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« Et la fleur éclot le jour des enfants » : la naissance de petit koala


Publié le 19 septembre 2019 par Mère Renarde

Attention: dans cet article, il y aura des photos qui peuvent être choquantes.

Il y a des matins où on se lève comme tous les jours sans se douter que notre vie va radicalement changer. Ce matin là, je me suis réveillée avec peu de sommeil au compteur mais une véritable trouille au ventre. 

33 SA

Je n’ai que très peu dormi. Mon moral est en berne et je me sens totalement épuisée. Le dernier monito de la veille ne m’a pas vraiment aidé à m’apaiser. La sage-femme a galéré à trouver le cœur de petit koala pendant un long moment. Heureusement, elle donnait des coups de temps en temps, ce qui nous rassurait sur sa vitalité.

Le seul problème, c’est que depuis la fin du monito, petit koala n’a absolument plus bougé. Rien. Pas un copec, même à mes appels auxquels elle était si réceptive d’ordinaire. Il ne m’en fallait pas plus pour imaginer le pire.

J’attends donc le premier monito de la journée avec impatience, me raccrochant au fait que l’injection de corticoïdes que j’ai reçu peut « assommer » un peu les fœtus. 

J’ai l’estomac noué, je n’arrive à rien avaler du petit déjeuner, même si les sages-femmes insistent pour que je le fasse. Il faut dire qu’en dehors de petit koala, mon état également se détériore de jour en jour. Au début de ce 5eme jour d’hospitalisation, j’ai déjà perdu 2,5 kilos, je ne m’alimente presque plus et ma tension ne cesse de chuter. Mes urines sont toujours positives, et ma glycémie inlassablement haute. On voit nettement que ça ne va pas. 

La sage-femme qui vient m’installer le monito me connait déjà. Elle s’est occupé de moi les 2 premières nuits, et je me sens à l’aise avec elle. A peine pose t-elle le boitier que le cœur de petit koala raisonne. Je suis soulagée immédiatement, elle est toujours en vie, c’est le principal. Mais on a toujours ce rythme qui est mini-oscillé autour de 120 bpm et très plat. Le gynéco de garde passe me voir. Lui aussi me connait, c’est lui qui m’a prise en charge au début de la grossesse quand j’ai eu mon abcès infecté. Il regarde le tracé, mon dossier, et plaisante avec moi. «vous êtes a 33 SA c’est déjà super. Maintenant, chaque jour en plus sera une victoire ». Oui. Parce que vu le tracé du monito, ce n’est effectivement pas gagné.  

On fait 1h30 de monito, avant de me proposer de me reposer un peu. Lhomme doit rentrer chercher des affaires pour moi mais aussi pour petit koala, « au cas où ». Mais j’ai un pressentiment. Je ne veux pas qu’il parte, je lui demande de rester au moins jusqu’à mon second monito à midi.

A 12h, on m’apporte le plateau repas. Ça ne me fait absolument pas envie, et de toutes façons, je n’ai pas faim. Je veux me faire violence et manger un peu quand même, mais je vois la sage-femme arriver un peu en catastrophe. Elle me demande de ne surtout pas manger et me dit que le gynéco veut faire un monito de contrôle avant. On est reparti pour une heure donc. Elle prend ma dextro, je suis en hypoglycémie à 0,5. Ça ne va pas aider la petite à bouger. On lance le monito, sans surprise, son  rythme est toujours mini-oscillé sans mouvement, mais au bout de 10 minutes, on l’entend très clairement ralentir jusqu’à s’arrêter pendant quelques secondes, avant de repartir. Lhomme et moi on se regarde, on a peur, on appelle la sage-femme. Elle arrive, constate sur le tracé du monito, et me remet en Décubitus latéral gauche pendant qu’elle va appeler le gynéco. Je lui demande si elle a une idée de ce qui a pu provoquer ce ralentissement, elle me dit que ça peut être vraiment beaucoup de chose, mais que le gynéco est mieux placé qu’elle pour analyser. 

Code orange

La sage-femme revient quelques de minutes après. Elle ferme la porte de la chambre, et arrête le monitoring. je n’aime pas trop ça. Elle me dit alors que le gynécologue souhaite faire une césarienne. Je lui demande quand est ce que la césarienne aura lieu dans la semaine, et elle me répond qu’en fait le bébé doit être sorti dans la demi-heure. Je suis choquée, et elle le voit. Elle s’excuse, elle me dit que le gynéco aurait préféré venir me le dire lui même, mais il était entrain de finir de manger rapidement pour pouvoir se préparer pour le bloc. C’était une urgence, un code orange, mais de ne pas m’inquiéter car j’ai eu les injections, ils sont au courant en néonatalogie et que tout se passera bien pour ma fille et moi. Elle me demande de me déshabiller rapidement, car je vais avoir très vite beaucoup d’agitation dans la chambre.

Lorsqu’elle sort, j’ai un moment d’absence, puis je fonds en larme. Je me sens juste minable car tout ce que je voulais éviter est en train d’arriver : la prématurité, la césarienne en urgence, le pronostic vital engagé, toutes mes angoisses sont en train de se réaliser. Lhomme me prend dans ses bras et me dit « le 05-05 c’est une belle date pour naître ».

Très rapidement effectivement, le gynéco arrive. il m’explique ce qu’il va se passer exactement pour moi et pour la petite. Il est confiant, elle a un bon poids et a passé les 30 semaines de grossesses révolus. Ensuite, c’est l’anesthésiste de garde qui arrive. J’ai eu mon RDV anesthésie la veille, donc tout est encore bien frais, mais il me rassure et m’explique tout. Je lui demande s’il y a un risque que j’ai une AG et il me dit qu’ils feront tout pour l’éviter, mais c’est une possibilité à envisager si la pose de la rachi-anesthésie prend trop de temps. 

Crédit: photo perso

Même pas 10 minutes se sont écoulés depuis l’annonce de la césarienne, et je suis déjà dans l’ascenseur pour le bloc, Lhomme à coté de moi, qui ne me lâche pas. Arrivée à l’étage du bloc, l’équipe de néonatologie le prend à part pour lui expliquer plus en détail ce qu’il va se passer et le faire s’habiller pour pouvoir rester avec la petite dès qu’elle sera sortie.

Je me retrouve donc seule au bloc. Je suis branchée a une poche de glucose d’un coté, et une d’insuline de l’autre. J’ai énormément envie de vomir, donc on me pose un second cathéter dans lequel on m’injecte un anti-vomitif qui fait effet rapidement. Puis, l’anesthésiste veut poser la rachi. Il pique une première fois pour anesthésier la zone. C’est inconfortable mais pas vraiment douloureux. Mais ce n’est que le début de mon calvaire. Il a beaucoup de mal a réussir à la poser. Il pique une fois, 2 fois, 3 fois… ça fonctionne pas. Au bout de la 4ème fois, je craque à nouveau et je pleure. Pas à cause de la douleur. Parce que je me dis qu’on perd un temps précieux et qu’une fois de plus c’est de ma faute, parce que j’ai peur de finir sous anesthésie générale, de perdre ma fille, ou même de mourir. L’équipe du bloc est au top, elle me rassure, m’aide à respirer, et au bout de la 6ème tentative, ça y est, la rachi prend enfin.

Ces premières heures cruciales

Ni une ni 2, on m’allonge, on pose la sonde urinaire, et le gynéco lance la césarienne, il est 13h59. Il me demande si je connais le sexe du bébé et son prénom, je lui dis oui, et à 14h03, il la sort, me la montre au dessus du drap et me dit « voilà votre petite ». Je la vois grimacer, mais elle ne pleure pas. La pédiatre de la néonat est à coté, elle la récupère tout de suite et part avec elle. J’entends petit koala crier quelques secondes après et je sens le soulagement pour tout le monde dans le bloc. On me félicite, mais je ne comprends pas pourquoi. Je n’ai même pas eu le temps de percuté qu’elle était sortie qu’on l’avait déjà emporté loin de moi pour l’aider à respirer. 

crédit: photo personnelle

Pendant qu’on me recoud, je ne me sens pas bien, j’ai de nouveau envie de vomir. On me fait respirer quelque chose pour me soulager, et à 14h20, l’opération est terminée.

Une fois en salle de réveil, on continue de m’abreuver de félicitations, auxquels je réponds poliment par merci, mais en vrai je suis dans les vapes. Lhomme vient me voir et me rassure sur l’état de petit koala. Il me montre sa photo, pour la première fois je vois ma fille, son visage, ses mimiques grâce aux Live photos… et je ne ressens absolument rien.

Crédit: photo perso

On me dit qu’elle est belle, qu’elle ne fait pas si préma que ça. Je n’ai pas de point de repère, je ne sais pas quoi penser. 

Crédit: photo perso

Puis la pédiatre vient me voir pour me faire un point. Petit koala ne respire pas très bien. Ils ont du la réanimer et ils hésitent à l’intuber, et si son état ne s’améliore pas rapidement, il faudra la transférer dans un autre hôpital.

Au bout de 2 heures, on me remonte dans ma chambre. Je suis complètement dans les vapes, je ne réalise pas ce qu’il vient de se passer. On me félicite encore, mais moi je ne me sens pas maman. Je suis épuisée, j’ai juste envie de dormir. Il est presque 18h. La sage femme de jour veut que je mange vu que je n’ai rien avalé depuis la veille. Je n’ai pas faim, elle insiste, j’avale une compote. A 18h30, la pédiatre de la néonat vient me voir et m’informe que petit koala est stable et ne sera finalement pas transférée. Gros soulagement, je souris pour la première fois. 

A 20h30, la sage femme de nuit vient me voir. Elle me félicite à son tour, me demande si je ne suis pas trop choquée et si je suis allée voir ma fille. Je lui dis que je ne me sens pas capable de me lever, mais qu’à cela ne tienne, elle va chercher toute l’équipe, et ils m’aident à passer du lit à un fauteuil roulant. J’ai toujours mes perfs, ma sonde, je suis livide, mais j’arrive quand même à descendre en néonat avec Lhomme, pour rencontrer mon petit koala, qui a l’air si paisiblement endormie.

L’équipe de néonat prend le temps de m’expliquer en détails a quoi sert chaque instrument, me dire ce qu’elle reçoit dans sa perf et pourquoi elle a un ballon autour de la tète (ballon qui l’a préservé de l’intubation). J’apprécie ces détails même si je n’en écoute que la moitié. Je suis juste captivée par ma toute petite fille, et j’éprouve un véritable soulagement qu’elle soit enfin hors de mon ventre car je suis persuadée qu’elle sera plus en sécurité dehors que dedans. J’espère juste qu’elle n’a pas l’impression que je l’ai abandonné, tout s’est passé si vite.

Crédit: Photo perso


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Commentaires

14   Commentaires Laisser un commentaire ?

Lumi (voir son site)

Ton récit est très émouvant à lire. J’ai vécu aussi un code orange mais suite au travail, et pas à ce stade de grossesse. Ça a dû être vraiment très choquant à vivre pour toi. J’espère que l’écrire t’a aidée à digérer tout ça, si ce n’était pas déjà fait. Plein de pensées pour vous trois.

le 19/09/2019 à 07h40 | Répondre

Mère Renarde

Merci beaucoup pour les pensées.
Près d’un an et demi apres, je repense avec beaucoup d’emotion à cette journée. Je l’ai digéré maintenant mais ça a été long et dure, surtout que les premiers mois avec ma fille, j’etais focalisée sur sa santé donc je n’ai pas pris le temps de penser à moi. On a beaucoup travaillé dessus avec ma psy dans le cadre de ma dépression post-partum et je pense que le fait d’avoir été accompagné m’a énormément aidé.

le 20/09/2019 à 06h57 | Répondre

Virg

Entendre son petit coeur s’arrêter puis le coup du code orange…. j’espère que tu as réussi à surmonter cette expérience, le traumatisme doit être immense.

le 19/09/2019 à 08h35 | Répondre

Mère Renarde

Oui je crois que je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. J’ai en photo le tracé où on voit tres bien l’arret et a chaque fois que je le regarde je me dis qu’on a eu beaucoup de chance.
Par contre je ne supporte plus le bruit des monitoring maintenant, ça me crée des angoisses instantanément. Je ne sais pas comment je ferai pour une prochaine grossesse

le 20/09/2019 à 07h02 | Répondre

Pauline

Ton récit est très touchant, on ressent toute l’angoisse que tu, vous avez dû ressentir …
Je suis contente de savoir que tout a bien fini, je n’ose même pas imaginer le stress …
Ici aussi notre Petit Chat a eu droit au sac autour de la tête … Moi je ne l’ai vu que en photo, mais ça fait un drôle d’effet !

le 19/09/2019 à 09h11 | Répondre

Mère Renarde

Oui le ballon ça m’a surprise quand je l’ai vu en photo, parce que je pensais vraiment qu’elle serait intubée. Je savais meme pas que ça existait.
C’est vrai que je ressens aussi de l’angoisse quand je me relis, alors que sur le moment je pense que j’etais plus sereine (le jour de la naissance). C’etait particulier. J’etais la seule a accouché, la seule en salle de reveil, un samedi en debut mai, et on me faisait des rapports tellement souvent que je ne m’inquietais pas plus que ça. Je pense que les sedatifs et l’etat de choc ont énormément joué aussi. Le vrai stress il est réellement arrivée après, quand on a réalisé qu’on avait un bébé de meme pas 2 kg qui faisait la taille de la paume de la main de certains…

le 20/09/2019 à 07h09 | Répondre

Maud (voir son site)

J’en ai les larmes aux yeux et j’étais limite en apnée en te lisant.
Quelle épreuve cela a du être pour vous 3 !
J’espère que vous avez réussi à surmonter un peu tout cela.

le 19/09/2019 à 09h40 | Répondre

Mère Renarde

Aujourd’hui ça va oui. On arrive a repenser a tout ça et meme a envisager un autre enfant sans trop de soucis. Biensur il y a encore quelques pincements au coeur, et c’est toujours un peu compliqué quand on nous demande d’expliquer ce qu’il s’est passé. Mais ça fait totalement partie de nos vie maintenant et de la relation que nous avons developpé avec notre fille :).

le 20/09/2019 à 07h14 | Répondre

Madame C

Je comprends totalement ce que tu as ressenti.
Le cœur qui s’arrete (ou qui bat très faiblement pour nous), l’agitation de l’equipe médicale, la cesarienne dans la foulée puis la néonatalogie…
Sans oublier les vomis et le fauteuil roulant…. déboussolée, pliée de douleur et fatiguée, on a vraiment du mal à comprendre ce qui nous arrive.
Rassure toi, trois ans et demi après, ma Louloutte va très très bien.

le 19/09/2019 à 09h43 | Répondre

Mère Renarde

On sent aussi l’expérience vécu dans tes mots. C’est tout à fait ce que tu décris. Je suis contente de lire que ta fille se porte bien.
On m’avait dit que les petits prémas avaient des ressources insoupçonnés et pour en suivre pas mal, je dois avouer que c’est vrai. Notre koala déborde de vie et hormis le spremiers mois compliquées elle se porte comme un charme maintenant!

le 20/09/2019 à 07h52 | Répondre

Workingmutti (voir son site)

Ton récit est vraiment poignant. J’ai subi aussi une césarienne en code orange, mais en cours de travail. Je n’ose pas imaginer la difficulté à vivre tout ça si soudainement. Quel courage vous avez eu !

le 19/09/2019 à 15h39 | Répondre

Mère Renarde

Je sais pas si on doit parler de courage en fait. On s’est adapté et on a fait avec (et comme) ce qu’on a pu. Je pense que comme tout parent on a puisé dans une force venue de je ne sais où pour rester positif et confiant devant une issue incertaine. La véritable courageuse dans l’histoire c’est bien notre petite :).

le 20/09/2019 à 07h54 | Répondre

La Renarde (voir son site)

Merci pour ce récit. J’imagine que cette expérience a été traumatisante et je te souhaite pleins de belles choses maintenant avec ton petit koala 🙂

le 20/09/2019 à 09h52 | Répondre

Mère Renarde

merci c’est gentil de ta part. Oui l’expérience a été traumatisante et aujourd’hui encore je dois beaucoup travailler dessus. Je vis assez mal les naissances dans mon entourage parce que j’éprouve de la jalousie vis à vis de tout ces premiers moments unique que je n’ai pas connu. Mais je pense que le temps saura faire son travail.

le 26/09/2019 à 10h39 | Répondre

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