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A la une / Récit d'accouchement

Ma grossesse par don d’ovocyte : mon accouchement long, bien trop long

Tu lis le titre de l’article et tu te dis que tu as loupé un épisode (ou tu t’en fiches – mais pour les besoins de la narration, on va faire comme si tu te posais la question, merci de ta collaboration) ? Non, effectivement, je ne t’ai pas raconté ma grossesse en détail, pour plusieurs raisons :

  • les hormones font super bien leur boulot et j’oublie super vite tout ce qui a pu se passer pendant la grossesse,
  • j’ai réellement besoin de raconter cet accouchement (oui, certes, un an plus tard !).

Donc je viens te parler de mon accouchement !

Nous sommes fin août 2015 (oui, oh, ça va !), ma DPA est le 3 octobre. J’ai largement le temps, mais je suis persuadée que notre petit têtard va se présenter en avance (HA HA).

Je commence à ressentir des choses particulières, et je comprends que ce sont des contractions, mais non douloureuses. Étant sous surveillance pour le diabète, je vais débuter les monitorings hebdomadaires : ça me rassure, je vais pouvoir suivre l’évolution des contractions et de leur efficacité. Je suis donc confiante : ça travaille !

Pour faire court, le temps passe… J’enchaîne les monitos, qui montrent bien des contractions, non douloureuses, mais j’ai toujours un col fermé et long. Il faut préciser pour les besoins de l’histoire que mon mari est prestataire de mariage et qu’il avait un mariage prévu à trois heures de route de chez nous les 2 et 3 octobre !

Accouchement très long césarienne

Crédits photo (creative commons) : J.K. Califf

J – 15

Voyant la date fatidique se rapprocher, nous expliquons mi-septembre la situation à la sage-femme. Elle nous dit que si cinq jours avant le départ de Monsieur, le têtard n’a pas daigné montrer le bout de son nez, il sera tout à fait envisageable de procéder à un déclenchement pour que Monsieur Aragorn puisse être présent. Super ! Mais bon, il n’y a pas de raison que l’on aille jusque-là, n’est-ce pas ?

J – 10

Bon, là, il va falloir faire quelque chose, quand même… Pourquoi il ne sort pas ? (Non, la patience n’est pas mon fort !) Il avait dit à mon instinct qu’il arriverait vachement tôt ! Bravo la publicité mensongère…

Depuis le début du mois, je guette les pulsions ménagères, les fatigues intenses, quoi que ce soit qui puisse être un signe, mais rien. Enfin si, tout ça plusieurs fois, mais apparemment, aucune portée prédictive chez moi. Je prends aussi trois fois par jour des tisanes aux feuilles de framboisier, qui sont censées améliorer l’efficacité du travail lorsque celui-ci aura commencé (HA HA bis)…

Une nuit, je me réveille avec des contractions. Pour la première fois, elles sont légèrement douloureuses. Je chronomètre : elles durent une vingtaine de secondes et reviennent toutes les huit minutes. Au bout de deux heures, elles se calment et s’arrêtent. Bon, ce n’est pas pour aujourd’hui, mais au moins, ça se met en route !

Je range mon verre de lait et mes petits beurres (oui, à 4h du matin, je suis une enfant de 4 ans, et alors ?) et je retourne dormir.

Le 25 septembre (J – 7)

À 23h30, je perds le bouchon muqueux. Oui, c’est dégueulasse, je confirme, mais bon, ça annonce aussi que ça va bouger (potentiellement, on est d’accord, mais bon, à J – 7, je me dis que ça l’annonce FORCÉMENT).

Je vérifie sur Internet ce qu’il faut faire dans ce cas : si la perte n’est pas associée à des contractions, il n’est pas nécessaire de se rendre à la maternité. OK, je vais donc me coucher.

Le 26 septembre, 3h30 du matin

Je suis réveillée par des contractions bien plus intenses que celles d’il y a cinq jours. Je commence à chronométrer : elles durent environ quarante secondes et sont toutes les sept minutes. Je continue à chronométrer : à 5h, elles ont légèrement gagné en intensité et sont maintenant toutes les cinq minutes. Je prends ma douche, puis réveille mon mari pour qu’il se prépare également et que l’on se présente à la maternité.

Message personnel à la personne (de sexe masculin, FORCÉMENT) qui a conçu l’accès à la maternité : mettre deux dos d’âne super hauts sur le seul accès routier, c’est pas super gentil !

Nous arrivons à la maternité à 7h. J’ai bien mal depuis un petit moment, alors je me dis que ce sera pour aujourd’hui.

« Votre col est légèrement raccourci et ouvert à 1. » PARDON ? « Il faut rentrer chez vous. Prenez un bain chaud et du spasfon, ça va arrêter les contractions. Là, ce n’est pas le travail… » Huuuuum, si tu le dis.

Nous repartons à la maison, je prends le spasfon et le bain chaud. Mais rien n’arrête ni ne diminue les contractions. Elles durent un peu moins d’une minute, toujours toutes les cinq minutes, et augmentent toujours d’intensité.

À 13h, nous repartons pour la maternité. « Votre col est ouvert à 1. » Non mais le comique de répétition, c’est pas drôle, en fait. Non non, ce n’est pas une blague. Rien n’a bougé, en dix heures de contractions. On me fait un monitoring, qui montre bien de fortes contractions, mais aucune efficacité. On me propose d’aller marcher et de revenir ensuite. Toujours pareil. On nous renvoie alors à la maison.

Le 27 septembre

Les contractions durent depuis vingt-quatre heures. Je n’ai pas dormi et presque pas mangé, je demande à mon mari de dormir, car on y retournera sans doute tôt le matin. Effectivement, à 5h, je n’en peux plus : nous partons à nouveau pour la maternité.

« Votre col est bien effacé, mais toujours ouvert à 1. » Là, je vais m’énerver, je pense… « Et puis bon, vous n’avez pas l’air de souffrir… » Ouh, punaise, alors toi mon coco, tu as intérêt à ne pas te tenir à portée de main ! Je n’ai rien contre les maïeuticiens, mais quand même, de tous les soignants qu’on a vus pendant l’accouchement, c’est le seul qui a cru bon de juger mon niveau de douleur à ma tête…

On réalise à nouveau un monito, qui montre des contractions toujours longues, très régulières et intenses. Mais rien… Il me propose de rentrer chez nous et de prendre de l’atarax, un médicament qui aide à décontracter le corps. Nous rentrons à la maison vers 10h.

L’atarax n’arrête pas les contractions, mais il me shoote tellement que je dors presque trois heures, le luxe !

Nous retournons à la maternité à 16h. « Votre col est ouvert à 1. » Oui bon, j’ai compris, mais là, il va falloir me trouver une solution, quand même ! On me propose d’aller marcher, de faire du ballon, de prendre un bain chaud. Je refuse de rentrer chez moi. Nous allons rester ici jusqu’à ce qu’il sorte !

À 20h, aucune avancée. Les monitos toute l’après-midi montrent toujours des contractions de travail, très intenses et régulières. Mais inefficaces. La sage-femme me propose alors de m’injecter pour la nuit un dérivé morphinique, qui peut détendre et rendre le travail plus efficace. J’accepte.

Les douleurs ne s’interrompent malheureusement pas avec cette solution. En revanche, la morphine m’endort entre chaque contraction. Je suis donc éveillée une minute sur cinq, mais je me repose quand même un minimum.

Le 28 septembre, 5h du matin

On entend hurler dans le couloir. Monsieur Aragorn se réveille en panique, pensant que c’est moi : « Je suis là, je suis là, ce n’est pas moi, chuuuuuut, voilààà. » Je le rassure. Nous demanderons plus tard dans la journée à quoi était dû ce cri à une sage-femme, qui nous dira que c’était une femme qui est arrivée dans le service et a accouché dix minutes plus tard… GROUMPF (je n’ai rien à dire de plus constructif à ce moment-là).

À 8h, la sage-femme vient m’installer un nouveau monitoring. Rien de nouveau, tout est au même point. Le col est peut-être ouvert à 1 et demi, quoi… Je lui demande, désespérée, un déclenchement. Le staff doit se réunir à 9h, elle plaidera en ma faveur.

À 12h, elle m’annonce qu’ils ont refusé le déclenchement : « On va attendre encore un peu… » QUOI ? Ça fait déjà cinquante-sept heures que j’ai des contractions littéralement toutes les trois minutes, qui durent une minute. Ils trouvent donc que déclencher un accouchement pour que le papa qui travaille ne le loupe pas, c’est légitime, mais parce que la mère souffre, là non…

La sage-femme est désespérée pour moi et me propose un décollement des membranes… Ça pique un peu (je pense que sans toutes mes contractions, j’aurais eu aussi bien plus mal), mais ça reste supportable. Elle me propose à nouveau le dérivé morphinique pour l’après-midi.

Le 28 septembre, 22h

La sage-femme m’ausculte et me dit que je suis dilatée à 3 ! Alléluia !! Je me précipite (enfin, avec des temps d’arrêt à chaque contraction quand même) sous la douche, et on nous installe en salle d’accouchement.

Moi qui voulais tenter sans péridurale, je me dis que finalement, soixante-sept heures de contractions, c’est déjà pas mal, sans péridurale ! L’anesthésiste vient, et la délivrance arrive ! Non, pas l’accouchement, hein. La délivrance de la douleur, déjà.

Pendant la nuit, le travail avance doucement, mais il avance. Je dose la péridurale, mais j’ai tellement souffert avant que dès que c’est possible, je rappuie sur le bouton pour avoir les doses maximales. Je dors un peu, mais c’est difficile, entre le froid, le manque de sensations dans les jambes et la soif.

J’ai TRÈS soif. Mon mari me pulvérise de l’eau sur le visage, mais ça ne suffit pas. Ce n’est qu’au bout de cinq heures dans la salle que je demande à la sage-femme si je peux boire et qu’elle me dit que « oui, bien évidemment »… Ce n’était pas aussi évident pour moi !

Le 29 septembre, 8h du matin

Mon col est à 7 ou 8 (excuse mes souvenirs). Ils ont fait des perfusions d’ocytocine pour aider le travail pendant la nuit.

Le 29 septembre, 11h

J’ai mal, la péridurale ne semble plus aussi efficace.

Le 29 septembre, 11h30

J’ai très mal, j’ai envie de pousser. La tête du têtard appuie sur le col pas assez ouvert, la douleur est atroce. La fatigue aussi, je tremble de partout. Il y a des moments où je pense perdre connaissance. Des moments où je ne sens plus rien, nulle part dans mon corps, d’autres où la douleur est intenable.

L’anesthésiste revient, revoit les réglages. Elle ne comprend pas trop pourquoi je résiste maintenant à l’anesthésie.

Le 29 septembre, 12h

La sage-femme, que mon mari a appelée en catastrophe parce que je lui faisais très peur, m’ausculte. Je suis à 9.

« On va attendre encore un peu, et puis sinon, il va falloir songer à aller le chercher…
– C’est-à-dire « aller le chercher » ?
– Bah on fera une césarienne.
– Et pourquoi vous voulez attendre, au juste ??? Ça fait quatre-vingt-et-une heures que je contracte, il faut peut-être se rendre à l’évidence, là ?!
– Ok, on va voir avec les médecins de garde. »

Ces *** de gynécos de garde mettent une heure à discuter. Mon mari doit gueuler, pleurer (de rage, de fatigue, de peur) pour qu’ils se bougent un peu les fesses. Oui, en effet, pendant tout ce temps, notre bébé n’était pas en souffrance, malgré ma fièvre depuis le matin, mais j’ai vraiment l’impression que dans cette histoire, à aucun moment, ils ne se sont préoccupés de ma souffrance à moi et de celle de mon mari.

Le 29 septembre, 13h15

Je suis installée pour la césarienne, mon mari est là. Ce n’était plus négociable, ça. J’ai des spasmes incontrôlables. Ils m’attachent les mains.

L’anesthésiste reste à mes côtés tout le temps et m’explique en temps réel ce que font les chirurgiens (que je n’ai pas vus, qui ne se sont pas présentés…). Et à un moment, j’entends des pleurs.

Le 29 septembre, 13h29

Eliott est né. La sage-femme le pose à nos côtés pour un contact visuel. Il est magnifique. L’anesthésiste me dit : « Maintenant qu’il est sorti, je vous injecte des tranquillisants. »

Ils demandent au nouveau papa de sortir en même temps que son fils de la salle d’opération, le temps de recoudre. Lorsque les chirurgiens sortiront, ils verront Monsieur Aragorn et ne lui diront pas si je vais bien, ni félicitations, ni quoi que ce soit.

Je retrouve mes deux amours directement en salle de réveil. On pose Eliott sur moi, mais je suis tellement fatiguée, vidée, que j’ai peur de le lâcher. Je le redonne à son papa et je m’endors…

Et toi ? Tu as aussi eu un accouchement très très long ? T’es-tu sentie soutenue ou au contraire abandonnée par l’équipe médicale ? Viens en discuter…

A propos de l’auteur

Mariée depuis octobre 2013 avec Monsieur Aragorn, nous savions depuis plusieurs mois que l'aventure de la parentalité ne serait pas simple pour nous. Une pointe d'attente et un gros soupçon de destin nous permettent aujourd'hui d'attendre un heureux évènement pour octobre 2015. Je te propose de plonger dans notre histoire, qui est surtout mon histoire et que Monsieur Aragorn a accepté de partager et de rester à mes côtés malgré les difficultés.