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Ces choses à ne pas dire à des parents de prématurés

En matière de parentalité, il y a une multitude de sujet qui peuvent vite être tendus et où il convient de faire attention à ce que l’on dit. Le champ est vaste, il va du banal sommeil, au plus triste et délicat sujet du deuil périnatal.

Quand on rentre dans ceux plus délicats, il faut faire attention à ce qu’on dit. Certaines paroles qu’on peut penser innocentes à premières vues peuvent provoquer un véritable tsunami chez le couple concerné, qui fera son maximum pour ne pas craquer. Ce sont des paroles que j’ai moi-même pu prononcer par le passé, sans réaliser l’interprétation qui pourrait être faite et qu’aujourd’hui je regrette. Je t’en donne 10 qu’on nous a sorti, et qui nous ont particulièrement marqué.

Crédit photo (creative commons) : rawpixel – Pixabay

« Vois le bon côté : vous pouvez continuer de profiter encore de votre couple sans vous encombrer d’un bébé pendant quelques temps. »

Il faut savoir que dès l’instant ou la décision d’un accouchement prématurée est faite, le reste passe en second plan. Même si en façade les parents affichent un sourire et un visage détendu, leur esprit est constamment en néonat, avec leur tout petit. Intérieurement, on se demande comment il va, est ce qu’il ne se sent pas seul, est ce qu’il n’est pas entrain de faire un événement au scoop ? Est-ce qu’il a mangé ? Est-ce qu’il a grossi ? Alors non, on ne profite pas. Je dirais surtout qu’on fait avec, parce qu’on n’a pas le choix.

« Profites de tes nuits complètes. T’as la chance de ne pas devoir t’en préoccuper pour l’instant ».

Là encore, c’est une erreur de croire que parce que bébé n’est pas à côté, on dort tranquillement comme si de rien n’était.

Généralement, quand le bébé est en néonat, la maman l’allaite, donc elle se plie strictement au rythme du tirage de lait toutes les 3 heures afin d’entretenir sa lactation. Mais surtout, c’est faux de croire qu’on dort sur nos 2 oreilles. La tension est si forte que parfois, on se retrouve à appeler la néonatalogie à 3h du matin juste pour être rassurer que tout va bien.

« Il ne fait pas pitié » ou « il me fait de la peine »

Quand on montre une photo de son bébé ou qu’on le présente, on sait pertinemment qu’on va être confronter au regard des autres. C’est bien connu, la différence fait peur.

Dans l’inconscient collectif, un nouveau-né est tout rose, dodu, presque angélique. Un bébé prématuré n’est pas dodu, et les parents ont conscience qu’il ne rempli pas tous les critères de « beauté ». Mais s’ils le montrent, si on présente notre enfant c’est parce qu’on est fier de lui, du chemin qu’il a déjà accompli, et ces deux remarques apportent un voile d’ombre à tout cela.

« Tu as trop forcé pendant ta grossesse, c’est pour ça que ça s’est mal terminé »

Une maman qui a accouché prématurément aura constamment en tête la question du « pourquoi ? ». Elle va refaire le déroulement de sa grossesse pour essayer de trouver ce qui a cloché et à quel moment exactement. Elle s’auto flagèle déjà assez comme ça pour qu’on vienne rajouter par-dessus une dose de culpabilité en plus.

Et d’autant plus qu’il y a autant de raison de prématurité que d’enfant. Et les investigations sont longues avant d’avoir peut-être une réponse un jour.

« Il sera fragile toute sa vie, tu vas le surprotéger »

Oui, on va avoir envie de surprotéger notre bébé. Evidemment. Mais comme tous les nouveaux parents je pense. Et comme tous nouveaux parents, ça va finir par passer.

Par contre, rien ne prédit qu’un enfant prématuré sera fragile toute sa vie. Loin de là même. Il est vrai que certains bébés prématurés vivront avec des séquelles plus ou moins importante, mais avec les progrès de nos jours, la plupart grandissent sans aucun soucis et si on ne le mentionne pas, on ne peut pas deviner que l’enfant est né en avance.

« Comment tu fais pour sortir de l’hôpital sans ton bébé ? »

Le truc avec la prématurité, c’est qu’on ne sait pas en avance combien de temps le bébé va rester hospitalisé. Il y a pleins de case à cocher avant d’envisager le retour à la maison. Certains bébé progressent vite, d’autres ont plus de mal. Et parfois quand on se croit proche de la sortie, il y a un pas en arrière.

Et a côté, la maman continue sa vie aussi. A l’hôpital, on ne récupère pas aussi bien qu’à la maison. Le balai des soignant est continuel, et devoir supporter de voir les autres mamans qui viennent d’accoucher avec leur bébé, c’est vraiment pas simple. Et il y a aussi des aînés parfois. Donc a un moment oui on s’éloigne, on quitte l’hôpital et on y laisse notre bébé. C’est un crève-cœur, mais ce n’est pas comme si on avait le choix.

« T’as de la chance, tu n’as pas connu la fin de grossesse et ses derniers mois affreux »

Le mot « chance » n’est pas le plus adéquate. Aussi dure que puisse être la fin d’une grossesse, toute maman de prématuré aurait préféré la vivre plutôt que de voir sa grossesse s’achevée aussi rapidement et de manière inattendue.

« Raconte-moi »

Non. A moins que ce soit un souhait exprimé directement par les parents, ça ne fait que remuer le couteau dans la plait. Même si on comprend la curiosité, l’envie de savoir, devoir répéter plusieurs fois ce qu’il s’est passé ne fait que rappeler ces durs moments où on a vraiment craint pour la vie de notre enfant.

« Il va bien, c’est le principal. Le reste c’est du passé »

Certes… C’est du passé, mais du passé douloureux et les parents n’oublient pas. Jamais même. Et même quand l’enfant va bien, on se souvient de la peur, du bébé qu’on te retire, des soins, des tubes, des mots… Il ne faut pas minimiser le traumatisme que les parents ont vécus sous prétexte que l’enfant va bien.

« Ça aurait pu être pire »

Oui c’est vrai, et justement on en est conscient. Mais c’est pas non plus une raison pour minimiser la chose. Bien sur qu’on garde en tête que dans notre malheur on a quand même de la chance, que d’autre n’ont malheureusement pas eu. « Et si ? », c’est ce que beaucoup de parents vont se dire une fois leur enfant sorti. Et si finalement on n’avait rien remarqué ? Et si je ne m’étais pas inquiété ? Et si il n’avait pas survécu…

«  Ma sœur/ma cousine/ma voisine/ma collègue a accouché aussi prématurément un mois a l’avance, pourtant il a pas été hospitalisé »

Accouché un mois avant terme n’est pas considéré comme un accouchement prématuré. Après 37 semaines, le bébé est considéré à terme et même s’il arrive 5 semaines avant son terme théorique, il ne craint (normalement) pas grand-chose.

Du coup, ça leur fait une belle jambe aux parents cette information puisque le bébé en question et ses parents n’ont pas connu le même parcours. Il est d’ailleurs très souvent sorti au bout de 3-4 jours seulement, et n’a pas connu le service néonatalogie. La prématurité, la vrai, implique beaucoup plus de choses, et il est rare d’entendre des parents en parler avec légèreté.

Et toi, as-tu aussi eu des phrases qui t’ont blessés sans que ça n’en soit l’intention? 

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b