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A la une / Témoignage

Perdre un bébé non prévu

J’ai décidé d’arrêter la contraception hormonale, car après avoir essayé la pilule, les patchs et les anneaux, rien ne me convenait. Ne voulant pas risquer un stérilet à cause de contre-indications médicales, je me suis donc lancée dans la contraception naturelle… Vive le calendrier !

Tout le monde sait que cette méthode n’est fiable qu’à 75% à cause des fréquentes perturbations du cycle. Nous connaissons ce risque et nous acceptons de le prendre car, après un mariage et l’achat d’une maison, il n’y a plus que mon travail qui pose problème. C’est ainsi qu’un jour, après un petit retard de règles, je trouve ma poitrine très tendue.

Prévoyante, j’ai déjà un test urinaire à la maison. Quelques minutes suffisent pour que s’affiche un magnifique « pregnant ». Peu après, mon super test évalue ma grossesse à trois semaines.

Ma première réaction est tout naturellement : « et m**** » . Je suis aussi dépitée que mon mari est aux anges ! En effet, j’ai un travail à risque et je ne peux pas travailler enceinte. De plus, je suis alors sur un gros projet… ce n’est vraiment, mais vraiment pas le moment !

J’envoie mon mari acheter un second test, histoire d’être sûre à 100%. Bien entendu, il rend le même verdict.

Femme songeuse

Crédits photo (creative commons) : desobte

Je ne sais pas comment réagir. J’ai peur de la réaction de mon boss quand je vais lui annoncer qu’il devra faire mon travail en plus du sien. En même temps, je ne peux m’empêcher de penser à cette nouvelle vie à trois, à ma petite famille qui va s’agrandir.

Mon cerveau tranche rapidement : la famille prime sur la carrière. Tant pis si je ne peux pas boucler ma thèse à temps, je vais être maman ! Nous ne sommes pas prêts, mais ce n’est pas grave : nous avons huit mois pour nous préparer.

La semaine qui suit, nous l’annonçons à nos parents et à nos amis proches. Tout le monde est très content pour nous. Certains nous avouent même être ravis que nos plans initiaux aient foiré.

Je l’annonce ensuite à mes supérieurs, car la loi m’oblige à les informer de ma grossesse dès que je l’apprends. Mon boulot est bien plus affecté que je ne le pensais, mais à ce stade, c’est le cadet de mes soucis.

Youpi, nous allons avoir un bébé !

Les semaines passent. Je dors encore plus que d’habitude (et d’habitude je dors bien plus que la moyenne), j’ai des nausées le soir (ça fait bien rire mon mari, qui dit que je suis câblée à l’envers), et j’ai toujours des seins tellement douloureux que je suis obligée de dormir avec un tee-shirt bien serré. Très franchement, je n’aime rien de tout ça, mais si c’est le prix à payer pour avoir un bébé, pas de problème.

Jusqu’au jour où, en allant dîner, je sens des mini-pulsations, comme des battements de cœur, dans mon bas-ventre. Mon premier réflexe est de regarder sur internet si c’est normal. Je trouve plein de gens qui disent que, tant que ça ne saigne pas, il ne faut pas s’en faire.

Le lendemain rebelote, mais cette fois, ce sont plus des mini-crampes. Ça ne fait franchement pas très mal. Je remarque quelques pertes brunes. Je me dis que ce n’est sans doute rien du tout, mais je décide d’aller tout de même aux urgences. On ne sait jamais.

La gynéco des urgences est très sympa et m’explique que je ne vis rien d’anormal. Elle va faire une échographie pour s’assurer que tout va bien. Elle vérifie d’abord que mon embryon est bien implanté dans l’utérus. C’est le cas. Puis, elle marque un temps d’arrêt. « Vous m’avez dit que vous en étiez à quelle semaine ? » « Sept semaines d’aménorrhée. » « C’est bizarre, votre embryon est beaucoup plus jeune, il n’a même pas encore de battement de cœur ».

Elle me dit qu’il y a tout de même une chance pour que ma grossesse soit plus récente que mon estimation. Mais moi, je sais que ne peux pas en être à moins de six semaines d’aménorrhée. Le cœur devrait bien être en train de battre. Elle me propose de refaire un contrôle la semaine suivante, mais en sortant des urgences j’ai un mauvais pressentiment.

Je décide d’aller voir ma belle-sœur qui vient d’accoucher pour me changer les idées. Qu’est-ce qu’elle est belle, ma petite nièce ! Je raconte à ma belle-sœur ce qu’il vient de se passer, et on décide d’attendre mon prochain rendez-vous à l’hôpital avant de désespérer.

Mais le contrôle n’aura jamais lieu, car peu après, je commence à perdre du sang. Un tout petit peu chaque jour, certes, mais je sais que mon bébé, devenu si réel au cours de ce petit mois, est en train de disparaître. En lisant le témoignage de Jahanara, j’ai en effet compris ce qui était en train de m’arriver.

Toute la semaine est une suite de longues journées où je dois faire bonne figure, et de nuits en larmes dans les bras de mon mari.

Vendredi soir, après le travail, je décide de passer chez ma gynécologue. À chaque fois que je ne saigne plus, mes espoirs irréalistes reprennent le dessus, et je n’en peux plus de ces ascenseurs émotionnels ! Elle m’explique gentiment qu’en effet, je ne dois plus espérer. À ce stade, il n’y a plus qu’à attendre que mon corps élimine l’embryon.

Au moment où je t’écris, je suis en train de perdre mon bébé. Mon seul désir est que ça se termine bientôt pour que je puisse commencer à me reconstruire. Je ne suis pas vraiment fâchée contre Dieu, mais contre la vie. Je n’aurai pas de bébé, mon projet de travail a été annulé et je crains qu’il ne soit trop tard pour tout remettre en route.

Ma sœur me dit que c’est peut-être une leçon de vie, mais j’ai du mal à voir ce que j’ai pu apprendre de positif. Je n’ai toujours pas envie d’avoir un enfant, encore moins d’être enceinte, et j’ai l’impression que ma crédibilité professionnelle a diminué.

Je suis surtout en colère contre les personnes qui insinuent que j’ai perdu mon bébé parce que je n’en voulais pas à la base. À celles-là, je réponds que les interruptions de grossesse ne se font pas par le pouvoir de la pensée !

Et toi ? As-tu subi une situation similaire ? Comment l’as-tu vécue ? Comment tes proches ont-ils réagi ? Viens en discuter…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Flora c'est mon 2ème prénom. Avant je me faisais appelé Mme Ebène (hérité de mes longues heures sur Mlle dentelle) mais j'ai eu envie de changer pour quelque chose qui me représente plus. Trentenaire sous peu, je me suis mariée au plus merveilleux des hommes en septembre 2014 :-). Je suis joyeuse, positive, bavarde, procrastinatrice, et accessoirement scientifique de formation. Le soleil et les voyages sont mes deux principaux moteurs.