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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement rapide et au déroulement inattendu

Je t’ai laissé la dernière fois sur ma perte des eaux.

Récapitulons : on est donc le 8 novembre, il est 19h30, et je viens de perdre les eaux.
Après des jours à attendre (plus ou moins désespérément) d’accoucher, ça me met particulièrement en joie. Je vais rencontrer mon bébé dans les 24 prochaines heures !

Je file aux toilettes avec deux objectifs : collecter un peu de liquide pour ma sage-femme (comme demandé) et essayer d’éviter d’en mettre partout.
Je me rends vite compte que le liquide est brun… Je demande donc à l’amoureux d’appeler directement la sage-femme (et de m’apporter une nouvelle culotte aussi…)
Pour info, le protocole est un peu différent ici d’en France, en cas de perte des eaux, on te demande d’appeler la sage-femme en journée mais d’attendre le matin si c’est la nuit sauf si c’est coloré ou que tu te retrouves avec des contractions rapprochées entre temps bien sûr.
L’amoureux appelle donc la sage-femme immédiatement puisque c’est coloré.

La sage-femme demande si j’ai aussi des contractions. Je l’entends répondre non mais je lui crie oui des toilettes, je viens juste d’expérimenter ma première contraction de travail (et en effet, comme mes copines me l’avaient dit, « quand c’est ça, tu le sais »). Ça fait mal et je sens que je ne vais pas pouvoir gérer ça sur les toilettes, il faut que je sois debout.

Je choppe donc la plus grosse serviette périodique que j’ai et la culotte propre pour sortir des toilettes ; car ça continue à couler… (c’est le moment de dire que si tu n’aimes pas les récits avec détails glamour, arrête-toi là, j’ai tellement eu besoin de lire des récits précis pendant ma grossesse que j’ai décidé de partager avec toi un récit assez complet de mon accouchement).

Avant même que l’amoureux ait fini son coup de fil à la sage-femme, paf, une deuxième contraction. Bon, bon, ça a l’air bien parti cette histoire. Heureusement, la sage-femme dit qu’elle arrive.
Et moi, je commence à marcher dans mon salon, m’arrêtant quand les contractions arrivent pour me pencher en avant et souffler.
Entre deux, on fait des blagues avec l’amoureux, notamment sur le chat qui dort au milieu de la scène…

Crédit photo : Jason Lander

J’essaie aussi de réfléchir à ce qu’on doit ajouter à mon sac de maternité… Mais vraiment, les contractions me paraissent rapprochées. Je me dis qu’on devrait les minuter, quand même.
L’amoureux veut le faire avec sa montre mais je lui dis que ce sera plus simple avec l’app que j’ai téléchargée sur mon smartphone (oui, à plus de 41 semaines, je suis plus que prête).
Étant anti-smartphone, il râle et plaisante un peu. Je dois dire qu’à ce moment-là, l’ambiance est vraiment sympa… Nous sommes vraiment contents de rencontrer bientôt notre bébé… Et puis, mon mari doit aussi un peu cacher son stress avec des blagues.

Au bout de 5 contractions, l’app dit « il est temps de partir à l’hôpital », oui, oui, j’ai dès le début des contractions à 2 minutes d’intervalle qui dure entre 30 secondes et une minute.

Heureusement, la sage-femme arrive vite.
Il se trouve que ce n’est pas une des quatre sage-femmes qui m’a suivie pendant ma grossesse, il y a à ce moment-là déjà deux accouchements en cours, je suis donc avec le « joker », une sage-femme qui n’est pas attachée qu’à un seul cabinet et arrive en renfort au cas où.
Moi qui pensais accorder beaucoup d’importance à connaitre la personne (et même qui croisais les doigts pour avoir ma sage-femme préférée le jour J), sur le coup, je m’en fiche totalement, d’abord cette sage-femme a l’air très sympa et puis vraiment, je crois que je suis trop contente de savoir que je vais enfin rencontrer mon bébé !

De toute façon, elle me confirme vite qu’il y a du méconium dans mes eaux (c’est à dire que le bébé a fait caca dans le liquide amniotique) et que donc j’aurais un « accouchement médicalisé », c’est-à-dire avec l’équipe de l’hôpital.
Elle m’ausculte rapidement sur le canapé mais sans toucher vaginal car « de toute façon, on vous en fera un à l’hôpital » et nous dit, « bon, ben c’est parti, j’appelle l’hôpital et je vous y accompagne ».

J’ai un peu peur de la partie en voiture… Mais on compte avec l’amoureux que ça ne devrait faire que 7 contractions maximum à être immobilisée…
Finalement, comme il est tard, il n’y a personne sur les routes, on y sera en 3 contractions et deux chansons de la merveilleuse playlist d’accouchement que mon mari a préparée (et qu’on n’aura finalement pas le temps d’écouter plus…)

Arrivés à l’hôpital, la sage-femme me demande si j’ai besoin d’un fauteuil roulant mais non, je trouve que je gère justement bien mieux en pouvant bouger… Elle nous amène directement à la salle d’accouchement qui m’a été réservée et nous aide à nous installer. Elle m’explique qu’elle reste un peu avant de passer la main à l’équipe de l’hôpital.
On discute un peu de la date de naissance de notre bébé et comme il est déjà presque 21h, elle dit que ce sera un enfant du 9 novembre.

Ok, de toute façon, on m’a répété que pour un premier, ça prend du temps.
Je me remets à faire les cent pas en m’arrêtant quand une contraction arrive pour me pencher, souffler en m’appuyant sur le lit. Et l’amoureux me masse le dos comme il l’a appris au cours de yoga prénatal.
Les contractions font mal mais je gère et je me dis que déjà, j’ai la chance d’être passée directement aux contractions rapprochées.

Ma perception du temps est un peu floue mais tout a eu l’air de se passer rapidement…

L’équipe de l’hôpital n’a pas encore pris la main que je sens que ça s’intensifie encore et que j’ai très envie de vomir. La sage-femme me donne un récipient où vomir et c’est tout le contenu de mon estomac qui y passe.
Je sais que c’est un signe que le corps se débarrasse d’autres taches (comme la digestion) pour se concentrer sur l’accouchement.

L’équipe de l’hôpital arrive, la « sage-femme clinique » (donc de l’équipe de l’hôpital) se présente ainsi que ses assistantes. Elle m’explique qu’il va falloir m’allonger sur le lit pour un monitoring pendant 30 minutes pour surveiller comment va le bébé étant donné qu’il y a du méconium dans le liquide amniotique et que suivant le relevé après, on verra pour d’autres positions (à 4 pattes par exemple) mais que je vais devoir garder les capteurs tout le temps malheureusement.

Je me couche donc sur le dos et ça me parait un effort surhumain. Les contractions font beaucoup plus mal dans cette position et je me dis que je ne tiendrai jamais une demi-heure… J’essaie de relativiser, 30 minutes, Claire, 30 minutes, souffle comme tu as appris au yoga, tu vas bientôt rencontrer ton bébé…
Je me mets littéralement à trembler comme une feuille donc une assistante doit tenir les capteurs pour avoir les mesures…

L’amoureux que j’ai bien briefé dit à la sage-femme qu’il y a mon projet de naissance dans le sac, le sort et répète que je veux vraiment faire sans aide médicale pour la douleur. Il me semble avoir dit à ce moment-là en français dans le texte « euh, non mais je suis plus sûre de vouloir faire comme ça… », je me demande sérieusement comment je vais tenir dans ces conditions sans péridurale ou autre anti-douleur…
La sage-femme prend le temps de lire le projet. Elle fait juste la remarque pour l’épisiotomie « on fera au mieux mais si le bébé souffre… ». Je lui dis « oui, oui », de toute façon, sur le moment, je me demande sérieusement si j’ai pas présumé de mes forces au moment d’écrire mes vœux. Ça fait vraiment mal et je ne sais pas trop comment je vais tenir si ça devient encore plus fort.

Souffle, Claire, souffle. Je commence à être dans un certain brouillard. J’ai demandé à l’amoureux de m’enlever mes lunettes et je suis en mode nudiste, je ne porte plus qu’un petit débardeur et on me demande si j’ai pas froid.
Non, j’ai chaud. On me met donc un gant d’eau froide sur le visage. Je crois que c’est l’amoureux… Je suis passé en mode primaire, j’entends des voix, elle me porte, je sens que mon mari est là pour me soutenir et me protéger, je me laisser porter par mes sensations et l’idée qu’il me faut juste gérer mon corps pour y arriver. Même si par moment, j’ai des doutes d’y arriver justement, mon dieu, ça fait mal…

Et puis, à un moment, j’ai quand même bien l’impression que ça pousse. On n’est pas arrivé à la fin des 30 minutes de monitoring, je signale à la sage-femme que « euh, j’ai envie de pousser là »… elle me fait un toucher vaginal (au passage, c’est le premier et unique de toute ma grossesse).

« Bon, euh, vous êtes à dilatation complète, y a moyen que vous contrôliez la poussée quelques instant qu’on finisse de tout préparer pour accueillir le bébé ? »

À partir de là, j’ai ressenti un grand soulagement, ok, ça faisait mal mais cette douleur avait fait un super travail, bébé arrivait. Et puis, cette envie de pousser me portait. J’allais rencontrer mon enfant bientôt, c’était fou !

La sage-femme m’explique comment prendre une position physiologique en restant sur le dos pour pousser mais conformément à mon projet de naissance, me dit qu’elle me laisse pousser quand j’ai envie quand je sens une contraction.
Elle m’encourage et m’accompagne quand elle ressent que j’en ai le besoin. L’amoureux m’aide aussi beaucoup à me mettre en bonne position, à souffler et à ne pas abandonner. On me dit l’avancée de la tête du bébé, on me propose de sentir ses cheveux et même de m’apporter un miroir pour voir comment ça avance. Mais je préfère garder mes yeux fermés pour la poussée et me concentrer sur l’effort que j’ai à faire.

Ça peut paraitre rationalisé quand je le raconte mais en fait, il me faut me concentrer pour raconter tout cela de manière intelligible. Clairement, à ce moment-là, la nature, l’instinct, le réflexe animal, que sais-je, quelque chose qui n’est pas de l’ordre de l’intellect dirige tout ça.

Je sais qu’à un moment, j’ai crié entre deux contractions « j’y arriverai jamais » et à un autre moment « putain mais ça fait mal ». Mais les personnes là pour m’entourer ont eu les gestes et les paroles pour me rassurer et j’ai eu l’impression aussi que verbaliser perturbait ma concentration et qu’il fallait mieux que je sois efficace pour sortir ce bébé…

Le rapport de l’hôpital dit que la phase de la poussée a duré 1h26. Dans mon souvenir, c’était à la fois long et court.

Long car vers la fin la sage-femme m’a dit « bon, le cœur du bébé commence à fatiguer, on va peut-être devoir faire une épisiotomie si vous le sortez pas très vite ». Mais comme c’était une sage-femme formidable qui malgré les conditions médicales a voulu essayer de respecter mon projet de naissance au maximum, elle m’a proposé d’essayer encore sur deux contractions.

Mais ça m’a paru court aussi car la douleur n’était plus que seconde, j’étais prise par ce besoin de pousser, cette envie primaire de mettre mon enfant au monde.

Je pense que je n’ai jamais été aussi motivée de ma vie de faire un effort physique. Au bout de ces deux contractions supplémentaires et sept poussées, notre bébé était dehors !

J’avais mis au monde notre enfant, notre bébé…

Et cette naissance qui finalement n’était pas vraiment comme je l’avais espérée (pas avec ma sage-femme, sur le dos…) a été pour moi très très belle.

La suite (que je te raconte la prochaine fois) est un peu plus compliquée mais l’accouchement en lui-même, j’en garde un merveilleux souvenir.

Oui, j’ai eu mal, oui, j’ai cru par moment que je n’y arriverais jamais mais ce que j’ai vécu n’est pas de la souffrance, c’est un autre état, quelque chose de particulier que je peine à décrire, quelque chose que j’ai très envie de revivre.
J’ai mis notre enfant au monde. Je n’aurais pas réussi sans l’aide et le soutien de la sage-femme et de l’amoureux mais j’ai vraiment l’impression d’avoir accompli moi-même un genre d’exploit à la fois tout à fait simple, naturel et banal et en même temps de l’ordre de l’extraordinaire.

Alors peut-être que je ferais moins la maline si j’avais dû vivre 12 heures de travail avant mon 1h30 de poussée mais le fait est que je fais maintenant partie du club « j’ai accouché sans péri et le jour où c’est à refaire, je re-signe tout de suite ».

N’en déplaise à Florence Foresti, quand on me demande comment était mon accouchement, je réponds spontanément « génial » ! Et bien sûr, je me rends compte de la chance que j’ai eu de vivre tout cela de cette manière…

Et toi, tu gardes un bon souvenir de ton accouchement ? Ça s’est passé comme tu l’attendais ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com