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Le miracle de mes grossesses


Publié le 23 février 2020 par Eola

Je m’attaque aujourd’hui à l’un des articles que je souhaite écrire depuis que j’ai postulé pour être chroniqueuse sur ce blog.

Et pour ce faire, il faut revenir un siècle une vingtaine d’année en arrière.

La découverte de la maladie

Lorsque j’avais 20 ans (donc l’année dernière bien entendu !), et lorsque j’étais étudiante, je n’ai pas seulement rencontré une ville étudiante et des amis. J’ai également fait la connaissance de Mr Hodgkin, qui m’a accompagné un certain temps. Si tu ne le connais pas, il s’agit d’un cancer du système lymphatique, qui touche le plus souvent les jeunes adultes. Donc je rentrais pile-poil dans les statistiques ! Mais inutile de te dire que je m’en serais bien passé ! Et tous ceux qui m’ont dit sur tous les tons « On n’a pas tous les jours 20 ans !!! », j’avais tendance à leur répondre « Tant mieux ! ».

J’ai eu la chance que la maladie soit découverte assez tôt, et, après plusieurs mois de traitements, entre chimiothérapie et radiothérapie, les médecins m’ont annoncé que j’étais en rémission. Je ne m’étends pas davantage sur cette période. Mon souhait n’est pas de la minimiser, mais le propos n’est pas de décrire cette période de ma vie. Mais plutôt de te raconter les conséquences qu’elle a eu sur ma vie de future maman, et même de maman par la suite.

Les conséquences de la maladie

Une fois la période de rémission enclenchée, j’ai découvert les effets secondaires liés davantage aux traitements qu’à la maladie.

Et celui que je n’avais pas vu venir, c’est celui que l’oncologue m’a annoncé la bouche en cœur.

Je te rejoue la scène car, bien que pas mal de choses se soient effacées de ma mémoire, celle-ci, je m’en rappelle comme si c’était hier.

L’oncologue qui me suivait à l’époque était très compétent dans son domaine, mais également impliqué dans la politique locale.

Je t’entends d’ici : c’est quoi le rapport, concrètement, Eola ?

Attends, attends, ne bouges pas, je t’explique !

Donc, ce cher Monsieur, une fois mes bilans médicaux vérifiés, et après m’avoir rassuré sur mon état de santé, me demandait à chaque fois des nouvelles de mon employeur, qu’il considérait comme son rival dans ces fameuses élections. Sachant qu’à notre premier rendez-vous, il avait été très étonné que j’ai pu trouver un emploi avec mon récent passé médical – que je n’avais pas précisé lors de mon entretien d’embauche, cela ne m’avait même pas traversé l’esprit ! Il passait donc beaucoup plus de temps à parler politique qu’à aborder mon état de santé.

Et, donc, au troisième rendez-vous, ce docteur me demande si je ne suis pas enceinte. Ma réponse étant négative, il s’empresse d’ajouter que cela relèverait du miracle si cela arrivait, et qu’il faudrait que je m’empresse de l’avertir le cas échéant.

Je te laisse imaginer l’état dans lequel j’ai quitté ce rendez-vous.

Je m’étais renseignée sur les effets secondaires des traitements que j’avais pu subir, mais celui-ci n’avait jamais été évoqué. J’ai découvert par la suite que, lors de radiothérapie ciblée jusqu’à la taille, beaucoup de médecin prescrivent la pilule, afin de mettre les ovaires au repos. J’étais célibataire à l’époque, je ne prenais pas de contraceptif, et jamais ce sujet n’a été abordé.

A chaque nouveau rendez-vous de bilan, j’ai donc dû entendre ce médecin me répéter de bien penser à le prévenir si le miracle de la grossesse venait à me toucher, afin de me faire entrer dans ses statistiques. Heureusement, j’ai eu la chance de l’entendre me dire à chaque fois que mes bilans de santé étaient bons. Mais ces rendez-vous me laissaient à chaque fois un goût amer. Je ne pouvais que me réjouir de ces bonnes nouvelles, mais cette information répétée à chaque fois me déstabilisait vraiment.

J’étais célibataire, mais j’avais toujours envisagé d’avoir des enfants. Et me trouver au début de ma vie de femme, avec, en plus des stigmates de la maladie, la quasi-certitude que je ne serais jamais maman m’a longtemps empêché d’avancer.

Crédit photo (creative commons) : PublicDomainPictures

Mes grossesses

Lorsque j’ai rencontré Mister Ronchon, j’ai très vite abordé ce sujet (qui avait pu, auparavant, avoir des conséquences régulières sur ma vie sentimentale). Lui avait déjà 2 enfants, et n’avait pas systématiquement comme projet d’agrandir la famille. Le temps passant, cette idée a malgré tout fait son chemin dans notre couple.

Lorsque nous avons pris la décision de tenter l’aventure de la parentalité ensemble (et cela avec d’autres obligations médicales liées à mes soucis de migraines) et que nous avons donc stoppé tout moyen de contraception, le gynécologue qui me suivait avait prévu de me faire consulter un spécialiste de l’infertilité, et ce dès 3 mois d’essais bébé infructueux.

J’avais eu presque 10 ans pour me faire à l’idée que je ne pourrais pas avoir d’enfant. Me faire à l’idée, mais pas accepter. Mais cette réalité était bien installée en moi et, même si je ne voulais pas laisser nos projets s’arrêter sans rien tenter, je n’y croyais qu’à moitié …

Cependant, dès les premières semaines d’essais, j’ai commencé à avoir quelques doutes. Les nausées, les seins douloureux (et, dans mon cas, les migraines multipliées par 10), cela me rappelait quelque chose. Mais de là à ce que je crois que c’était dans ma tête, ce n’était pas très loin.

J’ai, malgré tous mes doutes, fini par acheter un test de grossesse. Lorsque les 2 traits se sont affichés, j’ai eu du mal à réaliser. Lorsque je l’ai annoncé à Mister Ronchon, il n’a pas vraiment réagi. Avec le recul, je pense que j’avais vraiment essayé de me protéger, en lui répétant que ce joli rêve serait difficile à réaliser.

J’ai mis 15 jours à faire une prise de sang. Bêtement, j’ai aimé conserver ce moment où je pensais fortement être enceinte… sans en avoir ni l’assurance définitive, ni la déception du résultat négatif.

Si tu as lu certaines de mes chroniques précédentes, tu auras vite compris que la suite a été heureuse. La naissance de Grand loup a fait mentir mon oncologue, je ne l’ai jamais prévenu de ma grossesse miraculeuse.

Miraculeuse, j’ai longtemps cru que c’était presque ça. Ou, tout du moins, un gros gros coup de chance. Ma deuxième grossesse, 6 ans plus tard, qui est arrivée sans plus de difficulté que la première, m’a démontré que, si coup de chance il y avait eu, et bien il y en avait eu 2.

Ce que cela implique dans ma vie de maman

A partir du moment où l’on m’a appris que j’étais en rémission, j’ai tenté d’avancer sans regarder en arrière, en me disant que c’était terminé, et qu’il fallait passer à autre chose. Mais une fois maman, cette période de maladie s’est rappelée à moi, et j’ai enfin appris à en parler et, surtout, j’ai vraiment pris conscience de ce que j’avais vécu.

Et, surtout, j’ai commencé à avoir peur de tomber à nouveau malade. Pendant la première année de Grand Loup, j’ai beaucoup angoissé à l’idée de le laisser trop tôt. De n’avoir peut-être pas suffisamment pris conscience des risques encourus. Tout cela était, je le reconnais, complètement disproportionné et, surtout, très universel, même sans avoir connu la maladie.

Les années passant, j’ai appris à mieux gérer ces angoisses. Et, surtout, à tirer de cette expérience tout ce qui a pu en sortir de positif (clairement, il m’a fallu un paquet d’années pour parvenir à penser cela…). Ce que je nomme de positif, c’est avant tout la force que cela m’a donné, ainsi qu’une certaine façon d’appréhender la vie.

J’ai à cœur de créer un vrai lien solide entre tous les membres de la famille, car de cela aussi nous pouvons tirer une vraie force positive. Louloute, Pierrot lunaire et Grand Loup savent que j’ai été malade (il y a fort fort longtemps à leurs yeux), mais sans que cela soit un sujet quotidien. J’ai longtemps caché cette période de ma vie – sans que ce soit vraiment conscient – mais je tenais à ce qu’ils soient au courant, de la même manière qu’ils savent beaucoup de chose sur nos « jeunes années ».

Si je regarde 15 ans en arrière, je me dis que la vie a quand même été chouette avec moi. Jamais je n’aurais envisagé être à la tête d’une tribu telle que la mienne.

En écrivant ces mots, je partage avec toi un souvenir : le soir où dans la voiture, je me suis retournée pour voir les 4 enfants endormis, dans notre grande voiture familiale, je me suis dit que la vie avait donné tort à mes convictions. La bouffée d’émotion qui est arrivée était une très belle et grande vague !

Je tenais vraiment à partager mon expérience avec toi. Chaque cas est différent, je sais bien que j’ai été vraiment chanceuse et que tout le monde n’est pas dans ce cas. Ce que je voulais surtout relever, c’est qu’il ne faut pas toujours s’arrêter aux formules maladroites des médecins…

Et toi ? As-tu connu ce même genre d’épreuve ? Les essais bébé ont-ils été plus compliqué que prévu ou, au contraire, beaucoup plus simple que tu ne le pensais ? Viens en discuter …


 


Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

JujuKiwi

Quel témoignage !! Ma marraine a vécu une épreuve similaire mais avec un cancer différent, très difficile a combattre et avec un fort taux de récidive. Malheureusement elle nous a quitté, laissant derrière elle une très grande famille. L’angoisse du retour de la maladie est terrible, heureusement pour beaucoup elle ne revient pas. Prend soin de toi 😘

le 24/02/2020 à 00h52 | Répondre

Eola

Je suis vraiment désolée pour ta marraine.
J’ai eu la chance d’être touchée par un cancer qui se soigne plutôt bien, particulièrement lorsqu’il est diagnostiqué tôt, ce qui a été mon cas.

le 28/02/2020 à 20h07 | Répondre

Virg

Je reste abasourdie par le manque de tact et d’information des premiers médecins. Ça me paraît tellement aberrant de ne pas prévenir du risque sur la fertilité, surtout aussi jeune

le 24/02/2020 à 06h56 | Répondre

Eola

C’est vrai que je n’ai pas compris non plus pourquoi je n’ai pas été avertie sur les risques liés à la fertilité. Mais je pense que, 20 ans plus tard, les médecins sont plus vigilants sur les effets secondaires, et particulièrement sur ceux-ci.

le 28/02/2020 à 20h59 | Répondre

Madeleine

La fertilité des patientes est beaucoup plus au centre des préoccupations des médecins actuellement, qu il y a 20 ans.
Enfin, en tous cas, c est dans toutes les recommandations officielles.
Mais j ai l impression que c’est assez bien suivi.
Ton texte est très beau, et un véritable message d espoir pour tous ceux qui vivent des maladies graves: il peut y avoir un après heureux, même avec des cicatrices.
Des bises

le 24/02/2020 à 09h03 | Répondre

Eola

Tu as raison, les médecins sont aujourd’hui plus au fait des risques liés à la fertilité, et y préparent donc sans doute davantage leurs patientes.
J’avais très envie d’apporter mon témoignage plutôt positif sur ce sujet.

le 28/02/2020 à 21h06 | Répondre

La Piu

Je trouve ton histoire magnifique. Ton témoignage donnera de l’espoir à plus d’une personne traversant un parcours médical qui a des potentielles conséquences sur la fertilité.

le 25/02/2020 à 14h29 | Répondre

Eola

J’ai la chance de pouvoir apporter un témoignage positif sur la fertilité après de lourds traitement médicaux. Si cela peut apporter un peu d’espoir, j’en suis très heureuse !

le 28/02/2020 à 21h08 | Répondre

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