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Ma matrescence


Publié le 19 décembre 2019 par Mélinda

Matrescence quesaco ?

C’est un terme que j’ai découvert dans le podcast du même nom, qui est la contraction d’adolescence et de maternité. En d’autres termes, c’est la naissance d’une mère.

J’ai découvert cette émission il y a peu. Elle m’a amenée à me questionner sur les grandes étapes qui ont fait de moi la maman d’aujourd’hui.

Le choc de la première naissance

La naissance de la loupinette a constitué un bouleversement absolu, auquel je ne m’attendais pas.

Son arrivée avait été souhaitée très fort, j’avais préparé mon accouchement, ses affaires, sa chambre. J’étais (et suis toujours) d’un naturel confiant et serein. Des amies mamans m’entouraient. Je m’attendais aux difficultés de sommeil, aux coliques, au RGO maudit (merci DMT :)) Je savais que les premiers mois étaient difficiles. JE SAVAIS. J’ÉTAIS AU TAQUET.

Et pourtant. Quel choc.

Quand la loupinette est née, je n’ai pas éprouvé la fameuse vague d’amour. J’ai commencé par un baby blues bien cogné. A la maternité, je pleurais pour un rien. D’émotion, de fatigue, de peur. J’ai éprouvé ce sentiment horrible d’avoir un boulet à la jambe pour toujours. D’avoir gâché ma vie. Le sentiment de responsabilité envers ce petit être si fragile et si demandeur m’a écrasée. J’avais peur quand je m’endormais le soir, peur d’être réveillée la nuit. Peur de la difficulté, de la souffrance.

Au bout de 9 jours, j’ai enfin réussi à appeler mes copines mamans pour savoir si mon désarroi était normal. Aucune n’avait éprouvé un sentiment aussi violent. Elles se souvenaient de la fatigue et du chaos, mais pas du sentiment que leur vie était fichue.

Le lendemain, nous avons fêté la naissance de la loupinette en famille. Cette journée s’est parfaitement bien déroulée, j’ai géré et la loupinette a été adorable. Je me suis sentie un peu plus capable. L’écrasement que je ressentais a alors cédé la place à un grand stress. J’étais obnubilée par ma fille, j’étais incapable de la laisser ou l’oublier 5 minutes pour faire autre chose que m’occuper d’elle. Je guettais le moindre de ses pleurs pour lui sauter dessus et lui apporter ce dont elle avait besoin. Ma vie ne tournait qu’autour d’elle, je ne pouvais rien faire d’autre que m’occuper d’elle.

Peu à peu, petit à petit, le temps a fait son oeuvre. Je me suis habituée à mon nouveau rôle. J’ai pris confiance en ma capacité à m’occuper de ma fille et à continuer ma vie en parallèle. Au bout de 3 longs mois, j’ai enfin senti que j’aimais ma fille pleinement et pour toujours.

Crédits photos (creative commons) : Pixabay

Ma fille ou accepter l’altérité

La loupinette a grandi. Elle a toujours été cool et dynamique, et le reste à ce jour. Elle a aussi révélé une autre facette de sa personnalité : timide, sauvage et peureuse envers les autres enfants. Elle les rejette (en hurlant, histoire d’être claire) et n’est pas du tout à l’aise en leur compagnie. Pour te donner une idée, je la surnomme en mon for intérieur « ma porte de prison ».

Pendant un temps, ce trait de caractère m’a laissé très perplexe, voire m’a carrément agacée. Son père et moi sommes super sociables, tendance caméléons. Je ne comprenais pas d’où pouvait venir son comportement à elle. Un jour ça s’est débloqué dans ma tête, j’ai accepté qu’elle ne soit pas comme moi. Elle est sensible, c’est comme ça. J’ai peur qu’elle en souffre, mais ça ne me questionne plus.

En discutant avec des collègues qui ont de grands enfants, j’ai compris que cette première incompréhension du caractère de mes enfants serait la première d’une longue série, et que l’acceptation serait plus ou moins aisée.

Le bonheur du nouveau-né

L’arrivée de Tibou a suscité beaucoup d’interrogations : est-ce que j’allais de nouveau passer par un baby blues ? Est-ce que ça allait être plus simple ? Je me doutais quand même que l’expérience récente de ma première maternité allait changer la donne.

Et ce fut une évidence. Étonnement, il m’a aussi fallu quelques mois pour m’attacher entièrement à ce nouveau bébé. Mais avec lui, j’ai été maman dès la première seconde et tout s’est enchaîné naturellement. Disparue la peur, oublié le stress, il n’est resté que la fatigue que j’ai acceptée sans me poser de questions. J’ai appris le lâcher-prise, à ne pas regarder l’heure la nuit, juste à vivre au rythme de mon bébé. Je l’ai allaité, câliné, porté, j’ai dormi contre lui avec bonheur, le tout en ayant confiance sur notre capacité à nous détacher l’un de l’autre le moment venu.

Bien sûr, il y a aussi eu des moments d’inquiétude, quand il a commencé à dormir contre moi la nuit à cause de ma fatigue, ou lors de ses deux pics de fièvre à 3 et 7 semaines qui l’ont conduit à l’hôpital. Bien sûr, il y a eu des moments où j’en ai eu marre d’entendre pleurer ou de devoir être disponible H24, 7 jours sur 7.

Mais dans l’ensemble… J’ai tellement aimé mon congé maternité avec Tibou que j’avais déjà envie d’un autre enfant à ma reprise du travail. A moi la famille nombreuse, alors que mon projet initial était deux enfants, « pour faire comme papa-maman ».

Disons que certains arguments raisonnables ont repris le dessus entre temps 🙂

Ils sont deux et ce n’est pas comme je l’imaginais

La loupinette a accueilli son frère avec, disons, circonspection. Elle ne paraissait pas enchantée par l’arrivée de ce bébé qui monopolisait tellement ses parents, et surtout sa mère. Elle ne s’est pas intéressée à lui, n’a pas voulu lui faire de bisou ni de câlin, n’a pas voulu jouer avec lui. Par contre, elle a voulu lui piquer toutes ses affaires et faire comme lui : aller dans le transat, dormir dans le lit cododo, ramper, qu’on lui donne le biberon ou à manger… Elle nous dit de le poser, crie « NON pas Tibou !!!! » quand il s’approche d’elle.

Depuis 9 mois que Tibou est né, cette situation a très peu évolué. Lui est fan de sa sœur : il rit quand elle crie, il se précipite vers elle… Elle esquisse de temps à autre un petit geste de tendresse envers lui. Elle lui donne parfois des jouets et elle adore lui remettre sa sucette.

Nous sommes donc loin de la joie de l’arrivée du petit frère que j’imaginais. J’en viens à me poser beaucoup de questions sur la façon de gérer au mieux cette fratrie qui pour l’instant n’est pas soudée. Je souhaite éviter la concurrence entre eux. J’aimerais que chacun d’entre eux puisse se développer harmonieusement. Et j’espère au fond de moi voir leur complicité se développer malgré le caractère de ma fille.

En attendant, j’essaie de me partager en deux entre mes deux enfants, leur donner à tout les deux mon affection, mon attention et mon amour, un peu comme s’ils étaient tous les deux enfants uniques. J’aimerais m’en occuper comme un tout, « mes enfants », mais pour l’instant ça ne me parait pas être ce qu’il leur faut. Alors ils restent « ma fille » et « mon garçon » et je les traite comme deux personnes bien distinctes. Dans le même temps, je me demande comment accompagner la construction du lien entre eux. Si tu as des conseils, n’hésite pas !


 


Commentaires

5   Commentaires Laisser un commentaire ?

issabill

Je me retrouve énormément dans ton histoire. Je me suis moi aussi sentie complétement désemparée à la naissance de mon 1er. Parmi les pensées qui m’ont traversées : « je ne peux pas poser de congés, je veux me mettre en arrêt maladie », « si ça se trouve je n’ai pas le droit de faire vivre une nouvelle personne dans mon logement »… parfois je me demande d’où toutes ces pensées me sont venues. Mon 1er a par ailleurs exactement le tempérament que tu décris pour ta puce… et ça a été difficile à accepter pour moi, alors même que c’est mon tempérament à moi aussi ! ahaha ! (enfin, j’en ai beaucoup souffert plus jeune, et même encore un peu maintenant).
L’arrivée des jumeaux derrière a été mille fois plus sereine. Mon grand prend énormément de plaisir à être avec eux depuis qu’ils courent de partout, avant leur 12 mois il ne les calculait pas trop !

le 19/12/2019 à 15h00 |

Lumi (voir son site)

J’ai éprouvé des émotions assez semblables à ce que tu décris lors de la naissance de mon premier enfant. J’ai tout de suite ressenti beaucoup d’amour envers lui et pourtant je me suis sentie dépossédée de ma propre vie. Ma vie d’avant me manquait horriblement. J’étais terrifiée d’avoir la responsabilité d’un autre être vivant que moi-même… D’ailleurs j’ai été submergée d’angoisses irrationnelles.
Les choses sont rentrées dans l’ordre petit à petit, alors que mon identité de mère se construisait. J’espère, comme toi, vivre les choses plus sereinement pour mon deuxième !
Quant à la construction du lien entre frère et sœur, j’espère que tes enfants formeront bientôt la fratrie que tu souhaitais.

le 19/12/2019 à 19h33 |

Neige

Je n’ai pas vraiment de conseils mais je peux peut-être te faire te sentir moins seule dans ce cas.
Mon fils a sûrement certains traits de caractère similaire à ta fille. Il apprécie la solitude, ne rejette pas forcément les autres enfants mais peut parfois entretenir des relations compliquées. La psy de son ancienne crèche nous avait expliqué, et le confirme aujourd’hui, qu’il est très émotif. Je ne sais pas bien faire les liens entre tout ça et le gérer. J’essaie surtout de faire attention à ce que ça lui fait à lui plus qu’à ce que ça me fait à moi en tant qu’adulte qui n’a pas la même lecture des choses.
Bref. Avec son petit frère, il était un peu comme ta fille. Il lui faisait même mal parfois, volontairement. Maintenant (5 ans et 2 ans), leur relation me parait être devenue une relation assez classique de frères: un peu de jalousie, beaucoup de complicité (dans les clowneries surtout), des jeux ensemble, des disputes pour le même jouets. Le petit admire le grand, le grand aime expliquer des choses au petit. Parfois, ils se font mal. Mais au fond, c’est de toutes ces choses que leur relation se nourrit.
Donc si je devais avoir un conseil c’est de laisser le temps au temps et de les traiter de façon équitable mais égalitaire (ils sont deux personnes différentes et même en grandissant ils auront des besoins différents).

le 19/12/2019 à 21h59 |

Mrs Tabitha Twitchit

Je reconnais aussi ma fille aînée dans la description que tu fais de la tienne (même si son caractère « sauvage » est plus facilement expliqué chez nous par les nôtres… et qu’elle est plus à l’aise avec les enfants – elle a d’ailleurs beaucoup de copains, mais ça date surtout de son entrée à l’école – qu’avec les adultes), mais c’est surtout sur la dernière partie que je souhaitais rebondir. Pour nous aussi, l’arrivée de la petite sœur n’a pas été, je pense, vécu comme un grand bonheur par ma grande. Elle n’a jamais été la « super grande sœur » qu’on voit dans les posts Instagram, tendre et attentionnée envers sa petite sœur (sauf effectivement pour lui remettre le bouchon à bébé aka la tétine). Mais en grandissant (elles ont aujourd’hui 5 ans et demi et 2 ans et demi), même si ce n’est toujours pas l’osmose des familles Ricoré, elles ont beaucoup gagné en complicité, jouent bien plus et bien mieux ensemble et leur relation s’est développée dans le bon sens. Elles se disputent encore énormément, mais je me souviens que c’était aussi le cas entre mes sœurs et moi (d’ailleurs je pense n’avoir jamais été non plus une « super grande sœur ») et aujourd’hui honnêtement, après mes enfants, mes sœurs sont les personnes les plus importantes dans ma vie et je donnerais tout pour elles. Bref, il y a la situation maintenant, il y aura la situation dans quelques mois/années et il y aura encore une autre situation quand ils seront adultes. Et rien ne présage de rien 🙂

le 19/12/2019 à 22h44 |

Maud (voir son site)

J’ai vécu les naissances de mes filles différemment (stressée pour la 1ere et zen pour la 2e mais trèèèès fatiguée !) et sans avoir eu le baby blues comme toi, il m’arrive encore de temps en temps de me dire que c’est difficile d’avoir des enfants, que je serais mieux sans elles.
Dans ces cas je sais que je dois retrouver mon équilibre.

Quant à la fratrie, je te conseille de lire le livre de Faber &Mazlish « rivalités frères sœurs ». J’ai prévu d’écrire un article sur ce bouquin car même si les relations sont toujours conflictuelles entre mes deux filles de 4 ans et 21 mois, j’ai compris pas mal de choses sur la façon de gérer leurs conflits (notamment de ne pas toujours intervenir, sauf si elles commencent à se taper dessus ! Et de se placer en médiateur et non en juge pour désigner coupable et victime, les aider à trouver LEUR solution)
Clairement, ce n’est pas évident mais je suis contente d’avoir appris tout ça 🙂

le 20/12/2019 à 08h41 |

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