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A la une / Témoignage

J’ai peur d’être enceinte suite à un avortement il y a plusieurs années

Il y a quelques années, j’étais une jeune étudiante célibataire de 19 ans. J’avais mon appart, loin de mes parents. Et j’ai vécu la période la plus libérée sexuellement de ma vie. Je ne le regrette absolument pas, à un point près.

J’ai rencontré un garçon, il est venu passer le weekend chez moi. Nous avons fait l’amour. Et nous avons été idiots. Nous n’avons pas utilisé de préservatif.

Deux semaines plus tard, je me suis sentie bizarre… Dans le doute, j’ai décidé d’acheter un test de grossesse. Je suis passée devant trois pharmacies avant de trouver le courage d’entrer dans l’une d’elle. Je suis rentre, ai fait mon pipi et attendu.

Et ma vie a basculé. Un plus est apparu. La barre verticale était à peine visible, mais elle était là. J’avais 19 ans, j’étais seule dans cette grande ville et j’étais enceinte.

Je me suis précipité chez le médecin qui m’a prescrit une prise de sang. Il voyait bien ma détresse mais ne voyait pas quoi faire, en-dehors de m’envoyer faire cette prise de sang à l’hôpital.

A l’hôpital, la prise de sang s’est faite très rapidement, et la technicienne m’a rappelé pour me confirmer l’impossible. Je ne pouvais pas le garder, j’étais encore une enfant.

J’ai appelé le garçon, qui n’a rien trouvé de mieux à dire que « Il te faut de l’argent ? ». Pas de tu vas bien, tu veux que je vienne, rien. J’ai refusé son argent et je n’ai plus du tout eu de nouvelles ensuite. Je n’ai jamais eu envie de tuer quelqu’un à ce point !

Je n’étais pas bien. Il fallait que je fasse vite. Je voulais éviter l’IVG chirurgicale.

Je suis arrivée au service de l’hôpital adéquat. On m’a reçu sans aucune amabilité. J’ai du prendre plusieurs rendez-vous. Une gynécologue, accompagnée de son interne, m’a ausculté. On m’a donné un rendez-vous quelques jours plus tard, pour respecter le délai de réflexion.

Heureusement que j’avais mon amie de lycée qui me soutenait. Je crois que sans elle, je n’aurais pas supporté tout cela. Je l’appelais plusieurs fois par jour, à toute heure, et elle m’écoutait, me rassurait, me parlait des vacances qu’on allait prendre l’été suivant, rien qu’elle et moi. Elle m’a sauvé la vie.

fille triste

Crédits photo (creative commons) : Robert Vitulano

Le jour du rendez-vous est arrivé, on m’a donné un cachet qui devait m’ouvrir le col de l’utérus, et on m’a demandé de revenir le lendemain. J’ai saigné abondamment, comme jamais je n’avais saigné, et je suis revenue le lendemain.
On m’a installé dans une chambre, et on m’a donné un cachet afin que « la grossesse » se détache. Puis il a fallu que je marche pendant des heures à travers l’hôpital, en prenant le plus possible les escaliers. On m’avait installé une cuvette dans les toilettes pour récupérer « la grossesse ».

En marchant j’ai finit par le sentir tomber. Je me suis précipitée aux toilettes, et je l’ai vu. J’aurais aimé ne rien voir. J’ai appelé la sage-femme. « Ah oui, c’est bien la grossesse. » J’ai détesté cette phrase de toute mon âme. Je suis restée une heure à l’hôpital, ai encore saigné deux jours, et suis revenue une semaine plus tard, voir si tout était en règle.

Un an plus tard, j’ai rencontré l’homme qui est aujourd’hui mon mari. Quand est arrivé le moment fatidique de ne plus utiliser le préservatif, même si j’avais une pilule, j’ai angoissé. J’ai pleuré à chaque fois, quand il n’était pas là, je me donnais de grands coups de poings dans le ventre. Je ne voulais pas que ça recommence.

Il a été adorable, m’a rassuré, m’a entouré de tout son amour, et j’ai appris à faire confiance à ma pilule au bout de plusieurs mois, peut-être années.

Aujourd’hui nous sommes mariés. Nous parlons bébé depuis quelques mois. Mais voilà, tout cela resurgit à nouveau.

Quand on parle bébé, je vois une maison, quatre enfants, notre chatoune, une énorme voiture, et nous deux heureux comme des rois. Quand on parle bébé. Pas quand on parle grossesse.

Je n’arrive pas à m’imaginer enceinte. Je ne veux pas être enceinte. Je ne veux pas voir de test de grossesse, je ne veux pas voir de + s’afficher. Même si je sais que la situation est totalement différente aujourd’hui, être enceinte m’est impensable.

Problème : je veux des enfants, mais je refuse de passer par la case grossesse. Ça me fait trop peur. Ça me terrifie.

Il essaie de me rassurer, s’énerve un peu parfois. J’essaie de travailler sur moi-même, ça va un peu mieux. Mais je ne suis pas encore enceinte, je pense que mon blocage psychologique a entraîné un blocage physiologique.

J’espère juste que, quand je me sentirais prête, mon corps le sera aussi. J’espère être enceinte avant la fin de l’année, mais être enceinte continue de me faire peur.

Mais j’ai confiance en l’avenir et je continue de travailler sur moi.

Et toi, tu as connu de mauvaises expériences qui se répercutent sur ton envie d’être parent aujourd’hui ? Comment réussis-tu à avancer ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je suis une passionnée d'histoire, de dessins animés et de pâtisserie. Après avoir quitté la région parisienne, je vis dans une maison en province avec mon mari, nos deux chats et Petite Fleur. C'est une petite fille gentille et malicieuse qui illumine chacune de nos journées.