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Mon fils porte du rose

et même qu’il a encore son pénis. Si si, je t’assure.

Il a aussi les cheveux longs, des poupées, il adore mettre sa robe de la reine des neiges et danser. Il vient de me demander de lui acheter des sandales roses. Son appareil photo est rose. Il a eu une cuisine à son anniversaire à deux ans, et un set de ménage le noël suivant ; Je crois qu’il y a anguille sous roche.

Oui, je crois que mon fils n’est pas influencé par les stéréotypes de genre.

Crédit photo (creative commons) : Stocksnap

Pourquoi ça pose encore problème qu’un garçon porte du rose ou garde les cheveux longs ?

Si tu te souviens bien, je ne connaissais pas le sexe avant la naissance de Cookie. J’avais récupéré beaucoup de vêtements de mon neveu mais j’ai aussi acheté des petites choses. Beaucoup de gris, de blanc mais aussi du rose. J’aime le rose de la même façon que j’aime le vert ou le bleu. Je ne voyais pas où se trouvait le problème à ce que mon fils porte du rose. Je me souviens d’un petit ensemble corail et rose absolument magnifique d’ailleurs. Il était drôlement mignon dedans !

Un des pyjamas que je préférais lui faire porter était rose poudré, avec un joli petit lapin fleuri dessus. Malheureusement, j’ai eu énormément de remarques, même de ma famille proche, qui ne conçoit pas qu’un garçon puisse porter tout ce qu’il veut. Ça grince des dents. Pourtant, je les vois tous supporter le stade français ou l’équipe d’Angleterre au rugby. Il semblerait pourtant que ces derniers soient bien représentatifs de la virilité et de la masculinité …

Bébé, il était gracieux, aux traits fins, «souriant ». C’était la petite fille idéale. Sauf que sous la couche, se cachaient des testicules et un pénis.

Aujourd’hui, Cookie a 4 ans, il a le visage mutin et de longs cheveux blonds et bouclés. Il adore le jaune, le bleu et le rose. La plupart du temps, on le prend pour une petite fille directement. Je corrige gentiment, toujours. Ce n’est pas facile de connaître le sexe d’un enfant sur une apparence (ce n’est d’ailleurs pas facile avec des adultes déjà parfois). Je précise donc, inlassablement que c’est un garçon. Les gens sont confus, étonné, s’excusent encore et encore : « oh mais c’est qu’avec son joli visage et ses boucles… Maintenant que vous le dites, oui, il ressemble à un garçon ». Non, il ne ressemble pas à un garçon, il est un garçon. Il aime le dire. Il est fier de ses cheveux, et refuse de les couper (mais adore que je le coiffe avec des tresses en tout genre).

Je me souviens d’une inconnue (Cookie était porté, il devait avoir 6 ou 7 mois) qui m’a félicité pour cette si jolie poupée. J’ai rectifié le fait que ce n’était ni un jouet ni une fille et elle s’est enhardie en me demandant si j’avais conscience que je portais mon fils dans une écharpe rosée mais surtout, qu’il porte des chaussettes rouges ! Hum. Je n’avais pas l’impression qu’il s’en plaigne. Le rouge n’est pas réservé aux femmes. En fait, aucune couleur n’est réservée à aucun genre. De plus, pourquoi déduire un genre sur un simple détail (un vêtement, des chaussures, des cheveux longs ….?)

J’aime les couleurs pastels, douces. Et elles sont quasiment introuvables au rayon garçon, je me rabats sans souci chez les filles (chez qui, j’ai remarqué, on retrouve une jolie diversité de couleurs et motifs). Pour les leggings, c’est pareil, ils sont introuvables chez les garçons et mon fils adore en porter (à la maison, pour sortir, pour faire du cheval, pour dormir…). C’est ainsi que j’ai toujours acheté sans faire attention au genre du rayon. Oui, il porte des paillettes, des cœurs, des fleurs, des froufrous. Et ? Ça n’entachera jamais sa future masculinité, si précieuse aux yeux de bien des gens.

Non, le fait de porter du rose aujourd’hui, de le laisser se déguiser en Anna d’Arendelle ou de lui tresser les cheveux n’influencera pas sa future sexualité. Il est ce qu’il est. Il sera ce qu’il sera.

C’est quand même méga cool les cheveux longs pour la variété de coiffure possible !

Aujourd’hui, mon fils a 4 ans, il choisit ses habits le matin. Parfois, il va absolument vouloir porter sa jolie veste rose ou son pull rose et gris. Parfois, il préférerait son sweat moutarde ou sa veste rouge. D’autres fois, il insistera pour porter son joli tee-shirt à fleurs avec son super pantalon bleu canard. Il adore ses parures de lit rosées, ses pyjama à paillettes ou liberty, ses barrettes à paillettes roses, ses chaussons ont longtemps été roses (bon, là, ils sont beiges parce qu’il voulait les matcher aux miens).

Ce sont des vêtements. Je tiens à ce qu’il s’y sente bien. Peu importe les motifs ou les couleurs. Je ne choisis pas des vêtements « mixte », je choisis des vêtements. Point.

Mais encore aujourd’hui, il est catalogué, limité. Obligé. Les enfants sont dotés d’un sexe à la naissance et sont directement sexués, parfois sexualisés, caractérisés en fonction dès le plus jeune âge. Les shorts des filles sont plus courts, les tee-shirts plus ajustés. Les pantalons des garçons plus résistants et renforcés.

Je me rends compte que j’ai peu de photos où il est habillé en « rose » ou en vêtements dits féminins. D’un côté, je suis rassurée, car ça veut dire que ce n’était pas assez exceptionnel pour que j’ai envie de l’immortaliser en photos. Sur la photo de droite, là, Cookie porte ma vieille tenue de danse. Il a adoré se mettre en danseuse.

Il aime courir, sauter, bouger : c’est normal, c’est un garçon. Sa cousine se met à pleurer : c’est normal, c’est une fille. Cookie se met à pleurer, au mieux aucune remarque n’est effectuée ; au pire, ça dérange fortement.

On va saluer la jolie coiffure de la petite fille et l’audace du garçonnet. On va privilégier les couleurs douces pour la première, et celles qui pètent pour le second.

On va associer certains comportements à un genre, ce qui va avoir pour conséquence d’influencer l’enfant sur ce qui convient de faire ou non. L’enfant s’adapte par rapport à l’éducation qu’on lui donne. Si on l’encourage à grimper, à développer sa motricité, il va avoir confiance en lui et va continuer (qu’il soit doté d’un pénis ou d’une vulve). De la même façon, si on l’encourage à se poser, à ne pas faire preuve de violence mais plus de créativité ou de calme, il saura se calmer plus vite. Et ça n’a rien à voir avec un quelconque comportement inné genré.

Il m’est arrivé de m’attrister en comprenant que certains enfants avaient ces stéréotypes déjà bien ancrés, si jeunes. Entre « oh non, je joue pas avec toi, t’es une fille, regarde, tu joues à la poupée ! » ou « le rose, c’est pour les filles, t’es une fille nananère ! », je suis accablée. J’essaye, tant que faire se peut, d’expliquer, calmement, tendrement qu’il n’y a aucune différence, aucune limite entre garçons et filles, mais ça heurte toujours mon cœur de maman.

Il est plus facile (j’ai l’impression, pardonne-moi si je me trompe) de laisser une petite fille porter des vêtements dits « de garçon », jouer à des jeux « de garçon » que pour un petit garçon proposer des tenues ou activités dites « de fille ». Pourtant, on le sait, on la prône cette égalité, non ? On s’indigne à Noël quand les pages des catalogues de jouets sont roses et bleues, on s’extasie devant des petits garçons dans les pages pour dînette. L’égalité passe aussi par le choix qu’on offre à nos enfants. Alors, oui, osons offrir des bébés, des déguisements de princesse et des chaussures roses à nos garçons.

Ma princesse Elsa, ou Anna d’Arendelle. Un déguisement comme un autre. Il joue un rôle. Comme il peut se déguiser en Olaf, en dragon, en pirate ou en Peter Pan.

Je suis, bien sûr, consciente que les parents choqués par une voiture dans les mains d’une petite fille ou d’une poupée dans les bras de mon petit garçon ne seront sûrement pas la cible de mon article. Ils ne comprendront probablement pas la raison de cet article plein de connerie féministe (j’anticipe les commentaires, de rien). De la même façon, quand bien même Cookie ne m’ait jamais fait cette demande, il est possible que je tique au début ? s’il choisit de porter une robe ou une jupe à l’école (moi aussi, il me faudrait alors cheminer pour être en paix avec ce que je souhaite).

Nos enfants sont égaux. Nos enfants sont innocents. Laissons-les rester tels quels. Laissons-les faire leurs choix, avoir la possibilité de s’affirmer. Ce seront eux qui, un jour, prendront les décisions importantes. Faites-les commencer par les laisser s’habiller. Peu importe la couleur.

Montrons l’exemple. Et acceptons que ce joli petit garçon aux cheveux longs et aux tee-shirt à fleurs soit un garçon, qu’il veuille se déguiser en Pocahontas ou en Minnie ou désire acheter une boîte à goûter rose. Pour nos enfants, merci.

Crédit photo : photos personnelles, sauf si mentionnée.

Et toi ? Tu pioches dans les rayons d’à côté pour habiller ton enfant ? Ça te choque un garçon en rose ou en robe ?

A propos de l’auteur

26 ans, mariée depuis quelques mois, en couple depuis six ans et maman d'un bébé chat et d'un bébé (plus si bébé) Cookie né en avril 2016, je suis prof de français pour migrants, optimiste, bordélique, passionnée de voyages, de contes, de cuisine et de tout ce que essayer de faire avec mes dix doigts, je fatigue (légèrement) mon entourage. Mais c'est souvent pour la bonne cause ! Pour me contacter : Instagram : @djawene Email : freesiabdv@gmail.com