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A la une / Récit d'accouchement

« Et la fleur éclot le jour des enfants » : la naissance de petit koala

Attention: dans cet article, il y aura des photos qui peuvent être choquantes.

Il y a des matins où on se lève comme tous les jours sans se douter que notre vie va radicalement changer. Ce matin là, je me suis réveillée avec peu de sommeil au compteur mais une véritable trouille au ventre. 

33 SA

Je n’ai que très peu dormi. Mon moral est en berne et je me sens totalement épuisée. Le dernier monito de la veille ne m’a pas vraiment aidé à m’apaiser. La sage-femme a galéré à trouver le cœur de petit koala pendant un long moment. Heureusement, elle donnait des coups de temps en temps, ce qui nous rassurait sur sa vitalité.

Le seul problème, c’est que depuis la fin du monito, petit koala n’a absolument plus bougé. Rien. Pas un copec, même à mes appels auxquels elle était si réceptive d’ordinaire. Il ne m’en fallait pas plus pour imaginer le pire.

J’attends donc le premier monito de la journée avec impatience, me raccrochant au fait que l’injection de corticoïdes que j’ai reçu peut « assommer » un peu les fœtus. 

J’ai l’estomac noué, je n’arrive à rien avaler du petit déjeuner, même si les sages-femmes insistent pour que je le fasse. Il faut dire qu’en dehors de petit koala, mon état également se détériore de jour en jour. Au début de ce 5eme jour d’hospitalisation, j’ai déjà perdu 2,5 kilos, je ne m’alimente presque plus et ma tension ne cesse de chuter. Mes urines sont toujours positives, et ma glycémie inlassablement haute. On voit nettement que ça ne va pas. 

La sage-femme qui vient m’installer le monito me connait déjà. Elle s’est occupé de moi les 2 premières nuits, et je me sens à l’aise avec elle. A peine pose t-elle le boitier que le cœur de petit koala raisonne. Je suis soulagée immédiatement, elle est toujours en vie, c’est le principal. Mais on a toujours ce rythme qui est mini-oscillé autour de 120 bpm et très plat. Le gynéco de garde passe me voir. Lui aussi me connait, c’est lui qui m’a prise en charge au début de la grossesse quand j’ai eu mon abcès infecté. Il regarde le tracé, mon dossier, et plaisante avec moi. «vous êtes a 33 SA c’est déjà super. Maintenant, chaque jour en plus sera une victoire ». Oui. Parce que vu le tracé du monito, ce n’est effectivement pas gagné.  

On fait 1h30 de monito, avant de me proposer de me reposer un peu. Lhomme doit rentrer chercher des affaires pour moi mais aussi pour petit koala, « au cas où ». Mais j’ai un pressentiment. Je ne veux pas qu’il parte, je lui demande de rester au moins jusqu’à mon second monito à midi.

A 12h, on m’apporte le plateau repas. Ça ne me fait absolument pas envie, et de toutes façons, je n’ai pas faim. Je veux me faire violence et manger un peu quand même, mais je vois la sage-femme arriver un peu en catastrophe. Elle me demande de ne surtout pas manger et me dit que le gynéco veut faire un monito de contrôle avant. On est reparti pour une heure donc. Elle prend ma dextro, je suis en hypoglycémie à 0,5. Ça ne va pas aider la petite à bouger. On lance le monito, sans surprise, son  rythme est toujours mini-oscillé sans mouvement, mais au bout de 10 minutes, on l’entend très clairement ralentir jusqu’à s’arrêter pendant quelques secondes, avant de repartir. Lhomme et moi on se regarde, on a peur, on appelle la sage-femme. Elle arrive, constate sur le tracé du monito, et me remet en Décubitus latéral gauche pendant qu’elle va appeler le gynéco. Je lui demande si elle a une idée de ce qui a pu provoquer ce ralentissement, elle me dit que ça peut être vraiment beaucoup de chose, mais que le gynéco est mieux placé qu’elle pour analyser. 

Code orange

La sage-femme revient quelques de minutes après. Elle ferme la porte de la chambre, et arrête le monitoring. je n’aime pas trop ça. Elle me dit alors que le gynécologue souhaite faire une césarienne. Je lui demande quand est ce que la césarienne aura lieu dans la semaine, et elle me répond qu’en fait le bébé doit être sorti dans la demi-heure. Je suis choquée, et elle le voit. Elle s’excuse, elle me dit que le gynéco aurait préféré venir me le dire lui même, mais il était entrain de finir de manger rapidement pour pouvoir se préparer pour le bloc. C’était une urgence, un code orange, mais de ne pas m’inquiéter car j’ai eu les injections, ils sont au courant en néonatalogie et que tout se passera bien pour ma fille et moi. Elle me demande de me déshabiller rapidement, car je vais avoir très vite beaucoup d’agitation dans la chambre.

Lorsqu’elle sort, j’ai un moment d’absence, puis je fonds en larme. Je me sens juste minable car tout ce que je voulais éviter est en train d’arriver : la prématurité, la césarienne en urgence, le pronostic vital engagé, toutes mes angoisses sont en train de se réaliser. Lhomme me prend dans ses bras et me dit « le 05-05 c’est une belle date pour naître ».

Très rapidement effectivement, le gynéco arrive. il m’explique ce qu’il va se passer exactement pour moi et pour la petite. Il est confiant, elle a un bon poids et a passé les 30 semaines de grossesses révolus. Ensuite, c’est l’anesthésiste de garde qui arrive. J’ai eu mon RDV anesthésie la veille, donc tout est encore bien frais, mais il me rassure et m’explique tout. Je lui demande s’il y a un risque que j’ai une AG et il me dit qu’ils feront tout pour l’éviter, mais c’est une possibilité à envisager si la pose de la rachi-anesthésie prend trop de temps. 

Crédit: photo perso

Même pas 10 minutes se sont écoulés depuis l’annonce de la césarienne, et je suis déjà dans l’ascenseur pour le bloc, Lhomme à coté de moi, qui ne me lâche pas. Arrivée à l’étage du bloc, l’équipe de néonatologie le prend à part pour lui expliquer plus en détail ce qu’il va se passer et le faire s’habiller pour pouvoir rester avec la petite dès qu’elle sera sortie.

Je me retrouve donc seule au bloc. Je suis branchée a une poche de glucose d’un coté, et une d’insuline de l’autre. J’ai énormément envie de vomir, donc on me pose un second cathéter dans lequel on m’injecte un anti-vomitif qui fait effet rapidement. Puis, l’anesthésiste veut poser la rachi. Il pique une première fois pour anesthésier la zone. C’est inconfortable mais pas vraiment douloureux. Mais ce n’est que le début de mon calvaire. Il a beaucoup de mal a réussir à la poser. Il pique une fois, 2 fois, 3 fois… ça fonctionne pas. Au bout de la 4ème fois, je craque à nouveau et je pleure. Pas à cause de la douleur. Parce que je me dis qu’on perd un temps précieux et qu’une fois de plus c’est de ma faute, parce que j’ai peur de finir sous anesthésie générale, de perdre ma fille, ou même de mourir. L’équipe du bloc est au top, elle me rassure, m’aide à respirer, et au bout de la 6ème tentative, ça y est, la rachi prend enfin.

Ces premières heures cruciales

Ni une ni 2, on m’allonge, on pose la sonde urinaire, et le gynéco lance la césarienne, il est 13h59. Il me demande si je connais le sexe du bébé et son prénom, je lui dis oui, et à 14h03, il la sort, me la montre au dessus du drap et me dit « voilà votre petite ». Je la vois grimacer, mais elle ne pleure pas. La pédiatre de la néonat est à coté, elle la récupère tout de suite et part avec elle. J’entends petit koala crier quelques secondes après et je sens le soulagement pour tout le monde dans le bloc. On me félicite, mais je ne comprends pas pourquoi. Je n’ai même pas eu le temps de percuté qu’elle était sortie qu’on l’avait déjà emporté loin de moi pour l’aider à respirer. 

crédit: photo personnelle

Pendant qu’on me recoud, je ne me sens pas bien, j’ai de nouveau envie de vomir. On me fait respirer quelque chose pour me soulager, et à 14h20, l’opération est terminée.

Une fois en salle de réveil, on continue de m’abreuver de félicitations, auxquels je réponds poliment par merci, mais en vrai je suis dans les vapes. Lhomme vient me voir et me rassure sur l’état de petit koala. Il me montre sa photo, pour la première fois je vois ma fille, son visage, ses mimiques grâce aux Live photos… et je ne ressens absolument rien.

Crédit: photo perso

On me dit qu’elle est belle, qu’elle ne fait pas si préma que ça. Je n’ai pas de point de repère, je ne sais pas quoi penser. 

Crédit: photo perso

Puis la pédiatre vient me voir pour me faire un point. Petit koala ne respire pas très bien. Ils ont du la réanimer et ils hésitent à l’intuber, et si son état ne s’améliore pas rapidement, il faudra la transférer dans un autre hôpital.

Au bout de 2 heures, on me remonte dans ma chambre. Je suis complètement dans les vapes, je ne réalise pas ce qu’il vient de se passer. On me félicite encore, mais moi je ne me sens pas maman. Je suis épuisée, j’ai juste envie de dormir. Il est presque 18h. La sage femme de jour veut que je mange vu que je n’ai rien avalé depuis la veille. Je n’ai pas faim, elle insiste, j’avale une compote. A 18h30, la pédiatre de la néonat vient me voir et m’informe que petit koala est stable et ne sera finalement pas transférée. Gros soulagement, je souris pour la première fois. 

A 20h30, la sage femme de nuit vient me voir. Elle me félicite à son tour, me demande si je ne suis pas trop choquée et si je suis allée voir ma fille. Je lui dis que je ne me sens pas capable de me lever, mais qu’à cela ne tienne, elle va chercher toute l’équipe, et ils m’aident à passer du lit à un fauteuil roulant. J’ai toujours mes perfs, ma sonde, je suis livide, mais j’arrive quand même à descendre en néonat avec Lhomme, pour rencontrer mon petit koala, qui a l’air si paisiblement endormie.

L’équipe de néonat prend le temps de m’expliquer en détails a quoi sert chaque instrument, me dire ce qu’elle reçoit dans sa perf et pourquoi elle a un ballon autour de la tète (ballon qui l’a préservé de l’intubation). J’apprécie ces détails même si je n’en écoute que la moitié. Je suis juste captivée par ma toute petite fille, et j’éprouve un véritable soulagement qu’elle soit enfin hors de mon ventre car je suis persuadée qu’elle sera plus en sécurité dehors que dedans. J’espère juste qu’elle n’a pas l’impression que je l’ai abandonné, tout s’est passé si vite.

Crédit: Photo perso

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b