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A la une / Récit de grossesse

Mon projet de naissance

La dernière fois, je te racontais comment étaient perçus grossesse et accouchement aux Pays-Bas et pourquoi j’envisageais un accouchement physiologique à la maison.

Aujourd’hui, je viens te raconter la suite et partager avec toi mon projet de naissance.

Crédits photo : Jason Lander

Pourquoi finalement, je n’accoucherai pas chez moi…

Ma décision de choisir l’accouchement à domicile n’était pas complétement prise quand j’ai eu la visite de préparation de mon organisme de kraamzorg (tu sais celle qui va me fournir l’aide magique la semaine qui suit mon accouchement).
De toute façon, même en voulant accoucher à la maison, je savais qu’il y a plein de raisons qui peuvent faire qu’on m’envoie en milieu hospitalier, donc je savais qu’il fallait me préparer aux deux options et j’avais déjà planifié de visiter la maternité et d’en parler avec une de mes sage-femmes.

Donc la dame responsable du service de kraamzorg est venue chez nous vers la 30ème semaine de grossesse pour un premier contact.

Et une des premières questions qu’elle m’a posée : « vous envisagez d’accoucher où ? »
« Dans les bois profonds façon louve, pourquoi ? »
« Je réfléchis sérieusement à accoucher chez moi. Même si j’attends la visite de la maternité pour prendre ma décision »

Et là, la dame m’a gentiment dit de reconsidérer mon choix. Son diagnostique est qu’avec la situation de notre appartement, elle émettait un avis défavorable pour accoucher à domicile (ma sage-femme m’avait déjà dit qu’ils prennent en considération l’avis donné par le service de kraamzorg qui a vu le domicile).
Notre appartement est en plein centre-ville, dans une ville pas du tout pratique pour la voiture (tout est à sens unique et à l’heure de pointe, c’est l’enfer), dans une rue piétonne avec donc un plot au bout et surtout, nous habitons au 2ème sans ascenseur avec un escalier trop étroit pour faire passer une civière, les ambulanciers devraient donc m’évacuer par la fenêtre en cas de besoin. Si on additionne tout ça, ça peut potentiellement prendre trop de temps pour aller à l’hôpital.
Comme m’a dit ma sage-femme « devoir appeler une ambulance pour évacuer en urgence la femme enceinte à l’hôpital est très très rare (la plupart des transferts à l’hôpital sont suffisamment peu urgents pour pouvoir le faire en voiture) mais il vaut mieux ne pas ajouter un stress énorme supplémentaire si le temps est compté ».

Donc sauf en cas de naissance ultra rapide impromptue, j’accoucherai à la maternité.
Bien sûr, j’aurai pu parlementer ou remettre en cause cette décision. Et personne ne m’enverra de force à la maternité. Mais si j’étais prête à accoucher chez moi, c’est parce que j’ai confiance au système en place ici qui évalue les risques pour te permettre de le faire.

Et puis, c’est mon premier accouchement et je ne veux pas qu’un seul enfant. Nous comptons déménager avant d’en faire un deuxième… Alors, j’aurai peut-être une deuxième chance.
De plus, une autre de mes envies était d’accoucher dans l’eau et c’est bien plus facile à mettre en place à la maternité plutôt qu’à la maison.

Cela dit quand j’ai appris qu’on me conseillait fortement de ne pas accoucher à domicile, j’ai eu envie de pleurer. Pas que ma décision était irrémédiable mais j’avais commencé à me faire une certaine image de mon accouchement à la maison. Et ça m’obligeait à repenser l’idée que je me faisais de cette naissance…

Il était plus que temps d’aller visiter la maternité du coup !

La visite de la maternité

Un mardi soir, nous nous sommes donc rendus à la maternité du coin pour une soirée d’information.

Ça a commencé par une réunion, il y avait énormément de monde… On a eu un petit film de présentation de la structure et l’intervention de plusieurs personnes : une sage-femme libéral qui fait les accouchements non médicalisés (comme celle qui me suit), une sage-femme de la maternité (qui prend le relais en cas d’accouchement médicalisé), un gynéco, une aide-soignante, une pédiatre (qu’on ne voit qu’en cas de problème), une conseillère en lactation (présente à la maternité mais qui a donné des adresses aussi pour l’extérieur).
On nous a expliqué comment se déroulent : un accouchement non-médicalisé, un accouchement médicalisé, une césarienne dans ces locaux. On a pu apprendre quelles valeurs ils respectent et il y a tout un moment d’échanges de questions / réponses. Puis, on a eu eu une petite collation et on a pu visiter les salles de naissance.

Les informations que nous avons eues lors de cette soirée était plutôt rassurantes pour moi et la manière dont j’envisage la naissance :

  • si tout se passe bien, on ne verra pas tout ce personnel mais seulement la personne de l’accueil et notre sage-femme et notre kraamzorg 
  • cette maternité n’a plus recours aux forceps
  • on considère normal d’accoucher dans la position qui est la plus naturelle à la mère pour le moment, que ce soit à quatre pattes, sur une chaise d’accouchement ou debout.
  • l’accouchement dans l’eau est possible si la baignoire est disponible
  • après la naissance, on estime que le mieux pour le bébé est le peau à peau avec sa maman ou son papa et donc on retarde les examens pour laisser quelques heures heures aux parents pour créer un lien avec leur bébé
  • les examens sont faits dans la même pièce
  • le père est présent en cas de césarienne et on ne sépare pas l’enfant juste né d’un de ses deux parents
  • on ne lave pas le bébé à la naissance

De plus, le personnel de la maternité est souriant, semble à l’écoute et l’atmosphère est plutôt sympa…

Alors, qu’est-ce qui explique que je me sois mise à pleurer en sortant de la maternité ce soir-là ?

Ces p**** d’hormones ?

En fait, je me suis rendu compte que je n’avais pas du tout réfléchi, imaginé un possible accouchement ici en maternité. Je me suis retrouvée dans une salle pleine de femmes enceintes (qui me paraissaient toutes plus légitimes que moi à être là, bizarrement), parlant néerlandais, connaissant tous les termes. Réalisation numéro 1 : je suis enceinte, je vais accoucher, dans un pays qui n’est pas le mien, dans une langue qui n’est pas la mienne. HELP.
Ensuite, tout ce personnel médical, en blouse (mes sage-femmes ne portent pas de blouse pendant les consultation) et les salles de naissances bien que peintes avec de jolies couleurs ressemblent bien à des chambres d’hôpital et moi et le milieu hospitalier, j’ai un peu trop fréquenté et ça m’angoisse plus que ça me rassure. HELP bis.

L’amoureux ne sait pas trop quoi faire… Il me demande si je veux aller accoucher en France. « Oh mon dieu non, il faudrait me battre pour un accouchement physiologique ». Il me demande si je veux accoucher toute seule dans les bois. Je dirais bien oui mais en fait, non, je suis pas barrée à ce point !
Je lui réponds donc « non mais ça va passer, c’est juste le temps de réaliser, de me projeter et de digérer le fait que je suis enceinte, que je vais accoucher pour de vrai, dans ce pays et donc dans cette maternité ».

Pour calmer mes angoisses, je me suis donc dit à ce moment-là qu’il était temps de mettre par écrit mon projet de naissance. La maternité nous a vraiment conseillé pendant cette réunion d’en faire un pour pouvoir se projeter dans les différentes situations et je sais que ce sera aussi l’objet d’un rendez-vous avec la sage-femme au milieu du troisième trimestre…

Mon projet de naissance

Voici donc ce que j’ai mis par écrit (en anglais mais je suis gentille, je te fais la traduction).

Rien n’est gravé dans le marbre, je vois cela comme un point de départ pour la conversation avec ma sage-femme. De plus, d’après ce que j’ai déjà entendu, notamment lors de la visite de la maternité, la plupart de mes requêtes tombent sous le sens ici mais je préfère que ce soit écrit pour en être sûre que tout le monde est sur la même longueur d’ondes.

Je te mets entre crochets mes commentaires ou explications pour que tu comprennes mieux mes motivations.

Je souhaiterais, tant qu’il y a d’urgence vitale pour mon bébé ou pour moi qui implique de faire différemment :

  • avoir un accouchement naturel et physiologique
  • la présence de mon mari pendant tout le travail et l’accouchement et qu’il puisse prendre part à cette naissance
  • un environnement calme (je fournirais peut-être de la musique), pas de fortes lumières
  • le minimum d’interruptions possible
  • le minimum d’examens vaginaux
  • un nombre limité de personnes dans la pièce
  • porter mes propres habits et pouvoir me dévêtir si j’en ressens le besoin [nudiste power]
  • boire et manger à ma convenance
  • bouger et prendre la position que je veux quand je veux et avoir le moins d’entrave possible
  • accoucher dans l’eau si la baignoire est disponible
  • qu’on me parle en anglais plutôt qu’en néerlandais autant que possible [je compte insulter tout le monde en français dans tous les cas, si mon néerlandais est suffisamment bon pour avoir suivi la majorité de la réunion d’information, je ne me sens pas suffisamment à l’aise pour l’utiliser à ce moment-là, je fais d’ailleurs mes rendez-vous avec mes sages-femmes en anglais pour être sûre de tout comprendre]
  • aucune médication contre la douleur
  • lors de la poussée, pouvoir pousser spontanément sans limite de temps, tant qu’il n’y a pas de risque pour mon enfant et moi
  • pas d’épisiotomie même s’il y a risque de déchirure
  • qu’on coupe le cordon ombilical seulement une fois qu’il s’est arrêté de battre
  • dans le cas de la nécessité d’une césarienne, qu’on se soit assuré que toutes les autres options ont été épuisées
  • pouvoir avoir le bébé contre moi directement après la naissance
  • si je ne peux pas avoir le bébé contre moi (pendant l’expulsion du placenta ou après une césarienne) que le bébé soit confié au papa directement
  • allaiter le plus tôt possible après la naissance
  • si je ne peux pas allaiter directement, que ne soit pas donner de biberon à mon bébé
  • que tous les examens médicaux soient faits seulement après un temps de découverte parents-bébé
  • que les examens nous soient expliqués clairement et soient les moins intrusifs possibles dans les heures qui suivent la naissance
  • pouvoir découvrir moi-même le sexe de mon bébé [on n’attend pas 9 mois pour que quelqu’un nous vole cette découverte]
  • dans le cas d’une césarienne, ne pas voir l’expulsion [il m’a semblé comprendre lors de la réunion d’information qu’ils peuvent mettre un genre de drap transparent pour suivre ce qui se passe pendant la césarienne… C’est juste trop pour moi]
  • dans le cas d’une déchirure, bénéficier d’une anesthésie locale pour les points [oui, je veux bien souffrir le martyre avant la naissance mais suite à deux récits de personnes recousues à vif, j’ai très peur que cela m’arrive. Au fond, je suis une petite nature !]

Je suis bien plus sereine depuis que j’ai mis tout ça par écrit.
J’ai hâte d’en parler avec la sage-femme.

Et je compte aussi beaucoup discuter avec l’amoureux de sa place le jour J. Je souhaiterais vraiment qu’il soit présent, partie prenante, qu’il me soutienne, qu’il fasse traducteur si besoin et qu’il fasse barrage dans le cas où on ne respecte pas mes souhaits sans explications. Mais je ne veux pas non plus le mettre dans une situation de pression trop grande et je pense qu’il faut qu’on discute de ce qu’on envisage s’il ne se sent pas à sa place par exemple et préfère sortir un moment…

Heureusement, nous avons encore quelques semaines devant nous.

Et toi, tu as eu des angoisses par rapport à l’accouchement ? Tu as fait un projet de naissance ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com