon nouveau poste puisque 3 jours sur 5 j’étais encore sur autre chose. Je suis donc arrivée progressivement sans qu’on m’explique clairement mes nouvelles missions qui étaient toutes neuves pour moi malgré les études. Cela a duré 6 mois. Maintenant, je suis censée être dans mon nouveau poste depuis 6 mois donc et pourtant j’ai l’impression de n’avoir pas appris grand-chose et de n’être toujours pas capable d’être autonome mais les autres ont cette fausse impression que depuis le temps je dois bien savoir comment faire…

Mais ce n’est pas ce point qui m’a donné envie d’écrire cet article. C’est le comportement de mes collègues. Ils sont adorables, ne te méprends pas. Nous prenons le café tous ensemble le matin en papotant et nous rions bien. MAIS. Il y a plusieurs générations et nous ne sommes que deux jeunes mamans. Je suis d’ailleurs la seule de nous deux à avoir un bébé puisque les fils de ma collègue ont presque 10 ans. Les hommes plus âgés ont donc des enfants assez grands et ont eu l’habitude que leur femme gère tout (question de génération pas de machisme inné !). Les plus jeunes n’ont pas d’enfant pour la plupart. L’un d’eux a bien des jumeaux assez petits mais cela ne l’empêche pas de partir tard et  faire de nombreux et parfois longs et lointains déplacements, j’imagine donc que c’est également sa femme qui gère. Les collègues (les plus jeunes – qui ont environ mon âge en fait) avec qui je travaille le plus directement arrivent généralement tard et partent tard voire très tard. Sauf que de mon côté, je dois m’occuper de petit Miracle parce que le comte travaille loin (encore plus jusqu’à notre déménagement) et que son travail lui impose des horaires encore moins flexibles que les miens… (que veux-tu, à l’armée on ne rigole pas avec les horaires !) Je me retrouve donc à devoir écourter les réunions en soirée (qui pour la plupart auraient pu être bouclées depuis longtemps au moment où je pars), attendre pour pouvoir discuter des projets avec mes collègues le matin. En cela, j’envie la vision anglo-saxonne qui consiste à penser que lorsqu’on finit tard ce n’est pas une marque d’assiduité mais de mauvaise gestion de son emploi du temps ! Et le pire c’est que cela ne gêne personne de me prévenir la veille pour le lendemain qu’une réunion (si possible pas sur le site où je travaille) se tiendra tard ou tôt (au choix !) sur un autre site. J’ai pourtant déjà demandé à être prévenue dès que les dates sont connues pour m’organiser, en précisant que j’étais, la grande majorité du temps, disponible mais que cela me demandait un tout petit peu d’anticipation avec mon mari, ses impératifs et la nounou. Tout le monde serait gagnant : eux parce que je serais pleinement utile et efficace et moi parce que je n’aurais pas à rattraper des données. Pour couronner le tout, même si les agents de l’Etat sont censés pouvoir bénéficier du télétravail depuis bientôt 2 ans, dans les faits il est rarement accordé et mon service ne fait pas exception, exit donc cette solution pour nous. Nous perdrions également beaucoup trop si je passais en congé parental ou à mi-temps. Je ne te parle même pas de crèche à proximité (à moins de vendre un rein et de faire des choses inavouables avec le directeur pour intégrer la crèche privée à 3 minutes).

Des solutions pour concilier vie pro et vie familiale ?

Crédits photo : Bruce Mars

Plusieurs questions me taraudent : Parents ou pas, mes collègues n’ont-ils pas envie d’avoir une vie en dehors du travail ? Ne serait-il pas possible de travailler sur des plages horaires raisonnables ? Sont-ils incapables d’intégrer les contraintes de leurs collaborateurs ou n’en ont-ils tout simplement rien à faire ? Est-il possible d’être dans la vie active ET conjoint d’un militaire ou l’armée considère-t-elle que toutes les épouses doivent être mères au foyer ? Pourquoi la société ne facilite-t-elle pas plus la vie des mamans quitte à faire peser sur elles l’essentiel des contraintes ? Pourquoi quand une personne avec son sac sur l’épaule et les yeux rivés sur sa montre dit « ok, mais tu fais vite, je dois aller chercher mon fils/ma fille » son interlocuteur ne peut tout bêtement pas lui dire de filer qu’il lui en reparlera le lendemain (plutôt que de débiter la moitié des informations à une personne concentrée sur autre chose, qui n’y pourra rien avant le lendemain, en particulier s’il n’y a pas d’urgence, et qu’il finit par la mettre en retard) ? Pourquoi paraît-il quasiment évident que maman peut écourter des réunions importantes quand papa ne peut pas quitter son boulot, même exceptionnellement ?

Pourtant, j’ai l’impression que mes collègues m’apprécient et ils sont généralement prêts à répondre à mes demandes et à mes questions. Je ne suis pas non plus malheureuse dans mon travail, loin de là. J’apprends des choses passionnantes, je vois et expérimente ce pour quoi j’ai été formée et cela confirme que j’ai choisi un domaine qui me plaît, mais je me sens constamment prise en étau et un peu seule à me battre.

Pour terminer, il y a autre chose qui a changé avec ma reprise du boulot : ce sont les soirées et les week end. Quand je sors du boulot désormais, je n’ai qu’un objectif : retrouver mon fils et mon mari. Je déconnecte bien plus qu’avant dans ces moments là par rapport à ma vie sans petit Miracle.

 

Mes solutions

Ne t’attends à rien de révolutionnaire ici, mais plutôt à des pistes que j’aimerais mettre en pratique. J’espère d’ailleurs trouver d’autres solutions dans l’avenir.

1 – Je devrai gérer mes propres projets dans les mois à venir. J’en profiterais pour réduire au minimum les horaires qui débordent. A moi les réunions sur les créneaux qui ME correspondent et les déplacements qui n’excèdent pas la journée puisque je serai indispensable au projet. A moi aussi l’anticipation d’enfin connaître les réunions à venir un peu plus de 24h à l’avance.

2 – Je sais que nous avons une charte du temps dans le service qui acte la déconnexion pendant les vacances, week end et soirées mais qui cadre aussi les horaires que l’on peut attendre des autres et la limite à partir de laquelle on est invité à ne pas faire de remarque si un collègue quitte la réunion avant la fin. Bon rien de fabuleux puisque la limite horaire indiquée pour les réunions est au-delà de ce dont j’ai besoin pour aller chercher petit Miracle sereinement et sans courir mais c’est toujours un point d’appui.

3 – Je voudrais aussi récupérer un poste de travail mobile pour ne pas être obligée de m’arrêter brusquement au milieu d’un truc sans pouvoir y revenir avant le lendemain (parfois il me manque juste 5 min, je n’ai pour autant pas l’intention de rapporter plus de travail à la maison, juste d’être un peu plus souple sur mes journées).

4 – Tant pis pour eux, ils se passeront de moi. Ceci dit, je me demande si c’est vraiment pour EUX que ce sera « tant pis » mais une chose est sûre, je préfère passer la soirée avec mon fils qu’en réunion, même si j’aime beaucoup mes collègues.

 

En conclusion, je suis loin d’être la plus à plaindre des mamans, mes problèmes peuvent paraître bien dérisoires à certaines (les copines tribulettes en avaient déjà parlé ici et ) mais je trouve qu’ils sont assez symptomatiques du monde du travail actuel, en particulier chez les cadres. Pour l’instant, je suis encore en plein numéro de cirque et j’espère bien arriver à trouver un équilibre avec le comte et mes collègues et tout mener de front. On se retrouve dans quelques temps pour faire le point.

Et toi, ta reprise du travail après bébé s’est bien passée ? Tu as choisi un congé parental ? Toi aussi tu as vécu ces changements ou au contraire tout a continué comme avant voire s’est révélé encore mieux ?

A propos de l’auteur

Mariée (et folle amoureuse) à mon capitaine depuis mai 2014, je suis ingénieure et architecte (parce que je n'aime pas faire les choses simplement !), addict aux DIY en tous genres (cuisine, dessin, couture, bricolage, écriture...) et maman d'un petit Miracle arrivé fin août 2017 et qui a su rendre son entrée dans nos vies épique !