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A la une / Témoignage

La place des grands-parents

Ce mois-ci, ma fille souffle sa seconde bougie. Cette année, je vis vraiment beaucoup mieux cet événement. Il faut dire que j’ai pris beaucoup de recul et que le long travail mené avec ma psychologue autour de cette naissance a finalement porté ses fruits. 

Mais il reste un sujet qui pour moi reste douloureux à chaque grande date pour ma fille : la place de ses grands-parents dans sa vie.

Crédit photo (creative commons) : Nikon-2110

Grandir soi-même sans grands-parents

Lorsque j’étais moi-même une enfant, j’ai souffert de ne pas avoir connu mes grands-parents. Je suis la dernière de notre fratrie, et lorsque mon frère et ma sœur parlaient de leurs souvenirs je me sentais exclue puisque je n’en n’avais aucun. Mon grand-père paternel est décédé longtemps avant ma naissance, ma grand-mère maternelle est décédée le jour de mes 2 ans, et mon second grand-père l’a rejoint quelques mois après, victime de chagrin. Quant à ma dernière grand-mère, elle souffrait d’Alzheimer et est décédée quand j’avais 5 ou 6 ans, et l’unique souvenir clair que j’ai d’elle correspond à ses obsèques. 

Devant ce manque, j’ai développé une sorte de fantasme autour de la relation qu’à un enfant avec ses grands-parents. Certainement idéalisé, pour moi un grand-parent était une personne qui te couvrait d’affection encore plus que ne le faisait tes parents, te racontait des histoires de son enfance, et t’offrait toujours des friandises. Un grand-parent, c’était quelqu’un chez qui tu passais une partie des vacances, et avec qui tu partageais des secrets, un petit monde réservé uniquement à vous.

A partir de là, il était évident que je ferais tout pour que mes enfants puissent avoir une relation exceptionnelle avec leurs grands-parents. J’avais imaginé les grands parents émus en apprenant la grossesse, puis en rencontrant pour la première fois leur petit-enfant. J’avais imaginé les réveillons de noël une fois sur 2 chez les grands-parents maternels et paternels. J’avais imaginé des appels visios, les enfants qui envoient des bisous volants, les anniversaires, les retrouvailles émues, les vacances.  

La réalité est malheureusement toute autre. Ne pas habiter le même continent que mes parents ne facilite déjà pas les choses, mais en plus, je n’entretiens pas les meilleurs relations possibles avec mon père. Nos points divergent sur tellement de sujets que nous en sommes arrivés à ne plus nous parler depuis maintenant 3 ans, résultant purement et simplement à une interdiction pour ma mère de venir me voir et ainsi rencontrer ma fille. 

Voir grandir son enfant sans grands-parents

Si je souffre déjà énormément de la situation avec mon père, je ne te cache pas que c’est un crève-cœur quotidien pour moi d’être privée de ma mère. J’avais un lien particulièrement fort avec elle, qui a été mis à rude épreuve par ces querelles familiales. J’ai ainsi dû faire face à toutes mes craintes de grossesse et post accouchement seule, là où j’avais le plus besoin de sa présence. J’ai été très jalouse de ne pas avoir ma mère à mes côtés pour mon accouchement alors qu’elle s’est exprès déplacée en France pour les 2 de ma sœur. Je suis rongée par la jalousie les rares fois où j’ai un coup de fil et qu’elle me raconte à quel point elle adore voir grandir mes neveux chaque jour. Je suis jalouse de savoir que ma mère voit mes neveux tous les jours, qu’elle leur prépare des activités, des repas, danse et chante avec eux, quand dans le même temps elle ne connait ni l’âge exact ni même le bon orthographe du prénom de ma fille. Je dois aujourd’hui accepter le fait qu’elle ne verra surement jamais mes enfants tel que c’est parti, et la douleur est encore plus vivace quand je vois à quel point elle a développé avec mes neveux cette relation dont je rêvais (et rêve encore) tant pour mes enfants.

Crédit photo (creative commons) : emailme3

Au fond, je culpabilise, car je me dis que si on en est là, c’est en partie à cause de moi et de mon choix de tenir tête à mon père. Si j’assume totalement ce choix, j’assume beaucoup moins cette résultante et de priver ma fille de l’affection de sa grand-mère.

Du coté de ses grands-parents paternels, ce n’est guère mieux. Certes, il existe une distance géographique là aussi, mais elle est uniquement nationale. Cependant, ma belle-mère a élevé mon mari en mère célibataire après son divorce, ce qui fait que nous n’avons aucun lien avec son père. Exit donc le grand-père paternel. Et on ne peut pas dire que ma belle-mère soit très impliquée ni intéressée par notre fille. Au départ, nous avons essayé d’entretenir un lien malgré la distance, mais vexée par le fait qu’elle n’a pas pu rencontrer petit koala directement après sa naissance à la maternité, ça n’a jamais réellement redémarré, et un lien s’est réellement cassé. Aujourd’hui, elle ne demande jamais des nouvelles de petit koala, et la dernière fois qu’elle l’a vu, c’est moi qui ai insisté pour que nous y allions. Là aussi, après une grosse période de colère et d’incompréhension, j’ai choisi de laisser tomber.

Je regrette profondément tout cela, mon cœur est meurtri qu’en 2 ans, ma mère n’ai jamais pu voir ma fille, qu’en 2 ans, les fois où ma belle-mère l’a vu se comptent sur les doigts d’une main.

Mais comme on me le dit si souvent, petit koala s’en moque. Si moi j’en souffre, elle, ne peut pas être affectée par l’absence de personnes qu’elle ne connaît pas. Rien ne dit que plus tard, elle sera affectée comme moi de l’absence de grands-parents. Parce qu’au final, si je l’ai mal vécu, c’est principalement parce que ma sœur et mon frère  avaient des souvenirs que j’enviais. Petit koala est l’aînée. Si elle nous pose des questions, nous lui répondrons du mieux que nous pouvons. Je garde quand même l’espoir que les années passants, nos parents respectifs reverrons leurs copies et s’intéresseront plus à cette petite fille. 

Et toi, quels liens entretiennent tes parents avec tes enfants?

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b