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A la une / Vie de maman

Mon séjour imprévu à la maternité

Aux Pays-Bas, si tout se passe bien, quand on accouche à la maternité, on rentre chez soi quelques heures après.
Alors, ne crie pas au scandale, il y a un système appelé Kraamzorg qui fait qu’on ne te lâche pas seule chez toi avec ton bébé juste né (mais ça, on en reparle une prochaine fois).

L’idée de rentrer vite dans mon cocon me plaisait ; seulement, ça ne s’est pas passé comme cela pour moi.

Après avoir fait une hémorragie où j’ai perdu plus de 2 litres de sang, je me suis retrouvée sur un lit d’hôpital, avec deux perfusions, une sonde urinaire, un ballon dans l’utérus et la tête qui tourne si je songeais à me relever. Glamour bonjour… Et pas de plus pratique… Il me fallait rester à l’hôpital.

Et il eut un soir, et il eut un matin…

J’ai accouché à 23h11. Je pense que je suis partie au bloc pour résoudre ce problème d’hémorragie vers minuit. D’après les photos prises, je me suis retrouvée en salle de réveil avec mes deux amours de 1h15 à 2h15 environ. Et puis, on nous a emmenés dans une chambre. Mes souvenirs sont assez flous, je devais être plus qu’exténuée.
On a proposé un lit pliant au papa, bébé a dû bien dormir (elle avait aussi vécu de sacrées aventures, il fallait se remettre).
Et puis, il a été 5h30 et on s’est réveillé tous les trois.

Nous avons décidé d’attendre 6h30 pour prévenir les gens, à commencer par nos parents, de la naissance de notre fille. C’était un doux moment d’appeler ou d’envoyer des messages pour dire que notre petite fille était née.

Elle était là, notre petite fille… Nous avons tiré les rideaux et le ciel était bleu. C’était un beau matin. La maternité est au milieu de la forêt et les arbres étaient plein des couleurs de l’automne.
J’avais un peu l’impression d’être dans un songe… Et notre petite est si belle… Elle dort, elle prend le sein et elle ouvre aussi déjà ses grands yeux pour nous regarder d’un air curieux.

Réalisations

Et puis, le ballet des soignants à commencer.

Crédit photo : DarkoStojanovic

Je suis très heureuse des personnes que nous avons rencontrées lors de notre séjour à la maternité, bienveillants, à l’écoute, compétents… Mais clairement, on en voit du monde quand on est à la maternité et entre l’aide-soignante qui vient demander ce qu’on veut pour le dîner, la médecin qui passe pour faire le point, l’infirmière pour vider la poche, je me sens un peu dans un tourbillon.

Et je réalise l’état dans lequel je suis. J’apprends ce qui s’est vraiment passé après mon accouchement. Et ce bébé dans son berceau à côté de moi, ma fille, je ne peux pas la prendre dans les bras sans qu’on me l’y mette.

Ce deuxième jour, je réalise peu à peu que mon corps est vraiment bien faible…

Le fait d’être maman lui, semble déjà acté dans ma tête et dans mon cœur. C’est étrange d’ailleurs, je n’ai pas eu d’épiphanie, de tempête émotionnelle, de réalisation soudaine ou progressive, depuis sa naissance ma fille est ma fille et c’est naturel.

Crédits photo : photo personnelle

Mais c’est plutôt mon état physique qui est un choc.
On me dit que mon fer est bas, qu’on attend les résultats du deuxième test pour savoir si on doit faire éventuellement une transfusion ou une perfusion de fer.
On me parle aussi de ballon dans l’utérus qu’on va dégonfler en deux fois. Et puis on verra le soir, si je peux essayer de m’asseoir.
Je me demande ce que je fais là, ce qui va se passer après, dans quel état je vais être.

Les parents de l’amoureux passe en début d’après-midi. C’est un autre joli moment. Mon beau-papa pleure d’émotion.

Nous décidons avec l’amoureux qu’il reparte avec eux pour mettre un peu d’ordre dans l’appartement (j’y avais perdu les eaux et n’avait pas eu le temps de mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle…), faire une petite sieste car il n’a pas pu dormir sur le lit d’appoint et enfin, nous ramener des affaires puisqu’il n’était pas prévu que je reste.
Et moi, pendant ce temps-là, je suis bien entourée, je pense.

Mes larmes de maman

Oui, sauf quand ma fille pleure et que je sonne mais qu’on met du temps à venir… Ma fille pleure et je ne peux rien faire, je n’arrive pas à la prendre…
Quelqu’un finit par arriver et me la met lau sein. Sauf qu’une fois seule avec elle, elle lâche le sein, s’énerve, n’y arrive pas. Et moi, non plus, je n’y arrive. Je me sens seule, vulnérable, abandonnée, déprimée. Je pleure pour la première fois depuis que ma fille est née. Je pleure sans pouvoir m’arrêter.
J’envoie un message au secours à l’amoureux qui me parait tarder.

Ces premières larmes en annoncent d’autres.
À 23h, exténuée et malgré la présence de mon amoureux, je me sens à nouveau démunie, ma fille hurle au sein. Une auxiliaire arrive et m’annonce que je n’ai sans doute rien à donner à manger à mon bébé vu mon état de faiblesse, elle propose donc de compléter ma fille à la seringue et m’apporte un tire-lait pour stimuler. Rien ne sort. Ma fille prend le lait artificiel et s’endort.
Gros sentiment d’échec de ma part, j’ai l’impression déjà d’être une mère en carton.

Alors même que je m’étais dit « j’essayerai d’allaiter car ça a l’air d’être une belle expérience mais si ça ne marche pas, je n’insisterai pas, le lait en poudre, c’est bien aussi », tout d’un coup, ça me parait totalement impensable de ne pas donner le sein à mon bébé.

Je finis par m’endormir d’épuisement. À 2h du matin, ma fille hurle de faim à nouveau. Une autre dame vient me voir et me dit « ok, on va vous la prendre un peu pour la compléter et pour que vous vous reposiez un peu et on vous la ramène après » – je suis tellement mal, tellement à bout que je ne réalise pas vraiment, je dis oui et me rendors…Mais à 5h, je me réveille en panique, ma fille n’est pas à côté de moi, on ne me l’a pas ramenée, j’ai l’impression qu’on me l’a volée, que je n’ai pas su la protéger, encore une fois, que je ne suis pas à la hauteur.
C’est un sentiment animal : « rendez-moi mon bébé ».
Et je pleure beaucoup.

On m’a bien sûr ramené mon bébé. Et même, le matin, on m’a envoyé une conseillère en lactation pour discuter de ce qu’on peut faire. Parce que oui, quand tu as perdu plus de 2 litres de sang, ton corps, il a un peu de mal à produire un truc nouveau. Et oui, on peut mettre en place un protocole pour essayer de mettre en place mon allaitement, compléter à la seringue et au petit doigt, mettre le bébé au sein pour stimuler et pomper pour faire monter le lait.
Pendant tout cet entretien, je pleure à chaudes larmes, encore.

Le jeudi 9 et vendredi 10 novembre 2018, ces deux jours à l’hôpital qui ont suivi la naissance de ma fille, j’ai vraiment beaucoup pleuré.

C’est ça le baby-blues ?

Je ne sais pas quel rôle exact a la chute d’hormones dans le schmilblick… Quand tu es exténuée physiquement du manque de sommeil et de l’épreuve de haut niveau qu’est un accouchement, quand tu es chamboulée moralement parce que ça y est, d’un coup, tu as la responsabilité d’un petit être, et enfin, en bonus dans mon cas (mais dans aussi beaucoup d’autres post-accouchement), quand tu te retrouves totalement clouée au lit sans pouvoir ne serait-ce que t’asseoir, et bien y a plus d’une raison de craquer. Surtout quand tu dois déjeuner à la néerlandaise le midi, help, sortez-moi de là !

Sortir de là ?

Le vendredi matin, je ne me suis pas encore levée. J’ai essayé de m’asseoir la veille au soir mais ça tournait beaucoup. On m’a dit que je n’avais pas besoin de transfusion mais que suivant les résultats du lendemain, je pourrais avoir besoin d’une perfusion de fer.
Mais que dans tous les cas, on va m’enlever la sonde urinaire et que si je n’ai pas besoin de perfusion, que j’arrive à tenir debout, on peut envisager de me laisser rentrer à la maison.
Je suis de toute façon super contente de me lever et d’aller prendre une douche…

Je ne tiens pas très bien sur mes jambes mais je suis debout et c’est un soulagement.
Par contre, en croisant mon reflet dans la glace, j’ai très peur, je suis tellement pâle !

Ensuite, on me dit que le médecin va passer pour me communiquer les résultats de mon nouveau test sanguin et discuter des possibilités mais pas avant 13h. L’amoureux va donc profiter de ce temps-là pour aller à la mairie déclarer la naissance de notre choupinette comme ça doit être faire dans les deux jours ouvrés qui suivent la naissance. Il me demande plusieurs fois si ça va aller sans lui… Mais maintenant que je peux m’asseoir et que j’ai l’espoir de peut-être rentrer à la maison, ça va mieux.

La médecin passe plus tôt que prévu. Mon taux de fer n’a pas rechuté même s’il est toujours bas. On me laisse le choix entre une perfusion de fer ou des cachets.
Si je choisis les comprimés, ça va prendre plus de temps, jusqu’à 6 semaines pour me retaper ; au niveau de la perfusion, le risque est de faire une allergie et surtout, cela veut dire rester encore au moins 24 heures à l’hôpital.
J’ai BESOIN de rentrer chez moi, j’avais l’impression que je ne remontrais pas la pente si je restais à l’hôpital. La médecin n’est pas sûre que ce soit la meilleure idée. Je parlemente en disant qu’en plus du service de la kraamzorg (une personne qui vient à ton domicile pendant une semaine, comme je disais au début de l’article, je t’en reparle bientôt), il y aura l’amoureux qui a pris des jours (parce que le congé paternité de deux jours, c’est une grosse blague, on est d’accord ?), il y aura mes parents là pour deux semaines (et notamment ma maman pour me faire à manger, j’ai bien insisté sur le fait que ce n’est pas la bouffe de l’hôpital qui risque de me requinquer !), et il y a aussi mes beaux-parents toujours prêts à aider et des amis aussi. J’étais vraiment en mode « laisseeeeez-moiiii sortiiiiiiiirrrr »

Et on m’a dit que oui, je peux sortir. Ouf.

J’ai pris mes clic-clacs, mon bébé sous le bras et je suis partie.

Ah ben, mon bébé dort, mon amoureux n’est pas encore revenu et je tiens pas vraiment debout longtemps. Il faut encore patienter.

Et puis une fois l’amoureux là, l’enfant réveillée, elle a une température un peu basse et l’infirmière se demande si c’est une bonne idée de nous laisser partir… Heureusement, après l’avoir nourrie (ma fille, pas l’infirmière !), tout revient à la normale et on peut enfin rentrer chez nous.

C’est à ce moment-là que j’ai vraiment eu l’impression que notre vie à trois a commencé.
En petite forme pour moi, avec un gros point d’interrogation pour l’allaitement, avec besoin de beaucoup d’aide pour s’en sortir au début mais quand même notre vie à trois, à la maison.

Et je reviens te raconter ça bientôt !

Et toi, tu as du rester combien de temps à la maternité ? Tu as aussi eu des crises de larmes ? Raconte !

A propos de l’auteur

Maman d'une petite fille merveilleuse née en novembre 2017 et d'un petit garçon fantastique né en juillet 2019, j'habite aux Pays-Bas avec mon amoureux, j'ai été prof de FLE et directrice d'une école de langue que j'avais co-créée... Aujourd'hui, j'explore de nouveaux horizons et si tu veux continuer à me lire, ça se passe sur www.claire-schepers.com