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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement déclenché : la naissance

La sage-femme qui vient de m’examiner m’annonce qu’on va descendre en chambre de naissance (comme ils appellent joliment cela dans cet hôpital), je pourrais en profiter pour prendre un bain. Je décide de passer par les escaliers pour arriver à l’étage inférieur : c’est bon pour faire travailler le col.

La douleur au dos est continue, avec des pic d’intensité qui me clouent plusieurs fois sur place pendant ce court trajet. Ce sont les contractions, mais elles n’ont décidément rien de celles que j’attendais. Avec ce mal diffus en permanence, je ne les sens absolument pas monter en vague : d’un coup, ça devient une douleur énorme, sans aucune sommation ! J’ai beau essayer de respirer profondément, très rapidement je ne fais plus que gémir. Elles n’ont pas grand-chose de régulier non plus, elles s’enchaînent parfois sans me laisser de répit.

Toutes les salles de naissance sont vides, je peux choisir la mienne. Les trois principales ont un décor différent peint sur les murs, j’ai ma préférée.

salle-accouchement-Lons-le-Saunier

Avant d’avoir mon bain, il faut faire un contrôle du cœur du bébé sur une demi-heure. Les fils de la machine peuvent néanmoins me permettre de me déplacer sur un rayon de quatre mètres. Rien que le temps de poser le capteur en position semi-assise, je me tortille dans tous les sens. Et puis j’ai l’impression que je vais me faire dessus. (Glamour je te disais !) À peine le monitoring commencé que je réclame à aller aux toilettes. (Et là, je suis bien contente d’avoir pris mon paréo pour faire le court trajet entre les WC et la salle sans montrer mes fesses à tout le monde. Même si à vrai dire, je m’en fiche pas mal sur le moment, qu’on puisse voir mes fesses.)

Ce n’est guère qu’une impression, je n’ai de toute façon plus grand-chose dans l’estomac ! Je finis par revenir au bout d’un moment. La sage-femme rebranche le monitoring, tandis que je reste pliée en deux, appuyée contre le meuble du lavabo. Je bois un peu (beaucoup, me dira mon mari !), je suis dans un état étrange, ailleurs mais présente pour des détails. (Je m’inquiète du gâchis du robinet qui fonctionne mal et se déclenche tout seul.)

J’ai encore la sensation que je vais me faire dessus, cette fois-ci je préviens simplement la sage-femme, qui glisse une alèse jetable sous mes pieds. Il y a bien un peu de ça, mais surtout, elle me dit que la poche des eaux a dû se rompre. Elle contrôle l’ouverture de mon col tandis que je reste toujours debout.

DIX !!!

Je n’ai pas eu le temps de prendre ce fameux bain, je suis à dix doigts, sapristi ! Une pensée réconfortante me parvient : du coup, c’est certain, pas de péridurale, et j’ai passé la phase de travail la plus longue !

Le capteur du monitoring a perdu le cœur du bébé, du coup la sage-femme souhaite rapidement le replacer avant que les choses ne s’enchaînent. Mais pour ça elle a besoin que je m’asseye juste un instant.

À peine me suis-je exécutée que je recommence à me tortiller, et j’ai (encore) l’impression que je vais me faire dessus. La sage-femme capte tout de suite : c’est peut-être tout simplement que le bébé a amorcé sa descente. Elle vérifie… Plus de doute possible ! Moi, je ne sens pas vraiment l’envie de pousser, j’ai toujours cette fichue douleur diffuse qui domine tout. Par contre, je ne veux plus descendre de ce lit. Elle me propose de me mettre sur le côté, mais non, je ne veux vraiment plus bouger, j’ai maleuh bordel !

Du coup, elle enlève la partie basse du lit et enclenche tout son matériel, rapproche la lumière et tout le bazar, tout en m’indiquant quand et comment pousser. Elle installe une sorte de portique autour du lit, sur lequel je suis supposée pouvoir poser mes jambes pour « m’enrouler » autour du bébé et ainsi faciliter sa progression. Je ricane intérieurement tant cette acrobatie me semble improbable. Elle place des poignées auxquelles je peux m’accrocher pour pousser : je cesse volontiers de broyer la main de mon mari pour m’y agripper.

La poussée n’est pas un moment particulièrement agréable, mais je ne sens pas de douleur supplémentaire, ni au passage de la tête du bébé, ni en raison de la déchirure.

Et puis, ça y est la sage-femme me pose le bébé sur le ventre. Ma fille. Elle pleure un tout petit peu, mais rien à voir avec le grand cri qu’on montre dans les films ! Elle s’apaise en l’espace de quelques secondes, et elle reste là, tout contre moi, les yeux grands ouverts, à regarder partout.

Il est 5h20, le jour se lève sur Lons-le-Saunier.

bébé-nouveau-né

Ma pensée à cet instant : « Bon, ben s’il faut ça pour avoir un enfant… Ça va ! ».

M. Lutin coupe le cordon. Alors qu’il n’était pas sûr de vouloir le faire, il ne se pose plus de questions à présent !

La sage-femme me demande de pousser à nouveau pour faire sortir le placenta (ben zut alors, c’est pas terminé ?). Je n’ai pas souvenir de me sentir physiquement libérée ensuite. Mais la pensée que c’est enfin terminé est fort réconfortante ! Auparavant, je ne savais pas si je voudrais voir ou non le placenta. Ma curiosité l’emporte sur le moment, je demande donc à le voir, et elle nous explique comment il était placé, où il s’est percé… Ensuite, la sage-femme recoud ma déchirure, après une légère anesthésie locale.

Mon bébé reste sur moi longtemps, couverte par une serviette, et avec ce vilain bonnet de la maternité sur la tête. Mais qu’est-ce qu’elle est jolie. Elle tète pour la première fois. C’est seulement après cela qu’on lui donne une dose de vitamine K : apparemment, c’est vraiment très mauvais, alors ils préfèrent lui laisser un premier goût plus agréable en guise d’accueil.

Nous restons longtemps tous les trois. Je grignote quelques biscuits et fruits à coque qu’on avait emmené avec nous dans le sac « spécial accouchement ».

Changement d’équipe : la sage-femme qui avait assuré la fin de mon suivi est au service maternité cette semaine, c’est elle qui prend le relais. C’est plutôt sympa de retrouver des têtes connues. Elle s’occupe de ma toilette, tandis que mon mari accompagne la puéricultrice pour les tous premiers soins au bébé, dans un coin de la pièce.

Rien d’intrusif : pesée, vérification que son canal respiratoire est bien formé simplement en plaçant un coton devant ses narines (s’ils bougent, c’est que l’air passe). Pour le bain, ça ne sera pas aujourd’hui (les nouveaux-nés régulent très mal leur température, c’est leur imposer une dépense d’énergie inutile), et la mesure non plus (encore trop recroquevillés comme dans l’utérus). M. Lutin habille ensuite notre fille, ce qui prend un petit moment puisque c’est la toute première fois, mais il y parvient bien tout seul.

De mon côté, on constate que je ne contrôle plus du tout les muscles de mon périnée, et ma vessie se vide toute seule… (Ça arrive souvent juste après l’accouchement, mais ça ne dure pas.)

On m’aide à m’installer dans un fauteuil roulant. La sage-femme me demande si ça tourne, si j’entends et vois bien. Rapidement en effet, je me sens partir… Elle me soulève les jambes, cela m’évitera de tomber complètement dans les pommes : mes sens reviennent. Du coup, elle me fait repasser sur le lit pour que je puisse glisser sur un brancard ensuite. (Tout ça, parce que j’ai perdu pas mal de sang.)

Diverses personnes passent dans la salle de naissance. Notamment l’anesthésiste de nuit, une dame sympathique avec un accent anglais. Elle est particulièrement surprise car, sachant qu’un déclenchement avait eu lieu, elle pensait vraiment avoir à faire une péridurale. La toute jeune sage-femme qui m’avait déclenché la veille passe aussi, je suis contente qu’elle ait pu voir le bébé ! Tout le monde me félicite chaudement, pour le bébé, pour ce travail rapide où j’ai été, disent-elles, parfaite. (Ça fait plaisir, car ce n’était pas franchement mon impression !). Ça me touche beaucoup tant d’enthousiasme malgré tous les bébés qui passent dans une maternité.

Bébé dans son berceau poussé par son papa, et moi sur mon brancard, nous remontons finalement à ma chambre. Une nouvelle vie commence !

nouveau-né bébé un jour

Pimprenelle, un jour de vie

Toutes photos : photos personnelles

A propos de l’auteur

J'ai 27 ans et un mari super-chouette ! Notre fille "Pimprenelle" est née à l'été 2015 et nous régale de sa bonne humeur... "Ninette" nous a rejoint au printemps 2018. Je m'occupe d'elles à plein temps. Moi, je suis une lutine lunatique, mais généralement très joyeuse et espiègle. Écolo, féministe, non-violente, végane, cousette, fana de prénoms et de vieilles comédies musicales ! Tu peux aussi me retrouver sur le blog Sous Notre Toit et sur Instagram @danslamalledenilith