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A la une / Vie de maman

Ma matrescence

Matrescence quesaco ?

C’est un terme que j’ai découvert dans le podcast du même nom, qui est la contraction d’adolescence et de maternité. En d’autres termes, c’est la naissance d’une mère.

J’ai découvert cette émission il y a peu. Elle m’a amenée à me questionner sur les grandes étapes qui ont fait de moi la maman d’aujourd’hui.

Le choc de la première naissance

La naissance de la loupinette a constitué un bouleversement absolu, auquel je ne m’attendais pas.

Son arrivée avait été souhaitée très fort, j’avais préparé mon accouchement, ses affaires, sa chambre. J’étais (et suis toujours) d’un naturel confiant et serein. Des amies mamans m’entouraient. Je m’attendais aux difficultés de sommeil, aux coliques, au RGO maudit (merci DMT :)) Je savais que les premiers mois étaient difficiles. JE SAVAIS. J’ÉTAIS AU TAQUET.

Et pourtant. Quel choc.

Quand la loupinette est née, je n’ai pas éprouvé la fameuse vague d’amour. J’ai commencé par un baby blues bien cogné. A la maternité, je pleurais pour un rien. D’émotion, de fatigue, de peur. J’ai éprouvé ce sentiment horrible d’avoir un boulet à la jambe pour toujours. D’avoir gâché ma vie. Le sentiment de responsabilité envers ce petit être si fragile et si demandeur m’a écrasée. J’avais peur quand je m’endormais le soir, peur d’être réveillée la nuit. Peur de la difficulté, de la souffrance.

Au bout de 9 jours, j’ai enfin réussi à appeler mes copines mamans pour savoir si mon désarroi était normal. Aucune n’avait éprouvé un sentiment aussi violent. Elles se souvenaient de la fatigue et du chaos, mais pas du sentiment que leur vie était fichue.

Le lendemain, nous avons fêté la naissance de la loupinette en famille. Cette journée s’est parfaitement bien déroulée, j’ai géré et la loupinette a été adorable. Je me suis sentie un peu plus capable. L’écrasement que je ressentais a alors cédé la place à un grand stress. J’étais obnubilée par ma fille, j’étais incapable de la laisser ou l’oublier 5 minutes pour faire autre chose que m’occuper d’elle. Je guettais le moindre de ses pleurs pour lui sauter dessus et lui apporter ce dont elle avait besoin. Ma vie ne tournait qu’autour d’elle, je ne pouvais rien faire d’autre que m’occuper d’elle.

Peu à peu, petit à petit, le temps a fait son oeuvre. Je me suis habituée à mon nouveau rôle. J’ai pris confiance en ma capacité à m’occuper de ma fille et à continuer ma vie en parallèle. Au bout de 3 longs mois, j’ai enfin senti que j’aimais ma fille pleinement et pour toujours.

Crédits photos (creative commons) : Pixabay

Ma fille ou accepter l’altérité

La loupinette a grandi. Elle a toujours été cool et dynamique, et le reste à ce jour. Elle a aussi révélé une autre facette de sa personnalité : timide, sauvage et peureuse envers les autres enfants. Elle les rejette (en hurlant, histoire d’être claire) et n’est pas du tout à l’aise en leur compagnie. Pour te donner une idée, je la surnomme en mon for intérieur « ma porte de prison ».

Pendant un temps, ce trait de caractère m’a laissé très perplexe, voire m’a carrément agacée. Son père et moi sommes super sociables, tendance caméléons. Je ne comprenais pas d’où pouvait venir son comportement à elle. Un jour ça s’est débloqué dans ma tête, j’ai accepté qu’elle ne soit pas comme moi. Elle est sensible, c’est comme ça. J’ai peur qu’elle en souffre, mais ça ne me questionne plus.

En discutant avec des collègues qui ont de grands enfants, j’ai compris que cette première incompréhension du caractère de mes enfants serait la première d’une longue série, et que l’acceptation serait plus ou moins aisée.

Le bonheur du nouveau-né

L’arrivée de Tibou a suscité beaucoup d’interrogations : est-ce que j’allais de nouveau passer par un baby blues ? Est-ce que ça allait être plus simple ? Je me doutais quand même que l’expérience récente de ma première maternité allait changer la donne.

Et ce fut une évidence. Étonnement, il m’a aussi fallu quelques mois pour m’attacher entièrement à ce nouveau bébé. Mais avec lui, j’ai été maman dès la première seconde et tout s’est enchaîné naturellement. Disparue la peur, oublié le stress, il n’est resté que la fatigue que j’ai acceptée sans me poser de questions. J’ai appris le lâcher-prise, à ne pas regarder l’heure la nuit, juste à vivre au rythme de mon bébé. Je l’ai allaité, câliné, porté, j’ai dormi contre lui avec bonheur, le tout en ayant confiance sur notre capacité à nous détacher l’un de l’autre le moment venu.

Bien sûr, il y a aussi eu des moments d’inquiétude, quand il a commencé à dormir contre moi la nuit à cause de ma fatigue, ou lors de ses deux pics de fièvre à 3 et 7 semaines qui l’ont conduit à l’hôpital. Bien sûr, il y a eu des moments où j’en ai eu marre d’entendre pleurer ou de devoir être disponible H24, 7 jours sur 7.

Mais dans l’ensemble… J’ai tellement aimé mon congé maternité avec Tibou que j’avais déjà envie d’un autre enfant à ma reprise du travail. A moi la famille nombreuse, alors que mon projet initial était deux enfants, « pour faire comme papa-maman ».

Disons que certains arguments raisonnables ont repris le dessus entre temps 🙂

Ils sont deux et ce n’est pas comme je l’imaginais

La loupinette a accueilli son frère avec, disons, circonspection. Elle ne paraissait pas enchantée par l’arrivée de ce bébé qui monopolisait tellement ses parents, et surtout sa mère. Elle ne s’est pas intéressée à lui, n’a pas voulu lui faire de bisou ni de câlin, n’a pas voulu jouer avec lui. Par contre, elle a voulu lui piquer toutes ses affaires et faire comme lui : aller dans le transat, dormir dans le lit cododo, ramper, qu’on lui donne le biberon ou à manger… Elle nous dit de le poser, crie « NON pas Tibou !!!! » quand il s’approche d’elle.

Depuis 9 mois que Tibou est né, cette situation a très peu évolué. Lui est fan de sa sœur : il rit quand elle crie, il se précipite vers elle… Elle esquisse de temps à autre un petit geste de tendresse envers lui. Elle lui donne parfois des jouets et elle adore lui remettre sa sucette.

Nous sommes donc loin de la joie de l’arrivée du petit frère que j’imaginais. J’en viens à me poser beaucoup de questions sur la façon de gérer au mieux cette fratrie qui pour l’instant n’est pas soudée. Je souhaite éviter la concurrence entre eux. J’aimerais que chacun d’entre eux puisse se développer harmonieusement. Et j’espère au fond de moi voir leur complicité se développer malgré le caractère de ma fille.

En attendant, j’essaie de me partager en deux entre mes deux enfants, leur donner à tout les deux mon affection, mon attention et mon amour, un peu comme s’ils étaient tous les deux enfants uniques. J’aimerais m’en occuper comme un tout, « mes enfants », mais pour l’instant ça ne me parait pas être ce qu’il leur faut. Alors ils restent « ma fille » et « mon garçon » et je les traite comme deux personnes bien distinctes. Dans le même temps, je me demande comment accompagner la construction du lien entre eux. Si tu as des conseils, n’hésite pas !

A propos de l’auteur

Maman de la loupinette née en mai 2017 et de Tibou né en février 2019. J'adore me poser des questions ("me prendre la tête" pourrait-on dire) et chercher des réponses. Dans ma tribu est une de mes sources préférées !