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La place des grands-parents


Publié le 14 mai 2020 par Mère Renarde

Ce mois-ci, ma fille souffle sa seconde bougie. Cette année, je vis vraiment beaucoup mieux cet événement. Il faut dire que j’ai pris beaucoup de recul et que le long travail mené avec ma psychologue autour de cette naissance a finalement porté ses fruits. 

Mais il reste un sujet qui pour moi reste douloureux à chaque grande date pour ma fille : la place de ses grands-parents dans sa vie.

Crédit photo (creative commons) : Nikon-2110

Grandir soi-même sans grands-parents

Lorsque j’étais moi-même une enfant, j’ai souffert de ne pas avoir connu mes grands-parents. Je suis la dernière de notre fratrie, et lorsque mon frère et ma sœur parlaient de leurs souvenirs je me sentais exclue puisque je n’en n’avais aucun. Mon grand-père paternel est décédé longtemps avant ma naissance, ma grand-mère maternelle est décédée le jour de mes 2 ans, et mon second grand-père l’a rejoint quelques mois après, victime de chagrin. Quant à ma dernière grand-mère, elle souffrait d’Alzheimer et est décédée quand j’avais 5 ou 6 ans, et l’unique souvenir clair que j’ai d’elle correspond à ses obsèques. 

Devant ce manque, j’ai développé une sorte de fantasme autour de la relation qu’à un enfant avec ses grands-parents. Certainement idéalisé, pour moi un grand-parent était une personne qui te couvrait d’affection encore plus que ne le faisait tes parents, te racontait des histoires de son enfance, et t’offrait toujours des friandises. Un grand-parent, c’était quelqu’un chez qui tu passais une partie des vacances, et avec qui tu partageais des secrets, un petit monde réservé uniquement à vous.

A partir de là, il était évident que je ferais tout pour que mes enfants puissent avoir une relation exceptionnelle avec leurs grands-parents. J’avais imaginé les grands parents émus en apprenant la grossesse, puis en rencontrant pour la première fois leur petit-enfant. J’avais imaginé les réveillons de noël une fois sur 2 chez les grands-parents maternels et paternels. J’avais imaginé des appels visios, les enfants qui envoient des bisous volants, les anniversaires, les retrouvailles émues, les vacances.  

La réalité est malheureusement toute autre. Ne pas habiter le même continent que mes parents ne facilite déjà pas les choses, mais en plus, je n’entretiens pas les meilleurs relations possibles avec mon père. Nos points divergent sur tellement de sujets que nous en sommes arrivés à ne plus nous parler depuis maintenant 3 ans, résultant purement et simplement à une interdiction pour ma mère de venir me voir et ainsi rencontrer ma fille. 

Voir grandir son enfant sans grands-parents

Si je souffre déjà énormément de la situation avec mon père, je ne te cache pas que c’est un crève-cœur quotidien pour moi d’être privée de ma mère. J’avais un lien particulièrement fort avec elle, qui a été mis à rude épreuve par ces querelles familiales. J’ai ainsi dû faire face à toutes mes craintes de grossesse et post accouchement seule, là où j’avais le plus besoin de sa présence. J’ai été très jalouse de ne pas avoir ma mère à mes côtés pour mon accouchement alors qu’elle s’est exprès déplacée en France pour les 2 de ma sœur. Je suis rongée par la jalousie les rares fois où j’ai un coup de fil et qu’elle me raconte à quel point elle adore voir grandir mes neveux chaque jour. Je suis jalouse de savoir que ma mère voit mes neveux tous les jours, qu’elle leur prépare des activités, des repas, danse et chante avec eux, quand dans le même temps elle ne connait ni l’âge exact ni même le bon orthographe du prénom de ma fille. Je dois aujourd’hui accepter le fait qu’elle ne verra surement jamais mes enfants tel que c’est parti, et la douleur est encore plus vivace quand je vois à quel point elle a développé avec mes neveux cette relation dont je rêvais (et rêve encore) tant pour mes enfants.

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Au fond, je culpabilise, car je me dis que si on en est là, c’est en partie à cause de moi et de mon choix de tenir tête à mon père. Si j’assume totalement ce choix, j’assume beaucoup moins cette résultante et de priver ma fille de l’affection de sa grand-mère.

Du coté de ses grands-parents paternels, ce n’est guère mieux. Certes, il existe une distance géographique là aussi, mais elle est uniquement nationale. Cependant, ma belle-mère a élevé mon mari en mère célibataire après son divorce, ce qui fait que nous n’avons aucun lien avec son père. Exit donc le grand-père paternel. Et on ne peut pas dire que ma belle-mère soit très impliquée ni intéressée par notre fille. Au départ, nous avons essayé d’entretenir un lien malgré la distance, mais vexée par le fait qu’elle n’a pas pu rencontrer petit koala directement après sa naissance à la maternité, ça n’a jamais réellement redémarré, et un lien s’est réellement cassé. Aujourd’hui, elle ne demande jamais des nouvelles de petit koala, et la dernière fois qu’elle l’a vu, c’est moi qui ai insisté pour que nous y allions. Là aussi, après une grosse période de colère et d’incompréhension, j’ai choisi de laisser tomber.

Je regrette profondément tout cela, mon cœur est meurtri qu’en 2 ans, ma mère n’ai jamais pu voir ma fille, qu’en 2 ans, les fois où ma belle-mère l’a vu se comptent sur les doigts d’une main.

Mais comme on me le dit si souvent, petit koala s’en moque. Si moi j’en souffre, elle, ne peut pas être affectée par l’absence de personnes qu’elle ne connaît pas. Rien ne dit que plus tard, elle sera affectée comme moi de l’absence de grands-parents. Parce qu’au final, si je l’ai mal vécu, c’est principalement parce que ma sœur et mon frère  avaient des souvenirs que j’enviais. Petit koala est l’aînée. Si elle nous pose des questions, nous lui répondrons du mieux que nous pouvons. Je garde quand même l’espoir que les années passants, nos parents respectifs reverrons leurs copies et s’intéresseront plus à cette petite fille. 

Et toi, quels liens entretiennent tes parents avec tes enfants?


 


Commentaires

6   Commentaires Laisser un commentaire ?

Raphaelle

Je suis désolée que tes perspectives familiales soient si tristes.. Cela dis tu parlais au début d’une relation idéale un peu fantasmée et il y a peut-être un peu de ça aussi : dans « mes » familles et autour de moi je ne vois qu’au final assez rarement des situations où ça se passe bien avec les grands-parents. Entre les commentaires désaprobateurs sans fin sur l’éducation, les désaccords sur les principes de bases de l’organisation de la journée de l’enfant quand ils doivent le garder, la violence même parfois (!), la culpabilité « de ne pas les voir assez » utilisée comme une arme pour mettre la pression sur les parents, le manque d’aide réelle et concrète (quand tu as tes parents à 10mn tu te permets d’espérer qu’ils t’aideront quand tu en a vraiement besoin..). Bref je ne veux pas diminuer ta peine mais sache que ce n’est pas toujours rose pour ceux qui « en ont »(en tout cas dans mon expérience et mon entourage). Après peut-être que les enfants ne le vivent pas pareil, mais je pense que tout ce stress vécu par leurs parents les touchent aussi..

le 14/05/2020 à 08h34 |

Virg

Encore une fois, décidemment, je te livre un témoignage de première main, le mien. Pour x raisons, je n’ai pas vraiment eu de grands-parents, ni d’un côté ni de l’autre. Et ça ne m’a jamais manqué jusqu’à l’âge adulte où j’ai vu la relation de mon mari avec la sienne. J’ai trouvé ça super et du coup j’essaie de faire le mieux pour que ma fille ait ce lien dans sa vie.
Parallèlement, mon mari et moi n’avons pas une bonne relation avec moi mon père lui sa mère.
Alors j’ai bien vécu la chose parce que, d’une, mes parents ne m’ont jamais rien caché de la raison pour laquelle je n’avais pas de grands parents. On parle ici d’abandon et autres traumatismes assez durs avec des parents ivres du matin au soir … et leurs copains. Je ne te fais pas de dessin, mais tu auras compris que cela n’a pas été simple pour mes parents de nous expliquer. Mais ils l’ont fait. Ce qui est bien avec ça c’est que je l’ai toujours bien vécu, enfant je ne portais aucune culpabilité, rien.
Aujourd’hui, je réagis différemment pour ma fille en essayant de préserver ce lien car il s’agit de querelles avec un parent respectif. J’ai vraiment vraiment beaucoup beaucoup réflechi; le premier reflexe, que je pense naturel, était de me dire « tant pis; il ne verra pas ma fille point barre ». Sauf que ça revient aussi à punir ma fille.
De là, après un lonnnng cheminement (ma fille a 3 ans 😉 ) j’en suis venue à la conclusion suivante : ma fille n’a rien à voir avec la relation que j’entretiens avec mon père. Rien. Souvent, les grands parents et les petits enfants tissent leurs propres liens. Donc je les laisse tisser ce lien, je ne m’en mêle pas. Si un jour ma fille me posait des questions sur mes relations tendues avec papi, je lui dirai simplement qu’on ne s’entend pas très bien lui et moi, rien à voir avec elle.
Le bémol que je fais avec ta propre histoire est que ta mère ne semble pas avoir la volonté de tisser ce lien. A contrario de la mienne qui fait du forcing contre mon père et moi.
Il me paraît y avoir beaucoup de non-dits dans ton histoire. Il me semble qu’il te faudrait une discussion franche avec ta mère avant de lui laisser le champ ouvert pour accéder à ta fille, non ? Sinon tu va interférer entre elles, que tu le veuilles ou non

le 14/05/2020 à 08h38 |

pitch

Je suis désolée de lire ta souffrance. Je n’ai pas d’enfants donc ne peux commenter sur les relations avec mes parents, cependant je peux te partager ma propre expérience. Je vivais juste à côté de mes grand-parents et je les voyais très régulièrement, mais pourtant aucun lien ne s’est créé. Je n’ai jamais été en vacances chez mes grands parents, les quelques après midi passé chez eux sont plutôt des mauvais souvenirs car je m’ennuyais beaucoup. Et rien n’a changé en grandissant, j’allais les voir plus par politesse pour mes parents. Je n’ai absolument pas d’animosité envers eux, mais de la même façon que je n’ai pas développé de lien avec eux ils n’ont jamais cherché à en tisser avec moi, ils ne sont pas venu à mon mariage par exemple parce que c’était trop loin pour eux… Bref, je voulais juste partager le fait que je n’ai pas vraiment de lien avec mes grands parents mais ça ne m’a jamais manqué en fait. J’espère néamoins que les relations avec vos parents s’adoucieront avec le temps.

le 14/05/2020 à 10h30 |

Laura

Je crois en effet que tu as beaucoup idéalisé la relation avec des grands parents car la plupart des exemples autour de moi sont loin de ce que tu souhaitais.
Perso, je n’ai pas de souvenirs de partage intenses, d’apprentissage ou d’avoir été hyper gâté par mes grands parents. J’ai des souvenirs d’eux s’occupant de moi, de goûter, de repas, de visites de Noël qui sont plutôt bons. Mais ils n’ont pas eu d’impact sur ma personnalité ou ma facon de grandir. Je ne recherchais pas vraiment leur compagnie.
Je ne cherches pas à me plaindre car je sais qu’ils m’ont sincèrement aimé et j’étais contente de les voir.

Pour mes enfants, je pensais que leurs grands parents seraient du genre de ceux que j’idéalisais mais je me basais uniquement sur le fait qu’ils ont été des parents comme cela (affectueux, démonstratifs, parlant de leur enfance, créant des jeux…) et je suis très satisfaite de cette relation.

Mais quand je parle avec mes cousines, mes amies, on en est loin. Les grands parents qui habitent à 10km mais qui ne viennent que pour Noël et l’anniversaire, on a. Ceux qui préfèrent le petit fils à ses 2 soeurs, on a. Ceux qui critiquent sans arrêts les parents et les enfants, on a. Ceux qui n’appellent jamais mais se plaignent de n’être jamais appelé, on a. Ceux qui décident de ré-éduquer leurs petits-enfants très mal élevés, on a. Ceux qui partent dans le sud pour 2 mois quand l’accouchement est prévu mi juillet, on a. etc.
Au final, très peu on eu l’occasion de faire garder leurs petits par leurs grands-parents, soit parce qu’ils n’ont pas confiance, soit parce que les grands parents ne le veulent pas.

Je pense qu’il est important pour des enfants de grandir avec plusieurs adultes à qui se confier à part les parents mais ca peut être des oncles et tantes, des amis, des collègues, des voisins…

Ta fille va avoir des parents qui l’aiment beaucoup. Le reste est secondaire !

le 14/05/2020 à 10h57 |

galireva

Merci pour ce témoignage. C’est ton histoire et je le trouve très joli ton chemin. Félicitation

le 14/05/2020 à 14h23 |

Cricri2j

J ai eu une enfance entourée de mes grands parents et je comprend que tu aies envie de ca pour ta fille.
Je ne connais pas votre situation et ne peut me permettre de juger mais je ne comprend réellement pas la réaction de ta mère. Le jour où l une des mes filles aura elle même un bébé je sauterai dans un avion pour aller à l’autre bout de la planète et peu importe la volonté de mon mari. Et je pense que toi aussi te dis que tu seras là pour les enfants d Hermione, pour épauler ta fille aussi.
Finalement vous n avez aucune famille pour vous assister un peu et ça doit être également un peu dur. J espère que les 2 grands mères vont se « réveiller » et comme posté plus haut pourquoi ne pas en parler franchement à vos mères respectives?

le 14/05/2020 à 23h32 |

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