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A la une / Témoignage

Perdre son enfant avant la naissance

Quand on est enceinte, il y a toujours des gens pour faire part d’histoires tragiques et autres accouchements catastrophiques. Et c’est vraiment pénible ! Alors avant toute chose, saches que tu n’es pas obligée de lire en prime des témoignages qui nourrissent tes angoisses… Et celui-ci risque d’en faire partie.

« Je n’aime pas ce que je vois. » C’est à ce moment précis que j’ai compris que notre bébé était condamné. Et je sais avec une certitude quasi-absolue que je n’oublierai jamais ces mots, pourtant prononcés avec beaucoup de prudence par un spécialiste du diagnostic pré-natal.

lit de bébé avec un mobile

Crédits photo (creative commons) : Dennis Yang

Quelques jours plus tôt, nous étions pourtant relativement confiants pour l’échographie du deuxième trimestre. Assez rapidement cependant, l’échographiste commence à me poser beaucoup de questions : « Est-ce que vous étiez un petit bébé ? Pas de saignements en début de grossesse ? Vous fréquentez beaucoup d’enfants ? ».

En terminant l’échographie, le verdict tombe : il nous faut revoir d’urgence mon obstétricien. Nous nous faisons éjecter de son cabinet comme des malpropres, après avoir attendus une heure et demie en présence d’autres couples le compte-rendu de l’examen.

Heureusement, mon obstétricien est absolument génial : il ouvre en urgence son cabinet dans la soirée, à 21h, et nous dégote un rendez-vous avec un spécialiste renommé, qui nous reçoit deux jours plus tard. Celui, donc, qui « n’aime pas ce qu’il voit ».

Je pense que toutes les futures mamans du monde redoutent d’entendre cette phrase. On sait que cela arrive, parfois, lors des échographies, ou lors de l’accouchement. Le coeur qui s’arrête de battre soudainement, le cerveau qui ne s’est pas formé comme il faut, les reins qui ne fonctionnent pas correctement, la colonne vertébrale qui n’est pas là où elle devrait être… Mais on espère de toutes ses forces que cela ne nous arrivera pas, à nous. C’est arrivé à ma collègue, à ma belle-soeur, à la femme du concierge. Mais ça ne m’arrivera pas à moi, hein ?

Je mange tout ce qu’il faut manger. Je vais chez le médecin régulièrement. J’ai viré de mes produits beauté tous ceux qui pourraient être toxiques pour le bébé. De tous les scenarii catastrophes qu’il m’arrivait d’imaginer, en bonne primipare méga-anxieuse que j’étais, absolument aucun ne se terminait par la mort de mon enfant.

D’ailleurs, quand je suis tombée enceinte, tout le monde me disait de ne pas m’inquiéter. Que « la grossesse, ce n’est pas une maladie ». Que les échographies sont simplement une occasion de voir son bébé. Que de toutes façons en France, la grossesse est trop médicalisée.

J’ai essayé d’écouter tous ces conseils, même si je n’étais pas forcément d’accord avec tout. Pas une maladie, la grossesse ? Moi, j’étais malade comme un chien. Trop médicalisée ? Après tout, si tout peut se passer aussi bien aujourd’hui en France lorsqu’on est enceinte, c’est justement grâce aux progrès de la médecine, non ?

Comme n’importe quelle future maman, j’étais (très !) anxieuse. Mais une fois les trois premiers mois et l’échographie du premier trimestre passés (qui était impeccable), nous avons commencé à respirer un peu. Certes, il y avait bien toujours au moins une personne autour de moi pour me raconter des histoires affreuses, mais je choisissais de ne pas les écouter. (Je continue d’ailleurs de penser, même encore aujourd’hui, qu’il faut être un peu pervers pour raconter des histoires de fausses-couches, de bébés mort-nés ou d’accouchements cataclysmiques à une future maman.)

Suite à ce rendez-vous et pendant un mois, nous avons vécu ce qui doit ressembler à l’enfer sur terre. Les examens pour vérifier l’évolution des malformations et en identifier l’origine (toujours inconnue, encore aujourd’hui). La longue attente entre chaque résultats. La liste des malformations qui s’allonge à chaque nouvelle échographie. Les rendez-vous chez l’échographiste, les obstétriciens, la généticienne, les psychologues, les marches interminables dans les couloirs de l’hôpital pour aller d’une consultation à une autre. Les médecins qui n’osent pas se prononcer. Les nuits blanches à prendre conscience que notre enfant ne grandirait jamais.

Qu’un bébé meure de façon « naturelle » pendant la grossesse, l’accouchement, ou suite à une interruption médicale de grossesse, le résultat est le même : ce n’est pas un fœtus, mais un enfant qui part. C’est un être humain que les parents aiment déjà de façon inconditionnelle. C’est aussi un projet de vie qui s’écroule en quelques jours.

Les gens voudraient croire qu’on s’en « remet » facilement, parce que le bébé n’est pas né vivant, donc que les parents ne l’ont pas vraiment connu. Mais c’est une erreur. Lorsqu’il est désiré, un enfant existe déjà pour ses parents, dès le test de grossesse positif.

Il faut d’ailleurs savoir que, passé 22 semaines d’aménorrhées, l’enfant pourra être déclaré à l’État civil et enregistré dans le livret de famille, qu’il aura droit à des obsèques, et pourra être prénommé. Il « naîtra » par accouchement, dans des conditions similaires à un accouchement classique (et non par une intervention médicale sous anesthésie, comme on pourrait le supposer), et la mère pourra prétendre au congé maternité.

On ne peut donc pas réduire la douleur des parents à une simple perte accidentelle : il s’agit d’un véritable deuil, d’une blessure à vif qui prendra un temps considérable pour cicatriser. Il n’existe d’ailleurs pas de mots dans la langue française pour nommer la perte d’un enfant, mais est-ce vraiment un hasard si nous n’arrivons pas à nommer l’indicible ?

À cela s’ajoute la culpabilité et le sentiment d’injustice des parents : qu’ai-je fait de mal pour ne pas réussir à protéger mon enfant ? Pourquoi nous, qui désirions cet enfant, et pas cette femme, de la rubrique des faits divers, qui a assassiné le sien ? Pourquoi ces femmes enceintes autour de moi, qui ont bu de l’alcool et mangé de la charcuterie roulée sous les aisselles, ont-elles aujourd’hui un bébé en parfaite santé, alors que j’ai passé 6 mois à désinfecter tout ce que je touchais ?

Il n’y a bien entendu aucune justice dans ce genre de drame, pas plus qu’il n’y en a dans d’autres. Une fois le drame passé, il reste aux parents un immense vide, et une nouvelle vie qu’il leur faut réapprendre à aimer… mais ça, je t’en parle très vite.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles