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A la une / Témoignage

Ces phrases que l’on entend

Lorsque nous nous sommes lancés dans notre parcours pour l’adoption, nous avons presque aussitôt été confrontés à certaines idées préconçues ou opinions toutes faites. Ce ne sont pas forcément des choses négatives et elles montrent clairement la méconnaissance sur le sujet (ce qui est naturel).

Voici un récapitulatif des phrases auxquelles nous avons eu droit le plus souvent.

« C’est anormal que vous n’ayez pas le droit d’adopter un bébé ! »

Cette phrase montre le malentendu qu’il y a concernant l’adoption. L’adoption, ce n’est pas trouver un enfant à des parents qui ne peuvent en avoir, c’est trouver les meilleurs parents possibles à un enfant. Il n’y a pas de droit à être parent.

Quand un couple âgé de 45 à 48 ans (ou plus âgé) veut à tout prix adopter un nourrisson, il est assez normal que les services sociaux lui fassent comprendre que se sera compliqué. D’une part car il y a si peu d’enfant à adopter que sont privilégiés les parents jeunes. Et d’autre part, on sait qu’en avançant en âge on perd en vitalité. Se lancer dans l’adoption à 45 ans signifie attendre encore des années avant que l’enfant n’arrive, potentiellement l’accueillir 5 à 10 ans plus tard… Et les travailleurs sociaux essaient de mettre en adéquation l’âge des parents avec celui de leur futur enfant pour construire un projet cohérent.

Vu nos âges avec M. Chéridamour, nous avons eu conscience dès le début et sans que cela nous pose problème que nous ne serions pas apparentés à un bébé. Et si beaucoup s’en offusquent voyant là un refus de nous laisser pouponner, nous prenons surtout en compte que c’est l’enfant qui prime. Je n’ai aucune envie qu’on me prenne pour la grand-mère de mon enfant (il arrivera sans doute quand j’aurais déjà 42, 43 ou 44 ans !). Et d’autre part comme je l’ai déjà dit, cela me semble plus naturel pour ma part d’adopter un enfant déjà grand. Par contre être cataloguée à 38 ans dans la catégorie « âgée » j’avoue que j’ai un peu de mal parfois (mais c’est juste mon ego qui parle).

« On ne va quand même pas vous refuser l’agrément »

L’agrément est souvent ressenti comme un diplôme de « bon parent » et se le voir refusé est ressenti comme le signe qu’on sera de mauvais parents. Lorsque j’évoquais un possible refus les gens poussent les hauts cris. Lorsqu’on voit Schtroumpfette, on peut aisément se rendre compte qu’on est tout à fait capable d’élever un enfant.

Mais l’agrément est là pour accompagner le projet des futurs parents et déterminer s’ils seront capables de répondre aux besoins très spécifiques d’un enfant adopté. Il a des blessures à surmonter, il arrive avec sa propre histoire. Il faudra beaucoup de patience, de volonté et d’attention de la part des parents pour surmonter toutes les difficultés et passer le cap houleux de l’adolescence. L’agrément permet de voir s’ils y sont préparés et s’ils ont conscience de tout ce que ça implique. Et ça n’a donc rien à voir avec être un bon ou un mauvais parent. Encore une fois, c’est l’enfant qui prime et non le désir des parents.

Crédits photo : Rawpixel.com

« Ce n’est pas normal que ce soit si difficile d’adopter alors qu’il y a tant d’enfants malheureux »

Oui, il y a beaucoup d’enfants malheureux en France et dans le monde. Mais ils ne sont pas tous adoptables, loin de là !

Ils ne sont le plus souvent pas adoptables du point de vue juridique. En France, le lien avec les parents est toujours maintenu autant que possible. Il y a de nombreux enfants placés en famille d’accueil mais bien peu peuvent finalement être adoptés. Il y a là des améliorations à faire (et qui sont en cours d’après ce que nous a appris la psychologue vue pendant l’agrément).

De même à l’étranger, ce n’est pas parce qu’un enfant est dans la rue qu’il n’a pas de parents ou de famille. Son adoption n’est donc pas possible.

« Tu ne peux pas adopter en France ? C’est injuste ! »

M.Chéridamour ayant déjà un enfant, nous ne pouvons effectivement pas adopter en France. C’est une règle quasi générale dans tous les départements. Est-ce réellement si injuste ? Le contraire serait-il recevable ? Un couple ayant déjà un enfant naturel qui passerait en priorité par rapport à un couple n’en ayant pas, est-ce plus acceptable ? Je ne trouve pas et je réponds c’est qu’il y a si peu d’enfants adoptables qu’il faut bien des critères. Celui-ci ne me paraît pas illogique.

Je nuance cependant souvent en disant que ma vision est faussée par ma relation avec Schtroumpfette. Si j’étais mariée à un homme ayant déjà un enfant qu’il ne voit jamais et avec lequel nous n’aurions aucune relation, je crois que je vivrais ce critère beaucoup plus mal tout en le comprenant quand même. A noter qu’il est possible d’adopter en France quand on a déjà des enfants dans des projets très spécifiques.

« C’est beau ce que vous faites »

D’une certaine manière on espère apporter du bonheur à un enfant. Mais l’adoption est au contraire une démarche qu’on peut trouver très égoïste. Est-ce vraiment si admirable que ça d’arracher un enfant à sa vie, à sa culture, à son pays ? Certes, on peut le voir comme enlever un enfant à une vie de misère pour lui offrir un avenir matériel et affectif. C’est cependant très subjectif ce côté « vie de misère », car pour l’enfant c’est sa vie et ça ne veut pas dire qu’il est forcément malheureux. Et cette rupture est tellement brutale que c’est aussi peut-être le traumatiser profondément. Ou au contraire lui donner une seconde chance, une 2ème naissance grâce à notre amour. Tout ça, seules les années nous diront si nous avons bien fait.

Toutes ces phrases partaient toutes d’un bon sentiment : nous soutenir et nous encourager car nous serons selon nos amis de bons parents. Expliquer les choses et les remettre dans leur contexte a cependant été chaque fois nécessaire. Et comme nous n’en sommes encore qu’au début, je me demande quelles autres remarques nous allons avoir par la suite.

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Et toi, as-tu eu des remarques qui t’ont surprise quand tu as annoncé ton projet d’adoption ou de grossesse ? Qui t’ont fait réagir ?

A propos de l’auteur

Coucou ! Moi c'est Mme Espoir. J'ai 37 ans, mon mari et moi sommes ensemble depuis 9 ans et je suis l'heureuse belle-maman d'une Schtroumpfette de 12 ans. Après des années de galère en PMA, mon mari et moi avons décidé de nous lancer dans l'adoption. La route est encore longue avant de devenir maman !