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Ces petites phrases que j’aimerais entendre moins souvent pendant ma grossesse

Si tu es toi-même enceinte, tu le sais : il y a des choses qu’une femme enceinte entend à longueur de journée, et qui peuvent parfois devenir redondantes (voire agaçantes). Je sais que les commentaires et les remarques sont pour la plupart bienveillants.

Mais voici mon top personnel de ce qui me gêne, ou parfois… me fait un peu grincer des dents.

les phrases agaçantes qu'on entend pendant la grossesse

Crédits photo (creative commons) : Anna Maria Liljestrand

« Han, tu vas manger/ boire ça ? T’es SÛRE ? »

Pourquoi c’est pas très cool : parce qu’aucune femme enceinte ne veut du mal à son futur enfant. Chacune fait comme elle peut, selon ce qu’elle estime être le « mieux » pour elle et son bébé, en fonction des informations (foisonnantes !) qu’elle a reçues.

Il faut savoir que, quand on est enceinte, ce que l’on peut manger tient de l’exception, et non plus de la règle. Je ne sais pas bien comment faisaient nos grands-mères, avant les histoires de listériose et de toxoplasmose, mais la liste des interdits est juste devenue hallucinante.

Or, s’il y’a bien une leçon que j’ai appris de ma première grossesse, à force de côtoyer d’autres femmes enceintes et de demander conseil aux mamans de mon entourage : nous avons toutes un « curseur » personnel sur lequel nous nous basons pour nous nourrir, selon les recommandations des médecins.

L’une flippera sur la toxoplasmose et refusera de voir ne serait-ce qu’une feuille de salade dans son burger, mais acceptera de manger un petit bout de roquefort occasionnellement. Une autre croquera sa pomme avec la peau, mais javellisera son frigo toutes les semaines. Aucune des deux n’a tort, chacune fait de son mieux, c’est tout.

En plus, les consignes alimentaires ont une furieuse tendance à changer au fil du temps : la femme enceinte qui a eu ses premiers enfants il y’a 15 ans, et qui suit toujours les recommandations de son médecin de l’époque (après tout, ses enfants sont en parfaite santé !), mangera sans doute de la charcuterie ou du fromage pas pasteurisé sans y voir le moindre mal.

Pour la boisson, c’est exactement la même chose ! J’ai ainsi déjà vu deux personnes se disputer devant moi pour savoir si j’avais le droit de boire un café… sans même me demander mon avis (« hum, non merci »).

Ce que tu peux faire ou dire à la place : je préfère quand… on ne me dit rien, justement.

« Quoi ? Tu vas boire/ manger ça ? Mais y’a de l’alcool dedans ! »

Je sais, il est très tabou de parler d’alcool pendant la grossesse. Mais je vais prendre ce risque : on est entre nous, on peut débattre librement ! Je sais qu’on recommande très fermement aux femmes enceintes de ne pas boire pendant leur grossesse.

Sauf que moi, mon obstétricien m’a expliqué que je pouvais boire modérément (avant que tu ne m’assassines dans les commentaires : non, je ne le fais pas). Et je sais qu’il n’est pas le seul à le faire, sans y voir le moindre mal. Et pourtant, il est médecin ! Il y’a un réel tabou sur la question de l’alcool pendant la grossesse. Et j’ai l’impression que le corps médical lui-même peut être assez divisé sur ce sujet.

Je vais t’avouer un truc : des femmes enceintes qui ont bu (très modérément) pendant leur grossesse, j’en connais. Plein, même.

J’ai aussi été interloquée et, je dois l’avouer, parfois choquée d’entendre ce genre de discours. Et puis, je me suis rendue compte d’une chose : ces femmes qui boivent modérément pendant leur grossesse font un choix, en toute connaissance de cause. Elles n’ont aucune intention de faire du mal à leur bébé. Et ce n’est, en aucune façon, à moi de les juger ou des les accuser d’être de mauvaises personnes.

En plus, j’ai perdu un bébé l’année dernière, donc les histoires de deuil périnatal, je connais bien. Et pourtant, je m’abstiens de faire des remarques. C’est sans doute personnel, mais je choisis de faire confiance, et de laisser leur libre arbitre aux autres.

Autre point : quand je bois un virgin mojito (c’est à dire sans alcool) en soirée et qu’on me lance des regards de travers… franchement, ça me saoule (alcool, saoule, haha !) (pardon). Ce n’est pas parce que j’ai un gros ventre que la terre entière a le droit de venir scruter le fond de mon assiette ou de mon verre, et de me demander des comptes.

Ce que tu peux faire à la place : me laisser le bénéfice du doute si tu me vois siroter un cocktail (qui sera de toutes façons sans alcool).

« Nan, mais c’est bon ! Tu peux manger/ boire ça, ça va pas te tuer ! »

C’est le corollaire inverse de tout ce que je viens de te dire, mais c’est très énervant aussi. Il s’agit de mon corps, de ma grossesse, de mon bébé. Si je ne veux pas prendre de risques, c’est à moi de le décider.

« Tu peux porter ce truc (lourd) ? Venir à la réunion de 12h à 14h ? Au restaurant de fruits de mer qui est à l’autre bout de la ville ? »

Pourquoi c’est pas très cool : oui, je sais, la grossesse n’est, en soi, pas une maladie. Mais ça n’est pas une raison pour feindre d’ignorer qu’il y’a des choses que je ne peux plus faire comme avant ! Ni que, parfois, je peux être malade ou plus fatiguée que d’habitude.

Ce que tu peux faire à la place : m’aider à aménager les activités ! La réunion, on la fera après le repas. Le gros colis bien lourd, on peut demander à une autre personne de le porter. Et il y’a de très bons restaurants dans le coin, qui servent aussi des plats cuits !

« Ben dis donc ! T’as pas l’air épanouie ! »

Pourquoi c’est pas très cool : parce que je suis déjà au courant, en fait.

Ah, le mythe de la grossesse méga épanouissante… je ne sais pas d’où il sort, celui-là, mais il fait des ravages !

Parce que c’est injuste, mais c’est comme ça : il y’a des femmes enceintes qui ont la peau superbe, une chevelure de déesse, et une énergie folle. D’autres, comme moi, qui sont juste malades. Ou qui font de la rétention d’eau à faire pâlir Loana. Leur signaler qu’elles n’ont pas l’air épanouies n’est pas très sympa : elles le savent, et il est très probable qu’elles le vivent mal, ou qu’elles culpabilisent de ne pas avoir la grossesse de leurs rêves.

Ce que tu peux dire à la place : « Ça va ? Je peux faire quelque chose pour toi ? »

« Ah, t’es enceinte ? Ben nous ça fait 4 ans qu’on essaie, et ça marche pas. » (Avec un regard mauvais et la liste de tes antécédents médicaux pendant l’heure qui suit.)

Pourquoi c’est pas très cool : parce que je n’y suis pour rien, et que là, je me sens juste agressée.

Oui, je sais, la grossesse est parfois une énorme injustice. J’ai perdu un bébé l’année dernière, sans aucune raison, tu te rappelles ? Donc je sais. Crois-moi. La colère, je connais. La culpabilité et le désespoir aussi.

Mais ça n’est pas de la faute de la femme enceinte en face de toi, même si tout cela te semble très injuste. Quand je suis face à une amie en difficulté sur la question, bien entendu je prends des gants pour ne pas parler de ma grossesse en long, en large et en travers. J’essaie de faire attention. Mais il m’est déjà arrivé de me retrouver face à de quasi-étrangères, qui m’ont déroulé leur dossier médical en m’agressant à moitié… et c’est gênant. Parce que j’ai l’impression d’être coupable de quelque chose que je ne maitrise pas. Et dont j’ai moi-même souffert, à ma façon.

Ce que tu peux faire ou dire à la place : alors c’est très personnel, bien entendu. Je sais que j’évitais les femmes enceintes l’année dernière à cause de ça. Pour ne pas me faire souffrir, certes, mais aussi pour ne pas les agresser. Parce que leur bonheur n’est pas lié à mon malheur. Et qu’essayer de les faire culpabiliser ou de les rendre malheureuses ne me rendra pas, moi, plus heureuse.

« Tes nausées/ ta fatigue/ tes fringales… (complète avec le terme de ton choix) sont psychologiques ». Variante : « moi j’étais malade aussi, mais j’étais quand même épanouie ».

Pourquoi c’est pas très cool : parce que cela revient à nier le mal-être (physique et moral) de la femme enceinte qui souffre en face de toi.

Le hic, quand on affirme que les maux de la grossesse sont « psychologiques », c’est qu’on en oublie que la femme enceinte qui en souffre peut néanmoins être réellement très malade. Imaginons que mes nausées soient une manifestation de mon inconscient (pourquoi pas, hein ? Il faut bien que je paye mon psy pour quelque chose !). Il n’empêche que, somatique ou hormonales, le résultat est le même : je vomis. Et c’est pas vraiment drôle.

En plus, tout ça revient à sous-entendre que, quelque part, c’est un peu de ma faute. C’est hyper culpabilisant, alors que je suis déjà très malade, et très déprimée à cause de ça !

C’est encore pire quand tu te compares et que tu as l’air de sous-entendre que toi, au moins, tu gérais mieux. Aïe ! Aïe aïe aïe !

Je pense plutôt que, soit tu as été moins malade que moi (et c’est tant mieux pour toi, on est pas toutes obligées d’en baver !). Soit (et c’est ce qui me semble le plus logique) tu as tout simplement oublié ce que ça faisait.

Je te donne un exemple : lors de ma première grossesse, j’étais épuisée, tout le temps. J’ai même été arrêtée un mois entier à cause de ça. Et puis j’ai perdu le bébé. Je suis retombée enceinte moins d’un an après : figure-toi que je me souvenais bien que j’avais été fatiguée. Je me souvenais bien qu’on m’avait arrêtée pour ça. Mais quand la fatigue est revenue pour ma seconde grossesse, j’ai réalisé à quel point j’avais malgré tout oublié ce que ça faisait, physiquement, d’être aussi fatiguée. Je me souvenais de la fatigue en théorie, mais pas de la sensation, ni du malaise physique que cela représente en réalité. Tout ça, en moins d’un an. Ça parait fou quand on y pense, non ?

Ce que tu peux faire ou dire à la place : « Ma pauvre! J’ai testé ce remède contre les nausées, ça a plutôt bien marché. Ça te dit d’essayer ? »

« Tu veux/ ne veux pas allaiter ? Mais c’est MAL ! »

Pourquoi c’est pas très cool : parce que, quand il s’agit d’allaitement, tout le monde a son avis bien tranché sur la question, et tout le monde essaie plus ou moins de te convaincre.

Si je ne veux pas allaiter, tu vas me sortir la liste des douze mille études que tu as lues pour me prouver par A+B à quel point je suis une horrible mauvaise future maman ! D’ailleurs, mon bébé sera forcément très malade toute sa vie, ses enfants aussi, et la lèpre s’abattra sur notre famille pendant 12 générations (je caricature un peu, tu ne m’en voudras pas). Ou alors, tu vas me dire que oui, j’ai le choix, mais que « c’est quand même mieux si tu allaites parce que »… sans lâcher le morceau pendant l’heure qui suit.

Et ça marche aussi pour celles qui veulent allaiter… et qui se retrouvent accusées de « se compliquer la vie » ou de « faire comme au Moyen-Âge ». Laissez-nos boobs tranquilles !

Dans ce genre de cas, ce qui est le plus blessant, c’est que j’ai l’impression que la personne en face de moi me prend pour une idiote qui ne sait pas ce qu’elle fait. C’est pas vraiment très agréable, je dois te l’avouer.

Alors qu’en fait, quelle que soit ma décision, si je ne suis pas d’accord avec toi… ça ne va pas plus loin que ça. Moi aussi je me suis renseignée sur l’allaitement, les biberons, et ce n’est pas parce que je ne partage pas ton point de vue sur la question que j’ai forcément tort.

Voilà, c’est ma petite liste à moi… encore une fois, je pense que le plus important, c’est de parler à la femme enceinte en face de toi avec bienveillance.

Et ne t’inquiète pas : si tu as entendu parler de « choses à ne pas faire ou à faire » pendant la grossesse, il est fort probable qu’elle en ait entendu parler aussi… voire qu’elle soit plus au courant que toi ! (Puisqu’elle est enceinte !) Si elle fait des choix qui semblent contraire à ce que tu aurais fait, toi, ce n’est pas qu’elle est insouciante ou stupide… c’est juste qu’elle arbitre en fonction de ce qu’elle estime être le mieux pour elle et pour son bébé. Tout simplement !

Et toi ? Quelles phrases entendues pendant toute ta grossesse t’ont bien agacées ? Toi aussi, tu as assisté à des scènes surréalistes où les gens débattaient de ce que tu devais manger, comme si tu n’étais pas là ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je m'appelle Julie, executive woman le jour, blogueuse/ instagrammeuse la nuit. Passionnée de littérature et de séries TV, je suis aussi et surtout maman d'une petite fille absolument adorable (#zéroobjectivité), mais aussi de deux bébés qui n'auront pas pu vivre. Tu peux me suivre sur mon blog perso (La Marmotteuse) et mon compte instagram spécialement dédié au deuil périnatal : à nos étoiles