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A la une / Vie de maman

Maternage proximal, féministe et entrepreneuriat…

Aujourd’hui, j’ai décidé de parler de sujets qui fâchent font parler.

Tu sais, le genre de truc où tu as des pro et des anti, des discussions enflammées. Moi, j’ai donc décidé de combiner, de te parler de maternage proximal ET de féministe. Oui, les deux ensemble. En y ajoutant la sauce « je suis entrepreneuse ».

Les cartes avec lesquels je joue…

Maternage :

Sensible à la théorie de l’attachement, j’étais intéressée avant même ma grossesse aux pratiques de maternage proximal : portage, co-dodo, allaitement long, éducation bienveillante, présence riche et longue auprès de l’enfant.

Cela dit, je n’étais pas non plus 100% sûre que cela nous conviendrait ; je me méfie beaucoup des cases et dans le cas de l’éducation, je sais à quel point il est avant tout important de s’adapter à des cas particuliers plutôt que de chercher à suivre des méthodes ou des doctrines. Et donc loin de moi l’envie de les imposer aux autres par dessus le marché.

Et puis ma fille est née et un comportement de fort maternage m’a juste paru naturel. Je ressens un besoin important de cajoler, bercer, caresser, câliner, réconforter mon bébé.
Nous avions loué un lit de co-dodo pour voir si ça nous convenait et une fois notre choupinette là, il était impensable de la faire dormir dans sa chambre. (Du coup, la location du lit nous a coûté autant que si on l’avait acheté d’occasion… mais bon…)
J’avais dit vouloir « essayer l’allaitement et voir sans me mettre de pression » et finalement, quand ça a eu du mal à démarrer, je l’ai très mal vécu, il était impensable de ne pas le faire…
J’ai passé les premières semaines avec un bébé collé à moi, jour et nuit. Et cela me convenait, cela était important pour moi.
Ce n’était pas facile tous les jours mais je garde de ces 11 semaines qui ont suivi la naissance de famille, de cette période sans séparation (si on excepte ma visite à l’hôpital à 6 semaines où je l’ai laissée à son papa), un souvenir doux et précieux. Ça nous était nécessaire.

Et je souhaite continuer à être cette maman louve-là – même si heureusement ma fille accepte de ne plus être collée à sa maman H24 et est même plutôt aventurière aujourd’hui !

Féministe :

Mais je fais sans doute aussi partie de ces femmes qui « veulent tout avoir » (sic).
Je ne veux pas que ce soit normal que je gère la maison et le bébé pendant que mon mari s’occupe de son travail. Je ne veux pas de la charge mentale à moi toute seule.
Je veux la liberté de choisir la mère que je veux être.
Je veux pouvoir avoir une carrière en plus d’une famille et que cela coule de source pour ma famille.
Et si la théorie de l’attachement et le maternage proximal me parlent, c’est le fait d’avoir des parents aimant qui répondent aux besoins que j’ai plus envie de valoriser (mon mari qui porte en écharpe depuis sa naissance notre fille, je trouve ça tellement beau…)
Je veux que mon mari est l’opportunité de tisser une relation privilégiée, forte, première avec ses enfants.
Je veux que ma fille grandisse avec un modèle qui lui montre que ce n’est pas le sexe qui définit des rôles, mais que le champ des possibles au niveau boulot et rôles familiaux est aussi grand pour les hommes et les femmes.
Enfin, je dis je veux parce que c’est moi qui écris l’article mais heureusement, je pourrais dire « nous voulons ».

Nous essayons avec mon mari de tisser un quotidien qui fait que nous avons tous les deux une place privilégiée avec notre fille, que nous soyons pleinement deux figures d’attachement primaires. Depuis janvier, il ne travaille plus le mercredi pour être avec sa fille, et il fait aussi beaucoup de soirées où je suis au boulot. Il a fait un énorme travail sur la prise d’initiatives.
J’allaite (et nous avons décidé que quand je suis dans la maison, il n’y aura pas de biberon) et j’ai passé ces premières semaines à la maison et pas lui.
Parfois, ma fille a l’air de nous dire « rien à faire de votre envie d’équilibre, je veux mamaaaaaaan ».
Ce n’est pas toujours facile à gérer parce que la maman louve veut répondre aux besoins de son bébé qui la voit comme figure première d’attachement puisque c’est la personne qui est là depuis le début… C’est aussi difficile pour moi parfois de ne pas intervenir et de laisser faire mon mari avec sa fille, alors que j’ai l’impression que je sais (et lui moins) ou que je suis plus amène de répondre à ses besoins.
Et c’est pour cela que dans mes récriminations de militantes féministes, il y a en numéro 1 : un congé paternel obligatoire. Et nous discutons pour un éventuel deuxième que mon mari prenne un congé parental.
En attendant, j’essaie de trouver un équilibre entre suivre mes envies et pulsions de maman louve et laisser de la place à mon mari pour qu’il soit aussi une figure primaire d’attachement.

Entrepreneuse :

Troisième volet, je suis entrepreneuse, et même chef d’entreprise. J’ai co-fondé une école de langue pour le français à Amsterdam et je la co-dirige. L’école n’avait pas un an quand je suis tombée enceinte et elle me demandait de 50 à 70 heures de travail par semaine. (Plus, le petit détail qui tue, mon associée était enceinte plus ou moins au même moment que moi, son second fils est né 3 mois et demi avant ma fille… C’était un peu chaud cette histoire mais on a géré).
J’aime mon travail. Et mon travail a besoin de moi (heureusement plus autant d’heures par semaine mais bien un temps complet) ; c’est le genre de boulot où tu peux difficilement prendre quelqu’un pour te remplacer ; trop de choses à gérer, trop d’heures, d’énergie, de compétences diverses qu’on a développées… Je n’ai jamais pu considérer d’arrêter ou de faire une pause longue.
Mon entreprise est importante pour moi et c’est un peu mon premier bébé.

Heureusement, j’avais deux bons atouts dans ma manche.
D’abord, aux Pays-Bas, il y a un congé maternité pour les entrepreneuses, nous avons le droit à 16 semaines (6 ou 4 avant la naissance, 10 ou 12 après), plafonné à l’équivalent du SMIC.
Ensuite, mon associée avait déjà un enfant et donc avait déjà beta-testé pour moi ce que j’avais envie de mettre en place : une présence partielle à l’école de 3 jours et un travail flexible en fonction de l’enfant le reste de la semaine (sieste, soirs, parfois les week-ends…).

Crédit photo : MamzelleJoe photographie

Voici les cartes avec lesquelles je joue… Mais tout cela ne va pas forcément de soi dans les faits.

Je vais donc maintenant répondre aux questions qu’on me pose (souvent), que je me suis posée ou même que je continue de me poser…

« Tu t’es arrêté de travailler combien de temps ? »

J’ai passé 16 semaines à la maison, le temps de mon congé maternité.
Mais j’ai complétement arrêté de travailler 15 jours.
La veille de mon accouchement, je corrigeais les derniers bugs de la nouvelle version du site Internet de l’école.
Directement après la naissance, j’ai discuté très rapidement quelques fois avec mon associée via WhatsApp mais de très loin. C’est 15 jours après la naissance, alors que ma fille dormait sur moi, que j’ai ressorti l’ordinateur pour la première fois pour travailler un peu… Et puis, je l’ai fait dès que j’avais l’énergie et le temps quand il y en avait besoin pendant ces 2 mois et demi à la maison. En essayant de ne pas me mettre la pression, le faire quand c’était possible et s’arrêter directement dès que cela ne l’était plus.
Mais ma fille dormait et tétait très bien sur le coussin d’allaitement sur moi avec l’ordinateur calé derrière… Un peu bizarre comme position mais finalement c’était plus facile à l’époque de répondre à ses besoins tout en travaillant que maintenant.

« Actuellement, c’est quoi votre organisation exactement ? »

Je suis au travail (à l’école) le mercredi, jeudi et vendredi, avec des horaires très variables (je peux parfois faire 12 heures dans une journée mais je peux aussi parfois ne pas réveiller ma fille qui dort le matin et l’emmener à la crèche plus tard).
Ma fille est avec moi le weekend, le lundi et le mardi, avec son papa le mercredi et le jeudi et vendredi à la crèche.
Quand je suis avec ma fille, je travaille quand elle me le permet, majoritairement pendant les siestes et le soir.
J’aimerais dire qu’on a le week-end à trois mais mon mari a des horaires qui changent toutes les semaines et peut travailler la nuit et le week-end. Il n’a que le mercredi « son jour de papa » qui est fixe. Mais comme j’ai ma propre entreprise, j’adapte mon emploi du temps en fonction du sien. Je vais observer des cours du soir même le lundi ou le mardi s’il est dispo. S’il ne travaille pas un lundi ou un mardi, généralement, il sort seul avec notre fille pour que j’ai plus de possibilités de travailler.

« Ce n’est pas impossible ou du moins frustrant de travailler de la maison avec un enfant ? »

Parfois si, et puis c’est fatiguant parce que tu as l’impression de ne jamais t’arrêter d’être productive. Entre le bébé, la maison et mon travail, parfois je me demande quand est-ce que je peux poser les rames.

Il y a des jours où je trouve ça lourd. Parce que c’est forcément aux moments où tu aimerais être productive que la sieste est ultra courte ou que ton bébé ne veut tout simplement pas te lâcher.
La règle que j’essaie de garder en tête c’est que les jours où je suis seule avec elle, c’est elle la priorité (il y a mon associée à l’école pour gérer)… Si elle ne veut pas me lâcher, et bien, je ferme l’ordinateur et on va se promener, jouer, câliner… ou je fais d’autres tâches, plutôt domestiques qui peuvent être effectués avec un bébé en écharpe – le portage est une bénédiction pour moi, il me permet de concilier ces deux besoins que je ressens, celui de proximité de mon bébé et celui de faire, d’être productive.

Il y a aussi des mardis soirs où je suis soulagée de me dire « demain c’est mercredi, demain c’est papa qui gère » et quand j’arrive au travail, j’ai presque l’impression que ce sont les vacances car ça parait tellement plus facile d’y travailler !

Et le vendredi soir, je suis tellement contente de retrouver mon bébé en me disant que je vais passer 4 jours avec elle.

« Tu n’as pas l’impression de passer à côté de quelque chose en donnant du temps à ton entreprise ? »

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps le premier jour où j’ai laissé ma fille à la crèche. J’ai eu du mal à la laisser à quelqu’un d’autre que son papa.
Ça ne m’a jamais choquée que les autres mères le fassent, je ne pense pas que ça fait de nous, de moi, une mauvais mère…
Mais j’ai ressenti quelque chose au fond de moi comme un déchirement.

Et puis, aussi un soulagement au final.
C’était le bon moment après une dizaine de semaines tout avec elle d’avoir un peu de temps sans elle, j’ai eu l’impression d’une bouffée d’air. Et surtout, j’ai eu l’impression de pouvoir être plus là pour elle, de sortir du pilote automatique et de vraiment profiter de notre temps ensemble.

Aujourd’hui, je suis heureuse de l’équilibre, même si c’est fatiguant, j’accorde beaucoup d’importance au temps partagé et je réponds aussi à mes besoins d’entreprendre, d’avoir des projets à court terme (parce qu’élever un enfant, c’est un bon et long projet mais c’est au quotidien très répétitif).

« Ta maternité est-elle un frein dans ta carrière ? »

Ma carr-quoi ?
En vrai, il y a quelques années, je pensais plus au futur avec l’idée d’être maman que d’avoir une quelconque carrière. Je suis professeur de base (l’enseignement, ce n’est pas trop un domaine où l’évolution de carrière est centrale). Je me suis découverte de l’ambition dans l’évolution de ma vie professionnelle au fur et à mesure que j’ai évolué professionnellement.
Mais en fait, j’ai lancé mon entreprise alors que j’étais déjà en train d’espérer tomber enceinte, avec une associée maman qui était frustrée que le monde lui pose des limitations sans lui demander son avis sous prétexte qu’elle était mère.
Il n’y avait pas grand chose dans le business plan de notre école mais bien un paragraphe sur le fait qu’il nous tenait à cœur de permettre de conjuguer vie pro et parentalité : le fait de faire/d’avoir des enfants, de devoir/vouloir s’en occuper n’est pas un problème mais juste un paramètre à prendre en considération dans l’entreprise. Et puis, nous pensons aussi vraiment que les compétences que nous développons en tant que mères sont intéressantes pour nous en tant que professionnelles.

« Tu ne culpabilises jamais ? » / « Faire du maternage proximal ne rend pas les séparations plus difficiles ? »

Si, je culpabilise et oui, peut-être…

Je materne, je porte, je ne laisse pas pleurer parce que c’est ce que mon instinct me dit de faire. Je me dis que je remplis les réservoirs de tendresse, de besoin de proximité de ma fille et qu’elle peut sans doute puiser dedans quand je ne suis pas.

Et je vais au travail, je la laisse parce que ça remplit mes réservoirs à moi, puisque j’aime mon travail, il me fait du bien. Et que donc ça fait de moi une meilleure mère.

J’ai cette chance-là qui fait que je crois que même si je pourrais financièrement ne pas travailler pour m’occuper de ma fille, je ne le ferais pas. Ça aide à me sentir bien.

Après, le samedi où j’ai du courir au boulot pour remplacer une prof au pied levé et abandonner ma fille chez une amie sans l’avoir prévu, je me suis sentie mal… Je me suis sentie écarteler entre la maman et la chef d’entreprise.

Ça m’arrive de temps en temps de me poser des questions, de me demander si ma fille n’en aura pas ras-le-bol de mon école à un moment.

Et puis, je me dis aussi que je lui montre que c’est possible d’être mère et d’avoir une entreprise, j’espère qu’elle sera fière ou même juste qu’elle trouvera ça normal et que les réflexions du type « mais comment vous faites avec votre entreprise et votre enfant » lui paraitront incongru (le nombre de fois où je suis à une soirée de réseautage et où on me demande ce que j’ai fait de ma fille… Y a encore du boulot au niveau des mentalités…)

Conclusion

J’ai beaucoup de chance, j’ai trouvé un équilibre qui me convient.
La situation n’est pas exempt de questionnements, de remises en cause, de grands moments de fatigue, de culpabilité. Et je ne parle pas de l’idée que nous aimerions bien avoir un deuxième enfant à un moment. Ça risque de redistribuer toutes les cartes et de nous obliger à trouver un autre équilibre.

Mais je suis consciente de ma chance, notre solution me permet de répondre en général à mes besoins, envies et valeurs. Je me sens généralement une bonne mère et une bonne chef d’entreprise mais surtout ma vie me plait.

Et je crois que c’est ça la clé.
Et c’est la féministe en moi qui a envie de finir ce point important : il y a un équilibre à trouver pour chacune, chacun, chaque couple de parent(s)-enfant, un équilibre à définir soi-même, en tout liberté.
Ne nous leurrons pas : l’équilibre souvent précaire, toujours plein d’interrogations.
Mais il y aujourd’hui dans notre société de nombreuses injonctions à être un certain type de mère, des injonctions parfois contradictoires. Ce n’est pas toujours facile d’être mère en essayant d’échapper à la culpabilité… D’autant que beaucoup n’ont pas la chance que j’ai et doivent faire avec d’autres prérogatives (à commencer par financières) que leurs envies et leurs valeurs.

Je voudrais donc finir en mettant en exergue ce que je crois profondément : au delà de tout, ce dont à besoin un enfant pour bien grandir, ce sont des parents qui vont bien, alors aux chiottes la culpabilité et les questions désobligeantes de tonton Marcel et cie, écoute-toi !

Et toi, tu as trouvé un équilibre entre ta vie pro et ta vie de mère ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com