Menu
A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement de jumeaux : la naissance

Me revoici avec la fin de mon accouchement de jumeaux déclenché. Souviens-toi, nous en étions à 8-9cm d’ouverture de col, presque la fin !

Euh… « presque » prend tout son sens ici. En réalité, il s’est encore écoulé cinq heures avant la naissance ! J’avoue que je ne sais plus trop ce qui s’est passé. Je crois que je suis restée à 10 un long moment avant qu’on me dise qu’on allait commencer le travail.

Je ne sais pas trop pourquoi, en réalité. Peut-être mes contractions n’étaient-elles pas assez rapprochées ? Pourquoi n’ai-je pas posé la question ? Mystère et boule de gomme, peut-être que douze heures non-stop sur la table de travail sans manger et sans boire, en plus des produits anesthésiants, ont eu raison de mes neurones ? Bref.

Voici enfin venu le moment de pousser ! Pour les mamans de jumeaux, ça veut dire l’entrée en scène d’un nombre incalculable de personnes : un anesthésiste et un interne, un gynéco et un interne, une sage-femme et une élève sage-femme, deux puéricultrices et deux infirmières… voilà voilà… tu as bien compté, ça fait dix ! Mais clairement, à ce stade, je m’en fous complètement.

Toutes ces personnes sont venues très gentiment se présenter une par une dans la soirée, et elles restent discrètes tant qu’elles n’ont pas à entrer en jeu. Par exemple, pour le premier jumeau, seule la sage-femme intervient et me parle en me disant de pousser. Ils ont tous un masque, la salle est dans la pénombre, je ne les vois que vaguement. Et de toute façon, je ne les regarde pas : je me concentre à fond et je pousse.

Je pousse.

Je pousse.

Je pousse.

Je suis crevée. Si j’en crois ce qu’on me dit, je pousse correctement, mais rien à faire : le premier bébé ne passe pas. Au bout de quarante minutes au régime de trois poussées par contraction, je suis vraiment fatiguée. Avant de recourir aux forceps, on me laisse pousser encore une fois. Ça ne fonctionne pas, et mon premier bébé est donc sorti aux forceps.

Là, tout devient très flou pour moi. Dans mon idée, si tout se passait bien, on mettrait mon fils quelques secondes sur moi, puis sur son papa pendant la naissance du second bébé (un peu illusoire, quand on sait qu’ils auront trois minutes d’écart au final !). Mais à peine sorti, on me le met quelques secondes sous le nez, j’ai juste le temps de me dire : « Zut, il est gris et il a une drôle de tête, cet enfant… » et zou, il est emmené dans une autre salle pour les soins.

Finalement sans son père, qui préfère rester, vu que ça semble difficile pour moi. Trois minutes plus tard, récupéré par les pieds à la main par la gynécologue, naît mon second bébé. Nouvelle présentation sous mon nez, en deux secondes, et on me dit : « Allez, un bisou à Maman ! », ce que je fais. J’ai cette fois le temps de me dire : « Eurk, cet enfant est gluant ! », et il disparaît de ma vue, suivi par son père, cette fois.

Pour les échanges émouvants maman-bébés, on repassera.

Accouchement de jumeaux par voie basse

Crédits photo (creative commons) : Nate Davis

Mes bébés sont donc partis avec leur père dans une autre salle, pour les premiers examens et soins. Moi, pendant ce temps, je suis complètement dans les vapes. Le placenta s’est retrouvé dehors je ne sais pas trop comment. Je me mets à trembler comme une feuille et à claquer des dents.

Et puis d’un coup, je sens que le personnel cesse de me parler à moi : ils se mettent à parler entre eux, à voix plus basse. Je comprends que quelque chose ne va pas. En fait, j’ai commencé à saigner plus que la normale. Rien de dramatique, c’est assez courant lors des accouchements de multiples, mais c’est quand même affaiblissant pour la mère et à surveiller. Il faut aller vérifier qu’il ne reste aucun morceau de placenta (re-petit tour dans mon utérus, au point où j’en suis…) et garder un œil sur moi.

Je continue à trembler comme une feuille, et je sens que j’ai de la fièvre. Première mesure de la température à 38°, normal avec les produits administrés, deuxième mesure à 40°… moins normal. Apparemment, je développe une infection.

Entre-temps, mes bébés sont revenus avec leur père. Ils sont sur une table, sous une lampe qui les maintient à 37°, à 2m de moi. Je les regarde de loin, j’apprends qu’ils ont bu un biberon. Je me sens tellement mal à cause de la fièvre que je ne réagis pas trop. Pourtant, tout se passe très différemment de ce que je souhaitais : je ne peux pas les prendre dans mes bras, ils n’ont pas eu de tétée de bienvenue.

Après deux ou trois heures, je vais mieux et j’ai enfin le droit de les prendre. Le papa en prend un et moi l’autre, et tout le monde s’endort (je n’ai pas dormi depuis vingt-quatre heures en ce qui me concerne + le marathon de l’accouchement, autant te dire que je suis « un tout petit peu » fatiguée !).

Après des heures d’attente, d’administration d’antibiotiques et de prises de sang (j’étais tellement perfusée de partout qu’ils les faisaient sur le pied !!), toujours sans manger et sans boire, enfin on m’autorise à prendre un petit déjeuner (une trentaine d’heures après le dernier avalé !!) : ENFIN !!! Je crois que ne pas boire a été le pire de tout.

Comme tu le vois, tout s’est passé très différemment de ce que j’avais imaginé. Je ne regrette rien, car je ne crois pas que ça aurait pu se passer différemment, sauf si j’avais choisi une autre maternité, plus « nature », peut-être. Mais j’ai fait ce choix au début de ma grossesse, sans savoir qu’elle se passerait aussi bien. C’est comme ça, il n’y a rien à regretter.

Depuis, je me suis largement rattrapée sur les câlins avec mes bébés, et j’ose croire qu’ils ne sont pas traumatisés à vie de ne pas avoir été avec moi pendant quelques heures. Sur leur petite table, ils avaient l’air de dormir paisiblement, pas vraiment stressés.

La prochaine fois, je te raconte mon séjour à la maternité, entre immense bonheur et torrents de larmes…

Et toi ? Comment s’est passé ton accouchement ? Comme tu l’avais imaginé ? Autrement ? Tu en gardes quel souvenir ? Raconte !

A propos de l’auteur

Mariée, 40 ans, parisienne et future maman... de jumeaux ! Quand ils seront là en janvier 2016, on tâchera de résoudre l'équation petit appart et seulement deux bras par adulte avec deux enfants, leurs rythmes et leurs besoins + tout ce que ça implique comme nombre de couches, de biberons, de meubles, de poussettes etc. Mais avec un peu d'ingéniosité et de débrouillardise (et autant d'humour et de recul que nos nuits sans sommeil nous le permettront) on va s'en sortir, j'en suis sûre !