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A la une / Témoignage

Mettre en place l’allaitement : naturel, peut-être, mais loin d’être facile

Je t’ai déjà dit que pour moi le choix de l’allaitement maternel n’était pas évident. Les complexes sur mes seins, mon regard très durs envers les mamans allaitantes, tant de clichés à déconstruire… Mais me voici à mon tour de l’autre côté du miroir, désormais responsable de la vie de ce tout petit être, responsable de son alimentation. Je te disais que sur le long terme, c’est à dire quand j’aurai repris mon travail, je souhaitais mettre en place un allaitement mixte : tétées quand maman est là, et lait en poudre quand maman n’est pas là. Mais en attendant ce moment, j’ai choisi de tenter un allaitement exclusif. Et voilà presque trois semaines que nous avons accueillis notre Lutin, et donc trois semaines que j’allaite exclusivement mon fils.

Crédits photo : Creative Commons (Max Pixel)

A la maternité : un Lutin programmé pour téter… (ou pas ?)

Chéri et moi sommes de grands gourmands et s’il y a bien quelque chose qui ne me faisait pas peur, c’est l’appétit du Lutin. C’est génétique ce genre de chose et avec ses parents il ne peut que naître programmé pour manger.

Et en effet, à peine né et posé sur mon ventre, mon Lutin tétait déjà son poing. Et en faisant fi de la position peu confortable et absolument pas ergonomique (c’est à dire les pieds dans les étriers en train de me faire recoudre) et de l’infirmière qui ne nous a pas aidé parce que je l’aurai repoussé, la tétée d’accueil a été un jeu d’enfant. Le temps ayant été suspendu après sa naissance, je ne saurais dire sa combien de temps cela a duré, mais je me rappelle très bien qu’il a avidement et longuement tété à mes deux seins.

C’était une sensation très étrange que je n’ai pas particulièrement appréciée, mais je me rappelle très bien avoir été surprise parce que je m’attendais à ce que ce soit douloureux. A ce moment j’étais fière de mon fils et fière de pouvoir lui faire profiter du précieux colostrum qui le protégera en ses premiers jours de vie. C’était déjà ça de gagné.

Et puis nous sommes retournés dans notre chambre et il a fallu se débrouiller seuls (ou du moins essayer). J’avoue que j’étais un tout petit peu angoissée parce que l’infirmière de la salle d’accouchement nous avait mis en garde : comme notre fils est un grand gabarit, il se peut que mon colostrum ne suffise pas et qu’il faille le complémenter au biberon dans les premiers jours. Et je connaissais les risques pour l’allaitement lorsqu’il y a introduction de biberons. Je n’y tenais absolument pas. Il fallait que je fasse confiance à mon Lutin. Que je me fasse confiance aussi.

Les premières tétés se sont très bien passées. Avec Chéri nous avions révisé quelques positions d’allaitement et nous nous employions à les exécuter de notre mieux, à commencer par la madone inversée et la position couchée (Chéri était très impliqué et nous aidait à nous positionner le mieux possible). Notre Lutin était vraiment à l’aise et nous étions très optimistes pour la suite. Mais, malgré ces débuts prometteurs, dans la nuit du deuxième au troisième jours notre Lutin a commencé à refuser mes seins. Nous devions vraiment le forcer à aller sur le mamelon pour qu’il se mette à boire, puis rapidement à le lâcher en à hurlant. Les auxiliaires de puériculture de la maternité nous ont alors conseillé de tester d’autres positions, notamment le ballon de rugby. C’était pas foufou, mais le Lutin se nourrissait avec un peu plus d’entrain.

A côté de cela, très probablement à cause de ces tétées qui ressemblait un peu à des matchs de catch, des crevasses avaient commencé à se former sur mes tétons. Les tétées devenaient vraiment très douloureuses, mais les infirmières n’étaient pas inquiètes, c’était « normal ». J’appliquais donc de la lanoline après chaque tétée en espérant que ça cicatrise rapidement. Mais comme il tétait souvent (douze à quatorze fois par jour), je ne sentais pas vraiment d’amélioration.

Finalement au quatrième jour le Lutin avait amorcé la reprise de son poids et nous pouvions rentrer à la maison.

 

Les ennuis arrivent toujours le samedi soir

C’est comme la fois où nous avions un gros doute sur le fait que mon chien se soit coincé un bâton dans la gorge, un samedi vers 17h. Véto ou pas véto ? On hésite toujours à y aller et à risquer de passer pour des idiots qui s’inquiètent pour rien mais qui raquent à mort au tarif de garde (le fait est que ce jour là nous avons bien fait de nous déplacer puisque mon poilu avait bien un bâton de 15cm coincé dans la gorge et qu’il n’aurait pas passé la nuit). Bref, nous sommes rentrés avec notre Lutin sous les bras un samedi, et c’est ce même samedi, vers 18h que mon téton droit rendu l’âme dans un flot de sang. C’est Chéri qui m’a demandé, un poil  inquiet si c’était normal que du sang coule de la bouche de notre fils. Je ne m’en était pas rendu compte parce que je fermais les yeux pour essayer de me détacher de la douleur lors des tétées.

J’ai pleuré tout ce que je pouvais, de douleur, de fatigue, de panique. Mon sein droit était clairement HS.  Est-ce que j’aurai assez de lait pour nourrir mon fils juste avec le sein gauche tout le weekend ? ne risquais-je pas un bel engorgement du sein droit si je ne le sollicitais pas ? Bien sur je n’avais pas encore commandé de tire-lait, et pas la moindre idée de comment nourrir un bébé au biberon si nous en avions besoin, et si tant est que nous arrivions à la pharmacie de garde pour nous fournir en biberons et lait en poudre. Il fallait coûte que coûte que je tienne jusqu’au lundi après-midi 15h, heure de la visite de la sage femme.

J’ai alors fait des cataplasmes de lait maternel avec du cellophane sur mes tétons, sur le conseil d’amies ayant allaité. Sincèrement je n’y croyais pas, mais vu les mauvais résultats de la lanoline je n’avais plus rien à perdre. Et à ma grande surprise ça a très bien marché, le lait maternel a donc bien des vertus cicatrisantes exceptionnelles. Et après une nuit de repos j’ai pu continuer à donner le sein droit, non sans douleur, le lait maternel n’est pas magique, mais sans saignement pour commencer.

 

Et le coupable est …

J’ai donc tant bien que mal réussi à nourrir mon fils pendant ce weekend interminable. Lors de la visite à domicile de ma sage femme je lui ai directement parler des soucis d’allaitement : les douleurs, le lutin qui refuse le sein…

En nous regardant faire elle est rapidement arrivé à la conclusion selon laquelle le Lutin aurait un reflux gastro-œsophagien (RGO). Il ne supporterait pas la position horizontale pour boire, celle-ci favorisant les remontés au cours des tétées. En fait il avait mal en tétant ! Le pauvre chouchou ! Nous avons donc tenté de le faire téter à la verticale, « assis » sur ma cuisse (une position dérivée de la BN pour biological nursing), face à moi, et miracle, il s’est jeté sur mon mamelon.

J’étais très contente d’avoir trouvé la solution à ce problème même si cette position d’allaitement était vraiment très inconfortable pour moi. Sincèrement, en ce lundi soir entre la fatigue résultants des courtes nuits, les douleurs au dos dues à la position, les douleurs post partum, les douleurs aux mamelons, mes seins qui fuyaient comme un jour d’orage à cause de la montée de lait et qui commençaient à s’engorger sans que je sache pourquoi, je me trouvais au fond du gouffre.

Crédits photo : Counselling – Ulrike Mai (Pixabay)

Je ne m’attendais sincèrement pas à ce qu’allaiter soit si compliqué, si douloureux. Heureusement que Chéri avec son regard plein d’admiration et de compassion, les copines et ma sage-femme étaient là pour me soutenir et me sortir de mon trou.

Depuis, nous avons progressé. Le lutin est à l’aise et gère maintenant très bien cette position, il se tient incroyablement bien droit pour un nourrisson de trois semaines et de mon côté, je me sens bien mieux depuis que mes points de sutures sont tombés et que mon épisiotomie est à peu près cicatrisée. Après, je ne suis pas encore de celles qui aiment allaiter. Je pense que toute l’ocytocine sensée me procurer cette sensation de bien-être lors des tétées part dans la gestion de mes douleurs au dos… Mais je continue d’allaiter car que je suis convaincue que c’est ce qu’il y a de meilleur pour mon fils. Le lait maternel avec ses vertus cicatrisantes le soulage de ses reflux et étant plus digeste que le lait en poudre, il est plus rapidement évacué. Nous avons trouvé une routine et j’arrive plus ou moins à m’en accommoder. Néanmoins j’avoue que je dois penser au moins une fois par jour à stopper cet allaitement et clairement au jour d’aujourd’hui je ne sais pas où je vais. Mais je tiens bon pour le moment…

J’espère que je ne t’ai pas effrayé avec mon récit. Cette histoire m’appartient et fort heureusement elle n’est pas coutume. De nombreuses allaitements doivent commencer bien mieux que le notre. J’aimerai juste conclure en te donnant un conseil : si tu souhaites allaiter entour toi de personnes d’expérience, copines, famille, groupe de soutien à l’allaitement… Juste au cas où tu te retrouverais aussi un soir au fond de ce gouffre et que quelqu’un puisse te tendre la main.

 

Et toi ? Comment s’est passé la mise en place de ton allaitement ? As-tu également rencontré quelques difficultés ? Prends-tu du plaisir à nourrir ton enfant aujourd’hui ? Raconte-moi tout !

A propos de l’auteur

La trentaine passée, j'attends mon premier bébé pour Novembre 2018. La maternité n'était pas une question évidente pour moi et il m'a fallu beaucoup de temps pour que l'envie d'avoir un enfant s'installe vraiment. Et j'ai hâte de pouvoir en parler avec toi !