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Vivre la PMA quand on est en couple avec une femme : entretien avec Marie. Épisode 2 : l’entourage


Publié le 10 septembre 2019 par Urbanie

Nous poursuivons notre entretien avec Marie, maman de Léa, qui nous racontait dans l’épisode précédent son (très) long parcours à l’étranger pour devenir maman. Aujourd’hui, nous abordons la question de l’entourage.

Crédit photo (creative commons): StockSnap

Urbanie: Commençons par la question sensible: comment réagissent les gens autour de vous aujourd’hui?

Marie: Plutôt bien! A l’école, les parents des autres enfants n’osent pas toujours poser la question du papa. Du coup, c’est souvent moi qui brise la glace.

J’ai une anecdote d’ailleurs à ce sujet: une maman de l’école de Léa me pose un jour la question du bout des lèvres. Je me tourne donc Léa, et je lui pose de nouveau la question à voix haute:« Léa, la maman d’Amandine a une question : elle voulait savoir si tu as un papa ? ». Léa regarde la maman de sa copine, et répond « bah non ».  J’ai ensuite expliqué à la maman que Léa a été conçue avec la graine d’un gentil monsieur. C’est aussi simple que ça, en fait.

Léa est très au clair avec son histoire, mais les gens n’osent pas tellement nous poser la question. J’ai l’impression que l’on perpétue le tabou qu’il pouvait y avoir chez certains couples, qui faisaient le choix de taire la PMA. Il y’a d’ailleurs eu beaucoup de secrets de famille comme ça, où l’histoire de la filiation de l’enfant était tue.

Il me semble en effet qu’à une époque, dans les années 80, les médecins conseillaient aux parents de taire aux enfants qu’ils étaient nés d’une PMA, particulièrement lorsqu’il y’avait eu un don de gamètes.

Oui, du coup les gens n’osent pas trop aborder le sujet devant Léa, par peur que le sujet ne soit tabou à la maison. Mais cela ne peut pas être un sujet tabou avec une enfant qui a deux mamans, donc en fait la question ne se pose même pas pour nous!

Aujourd’hui, Léa est encore petite, mais cette question serait arrivée tôt ou tard, donc nous préférons communiquer clairement sur ses origines dés aujourd’hui.

Et avec vos proches? Est-ce que vous avez pu en parler librement?

Alors oui, mais comme on était suivies à l’étranger, les gens connaissaient nos dates d’ovulation, y compris au boulot! Pour un RDV de 20 minutes en Belgique, je devais poser ma journée, parce qu’il y’ avait 5h aller et 5 h retour. Donc forcément, les gens savaient!

A l’inverse, j’ai aussi eu droit à mon lot de « petites phrases » qui font mal.

Tu veux nous en parler?

Eh bien par exemple ma collègue de bureau, également en parcours PMA, mais en France, qui se plaignait ouvertement devant moi de devoir aller au centre de PMA à côté du bureau tous les deux jours – elle a failli mourir par lapidation par stylo bic! Plus sérieusement, je sais à quel point c’était pénible pour elle, puisque je le vivais aussi, mais j’étais vraiment en colère contre ce système qui me forçait, moi, à aller à l’étranger.

Il y’a toutes les petites phrases aussi, qui ne sont pas malveillantes mais qui font mal:

« Il faut lâcher prise » : le souci c’est que le lâcher prise dans un couple de filles, ça ne marche pas!

Tous ces gens qui me disaient également: « c’est quand j’ai renoncé à la FIV que je suis tombée enceinte! » me fichaient un vrai coup au moral. Je sais que ce n’est pas volontaire, mais ça me faisait vraiment mal. Parce que, pour nous, c’était tout simplement impossible.

Plus problématique: quand ma compagne est tombée enceinte (avant sa fausse-couche), ma mère me disait « ce ne sera pas vraiment ma petite fille ». Ça, ça fait très mal.

Et puis les annonces de grossesse, dont vous aviez parlé, et qui sont très douloureuses. Je sais que cela peut surprendre, mais je demande désormais aux amies proches de me prévenir avant l’échéance des « 3 mois » – pour me préparer psychologiquement et éviter d’affronter les annonces publiques. Le temps de faire bonne figure et de me donner consistance.

Il y’a bien évidemment toutes ces personnes qui voulaient bien faire en me disant « c’est pas normal que vous ayez pas le droit de faire un enfant en France quand on voit le nombre de couples qui maltraitent leurs gosses ». C’était super gentil de leur part, et je comprends le raisonnement derrière – effectivement, on interdit pas à des couples dangereux de faire des enfants, alors pourquoi on nous l’interdit à nous? Mais moi, tout ce que j’entendais dans ma souffrance, c’était « même eux, ils ont droit ». Alors que, sauf signalement, ces familles maltraitantes n’ont à se coltiner pas les enquêtes sociales, ni les questions gênantes. Sans parler de l’homophobie derrière!

Tu parlais d’une remarque de ta maman: comment est-ce que cela se passe avec vos familles respectives?

Avec mes parents… c’est très compliqué. Je suis sortie du placard à un moment où j’étais célibataire – mes parents ont cru que je me « trompais » sur mon orientation sexuelle, puisque j’étais célibataire. Ils ont même voulu m’envoyer voir un psy.

Quand j’ai annoncé vouloir faire une PMA avec ma femme, ma mère l’a très mal vécu. Elle considérait que, si ce n’était pas mon ovule qui était utilisé, ce ne serait pas vraiment mon enfant.

Mon père a également refusé de venir manifester avec moi pour défendre mes droits.

En revanche, j’ai eu des soutiens de personnes dont je n’étais pas si proche, et qui ont été une belle surprise.

Et alors justement: Qu’est-ce que tu aimerais que tes proches fassent ou disent pour vous soutenir?

Alors, je sais que cela va paraître horrible, mais j’aimerais que mes amis me montent une cagnotte! Aujourd’hui, faire un enfant à l’étranger, ça veut dire ne pas acheter plus grand, ne pas offrir de vacances à ma fille. On a un budget aujourd’hui équivalent à deux essais. Psychologiquement, me dire « on a que deux coups », c’est trop dur. Il faut prendre en compte également les frais de transport, de nourriture et d’hébergement à l’étranger, au coût déjà très élevé de la PMA. Donc une aide financière serait réellement la bienvenue.

Justement, comment est-ce que vous vivez les débats actuels à l’annonce prochaine du vote de la PMA pour toutes?

Il faut savoir que je suis toujours très croyante, j’ai été élevée dans une éducation catholique, j’ai même été scout. Ma foi a été une vraie béquille pendant des années – j’ai vu certains de mes « copains » dans la rue manifester contre mes droits en 2013, et cela a été très violent. Ma femme, qui est plus jeune que moi et qui était encore trop jeune pour manifester, n’a pas été traumatisée par 2013, mais moi oui. Les jours de manifs, les métros étaient plein de manifestants, et d’enfants. Je me disais « statistiquement, un enfant sur 10 parmi tous ces enfants sera gay, comment vont-ils le vivre ? ».

Personnellement, je n’ai plus hâte que les débats reprennent. J’ai peur. Qu’est-ce que ma fille va vivre dans la cour de récré quand les débats sur la loi PMA va revenir ? Je sais ce qu’elle va entendre, je ne veux pas qu’elle entende ce genre de choses avant d’être prête.


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Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame Fleur (voir son site)

Merci Urbanie pour cette interview.
J’avais également été soufflé lorsque mes amis gays nous avait expliqué non seulement la procédure mais aussi les frais afférents. Du coup je garde l’idée de la cagnotte pour leur prochain enfant.
Merci pour tout ça.

le 10/09/2019 à 10h02 | Répondre

Lilou

La réaction des parents est très dure… est ce que depuis que votre fille est née ils ont changé d’attitude ?
C’est vrai qu’on ne se rend pas toujours compte de l’investissement que cela représente tant niveau émotionnel que financier… je suis très heureuse pour vous que vous ayez eu votre petite fille et j’ai une pensée pour tous les couples qui vivent ça, je souhaite à tous un heureux dénouement.

le 10/09/2019 à 12h10 | Répondre

Anne

Coucou Marie et merci pour ton témoignage. J’avais moi aussi témoigné il y a quelques temps, on doit pouvoir retrouver mes articles, pour celles que cela intéresse !

le 10/09/2019 à 13h04 | Répondre

Weena (voir son site)

Merci Marie pour ce témoignage.
Lors d’un mariage d’une cousine éloignée, très anti-mariage pour tous, je me suis aussi demandé comment les enfants présents dans cette assemblée allaient le vivre, si l’un d’eux se découvrait homosexuel …
J’espère aussi que les rapports avec votre maman s’est apaisé, c’est très dur d’entendre ça de sa propre mère …

le 10/09/2019 à 18h30 | Répondre

Folie douce

Merci pour ce témoignage très enrichissant. Naïvement je ne pensais pas que c’était si compliqué pour 2 femmes la pma ! J’espère que ça va bientôt être autorisé pour toutes en France parceque c’est délirant que ce soit si cher et si compliqué !!! Pour ce que tu dis sur les anti-manif je te comprends bien, à l’époque j’évitais de regarder des photos ou vidéos de ces familles, ça me donnait envie de pleurer pour ces pauvres gamins!!! Pour ta fille je ne pense pas qu’on puisse vraiment « se préparer » à la bêtise humaine, c’est toujours choquant quelque soit l’âge qu’on a non?

le 11/09/2019 à 14h14 | Répondre

caro

C’est très intéressant de lire ton témoignage. Je peux comprendre la réaction de ta maman. Je connais un couple (hétéro) dans mon entourage dont le bébé est né d’un don de sperme à l’étranger, tout comme votre enfant, mais dans leur cas, c’était dû à la stérilité du mari. Accepter le bébé comme son petit fils a été très compliqué pour la mère du papa. Trouver sa place de grand-parent quand l’enfant n’a aucun lien biologique, je pense n’est pas simple. J’imagine qu’il y a le même cheminement dans le cas d’une adoption.

le 11/09/2019 à 16h14 | Répondre

La Piu

Merci pour ce témoignage très clair et sans chichi. Il change mon regard sur la pma pour les personnes homosexuelles. J’ignorais tout ça, toute cette difficulté et ce long parcours. Je n’avais pas pris conscience non je des coûts. Deux collègues à moi sont/ont été dans ce parcours également.
J’ai par ailleurs aussi tiqué sur ton pseudo car je vois à la fois urbaine (tu te dis citadine dans l’âme) et bannie. Je ne sais pas si c’est voulu? Mais je le trouve très parlant au vu de votre histoire. Je souhaite que tu/vous puissiez un jour vous sentir libres et accepté dans cette société dans vos droits et dans vos choix… j’ai juste envie de te dire bravo et merci. Ton témoignage est un déclic pour moi.

le 14/09/2019 à 07h00 | Répondre

Urbanie

Bonjour,

Merci pour ce gentil commentaire. 🙂

Urbanie est un prénom rare, qui a été choisi il y’a plusieurs années de cela. 🙂
Je ne suis que celle qui mène l’interview, et non Marie (la personne interviewée). Petite précision pour éviter toute confusion. 🙂

le 14/09/2019 à 19h10 | Répondre

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